OXYDE D'ALUMINIUM ANHYDRE, A
Si Pionchon(!) a obtenu dans la combustion de l'aluminium au chalumeau oxhydrique un oxyde amorphe, d’ailleurs mélangé d’aluminium libre, ne répondant pas à la formule APO*, et si Kohn- Abrest(?) entrevoit la formation possible d'un sous-oxyde d’aluminum dans certaines oxydations, leur opinion ne suffit nullement à modifier celle de tous les chimisles qui admettent qu'il n'existe qu'une combivaison d'oxygène et d'aluminium, l'alumine AP O*.
Alumine amorphe. — On prépare l'alumine anhydre amorphe en calcinant à haute lempéralure l’alun ammoniacal ou sulfate double d'aluminium et d’ammonium (Az H‘}?S0‘,AP(S0:),24H°0. L'alun ammoniacal, calciné dans un creuset si on opère dans un laboratoire, ou sur la sole d'un four à réverbère si l’on opère industriellement, perd d’abord son eau de cristallisation en se boursouflant, puis du sulfate d'’ammoniaque et de l’anhydride sulfurique: il reste finalement de l’alumine.
Cette méthode, qui était (rès employée industriellement autrefois. est généralement remplacée aujourd'hui par la calcination de l’alumine hydratée que l'on obtient facilement pure par le procédé Baeyer qui sera exposé plus loin. L’alumine anhydre a une très grande im-
portance depuis qu'on l'emploie en grande quantité pour la préparation de l'aluminium par voie électrolytique.
(1) Pioncnox, Comptes rendus, 417, p. 398, 1863. (%KonN-ALREsT, Bulletin Soc. Chimique, 84, p. 239, 1904,
Alurune pure. — M. Baubigny(!) a indiqué d’une façon précise les précautions à prendre pour oblenir de l’alumine pure.
De l’alun ammoniacal déjà assez pur est soumis à des cristallisalions successives jusqu'à ce qu'on ne puisse plus déceler le fer dans les eaux mères. Les cristaux recueillis sont desséchés, calcinés légèrement d’abord, puis à la température de fusion de l’or pendant plusieurs heures pour assurer la décomposition du sulfate d'alumine. L'alumine obtenue est lessivée à plusieurs reprises avec de l'eau bouillante pour enlever les petites quantités de sulfate alcalin (soude ou potasse) que renferme toujours l'alun ammoniacal; finalement, on procède à une dernière calcination qui détruit les matières Qu niques introduites pendant le lavage.
Phénomènes t'iermiques. — Pendant la calcination de l’alumine amorphe sèche, il se produit des phénomènes du même ordre que ceux qu'on observe quand on chauffe des sesquioxydes de fer ou de chrome; ils ont été éludiés par M. Le Chatelier. Pendant la calcinaon, il se fait une polymérisation accompagnée d’un dégagement de chaleur et l’oxyde, après avoir été porté à haute tempéralure, a changé de propriélés chimiques et en particulier ne possède plus la même aplitude à se dissoudre dans les acides. Ainsi, lorsque le sesquioxyde de fer précipité, déshydraté à la température la plus basse possible, est soumis graduellement à l’action de la chaleur, il devient tout à coup incandescent; dès lors, sa densité s’est accrue et en même temps il est devenu plus dur, d'un rouge plus vif, insoluble dans l'acide nitrique concentré et plus difficilement soluble qu'auparavant dans les autres acides.
Un phénomène semblable se produit quand on chauffe l'alumine. M. Le Chatelier (?), appliquant la même méthode que pour l'étude des argiles, a montré que la température de transformation était située pour l’alumine à 850°. Il a montré de plus que cette transformation ne se produisait qu'avec l’alumine provenant de combinaisons où elle joue le rôle de base, c’est-à-dire obtenue par la calcination modérée de l’azotate ou la précipilation d’un sel d'aluminium par l'ammoniaque. On n'obtient aucune transformalion avec de l’alumine sortant de combinaisons où elle jouait le rôle d'acide, c’est-àdire obtenue en décomposant par l'eau ou les sels ammoniacaux les
aluminates alcalins.
RE (1) Baupiany, Comptes rendus, 47, p. 1367, 1885. @) Le CuareLier, Bulletin Soe. Chimique. (3), 47, p. 303, TR8T.
Alumine cristallisée. — L'alumine cristallisée existe dans la Nature et constitue les pierres les plus précieuses. Elle porte le nom générique de corindon, le nom de rubis lorsqu'elle est colorée en rouge. La reproduction artificielle du corindon et du rubis est un problème qui a passionné les grands chimistes du xix° siècle. Ces recherches offrent le plus grand intérêt, non seulement parce qu’elles permettent de se représenter les procédés employés par la Nature pour produire ces cristaux qui étonnent par leur perfection et leur lransparence, mais aussi parce qu'elles ont donné lieu à des méthodes générales de cristallisation très curieuses.
Nous croyons utile de nous arrêter sur ces méthodes, d'autant plus que la reproduction du rubis est devenue industrielle. En dehors de l'ordre chronologique, on peut y distinguer des méthodes par voie humide et des méthodes par voie sèche dans lesquelles sont ulilisés l'évaporation des solutions, comme dans la méthode d'Ebelmen; le pouvoir minéralisateur du fluor, comme dans les méthodes de Sainte-Claire Deville et Caron et de Frémy; la cristallisation par simple fusion, comme dans celles de Gaudin et Verneuil.
De Sénarmont(') en 1851 opérait par voie humide. Il a établi que si l’on chauffe fortement la dissolution chlorhydrique d'un oxyde de formule R?205 ou RO?, l'acide, même en excès, devient libre dans la solution et l’oxyde se dépose. Il fit donc cristalliser l'alumine en chauffant à une température voisine de 550°, dans un tube scellé très résistant, une solution étendue de chlorhydrate d’alumine. Après l'expérience, il trouva du corindon sous forme d’une poudre cristalline rayant l'émeraude et tout entière composée de petits rhomboëdres.
Parmi les méthodes par voie sèche, la plus remarquable est sans contredit celle d'Ebelmen. « Nous connaissons, dit Ebelmen (?), des corps qui sont volatils à de très hautes hautes températures et qui cependant, à un degré de chaleur un peu moindre, sont des dissolvants énergiques pour la plupart des oxydes métalliques infusibles à ces températures. L'acide borique, le borax, l'acide phosphorique. certains phosphates alcalins sont dans ce cas. Il était naturel de penser qu'en abandonnant à une haute température une dissolution