‹ Alzire, tragédie;Chapitre 19 sur 50 · UN AMERICAIN · texte numérisé non relu

UN AMERICAIN

J'ose ici te donner un conseil salutaire.

Celui (|Ui t'a sauvé, ce \|ell!ard vertueux.

Bientôt avec son (ils \a paraître a tes yeux.

Aux portes de la \ille obtiens (piOn nous conduise :

Sortons, allons tentef notre illustre entreprise.

Allons tout |)réparer contre nos eniu-mis.

Kl surtout n'éparj^nons (pi'Aharez et son (ils.

J'ai vu de ces remparts l'étrangère sliucliire :

Cet art nouveau pour tious, vaimpiein' de la nature,

Ces aniîles, ces fossés, ces hardis houlevarls.

Ces tonnerres d'airain ^nmdants sur les remparts.

Ces pièces de la guerre, oii In mort se présente.

Tout étonnants «pi ils sont, n'ont rien (pii m'é|)uu\anle.

Hélas! nos citoyens enchaînés en ces lieux,

33 ALZIRE

Servent à cimenter cet asile odieux ' ;

Ils dressent, d'une main dans les fers avilie, >

Ce siège de l'orgueil et de la tyrannie.

Mais crois-moi, dans l'instant qu'ils verront leurs vengeur!

Leurs mains vont se lever sur leurs persécuteurs;

Eux-raême ils détruiront cet effroyable ouvrage,

Instrument de leur honte et de leur esclavage.

Nos soldats, nos amis, dans ces fossés sanglants

Vont te faire un chemin sur leurs corps expirants.

Partons, et revenons sur ces coupables têtes

Tourner ces traits de feu, ce fer, et ces tempêtes,

Ce salpêtre enflammé^, qui d'abord à nos yeux

Parut un feu sacré, lancé des mains des dieux.

Connaissons, renversons cette horrible puissance

Que l'orgueil trop longtemps fonda sur l'ignorance.

ZAMORE

Illustres malheureux, que j'aime à voir vos cœurs

Embrasser mes desseins, et sentir mes fureurs !

Puissions-nous de Gusman punir la barbarie!

Que son sang satisfasse au sang de ma patrie!

Triste divinité des mortels offensés.

Vengeance, arme nos mains; qu'il meure, et c'est assez;

Qu'il meure... Mais hélas! plus malheureux que braves,

Nous parlons de punir, et nous sommes esclaves.

De notre sort affreux le joug s'appesantit;

Alvarez disparaît, Montèze nous trahit.

Ce que j'aime est peut-être en des mains que j'abhorre;

Je n'ai d'autre douceur que d'en doutei- encore.

Mes amis, quels accents remplissent ce séjour?

Ces flambeaux allumés ont redoublé le jour.

J'entends l'airain tonnant de ce peuple barbare :

Quelle fête, ou quel crime est-ce donc qu'il prépare?

Voyons si de ces heux on peut au moins sortir.

Si je puis vous sauver» ou s'il nous faut périr.

1 Cimenter est poétique dans le sens figuré, mais ici il est pri iiu propre et accolé au mot abstrait d'asile avec lequel il ne peut s lier.

2 Périphrase pour désigner la poudre à canon.

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