RÉSUMÉ ET CONCLUSION
1. — Les médicaments chimiques, c’est-à-dire ceux qui sont constitués par des substances de composition chimique définie, sont soumis à l’influence des agents physiques naturels (lumière et chaleur), des agents chimiques qui constituent l’atmosphère (oxygène, eau, acide carbonique) ou des agents physiologiques formés parles poussières organisées de l’atmosphère.
2. —Ces divers agents exercent leur action, soit sur les corps dans leur état naturel, soit sur leurs dissolutions ; ils peuvent activer l’action décomposante que des substances étrangères exercent sur les corps (corps minéraux et matières organiques).
3. — La lumière tantôt agit seule et par les radiations bleuesviolettes (changementsmoléculaires, dédoublements), tantôt agit avec le concours de l’air, et dans ce cas, soit par les radiations jaunes-rouges (oxydation des matières minérales), soit par toutes les radiations à la fois avec maximum d’effet dans le violet (oxydation des matières carbonisées). Dans cette action élective des radiations, il faut tenir compte de la couleur des corps, ceuxci n’absorbant que les rayons complémentaires de leur couleur.
La température, en s’élevant, favorise l’action des autres agents, l’eau exceptée, et en outre les phénomènes d’efflorescence et de dissociations spontanées des corps à composants volatils ; en s’abaissant, elle favorise l’action de l’eau atmosphérique.
4. —L’oxygène, l’eau, l’acide carbonique atmosphériques, agissent en vertu des lois de l’affinité chimique et des décompositions mutuelles des corps. L’action de l’eau se borne parfois à une simple modification d’état physique.
5. — Les altérations produites par ces divers agents, isolément ou avec le concours de plusieurs d’entre eux, tantôt n’at-
teignent que l’état physique des corps, tantôt modifient leur constitution chimique.
6. —Les modifications les plus importantes de l’état physique sont:
— cristallisation de substances dissoutes, sous l’influence de la lumière (camphre, glucose);
— changements de coloration sous l’influence de la lumière (santonine);
— évaporation de liquides volatils (favorisée par l’élévation de température) ;
— efflorescence des sels hydratés (favorisée par l’élévation de température);
— déliquescence des corps solides et dilution des corps liquides avides d’eau (favorisées par l’abaissement de température).
7. — Les modifications les plus importantes de la constitution chimique sonL :
— phénomènos d’allotropie et d’isomérie ( produits par la lumière);
— dissociation spontanée des composés renfermant des éléments volatils (favorisée par l’élévation de température);
— dédoublement des combinaisons haloïdes et oxygénées des corps peu oxydables par l’action seule de la lumière;
— décomposition de certains corps par l’action de l’eau ou de l’acide carbonique (quelquefois favorisée par la lumière) ;
— oxydation de composés minéraux peu riches en oxygène et d’un grand nombre des substances organiques (activée par la lumière et l’élévation de la température);
— réduction des substances minérales mises en présence de matières organiques, celles-ci se combinant à l’oxygène mis en liberté (sous l’influence de la lumièro).
8. — Les ferments ne jouent pas un très grand rôle dans l’altération spontanée des médicaments chimiques, parce que leur
développement ne se fait bien que dans des milieux complexes. Il y avait toutefois intérêt à signaler leur action sur les principales matières organiques dont l’emploi est fréquent en pharmacie. Le développement des végétaux dans les solutions de substances minérales ne peut être comparé à une fermentation. Ces végétaux paraissent n’avoir aucune action sur la substance elle-même; tout au plus agissent-ils comme matières organiques.
9. -- La conclusion évidente des faits que nous venons de résumer consiste en ceci, à savoir : qu’il faut préserver les médicaments chimiques de l’action des agents physiques et du milieu atmosphérique. D’où les règles suivantes :
n-r Conserver dans l’obscurité les substances sur lesquelles la lumière peut agir, ou tout au moins protéger par un verre bleu les corps minéraux oxydables, par un verre rouge-jaune les substances organiques oxydables, les corp3 minéraux susceptibles de se dédoubler, les substances susceptibles de subir des changements moléculaires ;
— Conserver dans un lieu frais tous les corps altérables, sauf les substances sur lesquelles l’eau a une action ;
Éviter autant que possible l’accès ou le renouvellement de l’air et, dans ce but, employer des récipients de faibles dimensions ;
— Débarrasser par l’emploi judicieux de la chaleur les solutions de substances fermentescibles des germes qu’elles contiennent et ne laisser arriver à leur contact que de l’air filtré, suivant les méthodes de M. Pasteur.