ACTE IV , SCÈNK 1. 4T
Nf VOUS repentez poiiil d'un amour légiiime; Mais sachez le ré^lcrjtO£l excès mèin; au crime. Pronif llez-nioi du moins de ne déciiicr rien. Avant de m'accordcr un second entretien. GUSUAN.
Eh : que pourrait un fils refuser à son père?
Je veux bien pour un temps suspendre ma colère ;
N'en exigez pas plus tie nion cœur outragé.
.'LVAREZ.
Je ne veux que du temps.
{H sort.)
GUSMAN , seul.
Quoi 1 n'être point vengé!
Aimer, me repentir, être n'idiiii cncoie A l'horreur d'en\|erlc destin di- Zaniore, D'un de ces vils morlols en Eiiro|)(' ignorés, Qn\i peine du nom d'iiomme on aurait honorés.. Que vois-je? Alzire! ô ciel !
SCÈNK II.
GUSMAN, ALZIUE, fiMlRF
ALZIRE
('-•('St moi, c'est ton épouse, C'est ce fatal objet de la fureur jalouse, Qui n'a pu le chérir, (pii t'a dO révérer. Qui U' plaint, (pu l'ouiragc, ciciui \irni t'im|)l<)ri'r. Je n'ai lirn déduis)''. Suit grandetir, soil faibli'sse. Ma bouclu" a fait l'axcu (pTun autre a ma lendr»'sse; El ma sincérité, tioj) luru-stc vertu.
Si mon amant périt, est ce (pii l'a perdu. Je \i\\s plus t'étonner : ton épouse a l'audace De s'adresser à loi |)our demander sa grâce'.
I Al/.ire doiiiaridiiiil ii son eixnix eulrugé la grâce do son uniatit.
nipellc, uvoc anide^ie dmis l obji i elcnniriisle dans les rapports,
r.iuiiiic iiiiploraiil ra|i|iiii de Sévère, ^t»n niiittiil.ei) liiveiir <ie Po-
lyeiicie, Kon eiimix. Diiiis cette lutte ae deux grands poêles, le vieux
Corimllle garJo le premier rang.
48 ALZIRE
J'ai cru que don Gusman, tout fier, tout rigoureux,
Tout terrible qu'il est, doit être généreux.
J*ai pensé qu'un guerrier, jaloux de sa puissance,
Peut mettre l'orgueil même à pardonner l'offense :
Une telle vertu séduirait plus nos cœurs :^ vî/V
Que tout l'or de ces lieux n'éblouit nos vainqueurs. ^ *""
Par ce grand changement dans ton âme inhumaine,
Par un effort si beau tu vas changer la mienne ;
Tu t'assures ma foi, mon respect, mon retour,
Tous mes vœux (s'il en est qui tiennent lieu d'amour).
Pardonne... je m'égare... éprouve mon courage.
Peut-être une Espagnole eût promis davantage ;
Elle eût pu prodiguer les charmes de ses pleurs :
Je n'ai point leurs attraits, et je n'ai point leurs mœurs'.
Ce cœur simple, et formé des mains de la nature,
En voulant t'adoucir redouble ton injure :
Mais enfin c'est à toi d'essayer désormais
Sur ce cœur indompté la force des bienfaits.
GUSMAN
Eh bien! si les vertus peuvent tant sur votre âme, Pour en suivre les lois, connaissez-los, madame. Étudiez nos mœurs avant de les blâmer; Ces mœurs sont vos devoirs ; il faut s'y conformer. Sachez que le premier est d'étouffer l'idée Dont votre âme à mes yeux est encor possédée; De vous respecter plus, et de n'oser jamais Me prononcer le nom d'un rival que je hais; D'en rougir la première, et d'attendre en silence Ce que doit d'un barbare ordonner ma vengeance. Sachez que votre époux, qu'ont outragé vos feux, S'il peut vous pardonner, est assez généreux. Plus que vous ne pensez je porte un cœur sensible, Et ce n'est pas à vous à me croire inflexible.
1 II y a ici une syllepse ou accord de pensée ei non de mois , car leur est un pluriel et ne peut se rapporter grammaticalement à une Espagnole. C'est ainsi que Racine a pu dire dans Athalie :
Entre le pauvre et vous vous prendrez Dieu pour juge, Vous souvenant, niun fils, que caché sous ce lin Comme eux vous fûtes pauvre et comme eux orphelin