I . >. UN AMÉRICAIN
En des lieux différents, comme toi mis aux fers. Conduits en ce palais par des chemins divers. Étrangers, inconnus chez ce peuple farouche, Nous n'avons rien appris de tout ce qui te touche, ('acique infortuné, digne d'un meilleur sort. Du moins si nos tyrans ont résolu ta mort, Tes amis, avec toi prêts à cesser de vivre. Sont dignes de t'aimer, et dignes de te suivre.
1 La vengeance et l'amour sont des vertus de l'état bai bare.
2 Zaniore conte à ces braves Américains ce qu'ils savent aiiss bien que lui, et poursuit en leur demandant ce que comme lui il doivent ignorer. Son discours n'en est pas moins une belle décla mation.
5 « Ce n'est pas assez de dire j'amre. Si le spectateur conten de voir Zamore n'en demande pas davantage, le lecteur un pe pins difficile lui dira • pourquoi arrivez-vous? Vous dites dans un des scènes suivantes -. je cherche ici Gusman,j'y voie pour Alzire mais comment venez-vous au hasard, au milieu de vos ennemis dans une ville fortifiée, avec une suite de quelques amis? Corn ment arrivez-vous de manière à être saisi en arrivant, sans pou voir prendre aucune défense? Quel était votre dessein? Espériez vous de vous cacher sous quelque dé^aiisement? Aviez-vous quel que intelligence dans la ville? Y avait-il quelque entreprise formé ou pour vous venger de Gnsnian ou pour tirer Alzire de ses mains?, Ce n'est pas même l'amour qui peut être le prétexte de tant d'irn prudence* vous ignorez oii est Alzire; vous le demandez vingt foi pendant tout le second acte. » [La Harpe.)
ACrrE II, SCÈNE l. 23
ZAMOItE.
Après l'honneur de vaincre, il n'est rien sous les cicux
De plus fjrand en eJTet (|u'un tr»^pas glorieux;
Mais mourir dans l'opprobre et dans l'ignominie,
Mais laisser en mourant des fers à sa patrie,
Périr sans se venger, expirer |)ar les mains
De ces brigands d'Kurop(\ et de ces assassins
Qui, de sang enivrés, de nos trésors a\idos,
Oc ce monde usurpé désoUileurs perlidtîN,
Ont osé nu! Ii\rer à d( s tourments honteux.
Pour m'arracher des biens |)lus méprisables qu'eux ;
Entraîner au tombeau des citoyens qu'on aime;
Laisser à ces tyrans la moitié de soi-môine;
Abandonner AIzire t^ leur lâche fureur :
Cette mort est affreuse, et fait frémir d'horreur'!
SCÈNF II.
ALVAREZ, ZAMOKK, américains.
ALVAREZ
Soyez libres, vivez.
ZAMORE
Ciel ! (jue vims-je d'entendre?
Quelle est rctlc vertu que je ne puis comprendre? Quel xieillard, ou (juel dieu \ient ici m'étonner? Tu parais Espagnol, et tu sais pardonner-! Ks-tu roi? (îetie \ille est-elle en la puissance?
ALVARK/..
Non: mais je puis au moins proléger l'innocenre.
/.AMORK.
Quel est doru' ton destin, vieillard trop généreux?
AI.VARK.Z.
Celui de secourir les morhis malheureux.
ZAMORK.
Eh? (pii peut l'inspirer cette auguste clémence'?
1 Celle période |.oeiique esi hion condulio cl produit toujours de l'elTel lors(|u'im lu (UvliKiie avec feu.
'i l/ouigruriiniu eel (ruiilaiil ulii.s Aaiigiiinie qu'elle jaillit d'un riippniflieii.ciil ipii n'esl poiiii clierclie.
û INiiirijiiot laul il que ees vers, dont le inur cfl vif, smen* alourdiH pur luiit d*épitlièlos.'
ALVAREZ
Dieu, ma religion, et la reconnaissance.
ZAMORE
Dieu? la religion? Quoi! ces tyrans cruels,
Monstres désaltérés dans le sang des mortels.
Qui dépeuplent la terre, et dont la barbarie
En vaste solitude a changé ma patrie,
Dont l'infâme avarice est la suprême loi,
Mon père, ils n'ont donc pas le même Dieu que toi?
ALVAREZ
Ils ont le même Dieu, mon fds; mais ils l'outragent' :
Nés sous la loi des saints, dans le crime ils s'engagent Ils ont tous abusé de leur nouveau pouvoir: Tu connais leurs forfaits, mais connais mon devoir. Le soleil par deux fois a, d'un tropique à l'autre, Éclairé dans sa marche et ce monde et le nôtre ^ Depuis que l'un des liens, par un noble secours, Maître de mon destin, daigna sauver mes jours^. Mon cœur, dès ce moment, partagea vos misères; . Tous vos concitoyens sont devenus mes frères; El je mourrais heureux si je pouvais trouver Ce héros inconnu (jui m'a pu conserver.
ZAMORE
A ses traits, à son âge, à sa vertu suprême
C'est lui, n'en doutons point, c'est Alvarez lui-môme.
Pourrais-tu parmi nous reconnaître le bras
A qui le ciel permit d'empêcher ton trépas?
Que me dit-il? Approche. 0 ciel ! 6 Providence! C'est lui, voilà l'objel de ma reconnaissance. , Mes yeux, mes tristes yeux, affaiblis par les ans, ' Hélas! avez-vous pu le chercher si longtemps^?
{Il V embrasse.) Mon bienfaiteur! mon fils ! parle, que dois-je faire?
1 Ce vers, vraiment beau, est affaibli par les développements qui le suivent.
2 Alvarez ne veut pas être eu reste de périphrases astronomiques avec Zamore.
."> Quel circuit ! que de circonlocutions pour dire une chose si simple!
4 A la rigueur on comprend que le vieil Alvarez, dont les yeux sont affaiblis, n^ reconnaisse pas tout d'abord son bbéraieur, mais Zamore, qui a bonne vue, tarde bien à reconnaître Alvarez,