‹ AlzireChapitre 18 sur 47 · ACTE II, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IV

Les temps sont-ils changés, si ton cœur ne l'est pas, Si ta fille est fidMe à ses vœux, à sa gloire. Si Zamore est présent encore a sa mémoire? Tu détournes les yeux, tu pleures, tu gémis!

MONTÈZE.

Zamore infortuné!

ZAMORK.

Ne suis-je plus ton fils?

Nos tyrans ont lléiri ton âme magnanime; Sur le bord de la tombe ils t'ont appris le crime.

MONTÈZE.

Je ne suis point coupable, et tous ces conquérants.

Ainsi que tu le crois, ne sont point des tyrans.

11 en est que le ciel guida dans cet empire,

Moins pour nous conquérir qu'afin de nous instruire;

Qui nous ont apporté de nouvelles vertus.

Des secrets immortels, et des arts inconnus,

La science de l'homme, un grand exemple à suivre;

Enfin l'art d'être heureux, de penser, et de vivre '.

ZAMOKE.

Que dis-tu? ((uelle horreur ta bouche ose avouer! Alzire est leur esclave, et tu peux les louer !

MONTÈZE.

Elle n'est point esclave.

ZAMORE

Ah, Montèze! ah, mon père!

Pardonne à mes malheurs, panlonnc à ma colère; Songe qu'elle est à moi par des nœuds éternels : Oui, tu me l'as promise aux pieds des immortels; Us ont reçu sa loi, son cœur n'est point parjure'.

MONTÈZE.

N'atteste point ces dieux, enfants de l'imposture. Ces fantômes alTreux, que je ne connais plus; Sous le Dieu que j'adore ils sont tous abattus.

ZAMORE

Quoi! ta religion? quoi ! la loi de nos pères?

1 Montèze a fait de grands et rapides progrès à son âge! La science de l'iiomme, l'an de penser sont des expressions .surprenantes pour le temps, le lieu et le personnage. Voltaire pense à Locke, à Condillac, à la France, il oublie Moiiièze et l'Amérique.

2 Voui derie/. à son sort unir toui mes momcnti, Je défendrai me» droits fondés «ur tos serments.

Racine, lySif., net IV, se. »i.

MONTÈZE.

J'ai connu son néant, j'ai q;iitté ses chimères. Puisse, le Dieu des dieux, dans ce monde ignoré. Manifester son être à ton cœur éclairé ! Puisses-tu mieux connaître, 6 malheureux Zamore, Les vertus de l'Europe, et le Dieu qu'elle adore!

ZAMORE

Quelles vertus! Cruel, les tyrans de ces lieux T'ont fait esclave en tout, t'ont arraché tes dieux. Tu les as donc trahis pour trahir ta promesse? Alzire a-t-elle encore imité ta faiblesse? Garde-toi...

MONTÈZE.

Va, mon cœur ne se reproche rien :

Je dois bénir mon sort, et pleurer sur le tien.

ZAMORE

Si tu trahis ta foi, tu dois pleurer sans doute.

Prends pitié des tourments que ton crime me coûte,

Prends pitié de ce cœur, enivré tour à tour

De zèle pour mes dieux, de vengeance et d'amour.

Je cherche ici Gusman, j'y vole pour Alzire ;

Viens ; conduis-moi vers elle, et qu'à ses pieds j'expire.

Ne me dérobe pcant le bonheur de la voir;

Crains de porter Zamore au dernier désespoir ;

Reprends un cœur humain, que ta vertu bannie...

Page 1