ALVAREZ, GUSMAN
Du conseil de Madrid l'autorllé siipr<*me Pour successeur enfin nie donne un lils que j'aime. KaiU'S rrfîiier le prnice ei le Dieu que je sers Sur la riclit' inoitic^ d'un nouvel univers' : (iouvrrnoz redo rive, en niallieurs iroj) ft^conde, Qui produit les tr(^sors et les crimes du monde. Je vous remets, mon (ils, ces lionneurs souverain» Que In vieillesse arrache a nies débiles mains ^. J'ai consuuK^ mon .1«e au sein de i'Am<^rique; Je montrai le premier au peuple du Mexique 1/appareil inouT, pour ces mortels nouveaux ,
1 Alvarez cl r.usiiiiin Bnnt des perwon naines d'invention. I,e vainqueur du Pcioii étull Pizarie auquel l'Iii^Uiire donne quelques-uns des traits dont Vultairc a eonipi'sé le curocl^ro de (iusnian. I,e modMc fi'Alvurez est 8;iii8 doiitf U irlliéleiiiy ilo I.aa Cusus , ihrélien Idlfrant, (|ui plaidii loiir.i^euseineiit 1 1 e.iUse des nuillioureux ludions. Il (^Inil t>vi^(|tie de (ihiupa, iiu Moxi(|Ue.
2 Ilyperliole pi.eiique, car le Pérou est bien loin de ft>rnier la moitié de l'Ainéi inné.
S l/etTel de lu \ iclllesse , dit l.u Hurpe , est do faire tomber phil6t que d'arracher. L'expression ne lui puruit pas oxacie.
0 ALZIRE
)e nos châteaux ailés qui volaient sur les eaux ' : )es mers de Magellan jusqu'aux astres de l'Ourse, ^es vainqueurs Castillans ont dirigé ma course' : leureux si j'avais pu, pour fruit de mes travaux, ''jU mortels vertueux clianger tous ces héros ! lais qui peut arrêter l'abus de la victoire? icurs cruautés, mon fils, ont obscurci leur gloire ; it j'ai pleuré longtemps sur ces tristes vainqueurs, )ue le ciel fit si grands, sans les rendre meilleurs, e touche au dernier pas de ma longue carrière^, ]l mes yeux sans regret quitteront la lumière, l'ils vous ont vu régir sous d'équitables lois< i'empire du Potoze et la ville des rois.
GUSMAN
'ai conquis avec vous ce sauvage hémisphère; >ans ces climats brûlants j'ai vaincu sous mon père; e dois de vous encore apprendre à gouverner, 'X recevoir vos lois plutôt que d'en donner.
ALVAREZ
[on, non, l'autorité ne vent point de partage. iOnsumé de travaux, appesanti par l'^ge, e suis las du pouvoir; c'est assez si ma voix arie encore au conseil et règle vos exploits, royez-moi, les humains, que j'ai trop su connaître, léritent peu, mon fils, qu'on veuille être leur ma?tre. e consacre à mon Dieu, négligé trop longtemps, le ma caducité les restes languissants. ' ' " e ne veux qu'une grâce, elle me sera chère : s. l'attends comme ami, je la demande en père, [on fils, remettez-moi ces esclaves obscurs, ujourd'hiii par votre ordre arrêtés dans nos murs, ongez que ce grand jour doit être un jour propice, (arqué par la clémence, et non par la justice.
i Châteaux ailés est une périplirase poétique qui appartient à olLaire: avant lui Scudéri avait dit châteaux flottants, qui est oins lieureux.
2 Si Alvarez commandait les Castillans, c'est lui qui dirigeait ur course et non eux la sienne.
3 Toucher au dernier pas manque d'exactitude. Ce sont les pas Alvarez qui touchent ou vont toucher au terme de sa cart•i^^e.
4 S'ils vous ont vu paraît ir régulier à cause du futur qui préide. Il n'en est pas moins correct, grâce à la pensée qui se irans- )ne au moment oîi Alvarez quittant la vie pourra dire :J'ai ou on tils régner avec justice.
ACTK I, SCKNE I. 11
GUSMAN
Quand vous priez un fils, seif^ncur, vous commandez : Mais daignez voir au moins ce. (lue vous hasardez. D'une ville naissante!, encor mal assuiéc. Au peuple anu^ricain nous df^fendons l'entrée : Emp<^chons. croyez-moi, (|ue ce peuple orjîueilleux ^^ Au fer (jui l'a dompté n'accoutume ses yeux; ^'^^ Que, méprisant nos lois, 1 1 prompt a les enfreindre, Il ose cont(!mpler des maîtres (ju'il doit craindre. Il faut toujours qu'il tremble, et n'af)prenne à nous voir Qu'armés de la vengeance, ainsi (|uc du pouvoir. L'Américain farouche est un monstre sauva^^e - ■ Qui mord en frémissant le frein de l'esclavage '; Soumis au châtiment, fier de l'impunité. De la main f|ui le flatte il se croit redouté. Totit pouvoir, en un mot, pi'-rit par l'indulgence, Ht la sévérité produit l'obéissance.
Je sais (ju'aux (Castillans il suffit de l'honneur, Qu'.'i servir sans murmure ils mettent leur grandeur : Mais le restiMlu monde, esclave de la crainte, A besoin qu'on l'opprime, et sert avec contrainte, les dieux mén^e adorés dans ces climats aiïreux. S'ils ne sont teints de sang, n'obtiennent point de vœux*.
ALVARfCZ.
Ah! mon fils, (pie je hais ces rigueurs tyranniques!
Les pouvez-vous aimer, ces foilails politiques, ' " -*
Vous, chrétien, vous clioisi pour régner d<^sorn)ais
Sur (les chri'tifns nouveaux au nom d'un Dieu de paix?
Vos yeux ne sont-ils p.is assouvis des ravages
Qui de ce continent dépeuplent les rivages?
Des bords de l'Orieui u'étais je donc venu
Dans un monde idolâtre, ^i l'Kurope inconnu.
Que pour voir ;d)lu)rrer sous ce brillant iropi(iue,
Kl le nom de l'Kurope, et le non» calholicpn^?
Ah! Dieu nous envoyait, (piand de nous il lit choix.
Pour aniu)ncer son nom, pour fair»' aimer ses lois :
Kt nous, de CCS climats destructeurs Itnplacables,
1 On cite aouvenl ces ileux vers couuue lui exemple de belle tiiéuiphure.
2 l.e sang (pii loinl le.»* dieux n'est pjis In cnusc niais la consémieiuo des vœux qu'on leur luit. Vnliuire veut dire nuo les dieux (lonuenl eux-tii^iin-s l'exemple de régner pur lu terreur, puisqu'il! cxigciii dos sucnlkos huiiuiuis, niui.H il ne le dit pas.
12 ALZIRE
Nous, et d'or et de sang toujours insatiables, Déserteurs de ces lois qu'il fallait enseigner, JbJ^^
Nous égorgeons ce peuple au lieu de le gagner i*'""^ Par nous tout est en sang, par nous tout est en poudre; Et nous n'avons du ciel imité que la foudre '. Notre nom, je l'avoue, inspire la terreur; Les Espagnols sont craints, mais ils sont en horreur : Fléaux du nouveau monde, injustes, vains, avares, Nous seuls en ces climats nous sommes les barbares. L'Américain, farouche en sa simplicité.
Nous égale en courage, et nous passe en bonté. Hélas! si comme vous il était sanguinaire, S'il n'avait des vertus, ?ous n'auriez plus de père^ Avez-vous oublié qu'ils m'ont sauvé le jour? Avez-vous oublié que près de ce séjour Je me vis entouré par ce peuple en furie, Rendu cruel enfin par notre barbarie?
Tous les miens, à mes yeux, terminèrent leur sort. J'étais seul, sans secours, et j'attendais la mort : Mais à mon nom, mon fils, je vis tomber leurs armes. Un jeune Américain, les yeux baignés de larmes, Au lieu de me frapper embrasse mes genoux. « Alvarez, me dit-il, Alvarez, est-ce vous? JOO « Vivez, votre vertu nous est trop nécessaire : « Vivez, aux malheureux servez longtemps de père; « Qu'un peuple de tyrans, qui veut nous enchaîner, « Du moins par cet exemple apprenne à pardonner! • Allez, la grandeur d'âme est ici le partage Du peuple infortuné qu'ils ont nommé sauvage. » Eh bien! vous gémissez : je sens qu'à ce récit Votre cœur, malgré vous, s'émeut et s'adoucit. L'humanité vous parle, ainsi que votre père. Ah! si la cruauté vous était toujours chère, De quel front aujourd'hui pourriez-vous vous offrir Au vertueux objet qu'il vous faut attendrir; A la fille des rois de ces tristes contrées, Qu'à vos sanglantes mains la fortune a livrées?
1 Vers brillant et ingénieux. Voltaire a voulu donner de l'éclat au style d''Alzire et y imprimer comme une teinte du soleil des tropiques. Il y a souvent réussi.
2 Transition heureuse. 11 est fâcheux que le poëte procède pur distiques, ce qui gâte, par l'uniformité, sa brillante versificatlvi.