‹ Altérations et Conservation Des Médicaments Chimiques et GaléniquesChapitre 14 sur 37 · MÉDICAMENTS INORGANIQUES · texte numérisé non relu

MÉDICAMENTS INORGANIQUES

Corps simples.

Métalloïdes.

Eau de chlore.— L'eau de chlore est inscrite au Codex de 1908 comme réactif; c’est à ce titre qu'elle doit être envisagée ici.

À la température ordinaire et sous l'influence de la lumière, le chlore en solution décompose lentement l’eau avec formation d'oxygène et d'acide chlorhydrique, et cette réaction n'est pas limitée par la réaction inverse, contrairement à ce qui se passe dans la décomposition de l’eau par le chlore à la température du rouge; de plus, comme produit secondaire, il se forme une petite quantité d'acide chlorique. Aussi le Codex (p. 842) indique-t-il que « l'eau de chlore doit être à saturation et de préparation récente ».

Si l’on doit cependant conserver quelque temps de l’eau de chlore, il est bon de la maintenir dans un endroit frais, à l’obscurité, dans des flacons de verre bien pleins et bouchés à l’émeri, car le chlore attaque le liège. P. CHasrarne indique aussi que l’eau de chlore peut être conservée dans un flacon rouge monochromatique.

Le brome, pur et sec, se conserve facilement dans des flacons bouchés à l’émeri, tenus bien fermés. On a conseillé parfois de le recouvrir d’une couche d’acide sulfurique; cette précaution n'a aucun avantage au point de vue de la conservation ; elle n’a d'autre résultat que celui de diminuer l’émission des vapeurs de brome, lorsqu'on débouche le flacon.

A froid et en présence de la lumière, le brome décompose l'eau et il se fait de l’acide bromhydrique. Cette réaction s'opère beaucoup moins rapidement à l'obscurité (1).

L'eau de brome devra donc être conservée à l’obscurité de même.que l’eau de chlore; elle s’altère d’ailleurs beaucoup plus lentement que cette dernière.

L’iode métalloïdique est inaltérable. Pour empêcher les pertes par volatilisation, ilsuffit de le conserver dans des flacons de verre qui doivent être bouchés à l’émeri, car liode attaque les bouchons de nature organique.

L’oxygène est livré habituellement par l’industrie dans des récipients en fer forgé dans lesquels il est comprimé à 120 atmosphères environ. Pour l’usage médical, il est transvasé par le pharmacien dans des ballons de caoutchouc de capacité variable. On a signalé des accidents graves survenus au cours de cette opération de transvasement.

(4) J.-M. Ener. — Untersuchungen über die chemischen Wirkungen des Lichtes; Monatsh. Chem., [6], 502, 1885.

En 1903 (1°, un élève en pharmacie, ayant à remplir d'oxygène un ballon de caoutchouc, se mit en devoir de tourner, au moyen d'une clef, un pointeausitué au sommet de l'appareil renfermant l'oxygène comprimé, pour mettre en communication cet appareil avec le ballon de caoutchouc; il ressentit alors aux deux mains une sensation de brûlure intense ; en même temps, une fusée de particules métalliques en ignition sortit de l'appareil, projetant des morceaux de cuivre à demi fondus, et ne cessa que lorsque l'appareil fut complètement vide. L'élève eut les mains horriblement brülées, et fut plusieurs mois à se remettre complètement de ses blessures.

L'enquête qui fut faite à la suite de cetaccident montra qu'il se trouvait probablement dans le pointeau un corps gras, ou un hydrocarbure, comme la vaseline ou l'huile de vaseline, qui, mis brusquement en contact avec l'oxygène au moment de la manœuvre de la clef, se combina avec ce dernier, avec une production de chaleur suffisante pour s’enflammer et porter le cuivre environnant au rouge; l'oxygène entretint cette combustion et projeta au dehors les particules en fusion.

IL faut donc observer la plus grande prudence dans le maniement des récipients dans lesquels on conserve l'oxygène, et il ne faut jamais graisser les raccords de ces récipients.

Le soufre est utilisé en pharmacie soustrois formes: soufre précipité, soufre sublimé et soufre sublimé lavé. Il n'y a pas de précautions spéciales à prendre pour conserver ces médicaments. Remarquons toutefois que le soufre précipité et le soufre sublimé contiennent des traces de matières étrangères constituées par du bisulfure d'hydrogène pour le premier et par des composés oxygénés acides pour le deuxième ; ces matières étrangères se modifient au cours de la conservation, de telle sorte que lorsque ces deux soufres sont conservés depuis longtemps, leurs propriétés peuvent différer légèrement de celles des mêmes médicaments récemment préparés.

Le phosphore s'oxyde dans l'air à la température ordinaire; dans l'air sec, il se fait de l’anydride phosphoreux ; dans l'air humide, il y a production d'acide phosphoreux, d'acide phosphorique et d'acide hypophosphorique ; les fumées

(1) Journ. de Pharm. et de Chim., [6], XIX, p. xxxvinr, 4904.

me NE blanches qui se produisent dans ce cas paraissent dues à la condensation de la vapeur d’eau par ces acides; elles conlüiennent en outre de l’ozone et de l’azotite d’ammonium; il semble aussi se former un peu d'eau oxygénée. Il faut se rappeler que le phosphore peut s’enflammer dans l'air see à partir de + 45, c'est-à-dire à une température relativement basse.

Sous l'influence de la lumière, le phosphore se colore superficiellement en rouge. On sait depuis Scurærrer (1848) que le corps rouge formé n’est pas un produit d’oxydation du phosphore, comme on l'avait cru tout d'abord; c'est un état allotropique du phosphore blanc; c'est du phosphore rouge.

Pour toutes les raisons qui viennent d'être énumérées, « le « phosphore blanc doitêtre conservé dans des flacons en « verre, remplis d’eau distillée bouillie, bouchés et enfermés « dans des récipients de fer-blanc. Ces récipients doivent, « précaution essentielle, être placés à l'abri de la gelée. » (Codex, p. 466.)

L'antimoine est inaltérable dans l'air sec à la température ordinaire; il s’oxyde lentement à l'air humide, surtout lorsqu'il est très divisé (1). Il suffit donc seulement de le préserver de l'humidité.

Charbon. — Trois variétés de charbon sont inscrites dans la Pharmacopée française : le charbon animal ordinaire, le charbon animal purifié et le charbon végétal officinal. Tous ces charbons absorbent facilement l'humidité et les gaz de l'atmosphère. Aussi doit-on les conserver dans des flacons bouchés et non pas, comme on le fait couramment dans les pharmacies, dans des poudriers simplement recouverts d'une capsule de fer blanc.

Métaux.

Les métaux susceptibles d’être utilisés, en pharmacie, à l’étatde corps simples, sont en nombre très restreint; ce sont le zinc (utilisé comme réactif), le fer, le bisrauth, le cuivre (utilisé comme réactif}, le mercure, l’argent et l'or.

Le zinc est très oxydable; au contact de l'air humide, il se

(4) A. Drrre et R. MerzNEr. — Action de l'antimoine sur l'acide chlore drique; C. R. Ac. des Sciences, CXV, 938, 1892.

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recouvre rapidement d’une légère couche d’hydrocarbonate de zinc. Lorsque le zinc est en masses ou en lames, l’altération n’est que superficielle, car les couches profondes sont protégées par l'hydrocarbonate formé: s’ils’agit au contraire de limaille de zinc et, à plus forte raison, de poussière de zinc, la transformation peut être rapidement totale. Le zinc en limaille ou en poussière doit donc être soigneusement préservé du contact de l’air humide.

Il en est de même du /er qui est très oxydable à l'humidité en se transformant en sesquioxyde hydraté.

Le bismuth s'oxyde très légèrement dans l'air; c'est même à la formation d'une très légère pellicule d'oxyde qu'est dû l'aspect irisé que présente la surface des cristaux de bismuth ; cependant cette oxydation est très faible et très superficielle, et il n’y a pas d'autre soin à prendre vis à vis du bismuth que de le conserver seulement au sec.

Le cuivre, sous forme de tournure, tel qu’ on l’emploie en pharmacie dans certaines recherches analytiques, ne subit aucune altération dans l'air sec, à la température ordinaire.

Le mercure doit être renfermé dans des flacons résistants bouchés au liège; il est à peu près inaltérable à l'air, il se fait seulement une oxydation très superficielle, presque insignifiante, très limitée, qui donne naissance à une trace d'oxyde mercureux.

Les feuilles d'argent ou d’or utilisées en pharmacie pour l'argenture ou pour la dorure des pilules se conservent inaltérées dans l'air sec.

Composés binaires.

Corps neutres.

Eau. — L'eau distillée doit être renfermée dans des flacons soigneusement bouchés, si on veut lui conserver toutes ses qualités. En effet, abandonnée à elle-même dans les laboratoires ou dans les pharmacies, elle dissout rapidement les vapeurs des composés divers qui sont répandus dans l’atmosphère; elle peut ainsi, suivant les cas, devenir acide ou alcaline. Certains inconvénients peuvent résulter de l’emploi d’une pareille eau, lorsqu'on l'utilise par exemple pour

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préparer des solutions de principes facilement altérables.

On emploie souvent maintenant l'eau stérilisée. Cette eau doit être renfermée dans des récipients choisis de telle façon que le transvasement puisse se faire facilement, sans souiller le liquide de bactéries. Un des dispositifs les plus simples consiste à recouvrir le goulot du flacon avec de l’ouate enveloppée de gaze, avant de procéder à la stérilisation. Les parois du goulot sur lesquelles le liquide s'écoulera peuvent être ainsi conservées stériles, comme le liquide lui-même.

Eau oxygénée. — L'eau oxygénée, même anhydre, lorsqu'elle est bien pure, ne se décompose que très lentement à la température ordinaire, si on la conserve dans un vase à parois lisses ; c’est pour cette raison que, dans l’industrie, on conserve souvent les solutions concentrées d'eau oxygénée dans des vases de verre dont les parois ont été préalablement enduites de paraffine.

Les solutions d'eau oxygénée sont relativement stables à froid, quand elles sont pures, c'est-à-dire qu'elles ne contiennent ni corps à réaction alcaline, ni sels de métaux lourds, ni particules solides d'alumine ou de silice. Ce n’est pas le cas des solutions habituellement employées qui, en général, ne représentent pas des solutions de bioxyde d'hydrogène pur dans l’eau, mais sont toujours mélangées de substances étrangères. Aussi, l’eau oxygénée des pharmacies est-elle sujette à s’altérer assez rapidement. On a reconnu que la lumière et l'élévation de la température accélèrent cette décomposition. Les acides augmentent au contraire la stabilité de l’eau oxygénée: il en serait de même de l'addition à l’eau oxygénée d'un certain nombre de corps, comme léther, lalcool, la glycérine, le camphre, l'acide camphorique, le chloroforme.

E. Sonxerar (1) a conseillé de conserver l’eau oxygénée à l'obscurité et au frais après lavoir’additionnée de 10 grammes d'acide sulfurique par litre. Au moment du besoin, on neutralise l'acide sulfurique au moyen d'une quantité suffisante d'eau de baryte titrée.

(4) Étude sur l’eau oxygénée médicinale ; Journ. de Pharm. et de Chim., [5], VIL 492, 1883.

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AuLaix (1) a observé que la décomposition de l’eau oxygénée médicinale, contenant 10 grammes de chlorure de sodium ou de caleium par litre est dix fois moins rapide qu'avec d’autres corps tels que les acides phosphorique et sulfurique à la dose de 1 gramme par litre, ou l'alcool à 95°à raison de 2 à 3 p.100; il a constaté que l'effet favorable maximum, toutes choses égales d'ailieurs, se produit avec le chlorure de sodium, dans un récipient en verre de couleur jaune. Il conclut de ses recherches que l’emploi de l'eau oxygénée médicinale contenant 10 grammes de chlorure de sodium par litre présente de sérieux avantages, au point de vue de la conservation pratique du médicament.

A. Fiscuer (2) a publié en 1907 un mémoire étendu sur l'altérabilité et sur les procédés de conservation des solutions d’eau oxygénée. Il a reconnu que les solutions étendues, même préparées par dilution d'eau oxygénée concentrée ne contenant pas d’impurelés, sont néanmoins susceptibles de se décomposer plus où moins rapidement. Il conseille de préparer au moment du besoin les solutions diluées, en uilisant l’eau oxygénée pure à 30 pour 100. Au cours de son mémoire, il reconnait d’ailleurs l'influence favorable de faibles quantitésd’acide pour la conservation de l'eau oxygénée.

Nous devons conclure, en somme, que les meilleures conditions de conservation de la solution officinale sont l'absence de lumière, une température peu élevée et la présence d’une faible quantité d'acide.

Eaux minérales. — Les eaux minérales naturelles se conservent d'autant mieux qu'on à pris plus de soin au moment de leur embouteillage; à ce point de vue, les conditions les plus favorables seraient évidemment d'employer toujours des bouteilles et des bouchons stérilisés.

Les flacons doivent être maintenus couchés horizontalement dans un lieu sec, frais et obscur.

Les eaux sulfureuses, en raison de leur composition, subis-

(1) De l’action conservatrice des chlorures de sodium et de calcium sur l'eau oxygénée médicinale; Journ. de Phurm. et de Chim., [6], XXIV. 162, 1906.

(2) Die Zersetzlichkeit der Wasserstoffperoxydlüsungen; Pharm. Centralh., XLVII, 57, 1907.

sent des altérations particulières facilement appréciables; au contact de l'air, en effet, il y a presque toujours mise en liberté de soufre et l’eau se présente alors avec des aspects variés. Tantôt, elle est bleutée; d’autres fois, elle est jaune, par suite de la formation d'un polysulfure, comme cela se passe avec les eaux de Barèges. Souvent, à la couleur propre du soufre, se mêle celle du sulfure de fer qui donne une teinte grise plus ou moins prononcée.

Dans certaines eaux ferrugineuses, en particulier dans les eaux ferrugineuses carbonatées, on observe, au bout d’un cerlain temps, la formation d'un dépôt ocreux d'oxyde de fer provenant de la décomposition du bicarbonate ferreux.

Les diverses allérations chimiques des eaux minérales ont d’ailleurs été observées depuis longtemps par les pharmaciens (1); elles sont décrites dans les traités spéciaux d’hydrologie, et il n’y a pas lieu d'en dresser ici la nomenclature, d'autant plus que la plupart des composés chimiques qui existent dans les eaux minérales sont déjà envisagés dans d'autres parties de cet exposé.

Par contre, nous ne devons pas passer sous silence des travaux récents qui sont venus donner un intérêt tout particulier à la question de la conservation des eaux minérales. Ces travaux ont démontré qu'il se passe dans les eaux minérales, à partir du moment où on les recueille, toute une série de modifications antérieurement ignorées et qui sont cependant de la plus haute importance.

En étudiant les gaz qui se dégagent au griffon des sources, C. Moureu (2), mit en évidence dans ceux-ci la présence d'argon, d’hélium, de crypton, de néon et de xénon. Entre temps, P. Curie et A. Lasorne (3) constataient qu'un grand nombre d'eaux minérales sont radioactives.

(4) P. A. Sourës. — Thèse citée, p. 74.” . (2) Sur les gaz de quelques eaux minérales; Journ. de Pharm. et de Chim., [6], XVII, 49, 1903. — Sur les gaz rares des sources thermales. TL. Détermination globale; présence générale de l’argon et de lhélium; Journ. de Pharm. et de Chim., [6;] XXIV, 337, 1906. — Séance de la Société de Pharmacie de Paris, 3 juillet 1907; Journ. de Phaïm. et de Chim.., [6], XX VI, 1907.

(3) Sur la radioactivité des gaz qui se dégagent de l’eau des sources thermales.; C. R. Ac. des Sciences, CXXX VII, 1150, 1904.

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Les travaux de Ramsay et de ses collaborateurs ayant montré que l'émanation de radium pouvait engendrer les gaz rares au contact de certains composés chimiques, il apparaissait ainsi, entre la radioactivité des eaux minérales et la présence des gaz rares dans ces dernières, une relation de cause à effet qui a été vivement mise en lumière par les recherches de Moureu (1). D'après ce dernier, il faut certainement attribuer, dans l’action des eaux minérales sur l’économie, une part importante aux émanations radioactives des eaux minérales, d’où dérivent les gaz rares, et dont on connaît d’ailleurs l’action puissante sur l'organisme. Il est d’ailleurs certaines eaux très radioactives, comme celles de Gastein, dans le Tyrol et de Plombières, dans les Vosges, dont la minéralisation, pauvre et banale, ne peut expliquer leurs effets thérapeutiques certains, et depuis longtemps reconnus par les cliniciens. ,

Mais l’'émanation du radium est instable et se détruit d’une facon continue, si bien qu'au bout d'un mois l’eau n'est plus pratiquement radioactive. « Une eau thermale, surtout « si elle est fortement radioactive, est vivante à la source; « elle meurt ensuite lentement pour devenir finalement un « cadavre... » « Il ne nous est pas permis de considérer une « eau thermale, transportée et conservée, comme entière- « ment identique à ce qu'elle était au moment de l’émer- « gence. Et, quand le chimiste l'analyse, il ne fait, selon « l’heureuse et forte expression de Pidoux, que disséquer son « cadavre... »

«.….Une eau minérale est un tout, un bloc, comme l’opium, « comme la digitale, comme la belladone; et, dans l’état « actuel de nos connaissances, entamer ce bloc, c’est s’exposer « à en compromettre plus ou moins gravement l'harmonie «et l'efficacité. » (Moureu.)

‘Ces modifications des eaux minérales pendant leur conservalion sont intéressantes à noter; elles sont un exemple de ces altérations non encore soupçonnées hier; il a fallu des travaux de physique de la plus haute portée, puisqu'ils touchent à l'essence même de la matière, pour faire sortir de

(1) Les dégagements gazeux des sources thermales, Radioactivité et gaz rares ; Revue scientifique, [5], IX, 353, 1908.

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l'ombre et éclairer de la lumière la plus vive une question qui paraissait n'être seulement qu'un simple point assez peu attrayant de pratique pharmaceutique.

Le problème de la conservation des eaux minérales est donc loin d'être résolu. A. Jaroix et Braunoix (1) ont pensé pouvoir remédier à la disparition graduelle des émanations radioactives dans les eaux minérales en additionnant ces dernières de bromure de radium, en quantité telle que l’eau traitée possède indéfiniment la même radioactivité qu'à la source. Les expériences ont montré qu'il était possible de réaliser pratiquement la radioactivation artificielle des eaux minérales. D'ailleurs, le radium ainsi ingéré ne séjourne pas dans l'organisme et il est éliminé dans les quelques jours qui suivent l'ingestion.

L'iodure de soufre (2), parfois utilisé en pharmacie, s’altère au contact de l'air et des dissolvants. Il doit être bien desséché et conservé dansdes flacons soigneusement bouchés.

Le phosphure de zinc n'est oxydable dans l'air qu'à une très haute température; on l’enferme dans un flacon bouché.

Composés binaires acides.

La solution d'acide sulfhydrique est inscrite au Codex comme réactif. Cette solution doit être préparée avec de l’eau distillée. Elle s'oxyde facilement à l'air en déposant du soufre. en même temps qu'il se forme de l'acide sulfurique. La lumière facilite cette oxydation ; celle-ci, au contraire, est retardée si on recouvre la solution de pétrole, ou si la solution a été préparée avec de l’eau renfermant de la glycérine.

La solution sera maintenue au frais, dans des flacons bien bouchés et à l'obscurité

L’acide chlorhydrique officinal reste inaltéré quand il est conservé dans des flacons bouchant’à l’émeri. Il attaque en effet le liège en se colorant en brun.

La solution d'acide bromhydrique est décomposée par

(4) Sur la radioactivation artificielle des eaux minérales et sur l’élimination du radium soluble ; Journ. de Pharm. et de Chim.,16], XXIX, 15, 1909.

(2) PruntER. — Soufre iodé et iodure de soufre; Journ. de Pharm. et de Chim.. [6], IX, 421, 1899.

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l'oxygène de l'air, avec mise en liberté de brome, d'autant plus rapidement qu'elle est plus concentrée ; la lumière favorise cette décomposition. Le soluté officinal d'acide bromhydrique (10 pour 100) doit être maintenu à l'obscurité dans des flucons bouchant à l'émeri; il peut ainsi se conserver fort longtemps.

Acides oxygénés.

Un certain nombre de ces acides attirent facilement l'humidité de l'air ; une première précaution à prendre est donc de les soustraire au contact de ce dernier. Ils peuvent en outre éprouver certaines altérations spéciales à chacun d'eux.

Ainsi, l'acide azotique se colore sous l'influence de la lumière solaire ; celle-ci le décompose en effet en oxygène et en acide hypoazotique qui se dissout dans l'acide non décomposé. L'acide azotique, qui attaque d’ailleurs les matières organiques, doit donc être conservé à l'obscurité et dans des flacons bouchant à l'émeri. Les flacons qui servent à l'usage courant devront être en verre jaune.

L'eau régale est conservée dans les mêmes conditions.

L’acide chromique est déliquescent et facilement réductible par un grand nombre de corps. CnasraG conseille de l’enfermer dans des flacons jaunes.

L'acide sulfurique officinal doit être conservé dans des vases secs, bouchant à l'émeri, à l'abri de l'air dont il absorbe l'humidité et des poussières qui le colorent. La lumière ne le décompose pas, quand il est bien pur.

Les mêmes précautions s'appliquent à la conservation de : l'acide phosphorique officinal.

L'anhydride arsénieux et l'acide borique sont inaltérables à l'air et à la lumière.

- La dissolution d'anhydride carbonique, vulgairement appe-

lée eau de Seltz, est généralement conservée en siphons. L’armature métallique de ceux-ei doit être en étain fin. Il faut éviter de laisser les siphons pleins dans un local où règne une température élevée et de les exposer à la chaleur directe du soleil ; l’inobservation de ces dernières précautions a été maintes fois la cause de dangereuses explosions.

Oxydes métalliques.

L'hydrate de potasse et l’'hydrate de soude solides doivent être soigneusement préservés du contact de l'air dont ils fixent rapidement l’anhydride carbonique et l'humidité pour se transformer en carbonates. Il faut conserver ces alcalis dans des vases secs, bouchés avec des bouchons de liège imprégnés de paraffine ;il en est de même de leurs solutions aqueuses et alcooliques. Les bouchons en verre sont inutilisables, car ils arrivent à adhérer si fortement au goulot qu'il est bientôt impossible de les ‘en détacher ; si cependant on croyait devoir les employer, il faudrait du moins les enduire préalablement de vaseline.

Les solutions alcooliques, surtout si elles sont exposées à la lumière, prennent peu à peu une teinte brune. Les solutions aqueuses concentrées attaquent peu à peu le verre du flacon ; le médicament est alors souillé par des silicates solubles. La conservation n'est donc pas illimitée.

L'ammoniaque, base puissante, doit être rangée à côté de la potasse et de la soude ; cette solution est colorée par le contact du liège, et, d'autre part, elle attaque les bouchons de caoutchouc ; on la conservera donc dans des flacons bouchés à l'émeri.

La chaux caustique, la baryte anhydre ou hydratée, la magnésie calcinée et la magnésie hydratée doivent être renfermées dans des flacons bien bouchés, à l'abri de l'acide carbonique de l'air qu’elles absorbent. On prend les mêmes précautions pour leurs solutions ou leurs suspensions aqueuses. Dans les solutions, l’altération est facile à constater, car il se forme un trouble ou un dépôt dus à la formation de carbonate insoluble. L'eau de chaux doit êlre conservée dans des flacons bouchés, en présence d’un excès de chaux non dissoute. On la décante et on la filtre seulement au moment de l'emploi.

Certains bioxydes ou peroxydes de métaux alcalins ou alcalino-terreux sont entrés depuis plusieurs années dans la pratique pharmaceutique. Il faut les préserver de l'humidité de l’air qui les décompose en produisant de Peau oxygénée, réaction qui est précisément la raison d’être de leurs emplois thérapeutiques.

L'oxyde de zinc et le bioxyde de manganèse sont inaltérables à l’air sec.

Le sesquioxyde de fer hydraté, gélatineux, doit être conservé dans un endroit frais, à une température inférieure à 20°, sous l’eau distillée. Il subit cependant des modifications (1) qui obligent à le renouveler assez souvent, tous les six mois environ, comme le conseille le Codex. Les divers autres oxydes de fer, actuellement employés en pharmacie, ne nécessitent pas de mention spéciale.

L'oxyde de bismuth hydraté ou oxyde blanc de bismuth et aussi l’oxyde de plomb doivent être conservés en flacons bouchés ; ces composés noircissent très facilement en effet au contact des émanations sulfhydriques.

La lumière noircit le 77inium qui doit être conservé à l'obscurité ou dans des flacons jaunes.

Il en est de même des oxydes jaune et rouge de mercure. La lumière agirait en effet sur l'oxyde mercurique en le décomposant partiellement (Guisourr).

Sulîfures.

Un certain nombre de sulfures employés en pharmacie subissent au contact de l'air des altérations notables. En effet, ils tendent ordinairement à s'oxyder, en fixant l'oxygène de l'air. ‘Ca sraxG conseille d'une facon générale de les placer dans des flacons violets, de même que « tous les sels au minimum qui tendent à passer au maximum ». Le trisulfure d'antimoine ne nécessite toutefois, pour sa conservation, aucune précaution spéciale.

Le pentasulfure d'antimoine ou soufre doré d'antimoine etle kermès minéral (2) s'altèrent à l'air humide; il faut les garder dans un flacon bouché, à l'abri de l'humidité et de la lumière.

Le sulfoantimoniate de sodium ou sel de Schlippe, qui sert à préparer le soufre doré d’antimoine, est très altérable à l'air qui le jaunit, puis le brunit (Pruxær). Ses solutions,

(1) Voir L. PRoNIER. — Médicaments chimiques, I, 291, Paris, 1896. (2) T. JAN. — Practische Bemerkungen über den officinellen Kermes und Goldschwefel, Arch. der Pharm., | 2|, XXII, 40, 1840.

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