‹ Alzire, tragédie;Chapitre 4 sur 50 · ACTE I, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE I

Prétendez- vous, mon fils, cimenter ces liens Par le sans rt^pandii de ses concitoyens? Ou bien attendez-vous que ses cris et ses larmes De vos sévères mains fassent tomber les armes?

GCJSMAN.

Eh bien ! vous l'ordonnez, je brise leurs liens.

J'y consens; mais songez qu'il faut qu'ils soient chrétiens.

Ainsi le veut la loi : quitter l'idolâtrie

Est un litre on ces lieux pour mériter la vie';

A la religion gagnons-les .i ce prix :

Commandons aux cœurs môme, et forçons les esprits.

De la nécossit(^ le pouvoir invincible

Traîne an pied des autels \m courage indexible.

Je veux que ces mortels, esclaves de ma loi.

Tremblent sous un seul Dieu, comme sous un seul roi.

ALVAUF.Z.

I^coulez-moi. mon fds: plus (|iic vous je désire

Qu'ici la vérité fonde un nouvel empire,

Que le ciel et l'Kspagnc y soient sans ennemis :

Mais les cœurs opprimés ne sont jamais soumis ^

J'en al gagiK'; plus d'un, je n'ai forcé personne ;

El le vrai Dieu, mon fiKs, est un Dieu qui pardonne.

GUSMAN

.le nie ronds donc, seigneur, ei vous l'avez voulu : Vous avez sur un fils un pouvoir absolu; Oui, vous amolliriez le cœur le plus farouche : Ii'in(lul^ont(! vertu parle par votre bouche. Kh bien! puisque le ciel voulut vous accorder Co don, cet heureux don (\c tnui lu-rsuader, (i'est de vous que j'attends le bonheur de ma vie. AIziro, contre n)oi par mes feux enhardie,

I Nous verriinp au cinqlli^Inc acte que le poëto eiond celle loi inénie aux meurtriers, pour amener, s<iiis souci de la vraiscmblauco. il est vrai, une scène iiailicliqne entre Alzirc et /amoro, et prepaier le heau dénofimeni qui termine celle tragédie.

'2 VtillJiire :-e trouve iii d'aicrtl avec le> oracles do la pensée religieuse : avec ra^^cal, (pu n dit • >c Voulnir mettre la relition dans le cuiur Pt dans l'esprit p.ir lu lorce cl par les iiienMrc»^. ce n'est itas V tticttre lu roliKion, niais la terreur. »< Avpc; Féneloii : «« Il laiit persuader et faire vouloii le hien, de manière ipi'on le veuille lihrenuMil et iiKh'peudam'i eut de lu cramte servile. I a forée neul» elle persuader leg liommes ' poiil-elle leur laiie vi>iiloir ce cpi'il» ne veuloiil pas,' .. Nulle pui-<sance huniaino ne peut foreer le reiranel)cmcnlim|>énéirablo de la liberté d'un cœur. »

Se donnante regret, ne me rend point heureux. Je l'aime, je l'avoue, et plus que je ne veux ; Mais enfin je ne puis, même en voulant lui plaire, De mon cœur trop allier fléchir le caractère' :, Et, rampant sous ses lois, esclave d'un coup d'oeil, Par des soumissions caresser son orgueil. Je ne veux point sur moi lui donner tant d'empire. Vous seul vous pouvez tout sur le père d'Alzire : En un mot, parlez-lui pour la dernière fois; Qu'il commande à sa fille et force enfin son choix. Daignez... Mais c'en est trop, je rougis que mon père Pour l'intérêt d'un fils s'abaisse à la prière.

ALVAREZ

C'en est fait... J'ai parlé, mon fils, et sans rougir.

Montèze a vu sa fille, il l'aura su fléchir.

De sa famille auguste, en ces lieux prisonnière,

Le ciel a par mes soins consolé la misère.

Pour le vrai Dieu Montèze a quitté ses faux dieux :

Lui-môme de sa lille a dessillé les yeux. "^ V

De tout ce nouveau inontle Alzire est le modMe;

Les peuples incertains fixent les yeux sur elle :

Son cœur aux Castillans va donner tous les cœurs;

L'Amérique à genoux adoptera nos mœurs;

La loi doit y jeter ses racines profondes ;

Votre hymen est le nœud qui joindra les deux mondes';

Ces féroces humains qui délestent nos lois,

Voyant entre vos bras la fille de leurs rois,

Vont, d'un esprit moins fier et d'un cœur plus facile.

Sous votre joug heureux baisser un front docile;

Et je verrai, mon fils, grâce à ces doux liens^.

Tous les cœurs désormais espagnols et chrétiens.

Montèze vient ici. Mon fils, allez m'attendre

Aux autels, où sa fille avec lui va se rendre.

1 Fléchir le curar.lère dhin cœur! Si VoUnire eût trouvé ailleurs cette périphrase, il l'aurait marquée à l'encre rouge.

2 Ce beau vers est piécédé de lignes qui tombent gauchement les unes sur les autres en délayant la même idée.

3 Le mot li''7is revient trois fois dans cette scène en tin de vers et rime deux fois avec chrétiens. Nous la reverrons encore. Il sérail trop long de relever toutes les négligences de style et de versifioatioa

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