‹ AlzireChapitre 17 sur 47 · ACTE II, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IV

Revois ton Icndrc ami, ton allié, ton gendre. AIzire esi-elle ici? parle, quel est son sort? Achùve de uie rendre ou la vie ou la mort.

MONTÈZE.

('acique malheureux 1 sur le bruit de ta perte, Aux plus tendres regrets notre âme était ouverte; Nous te redemandions à nos cruels deslins', Autour d'un vain tombeau que t'ont dressé nos mains. Tu vis : puisse le ciel te rendre un sort tranquille! î*iiissent tous nos malheurs finir dans cet asile! Zaniore, ali ! quel dessein t'a conduit dans ces lieux ?

ZAMOIIE.

La soif de me venger, toi, ta fdie, et mes dieux.

MONTÈ/.r;.

Que dis-tu?

ZAMORE

Souviens-toi du jour épouvantable Où re fier Esi)agnol, terrible, invulnérable, liciiversa, détruisit jusqu'en leurs fondements Ces murs que du Soleil ont bâtis les enfants'^ : (iusman était son nom. Le destin qui m'0])prime Ne m'apprit rien de lui que son nom et son crime ^ (le nom, mon cher Montf;ze, à mon cœur si fatal. Du iiiliage et du meurtre était rafîrcux signal. A ce nom, de mes bras on arracha la fdle; Dans un vil esclavage on traîna ta famille-. On démolit ce temple, et ces autels chéris Où nos dieux m'attendaient pour me nommer ton fils; On me traîna vers lui : dirai-jo à quel supplice, A quels maux me livra sa barbare avarice, l'our m'arracher ces biens par lui déifiés, Idoles de son peuple, et que je foule aux pieds? Je fus laissé mourant au milieu des tortures. Le temps ne pcnit jamais affaiblir les injures : Je viens après trois ans d'assembler des amis, Dans leur commune haine avec nous affermis :

1 A nos cruels destins est un iiémistiche de rempUssage. L'cx- ])vession ne serait juste que si l'imagination pouvait personnifier no.'î cruels rfeUiris.

2 Cusi'o, capitale de l'empire des Incas.

ô 11 fallait, l'ii cflct, qu'il sût cela ei qu'il n'en sût pas davantage dans l'intérêt do la fable imaginée par le poète. Quant à la vraisemblance, Voltaire ne s'en est pas inquiété.

Ils sont dans nos forêts, et leur foule héroïque Vient périr sous ces murs, ou venger l'Amérique, n

MON'TÈZE. .r^Ot

Je te plains; mais, hélas! où vas-tu t'euiporter?

Ne cherche point la mort qui voulait t'é\iter.

Que peuvent tes amis, et leurs armes fragiles.

Des habitants des eaux dépouilles inutiles;

Ces marbres impuissants en sabres façonnés,

Ces soldats presque nus et mal disciplinés,

•vontre ces fiers géants, ces tyrans de la terre,

De ferélincelanls, armés de leur tonnerre,

Qui s"élancent sur nous, aussi prompts que les vents,

Sur des monstres guerriers pour eux obéissants '?

L'univers a cédé; cédons, mon cher Zamore.

ZAMOKE.

Moi fléchir, moi ramper, lorsque je vis encore !

Ah ! Montèze, crois-moi, ces foudres, ces éclairs.

Ce fer dont nos tyrans sont armés et couverts.

Ces rapides coursiers qui sous eux font la guerre.

Pouvaient à leur abord épouvanter la terre :

Je les vois d'un oeil fixe, et leur ose insulter;

Pour les vaincre, il suffit de ne rien redouter.

Leur nouveauté, qui seule a fait ce monde esclave,

Subjugue qui la craint, et cède à ((ui la brn\ c.

L"or, ce poison brillant qui naît dans nos climats,

Attire ici l'Europe, et ne nous défend pas.

Le fer manque à nos mains ; les cieux, pour nous avares,

Ont fait ce don funeste à des mains plus barbares :

Mais, pour venger enfin nos peuples abattus.

Le ciel, au lieu de fer, nous donna des vertus.

Je combats pour Alzire, et ^e vaincrai pour elle.

MONTÈZE.

Le ciel est contre toi : calme nu frivole zèle. Les temps sont trop changés ^

ZAMORE

Que peux-tu dire, hélas!

1 Voilà de bien beaux vers et même un peu trop poétiques dans ia bouche riu vieil et insignifiant Montèze. La réponse de Zamore esi du même ton et d'airéclat semblable, mieux en rapport avec l'âge et le caractère du nersonnage.

2 Abner dit mieux (vl//ia;i«, aci. I, se. i.) :

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