CXIV
tibles de reproduire les colorations observées dans des milieux nutritifs convenablement choisis.
Dès 1841, Guimourr (1) s'est élevé contre « les principes erronés répandus dans plusieurs ouvrages » relativement à la conservation des hydrolats. Il considère comme tout à fait mauvaise la recommandation faite par plusieurs auteurs de laisser les eaux distillées exposées au soleil et dans des vases ouverts pendant deux à huit jours après leur préparation, afin de leur faire perdre leur goût empyreumatique; il fait remarquer les actions profondément altérantes qui résultent des influences ainsi réunies de l'air, de la chaleur et de la lumière solaire. 11 réprouve aussi le précepte qui conseille de laisser les hydrolats au libre contact de l'air, en les placant dans des flacons non bouchés, recouverts seulement d’un cornet de papier (MoreLor). Il recommande finalementde conserver les eaux distillées dans des vases de verre, et non de grès, parfaitement pleins, bouchés avec du liège fin, goudronnés et placés à la cave. Pour les besoins courants de l'officine, les bouchons de liège doivent être remplacés par des bouchons de verre; en effet, les eaux distillées en vidange et fermées d’un bouchon de liège, que l'on déplace plus ou moins souvent, ne lardent pas à contracter un goût de moist provenant de la « production de mucors qui se fixent sur le liège ».
Le Codex de 1908 indique de conserver les eaux distillées « dans un lieu frais, à l'abri de la lumière, dans des vases « complètement remplis et bouchés à l'émeri ».
Ce procédé ne détruit pas les germes qui se sont introduits dans le médicament au cours de sa préparation et Virox a précisément montré que les eaux distillées, par suite de leur mode vicieux de préparation (passage à travers des serpentins difficiles à nettoyer), sortent toujours de l'appareil chargées de germes. Pour obvier à cet inconvénient, il faudrait, avant chaque opération, vider le réfrigérant, et faire passer pendant une demi-heure, dans le serpentin non: refroidi, un courant de vapeur d’eau, pour détruire les
(1) N.-E. Henry et G. GUIBOURT. — Pharmacopée raisonnée ou traité de pharmacie pratique et théorique; 3e édition, revue et considérablement augmentée par N.-1.-B.-G. Guisourr, 755, Paris, 1841.
microorganismes développés depuis la dernière distillation. À la fin de la distillation, on placerait aux deux extrémités du serpentin un bouchon d’ouate pour filtrer Pair et retenir les germes. Le serpentin serait ainsi toujours prêt à fonctionner (Virox). Pour se conserver stérile, il faudrait que l’eau distillée ainsi préparée fût recueillie dans des flacons préalablement stérilisés; d’ailleurs, pendant toutes ces manipulations, il y aurait beaucoup de chances de contamination, et, de plus, il ne serait guère facile de débarrasser des essences en excès les eaux qui en sont sursaturées.
Il paraît donc plus rationnel de préparer les hydrolats suivant les méthodes ordinaires, en les faisant passer toutefois de préférence à travers un serpentin purifié par la vapeur d’eau ; les eaux distillées sont filtrées après un repos suffisant, enfermées dans des flacons qu’on bouche soigneusement, puis soumises à la stérilisation, soit par la chaleur à 100-115°, soit par lyndallisation. Il est bien évident que le procédé Appert peut leur être appliqué, puisqu'il concourt au même but et qu'il n’est lui-même qu’un mode de stérilisation. | Une eau distillée mérite une mention spéciale, c'est celle de laurier-cerise. Cette eau est rarement envahie par les microorganismes, à cause de la présence d'acide cyanhydrique. Son titre en principe actif est assez constant, si on la conserve dans un endroit frais, à l'obscurité, dans des flacons pleins et bouchés à l’émeri. Descaawrs (1) d’Avallon a constaté que l'addition à cette eau de Il gouttes d’acide sulfurique pour 1000 en augmentait notablement la stabilité.
Essences.
Les essences, au point de vue pharmacologique, forment un groupe assez homogène; par contre, au point de vue chimique, elles sont constituées par des principes très différents les uns des autres, de telle sorte que chaque essence subit des altérations particulières en rapport avec sa composition. Ces
(1) Note sur l’eau distillée de laurier-cerise; Journ. de Pharm, et de Chim., [3], XI, 175, 1847.
altérations ont fait, pour les essences les plus importantes et les plus usitées, l'objet de travaux spéciaux, dont on trouve les résultats indiqués dans les traités très complets qui ont été publiés sur les essences (1).
Nous avons déjà eu l’occasion de mentionner quelquesunes de ces altérations (oxydation de l’aldéhyde benzoïque et de l'aldéhyde cinnamique, de l'essence de térébenthine, etc.).
D'une manière générale, les essences exposées à l'air et à la lumière absorbent lentement l'oxygène, perdent progressivement leur arome, se foncent en couleur, s’épaississent et se transforment finalement en substances résineuses présentant une réaction acide. Ces faits sont connus depuis bien longtemps, car Tn. pe Saussure (2) a montré en 1820 que l'essence d'anis « concrète n’absorbe pas le gaz oxygène tant « qu’elle reste figée ; mais lorsqu'elle se liquéfie par la cha- « leur de l’été, et qu’elle est en couche mince, elle fait dis- « paraître, dans deux ans, cent cinquante-six fois son volume « de gaz, en formant vingt-six fois son volume de gaz acide « carbonique ; elle ne change plus alors le volume de son « atmosphère, elle ne se concréfie plus par le froid, et elle « est beaucoup plus soluble dans l'alcool qu'avant son oxigé- « nation ». D'aprèsle même auteur, les essences de lavande, de citron et de térébenthine peuvent absorber respectivement 119 fois, 144 fois et 128 fois leur volume d'oxygène.
En général, les essences ne se solidifient pas complètement en se résinifiant ; elles laissent déposer un produit résineux d’une consistance et d'une odeur analogues à celles de la térébenthine ordinaire, et la partie qui surnage reste fluide. Si l’on vient à agiter le flacon qui renferme l'essence, la malière résineuse se dissout et perd alors la propriété de .se séparer de nouveau.
Les transformations de nature chimique qui correspondent à ces changements de propriétés organoleptiques sont
(4) Par exemple, voir pour l’altération de l'essence d'anis : E. Giznr- MEISTER ©t K. HOFFMANN. — Les huiles essentielles, traduction Gault, 682, Paris, 1900
(2) Observations sur la combinaison de l'essence de citron avec l'acide
muriatique et sur quelques substances huileuses; Ann. Chim. Phys XIII, 282, 1820.
extrèmement complexes et ne consistent pas seulement en oxydations par l'oxygène, puisque certaines peuvent s'opérer à l’abri de Pair, sous l’ tes de la lumière seule. Les recherches de Crawicrax et Sizser sur les actions chimiques de cet agent physique, antérieurement relatées, nous ont fait connaître la nature d’un grand nombre de ces altérations.
On remarque, en général, que les essences vieilles et altérées attaquent les bouchons de liège et leur communiquent une couleur analogue à celle qui résulte de l’action de l'acide nitrique (formation de peroxydes analogues à l’eau oxygénée).
En raison de leur grande altérabilité, les essences doivent être conservées au frais, à Pabri de l'air et de la lumière, dans des flacons bonichés à l’émeri, aussi petits que possible, et complètement pleins.
Alcoolats.
Les alcoolats peuvent se conserver fort longtemps si on les soustrait à l’action de l'air et de la lumière. En dehors des réactions qui peuvent se produire entre leurs principes constituants, il n’y a, en effet, que ces deux agents extérieurs qui peuvent en déterminer l’altération. L'action néfaste de l'air et de la lumière s'exerce surtout sur les huiles volatiles qui y sont contenues. C’est ainsi qu'on a parfois constaté la formation d'un dépôt de soufre dans l’alcoolat de cochléaria composé.
Ferments solubles, peptones.
Les ferments solubles utilisés en pharmacie sont la diastase, la pepsine, la pancréatine, la papaine; ces produits, très hygroscopiques, sont extrêmement altérables ; maintenus dans l’air humide, ils ne tardent pas à se putréfier.
La pepsine extractive, en particulier, s’altère avec la plus grande facilité ; aussi, y mélange-t-on souvent de l’amidon (pepsine amylacée) ou du sucre de lait (pepsine lactosée),qui agissent dans une certaine mesure comme agents conservaleurs.
Tous ces ferments doivent êtré conservés dans des flacons très secs, bien bouchés, à l'abri de toute humidité, dans un
lieu frais et obscur. Le flacon imaginé par Cornéuis que nous avons antérieurement décrit est tout à fait approprié à cel usage
Malgré ces précautions, et bien que conservant leur aspect Habit], ces ferments solubles perdent peu à peu leurs propriétés fermentaires au cours de nn. conservation, alors qu'ils gardent encore leurs caractères organoleptiques. La mesure de leur activité sur les divers principes sur lesquels ils agissent respectivement (matières féculentes et matières albuminoïdes) permet seule de se rendre compte de cette altération.
La diminution et la disparition du pouvoir fermentaire sont encore beaucoup plus rapides quand les ferments sont introduits dans des préparations liquides comme des élixirs. Elles se font d'ailleurs suivant un temps variable avec la nature du milieu, de sorte que la bonne conservation du médicament peut être notablement favorisée par un choix rationnel de ce dernier ; c'est ce qu'à montré P.-E. Tmi- BAULT (1), relativement aux préparations de pépsine ; les conclusions de ce praticien ont conduit en particutier à l'établissement d’une formule d’élixir de pepsine (Codex de 1908) plus stable que les de antérieures.
Les peptones qui s'agglomèrent et se putréfient rapidement dans l'air Fate den ètre conservées comme les ferments eux-mêmes.
Résines, gommes-résines, baumes.
Bien que certains de ces produits puissent être considérés comme représentant des drogues simples, il en est cependant un certain nombre qui sont obtenus par les pharmaciens eux-mêmes el constituent de véritables formes pharmaceutiques.
Ces principes doivent être préservés SR et de la lumière. Sous l'influence de loxygène de l'air, ils sont, en effet, le siège d’altérations diverses qui se traduisent organoleptiquement par des augmentations de consistance (térébenthine de Bordeaux, copahu, benjoin, baume de tolu).et, chi-
(1) TaibauLT (Pierre-Eugène). — Etude sur les préparations officinales
de pepsine inscrites au Codex dæ 1884; Thèse doct. Univ. (Pharm.), Paris, 14902.
— All —
miquement, par l'oxydation des huiles essentielles ou des autres principes oxydables qu’ils peuvent contenir: la lumière agit en favorisant ces réactions, comme on peut le constater avec la résine de gaïac qui devient verte, avec la gomme ammoniaque qui brunit.
L'action combinée de l'air et de la lumière détermine des modifications assez limitées, lorsque les substances sont en masses solides; les effets sont beaucoup plus prononcés lorsque celte action s'exerce sur des poudres. Aussi, ces différents médicaments, mis à l’abri de la lumière, devront-ils ètre conservés en masses entières et n'être réduits en poudre qu'au moment de leur emploi.
Extraits.
Les extraits subissent au cours de leur conservation des altérations de nature très diverse. Il peut s'y produire de simples modifications de nature physique, par exemple des dépôts, cristallisés ou non, de principes s’y trouvant à l’état de sursaturation (glucose, sels, principes actifs divers); il peut y avoir absorption d'humidité (anciens extraits de sucs), ou au contraire l'extrait peut se dessécher complètement (extraits d’opium, de gaïac). L'air et la lumière peuvent aussi agir chimiquement sur les principes des extraits et l’on sait précisément que, pendant la préparation des extraits, cette action nocive de l'air est très manifeste, surtout si la température est assez élevée.
Les altérations les plus importantes des extraits sont celles qui résultent du développement d'êtres organisés, mucédinées et bactéries. Les mucédinées se développent plus spécialement dans les extraits à réaction fortement acide; les autres extraits sont le plus souvent envahis par des bactéries.
Toutes cesaltérations, fixation d’eau, perte d’eau, oxydations, envahissement par les microorganismes, etc., ont pour résultat demodifier la teneur des extraits en principes actifs, et par suite d'en changer considérablement la valeur thérapeutique.
L'étude méthodique de la diminution de la quantité des principes actifs contenus dans les extraits, au cours de la conservation de ces derniers, n’a pas élé l’objet de beaucoup de recherches, bien que, cependant, cette question soit de Ja
plus haute importance pratique. Elle à été toutefois bien étudiée, pour les extraits de Solanées, dans un mémoire récent de Risaur (4), qui, à cette occasion, à rappelé les quelques rares recherches effectuées antérieurement sur ce sujet. H. Risaur a examiné divers extraits de Solanées, déjà étudiés quatre ans auparavant, sous sa direction, par Bruner. Ce dernier auteur avait pu établir, par l'analyse d’extraits de Solanées faite cinq mois après la préparation de lextrait, que ces médicaments étaient le siège d’une destruction partielle des alcaloïdes. Les pertes observées alors étaient d’ailleurs très faibles, et nullement de nature à porter une atteinte sérieuse à l’activité du médicament: elles s’élevaient en effet au plus à5,5 pour 100 de l’alcaloïde primitif. Ce sont ces mêmes extraits que Risaur à essayés, quatre ans environ après leur préparation. Les extraits avaient été conservés dans les conditions que l’on rencontre le plus fréquemment dans les officines ou les drogueries. Les pots étaient fermés soit au moyen d’un couvercle métallique, soit au moyen d'une rondelle de carton recouverte de papier ou de parchemin ficelé autour de l'ouverture. Le lot tout entier était disposé dans une armoire, sans précautions spéciales pour le préserver de l'humidité.
Voici les résultats qui ont été obtenus :
Perte d’alcaloïde, p. 100 de la quantité primitive.
Extrait de suc de Belladone. . a (2) 3 — — an en b 45 1h, — Es 3 D 29 — — ARE E 3
Extrait de suc de Jusquiame.. a 69
Extrait de suc de Datura........ a 31 — — RS ES PAEL 8
Extrait de racine de Belladone.. A 4 — -— -— B 3 = — OU à 1 — — = NOANME 12
Extrait de semence de Jusquiame. D 16 = > = se 25 — — — G 24
(1) Abaissement de la richesse alcaloïdique des extraits de Solanées pendant leur conservation; Bull. Sc. pharm., XV, 495, 1908.
(2) Ces indications se rapportent aux divers extraits décrits dans le cours du mémoire.
Hs
On voit, d'après ces nombres, que la destruction des alealoïdes a été parfois très avancée. Quoique lous ces extraits aient été conservés dans des conditions identiques, on constate, d'autre part, que le degré d’altération, pour un même groupe, est très variable. Aussi l'auteur pense-{if, sans du reste pouvoir l’affirmer, que cette disparition des alcaloïdes est due à un phénomène biologique, à l’action de microbes et de moisissures; la grande irrégularité observée dans l'intensité de la destruction est évidemment tout à fait en rapport avec celte supposition.
La conservation des extraits à excité beaucoup Îla sagacité des praticiens et l’on trouve, dans les traités classiques, la liste très détaillée des divers procédés qui ont été proposés (1). IL est donc inütile que nous énumérions tous ces procédés.
I semble qu'il faille rejeter & priori ceux de ces derniers qui consistent à ajouter aux extraits des substances étran-
-gères (2) qu'on incorpore à leur masse ou qu'on répand à
leur surface : addition d'alcool, d’amidon, de sucre de lait, de dextrine, de poudres végétales, de glycérine. La présence de glycérine a, en particulier, le grand inconvénient de rendre très difficiles les essais qualitatifs et quantitatifs des extraits qui en contiennent.
Quant aux procédés qui ne comportent pas l'addition de substances étrangères à l'extrait, il faut dire que beaucoup de ceux qui ont été proposés font plus d'honneur à l'imagination qu'au sens pratique de leurs auteurs; nous n’en retiendrons que quelques-uns qui atteignent assez bien leur but.
On conserve généralement les extraits dans des pots en faïence, recouverts d’une feuille de carton maintenue par un parchemin ficelé autour de la partie supérieure du pot; mais
il arrive le plus souvent que, lorsque le vase à été entamé,
on ne recouvre plus la feuille de carton avec le parchemin, de telle sorte que les extraits se trouvent ainsi au contact de l'air humide. Pour remédier à cet inconvénient, on peul
(1) Voir E. Dupuy et H. RiBauT. — Cours de Pharmacie, H, 15, 1902.
(2) Nous n’entendons parler que des additions faites en dehors des prescriptions des Pharmacopées. Ainsi l'extrait de noix comique du Codex de 1908 comporte dans sa préparation l'addition régulière d’une certaine quantité de sucre de lait. 11 en est de même de l'extrait d'Evonymus atropurpureus.
employer des flacons analogues aux flacons Corxéis, tels que ceux imaginés par Beror (1). Il est d’ailleurs beaucoup plus simple de procéder comme l'indique Granpvaz : ou bien appliquer sur le goulot des flacons une capsule de caoutchouc vulcanisé qui, par sa propre élasticité, assure une herméticité parfaite, ou mieux placer tout simplement une mince feuille de caoutchouc entre le bouchon et la partie interne du flacon. Les extraits sont ainsi parfaitement à l'abri de l'air et de l'humidité. Ces procédés très simples empêchent à la fois les extraits de se dessécher ou d’absorber de l’humi dité, et ils rendent complètement inutiles l'emploi des nombreux moyens, plus ou moins compliqués, qui ont été imaginés dans le même but. ;
à Les flacons bouchés à l’émeri sont tout à fait inutilisables pour la conservation des extraits, à cause de l’adhérence qui ne manque pas de se produire entre le bouchon et le flacon, et qui rend impossible l'ouverture de cè dernier.
- Pour les extraits mous, il nous semble, comme l'a proposé Huauer, qu'on pourrait employer très avantageusement les étuis en étain analogues à ceux dans lesquels les peintres renferment leurs couleurs, étuis dont l'emploi est courant en pharmacie pour certains médicaments comme la vaseline et diverses pommades.
Les procédés indiqués par GranpvaLz et HuGurer permettent de conserver dans de très bonnes conditions les extraits destinés aux usages courants de la pharmacie. Remarquons d’ailleurs que les extraits sont des médicaments stérilisables et quelas térilisation, pratiquée méthodiquement, pourrait permettre une conservation très longue de ces médicaments. Certains pharmacologistes (2) ont d’ailleurs reconnu depuis longtemps que l'application de la méthode d’Appert aux extraits permettait d'obtenir une conservatien presque indéfinie. La stérilisation Serait donc une méthode excellente à introduire dans la pratique courante de la préparation des ex-
(2) Ducome, Durozier et Deschamps. — Rapport sur les appareils que M. BerJor, pharmacien à à Caen, propose pour conserver les extraits secs : Journ. de Pharm. et de Chim., [31], 460, 1856.
(2) Joux B. Exz. — On he preservation of medicinal preparations ; Amer. Journ, of Pharm., XXXIT, 553, 1860.
traits destinés à être consommés dans un temps assez long.
Extraits fluides. — Les extraits fluides du Codex de 1908 sont assimilables à de véritables teintures alcooliques concentrées, de sorte que les considérations émises précédemment. relativement aux altérations et à la conservation de ces dernières leur sont à peu près complètement applicables. Ainsi ils donnent à la longue des dépôts tout à fait comparables à ceux qu'on rencontre dans les teintures alcooliques.
- [faut remarquer, en outre, que certains extraits fluides, l'extrait de bourdaine par exemple, sont préparés avec de l'alcool de titre relativement faible (30°). I y a là une cause favorisante d'altérations, surtout lorsque l'extrait est abandonné dans des flacons en vidange et mal bouchés.
- Les extraits fluides doivent toujours être conservés au frais à l'abri de la lumière, dans des flacons de verre soigneusement bouchés.
Saccharolés.
Les sucres qui entrent le plus couramment dans la prépa-
ration de ces médicaments sont le saccharose et ses produits de dédoublement, glucose et lévulose. En dehors d’altérations particulières, spéciales à leur composition individuelle, les médicaments qui rentrent dans le groupe des saccharolés peuvent subir de nombreuses altérations, qui leur sont communes à tous et qui portent sur les sucres qui entrent dans leur composition. Nous allons passer en revue ces diverses altérations. - Le sucre de canne est facilement hydrolysé, soit par des agents chimiques {action des acides favorisée par l'élévation de la température), soit par des agents biochimiques (dédoublement par l’énvertine provenant de levures alcooliques où de moisissures). | |
Les prodûits de dédoublement du sucre ainsi hydrolysé peuvent être attaqués par des microorganismes qui leur font subir des fermentations spéciales : 7 - La fermentation alcoolique s'effectue sous l'influence le divers Saccharomyces ; ellé transforme le sucre en alcool et acide carbonique avec production d’une très petite quantité de produits secondaires, comme la glycérine et l'acide succinique.
La fermentation lactique, produite typiquement par le Bacillus iacticus Pasteur, transforme les sucres en acide lactique.
. La fermentation butyrique, produite typiquement par le vibrion butyrique, Bacillus butyricus Pasteur, donne, aux dépens des sucres, de l'acide butyrique, de l'acide carbonique et de l'hydrogène.
La fermentation visqueuse se produit surtout dans les solutions contenant à la fois du sucre et des matières albuminoïdes. Dans cette fermentation, il se produit de la mannite, en même temps que le liquide devient filant. L'agent principal de cette fermentation est le Bacillus viscosus (1).
Enfin, il nous faut signaler l’envahissement possible des liqueurs sucrées par le Leuconostoc mesenteroides (vulgairement frai de grenouille), qui intervertit le sucre de canne à l’aide de l’invertine qu'il sécrète, puis se nourrit du sucre interverti qu'il brûle complètement. On sait que l'aspect gélatineux de cet organisme est dû à sa membrane très épaisse, constituée par une substance ternaire, une dextrane (SCHEIBLER), dont la nature chimique est tout à fait comparable à celle des produits gélatineux observés dans la fermentation visqueuse. . Le lactose, quine fait partie que d’un petit nombre de médicaments, comme les extraits tlitrés, les granules, les poudres diluées d’alcaloïdes, la poudre d’opium, etc., est un sucre peu altérable, beaucoup moins facilement hydrolysable que le sucre de canne, ne subissant pas la fermentation alcoolique sous l'influence des levures ordinaires; son altération biochimique la plus habituelle, c’est la fermentation lactique qui ne se produit d'ailleurs généralement pas dans les formes pharmaceutiques dans lesquelles il est introduit.
Ces quelques données générales sur les altérations des: sucres nous rendront facilement compréhensibles les modifications les plus fréquentes qu'éprouvent les médicaments qui renferment ces principes.
Sirops, — Les sirops trop concentrés peuvent laisser cristalliser du sucre de canne; cette cristallisation se fait surtout:
(1) Pour l'étude des agents qui produisent les fermentations lactique,
butyrique et visqueuse, on consultera utilement : E. Macé. — Traité pratique de bactériologie, 5e édition, Paris, 1904.
dans un endroit froid, à la cave, et on remarque qu'elle se fait plus spécialement sur la paroi du flacon qui estla plus proche de la muraille ; cela tient à ce que cette dernière agit comme réfrigérant sur la paroi du flacon qui est la plus voisine d'elle. Cette cristallisation du saccharose dans les sirops n’est en somme qu'une simple modification de concentration, qu'une altération physique.
Les sirops subissent fréquemment, la fermentation alcoolique résultant d’un envahissement par des Saccharomyces; ils se troublent et deviennent mousseux.
Sans qu'il se produise de fermentation alcoolique, les sirops parfois se recouvrent de moisissures; dans ce cas, l’invertine que sécrètent ces dernières dédouble rapidement le saccharose.
En dehors de ces altérations produites par des agents extrinsèques, en raison même de la composition et du mode de préparation des sirops, il peut se faire une interversion pour ainsi dire normale du sucre de canne dans certains de ces derniers.
Ainsi le saccharose s’intervertit très rapidement dans les sirops acides, comme on peut le voir d’après le tableau suivant (1).
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