‹ AlzireChapitre 21 sur 47 · UN AMÉRICAIN · texte numérisé non relu

UN AMÉRICAIN

J'ose ici te donner un conseil salutaire.

Celui qui t'a sauvé, ce vieillard vertueux,

Bientôt avec son fils va jjaraître à tes yeux.

Aux portes de la ville obtiens qu'on nous conduise :

Sortons, allons tenter notre illustre entreprise.

Allons tout préparer contre nos ennemis.

Et surtout n'épargnons qu'Alvarez et son fils.

J'ai vu de ces remparts l'étrangère structure :

Cet art nouveau pour nous, vain([ueurde la nature.

Ces aiigles, ces fossés, ces hardis boulcvarts.

Ces tonnerres d'airain grondants sur les remparts,

Ces pièges de la guerre, où la mort se jirésente.

Tout étonnants (pi'ils sont, n'ont rien ()ui m'épouvante.

Ilélas! nos citoyens enchaînés eu ces lieux,

Servent à cimenter cet asile odieux' ;

Ils dressent, d'une main dans les fers avilie,

Ce siège de l'orgueil et de la tyrannie.

Mais crois-moi, dans l'instant qu'ils verront leurs vengeurs,

Leurs mains vont se lever sur leurs persécuteurs; ,

Eux-ménie ils détruiront cet effroyable ouvrage,

Instrument de leur honte et de leur esclavage.

Nos soldats, nos amis, dans ces fossés sanglants

Vont te faire un chemin sur leurs corps expirants.

Partons, et revenons sur ces coupables têtes

Tourner ces traits de fou, ce fer, et ces tempêtes,

Ce salpêtre enflammé =, qui d'abord à nos yeux

Parut un feu sacré, lancé des mains des dieux.

Connaissons, renversons cette horrible puissance

Que l'orgueil trop longtemps fonda sur l'ignorance.

ZAMORE

Illustres malheureux, que j'aime à voir vos cœurs

Embrasser mes desseins, et sentir mes fureurs !

Puissions-nous de Gusman punir la barbarie!

Que son sang satisfasse au sang de ma patrie!

Triste divinité des mortels offensés.

Vengeance, arme nos mains; (]u")l meure, et c'est assez;

Qu"il meure... Mnis hélas! plus malheureux que braves,

Nous parlons de punir, et nous sommes esclaves.

De notre sort affreux le joug s'appesantit;

Alvarez disparait, Montèzc nous trahit.

Ce que j'aime est peut-être en des mains que j'abhorre;

Je n'ai d'autre douceur que d'en douter encore.

Mes amis, quels accents remplissent ce séjour?

Ces flambeaux allumés ont redoublé le jour.

J'entends l'airain tonnant de ce peuple barbare :

Quelle fête, ou quel crime est-ce donc qu'il prépare?

Voyons si de ces lieux on peut au moins sortir.

Si je puis vous sauver, ou s"il nous faut périr.

i Cinian^er est poétique dans le sens figuré, mais ici il est pris 1 propre et accolé au mot abstrait d'asile" avec lequel il ne peut se Dr.

2 Périphrase pour désigner la poudre à canon.

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