CONCLUSIONS
Au cours de ce travail, sauf de rares exceptions, la conservation des médicaments n’a été envisagée qu'au point de vue
des moyens à mettre en œuvre pour préserver ces derniers
des altérations dont ils peuvent être l'objet. IL n’y a pas à rappeler maintenant ces altérations nombreuses et les procédés destinés à les prévenir ou à les retarder.
J'aurais cru sortir du cadre qui m'était tracé, en interprétant autrement qu'au point de vue technique la question de la conservation des médicaments. Aussi n’ai-je pas parlé que de la conservation légale des médicaments et de l'obligation dans laquelle se trouvent les pharmaciens de chaque pays de se conformer aux prescriptions de leurs pharmacopées respectives, pour assurer convenablement celte conservation (1).
Nous avons pu nous rendre compte que chaque jour nous faisait connaître de nouveaux modes d’altération des médicaments, contre lesquels nous restons parfois quelque peu désarmés (perte de la radioactivité des eaux minérales, par exemple). Néanmoins, nous avons reconnu que, dans bien des cas, la connaissance exacte de la nature intime des altérations produites pouvait nous permettre de trouver des moyens efficaces de conservation. Beaucoup de procédés compliqués, dérivés d'un empirisme aveugle, ont fait place ainsi à des procédés plus simples, aussi efficaces et plus
faciles à mettre en œuvre.
(1} En considérant seulement ce qui se passe dans notre pays, les renseignements fournis à ce sujet par le Codex de 1908 sont beaucoup plus complets que ceux qu’on trouvait dans le Codex de 1884 Si le pharmacien a encore quelque incertitude dans la conduite à suivre dans certains cas il consultera utilement l'ouvrage d’Yvon : Commentaires pharmaceutiques du Codex de 1903, 15-23, Paris, 1909.
Nous avons fait remarquer, en outre, que l'observation de certaines précautions spéciales, au moment de la préparation de certains médicaments, sans altérer en aucune façon la nature de ces derniers, en rendait néanmoins les altérations moins rapides et la conservation beaucoup plus facile.
Malheureusement, les données scientifiquement acquises sur les altérations et la conservation des médicaments paraissent être souvent bien ignorées ou, tout au moins, presque complètement méconnues dans le domaine de la pratique pharmaceutique courante. Les officines sont ordinairement garnies de multiples rangées de bocaux, d'une couleur le plus souvent uniforme, choisie sans discernement (1), exposés en pleine lumière, plus ou moins incomplètement remplis, fermés souvent avec une simple capsule de fer-blanc. A la cave, dansles magasins de réserve, les médicamentssontrenfermés le plus souvent dans des vases trop grands et sont mal protégés contre les influences extérieures, celle de l'atmosphère en particulier. Il semble parfois qu'on accumule à plaisir les conditions ies plus favorables pour que les agents d’altération puissent le mieux exercer leur action.
Pour les médicaments dits officinaux, le pharmacien ne doit pas se contenter d'en effectuer soigneusement et consciencieusement la préparation; il doit continuer ses soins au médicament une fois préparé; il doit s’efforcer de le soustraire aux multiples causes d’altération qui l’environnent : air, humidité, lumière solaire et même lumière artificielle, chaleur, microorganismes, parasites, etc.
Ce côté de la pratique pharmaceutique est certainement un peu négligé; il y a 1à un état de choses qui nécessiterait quelques améliorations avisées; ce doit être la tâche de tout pharmacien soucieux de son art et désireux de ne livrer aux malades que des médicaments irréprochables.
(1) On voit très souvent des bocaux en verre bleu ou violet, c’est-à-dire d'une couleur laissant passer précisément les radiations lumineuses les plus actives au point de vue chimique.