‹ Altérations et Conservation Des Médicaments Chimiques et GaléniquesChapitre 6 sur 37 · I. — Causes extrinsèques de nature physique ou chimique · texte numérisé non relu

I. — Causes extrinsèques de nature physique ou chimique

"À, L'air est à juste titre considéré comme un des agents d’altération les plus importants des médicaments; son action, plus ou moins intense, s'exerce en effet d'une facon constante sur ces derniers,-à moins de précautions tout à fait spéciales, dont l'application générale est d’ailleurs presque impossible en pratique. Cette action a été depuis longtemps envisagée au point de vue exclusivement pharmaceutique (1).

Parmi les éléments qui entrent.dans la composition de l'air, un certain nombre ne paraissent pas, d’après nos connaissances actuelles, devoir être pris en considération pour le sujet qui nous occupe ; tels sont l'hélium, l'argon, le kryp-

(1) P.-A. SouLès. — Des altérations que subissent quelques substances médicamenteuses sous l'influence de l’air atmosphérique; Thèse pharm., Paris, 1859.

. P. CHASTAING. — Action de l'air et de la lumière sur les médicaments chimiques ; Thèse agrég. sc. nat. (pharm.), Paris, 1879.

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ton, le xénon, le néon, l’azote lui-même ; l’inactivité chimique de ces divers gaz nous autorise, jusqu'à preuve du contraire, à les négliger comme agents d’altération des médicaments.

À côté de l'oxygène dont l'importance est prédominante, il nous faut envisager aussi l'ozone. La proportion d’ozone contenue dans l’air est très variable; parfois tout à fait nulle, elle est, en tout cas, extrêmement faible. puisqu ‘elle varierait de 0%", 002 à 0,001 pour 100 litres d'air (1) ; étant donné ce qu’on sait du pouvoir oxydant si considérable de l'ozone, cette quantité ne saurait être cependant considérée comme négligeable.

La vapeur d'eau contenue dans l’air atmosphérique favorise et même rend possible dans bien des cas l’action desautres éléments de l'air qui ne saurait s'exercer sans sa présence.

C'est ainsi que l'acide carbonique, qui est contenu dans l'atmosphère dans la proportion de 0,000% à 0,0006 en volume, n'entre la plupart du temps en réaction avec d’autres principes chimiques qu'en présence d’une certaine quantité d’eau ou de vapeur d'eau.

Nous devons encore envisager, comme agents d’altération possible des médicaments, les faibles quantités d'ammoniac et de composés oxygénés de l’azote qu'on peut rencontrer dans l'air.

D’autres éléments trouvés dans l’atmosphère, iode, carbures d'hydrogène ou hydrogène, composés sulfurés, etc., ne doivent pas retenir notre attention.

Quant aux éléments solides ou organisés de l'atmosphère, tels que les poussières et les bactéries, nous serons amenés à nous en occuper un peu plus tard.

Les divers éléments chimiques contenus dans l’air sont tous susceptibles, pris isolément, de produire des altérations,

Spéciales à chacun d’eux, dans les médicaments qui sont à leur contact. |

Cependant, il est quelques te qui ne peuvent se

produire que par l'association de deux ou de plusieurs de

ces éléments de telle sorte que, dans bien des cas, l'air peut

(4) ZENGER; d’après Motissan, — Trailé de chimie minérale, 1, 236, Paris, 1904.

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provoquer des modifications à la fois très complexes et très profondes. En présence de l'air humide, par exemple, et sous l’action directe de l’acide carbonique qui y est contenu, le cyanure de potassium peut se transformer graduellement en carbonate de potassium et perdre ainsi peu à peu ses propriétés toxiques. |

Au point de vue physique, l'atmosphère qui nous entoure joue un rôle important dans le mécanisme de la perte plus ou moins grande en eau des produits efflorescents, puisque l’efflorescence se fait d’une façon variable suivant l’état hygrométrique de l'air, et, aussi, suivant la température et la pression barométrique.

B. Eau. — La présence de l’eau est une circonstance très défavorable à la bonne conservation de nombreux médicaments; on vient de voir, par exemple, qu'elle peut rendre effective l’action nocive de certains éléments de l'air comme l'acide carbonique. L'eau est, en effet, un milieu excellemment approprié à l’'accomplissement de nombreuses réactions chimiques. :

Elle peut elle-même, dans beaucoup de cas, prendre part à la réaction. Ainsi, plusieurs phosphures décomposent l'eau, en se transformant en hypophosphites et en hydrogène phosphoré spontanément inflammable à l'air.

Enfin, la présence de l’eau rend possible le développement des microorganismes, agents de toutes les fermentations qui font revenir au monde minéral les produits complexes dérivés de l’activité des êtres organisés.

C. Chaleur. — Le chaleur ne paraît pas avoir une action directe très importante sur les altérations que peuvent présenter les médicaments, tout au moins lorsque ces derniers sont conservés dans les conditions habituelles de température. Celle-ci, néanmoins, peut ou bien favoriser certaines altératons el en précipiter la marche, ou bien, au contraire, être la cause indirecte d’une meilleure conservation. On connaît, par exemple, l'importance en hygiène alimentaire de l'application soutenue d’une température voisine de 0°, en vue de la conservation d’un grand nombre de denrées. Il est ncn

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moins évident, par contre, qu'une température qui oscillera entre 30 et 40° se présentera, toutes autres conditions gardées, comme une circonstance très propice au développement des microorganismes, en particulier de ceux de la putréfaction des matières organisées.

La chaleur nous apparait done seulement comme un agent tout à fait indirect d’allération, au moins dans les conditions habituelles dela conservation des substances médicamenteuses.

D. Lumière. -— Les pharmacologistes ont remarqué depuis longtemps le changement de couleur qu'éprouvent certaines drogues simples et certains médicaments sous l'influence de la lumière. Dès la fin du xvm° siècle, ils savaient en outre que la lumière peut déterminer des altérations profondes dans la nature des médicaments.

Simon MoreLor (1) s'exprime ainsi en 4803 : « Les effets « que produit la lumière sur lorganisme végétal et animal « ne sont pas moins remarquables sur une infinité de combi- « naisons chimiques. On peut même avancer avec assurance « qu'il n’est pas une seule substance simple, composée ou « combinée, quelqu'enfermée qu’elle soit dans des flacons « bouchés avec des bouchons ‘de crystal usés à l’émeril, qui, « étant exposée au contact de la lumière, n’éprouve une alté- « ration plus ou moins sensible. Outre le changement de cou- « leur qui a lieu à l'égard d’une infinité de corps, il s'opère « à chaque instant des décompositions et des combinaisons « nouvelles. Ce sont surtout les acides minéraux, les oxides « métalliques, les poudres végétales, les huiles volatiles, les « huiles animales, les sels métalliques, les fécules colorantes, « les oxides hydro-sulfurés, dans lesquels on observe les alté- « rations les plus singulières. Ces divers phénomènes d’alté- « ration ont été bien remarqués par tous les pharmaciens. « Les effets de la lumière sur l'acide nitrique sont très sen- « sibles. Au bout d'un certain temps, le flacon se remplit de « vapeurs rouges.

« L'acide muriatique oxygéné en contact avec la lumière, « dégage du gaz oxigène.

(1) Cours élémentaire, théorique et pratique de pharmacie chimique ou Manuel du pharmacien chimiste, 1, 60, Paris, 1803.

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« L'oxide rouge de mercure exposé aux rayons solaires, se « désoxide.

« Le muriate d'argent exposé à la lumière se réduit à l'état « métallique dans ses surfaces, tandis que la partie inférieure, « qui est à l'abri de la lumière par l’intermède d'un papier « noir, reste à l’état d’oxide. »

Dans tous les traités de pharmacie postérieurs | à celui de Simon MoreLor, on retrouve mentionnée cette influence modificatrice de la lumière, et le plus souvent, en même temps, il y est fait mention des précautions à prendre pour éviter les altérations produites par cet agent.

Les idées des chimistes sur le mode d'action de la lumière ont été d’abord assez confuses. On a été, en premier lieu, porté à rapprocher les actions photochimiques de celles produites par la chaleur et à considérer les actions observées

comme devant être rattachées à ce dernier agent. C'est là une conception sur la fausseté de laquelle il n’y a pas lieu d’insister et de laquelle d’ailleurs on a depuis longtemps fait justice. Il est bien démontré maintenant que les radiations lumineuses ont une énergie propre qui peut se transformer en énergie chimique et déterminer ainsi des modifications plus ou moins profondes des composés sur lesquels elles agissent.

L'étude de l’activité chimique de la lumière a été déjà envisagée spécialement au point de vue pharmaceutique.

En 1879, P. CaasranG a publié sur ce sujet un travail d’en-

semble (Thèse citée), dans lequel, après un historique de la question, il a exposé ses diverses recherches personnelles poursuivies depuis 1873. Il a étudié comparativement l'énergie chimique des diverses radiations lumineuses, dans des conditions expérimentales variées, en opérant soit dans : le vide, soit en présence de l'air.

… Des expériences faites sur divers oxydes et sur divers composés binaires lui ontmontré que les rayons rouges et jaunes étaient doués de propriétés photochimiques constatables, et ila admis, « pour les corps métalliques, comme généralement vraies, les conclusions suivantes (1) :

(4) Loco citato, p. 39.

«4° L'action chimique du spectre sur les composés « binaires et les sels est double : réductrice d’un côté du « spectre, elle est oxydante de l’autre ;

« 2° L'action chimique réductrice est plus marquée que « l’action chimique oxydante ;

« 3° La radiation verte agit comme le bleu et le violet, « c’est-à-dire comme réductrice.

« 4° Il résulte de ces deux actions inverses qu'il doit exister «un point du spectre où la part de la lumière dans les « actions chimiques est nulle, c’est-à-dire qu’à ce point du « spectre elle est la même que dans l'obscurité ;

« 5° Ce point, que nous avons nommé point neutre, est « placé entre les raies D etF,àla limite du vert et du jaune. »

P. CnasraixG a également étudié l'influence des diverses radiations lumineuses, soit dans le vide, soit en présence de l'air, sur un certain nombre de médicaments organiques.

En dehors de leur intérêt purement scientifique, ces recherches ont abouti à des conclusions pratiques qui ont permis à l’auteur de formuler certaines règles applicables au mode de conservation de nombreux médicaments et en particulier au choix de la couleur des flacons destinés à contenir ces derniers. Nous aurons plus loin l’occasion d'utiliser les données ainsi acquises.

Comme l’a fait remarquer récemment G. Cramicran (1), la partie générale théorique de la photochimie a fait de nos jours des progrès remarquables. Nous ne saurions aborder avec fruit une telle étude, qui est d’ailleurs du domaine exclusif de la chimie us et nous nous contenterons de noter brièvement ce que fournit l'expérience directe.

G. Cramicrax et P. Sie ont envisagé plus spécialement les processus organiques facilités ou provoqués par la lumière solaire. En cherchant les analogies des réactions photochimiques dans des corps chimiquement analogues, ils déclaren tn’avoir pu « obtenir de résultats généraux, à cause des «fréquentes anomalies, beaucoup plus nombreuses que les « règles mêmes ». Remarquons que si les résultats obtenus

(1) Sur les actions chimiques de la lumière; conférence faite devant la Société chimique de France le 6 juin 1908; Bull. Soc. chim., numéro du 5 août 1908.

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par ces auteurs sont, par là même, d'ordre exclusivement expérimental, ils n’en ont pas moins une importance capitale au point de vue spécial qui nous occupe. Aussi allons-nous passer en revue les divers processus envisagés par G. CramrciAN etP. SILBER.

Les réactions photochimiques les plus faciles à produire se rapportent principalement à des phénomènes d'oxydation et de réduction. Parmi ces phénomènes, il est intéressant de mentionner ceux qui s'accomplissent sur des couples de composés convenablement choisis, dont l’un s'oxyde aux dépens de l’autre qui, de ce fait même, subit une réduction. Telle est, par exemple, la réaction qui s’accomplit lorsqu'on soumet à l’action de la lumière un mélange constitué d’une part par un alcool et, d'autre part, par une substance contenant un groupe carbonyle (quinone, acétone et aldéhyde) : l'hydrogène oxhydrylique de l'alcool se fixe sur le composé carbonylé (1). :

C’est ainsi qu'en solution dans l'alcool éthylique, la quinone ordinaire ou benzoquinone se transforme en quinhydrone et hydroquinone, tandis qu’il se fait une oxydation corrélative de l’alcool qui passe à l'état d'acétaldéhyde. La quinone agit d'une facon analogue sur la glycérine, l'érythrite, la mannite, la dulcite; tous ces divers alcools polyatomiques se transforment en sucres correspondants. Dans les mêmes conditions le glucose-d donne de la glucosone-d.

Les autres quinones se comportent à peu près comme la benzoquinone ; la £kymoquinone fournit ainsi l'aydrothymoquinone.

Des réactions comparables se passent avec divers a/{déhydes et divers acétones aromatiques exposés en solution alcoolique à l’action de la lumière. Avec le benzophénone, on obtient de la benzopinacone, avec l'acétophénone de l'acéto-phénopinacone. L'aldéhyde benzoïque se transforme en kydrobenzoïine etisohydrobenzoïine, l'aldéhyde anisique, en hydroanisoine, la benzoine en hydrobenzoïne, la vanilline en déhydrodivanilline.

Si l'on remplace l'alcool éthylique par l’alcoo! henzylique,

(1) G. Cramicran et P. SiBEr. — Chemische Lichtwirkungen; Ber. d. d. chem. Ges., XXXIIT, 29114, 4900; XXX VI, 4575, 4901.

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les réactions sont du même ordre, quoique naturellement un peu plus compliquées. Si, par exemple, on expose à la lumière un mélange de benzophénone et d'alcool benzylique, il y a d'abord union de ces deux composés pour former le triphénylglycol, mais cette réaction ne s'accomplit qu'en faible proportion; le benzophénone est réduit par l'alcool benzylique avec formation de benzopinacone qui est le produit principal de la réaction; quant à l'aldéhyde benzoïque qui devrait se produire en même temps par suite de l'oxydation de l'alcool benzylique, il se résinifie ou réagit partiellement sur l'alcool benzylique en donnant l’hydrobenzoine.

G. Crawrcrax et P. Sizser (1) ont étudié comparativement les divers rayons lumineux de réfrangilibilité différente, relativement à.leur pouvoir de produire les actions chimiques que nous venons de mentionner. Toutes les réactions étudiées ont été favorisées par les rayons les plus fortement réfrangibles; les rayons rouges n’ont montré qu'une action tout à fait faible ou seulement à peine appréciable. C’est là une nouvelle preuve bien évidente de ce fait que les réactions décrites résultent d'une action photochimique: et non d’une action provoquée par la chaleur du soleil.

Des expériences intéressantes ont été faites par les mêmes auteurs sur l'alloxane qui, dans l'alcool ordinaire, s’est transformée en alloxantine, et aussi sur les dérivés nitres aromatiques(2)quipeuventêtre réduits en dérivés nitrosés el en bases correspondantes.

Le processus d’oxydation et de réduction peut même, dans certains cas particulièrement favorables, s’'accomplir dans une même molécule. Ainsi, l’orthontitrobenzaldéhyde donne, par transposition d'un atome d'oxygène, l'acide orthonttrosobenzoïque. Cette transformalion, sous l'influence de la lumière, peut se faire même lorsque le corps est à l'état solide, et cette métamorphose est accompagnée d’un changement de couleur descristaux qui deviennent d’abord verdâtres, tout en ;demeuraut transparents, puis ensuite opaques et blancs.

(4) Azioni chimiche della luce: Atti R. Accad. dei Lincei Roma (SEXE 2e sem., 445, 1902.

(2) Azioni chimiche della luce; Atti R. Accad. dei Lincei Roma, [5]; XI, 1er sem., 277, 1902.

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La lumière favorise dans une large mesure l'oxydation spontanée de nombreux principes en présence de l'air. Le benzaldéhyde donne ainsi de l'acide benzoique et une résine qui paraît n'être qu'un simple produit de polymérisation ; l’acétone donne de l'acide acétique et de l'acide formique ; en tube scellé, comme on le verra plus loin, ilse fait, à partir du même composé, de l'acide acétique etdu méthane ; le stilbène, même à l’état solide, fournit de l’'aldéhyde benzoïque.

La lumière produit très facilement la polymérisation des composés non saturés. On connaît depuis longtemps, dans cet ordre de réactions, les polymérisations des adéhydes, du cyanogène, de certains hydrocarbures, de l'acide propiolique en acide trimésique, de l'anthracène en dianthracène.De même l'acide cinnamique solide se transforme en acide truxillique, le stilbène en distilbène. Le carvone(1), exposé à la Lumière en solution hydroalcoolique, se transforme pour la plus grande partie en une résine et, pour une faible portion, en un isomère solide qui fond à 100° et qui, par son aspect et son odeur, ressemble étrangement au camphre. G. CrAmicrAN et P. Sizeer pensent qu'il s’agit d’un phénomène de polymérisation intramoléculaire aux dépens des deux doubles liaisons du carvone; le produit, en effet, à l'encontre du carvone, résiste au permanganate de potassium.

La lumière peut déterminer dans les composés à double liaison le passage d’une forme stéréo-isomérique à une autre, la transformation se faisaat de telle sorte qu’elle aboutit à un composé moins soluble; l'acide maléique peut ainsi se transformer en acide fumarique,\'acide angélique en acide tiglique.

On connaît de nombreux cas dans lesquels la lumière provoque des décompositions de substances organiques par scission où par kydrolyse. Ainsi, en présence de sels d’urane, jouant le rèle de catalyseurs, les acides carboxylés perdent de l’anhydride carbonique. Les acides de la série grasse, tels que les acides acétique, propionique et butyrique donnent de l'acide carbonique et, respectivement, du méthane, de l'éthane : et du propane. De même, l'acide succinique donne de l'acide propionique el l'acide pyrotartrique de l'acide butyrique.

(1) Chemische Lichtwirkungen, XII; Ber, d. d. chem. Ges., XXXI, 1928, 4908. ;

Les acétones subissent une scission hydrolytique, sans qu’il soit besoin de l'intervention de corps étrangers. L'acétone et le méthyléthylacétone en solution aqueuse se dédoublent en acide acétique et respectivement en méthane et éthane. Le cyclohexanone fournit par hydrolyse l'acide caproïque normal et un composé répondant à la formule d’un aldéhyde hexylénique; il y a donc ouverture de l’anneau.

Le menthone s’hydrolyse partiellement à la lumière en donnant un mélange d'acide isodécylique et d'un aldéhyde non saturé isomère avec le citronnellal et présentant de grandes analogies avec ce dernier composé (1).

G. Cramicrax et P. Sizser (2) ont mis en évidence ce fait physiologiquement très intéressant que l’acétone, en présence d'acide cyanhydrique, peut se transformer sous l'influence de la lumière en amino-acides. Dans cette action, en effet, à côté de l'acide oxybutyrique et de son amide, qui sont les dérivés immédiats de la cyanhydrine,il se forme de l’oxalate d'ammonium, de l'acide 4-aminoisobutyrique et de l’acétonylurée.

J'ai dû, dans les quelques pages qui précèdent, me borner à signaler seulement quelques-unes des réactions les plus importantes étudiées par G. Cramicran et P. Sizeer. On ne saurait avoir une compréhension complète de tous les faits qu'ils ont signalés — soit qu'ils les aient empruntés à leurs prédécesseurs, soit qu'ils les aient eux-mêmes observés — que par la lecture attentive des mémoires qu’ils ont publiés sur ce sujet depuis une dizaine d'années. Néanmoins, les réactions rapportées ici suffisent pour nous montrer l'importance capitale de lalumière dans les modifications que peuvent éprouver, pendant leur conservation, les composés organiques.

Mentionnons encore cependant les changements de couleur que subissent certains principes immédiats, comme la santonine et l’érythrocentaurine, sous l'influence de la lumière. Méau {3) a montré, en particulier, pour l’érythrocentaurine,

(4) G. CramicrAN et P. SILBER. — Chemische Lichtwirkungen; Ber. d. d.

chem. Ges., XL, 2415, 1907; XLI, 1071, 1908.

(2) Azioni chimiche della luce. Afti R. Acad. dei Linc, Roma, [5], XV, 2e sem., 529, 1906.

(3) Etude chimique et physique sur l’érythrocentaurine et sur la santonine; Thèse doct. méd., Paris, 1865.

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que ce changement était réversible et pouvait être reproduit un certain nombre de fois : si l’on expose l’érythrocentaurine incolore à l’action directe des rayons solaires, on la voit passer assez rapidement au rose, puis au rouge vif. Si on dissout l’érythrocentaurine, ainsi rougie par insolation, dans un dissolvant approprié (eau, alcool, éther, essence de térébenthine, benzine, sulfure de carbone, chloroforme,...), la solution obtenue est tout à fait sncolore, et, par évaporation à l'obscurité, elle fournit des cristaux incolores qui rougissent de nouveau sous l'influence de la lumière solaire. L’érythrocentaurine rougie par la lumière perd également toute coloration, lorsqu'on la porte à une température de 150°. Ce curieux changement de couleur qu’'éprouve l'érythrocentaurine à la lumière ne paraît pas s'accompagner de modifications corrélatives dans les propriétés chimiques du composé; ce n’est pas là, d’ailleurs, un cas d'ordre général, car nous venons de voir que beaucoup de corps soumis à influence de la lumière éprouvent au contraire des changements profonds dans leur constitution intime.

G. CramictAN à fait judicieusement remarquer qu’ « il pourrait se faire, puisque les essences s’altèrent à la lumière en solution hydroalcoolique, que les parfums préparés avec tant de soin changent d'odeur, en restant exposés dans les vitrines », ce qui « pourrait avoir quelque importance pour la parfumerie pratique (1). »

Cette remarque peut s'appliquer très exactement au sujet qui nous occupe en changeant le mot « essences » par le terme « principes médicamenteux » et en envisageant non plus la parfumerie, mais la pharmacie.

Nous avons énuméré plus haut une longue série de réactions pouvant se produire sous l’action de la lumière : oxydation de l'alcool éthylique et des alcools polyatomiques, de l’aldéhyde benzoïque, de la vanilline, polymérisation de composés non saturés comme l'acide cinnamique, transformation de l'acide maléique en acide fumarique, décomposition par scission d'acides de la série grasse, comme les acides acétique, propionique et butyrique, hydrolyse d’acétones., Ce sont là préci-

(1) Conférence faite devant la Société chimique de France le 6 juin 1908, p. XXV; Bull. Soc, chim., n° du 5 août 1908.

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sément des réactions qui doivent se passer journellement dans de nombreux médicaments conservés dans les vitrines ou sur les rayons des pharmacies. Beaucoup de ces médicaments nous apparaissent, en effet, comme réalisant des mélanges semblables où au moins analogues à ceux qui ont servi à G. Cramicrax et P. Sirser dans res expériences, tel est le cas, par exemple, de presque toutes les teintures RMS

L'action de la lumière est donc un facteur important à envisager dans l'étude de la conservation des médicaments ; c'est pourquoi j'ai cru devoir attirer l'attention des pharmaciens sur les faits nouveaux et bien établis qui ont pu être constatés au cours de cette action.

E. Electricité. — On n'a pas à envisager ici les modificaüons que détermine dans la nature des médicaments l’application provoquée de l'électricité sous ses diverses formes. Il faut seulement se demander, dans cet ordre d'idées, si l'on doit attribuer quelque action à l'électricité atmosphérique. Je ne pense pas qu'il soit possible de répondre d’une manière satisfaisante à cette question. On peut toutefois faire remarquer que l'influence de Pélectricité atmosphérique sur la conservation des médicaments n’est peut-être pas niable si on considère certains composés de l'air atmosphérique dont la production est due, au moins partiellement, à son action. Ainsi, une petite quantité de l'oxygène de l'air peut passer à l’état d'ozone sous l'influence de lélectricité atmosphérique : e de même, lorsque des étincelles éclatent dans l'air humide, il y à formation d'acides nitreux et nitrique et d’ammoniaque; or, tous ces composés sont loin d’ètre dépourvus d'activité chimique.

Néanmoins, si, par cette voie, les médicaments sont susceptlibles d’éprouver quelque altération, il n’y a pas lieu, toutefois, de s’attarder à l'étude d’une telle cause dont fa réalitéet, à plus forte raison, l'importance sont loin d’être démontrées.

F. Nature des vases. — Il y a lieu, quand on conserve un médicament, de veiller à ce que la matière dont est constitué, le vase qui le renferme ne soit pas susceptible d' entrer en.

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réaction avec le médicament lui-même. C'est là une cause d’altération qui est fréquente, bien qu’elle paraisse pouvoir être facilement évitée par des précautions convenables. Je signalerai que les vases métalliques à étamage contenant du plomb, ainsi que les poteries de grès recouvertes de vernis plombifères peuvent céder aux médicaments acides une certaine quantité de plomb; cela arrive par exemple pour l’eau distillée de fleur d'oranger qui est assez souvent conservée en estagnons de fer blanc. Pour la même raison les vinaigres médicinaux devront être conservés dans des flacons de verre.

La qualité du verre lui-même doit être prise en considération pour certains médicaments qui doivent être stérilisés par la chaleur dans le vase même où ils seront conservés, comme c’est le cas pour de nombreuses solutions destinées à l’usage hypodermique. Les verres, qui, chauffés avec de l'eau, rendent cette dernière sensiblement alcaline, devront être rejetés de l'usage (1). :

2° Des êtres organisés ou des produits dérivant de l'activité des êtres organisés comme causes extrinsèques d’altération des médicaments.

Les êtres vivants susceptibles de s'attaquer aux médicaments pour les transformer, et même les détruire, appartiennent surtout au règne végétal.

Il n’y à pas lieu de prendre ici en considération les dégâts que peuvent commettre dans les pharmacies certaines espèces de l’ordre des Rongeurs : les officines bien tenues sont à l'abri de ces accidents, qu'il est d'ailleurs toujours facile de prévenir, en conservant les médicaments dans des récipients bien fermés, et en des endroits convenables. Cependant, parmi les animaux appartenant à des groupes moins bien développés en organisation que les Mammifères, il en est un assez grand nombre qui peuvent vivre dans certains médicaments et y déterminer des modifications telles que ces médicaments deviennent parfois tout à fait inutili-

(1) Voir à ce propos : A. LESURE. — Stérilisation à l’autoclâve des solu-

tions aqueuses de chlorhydrate de cocaïne pour injections hypodermiques ; Journ. de Pharm..et de Chim., [6], XX VII, 474, 526, 1908.

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