SCÈNE
ZAMOHE, AMÉRICAINS.
ZAMORE
>Ainis de qui l'audace, aux mortels peu commune, Hetialt dans les dangers et croît dans l'infortune; IllustiTs C()ini)agnons de nion funeste sort, N'obliendrons-nous jamais la vcMijçeance ou la mortt Vivrons-nous pour servir Alzire et la patrie, Sans ûler à Gusmau sa détestable vie, Sans trouver, sans punir cet insolent vainqueur. Sans veiijîer mon pays, (|u'a perdu sa fureur? Dieux impuissants, dieux vains de nos vastes contrées, A des dieux ennemis vous les avez livrées; Kt six cents Kspannols ont détruit sous leurs coups Mon pays et mon trône, et vos temples et vous. Vous n'avez plus d'autiîls, cl je n'ai plus d'empire ' ; Nous avons tout perdu : je suis privé d' Alzire. J*ai porté mon courroux, ma honte et n>es regrets Dans les sables mouvanis. dans le fond des forêts. De la zone bridante et du milieu du monde*, L'asire du jour a vu ma course va;;abonde Justjti'aux lieux où, cessant d'i^clairer nos climats. Il ramène l'année, et revient sur ses pas \ Knfin votre amitié, vos soins, votre vaillance,
1 I/cnipire de Zaniore! c'est imc hvporbole en rapport atoc l'oMipluisc (le loul ce discours.
'i llednudatioe. 1.0 milieu du inonde est l'equiileur qid pttrta|;e eu doux lu zone brùluiile, en vers, et loiride, en prose.
3 Ces vers scmliloni un souvenir do Virgile :Gforf/. 1. Il, v. 401.
Hodlt ngrlculU liibor iirttM m orboni . Atqua lu ta aun p«r vuttiEm vulritur .mnus.
C«A rémmiscunces do Tanliqullù sont rares dans Voltaire.
22 ALZIRE
A mes vastes desseins ont rendu l'espérance: r}''
Et j'ai cru satisfaire, en cet affreux séjour, ^ ^
Deux vertus de mon cœur, la vengeance et l'amour'.
Nous avons rassemblé des mortels intrépides,
Eternels ennemis de nos maîtres avides ;
Nous les avons laissés dans ces forêts errants,
Pour observer ces murs bâtis par nos tyrans ^
J'arrive 3, on nous saisit; une foule inhumaine.
Dans des gouffres profonds nous plonge et nous enchaîne.
De ces lieux infernaux on nous laisse sortir.
Sans que de notre sort on nous daigne avertir.
Amis, où sommes-nous? ne pourra-t-on m'instruire
Qui commande en ces lieux, quel est le sort d'Alzire?
Si Montèze est esclave, et voit encor le jour?
S'il traîne ses malheurs en cette horrible cour ?
Chers et tristes amis du malheureux Zaïnore,
Ne pouvez-vous m'apprendre un destin que j'ignore ?