SCÈNE I
Mânes de mon amant, j'ai donc trahi ma foi!
Ci'en est fait, et Giisman règne à jamais sur moi' !
L'Océan, qui s'élève entre nos liéniisplières,
A donc mis entre nous d'impuissantes l)arrières';
Je suis à lui, l'autel a donc reçu nos vœux,
Kt déjà nos serments sont écrits dans les cieux!
0 toi qui me poursuis, ombre chère et sanglante,
A mes sens désolés omhre .'i jamais présente.
Cher amant, si mes pleurs, mon trouble, mes remords,
Peuvent percer ta lomhe, et passer chez les morts ;
Si le pouvoir d'un Dieu fait survivre à sa cendre
Cet esprit d'un héros, ce cœur (idèle et tendre.
Cette ûme qui m'aima juscpi'au dernier soupir.
Pardonne à cet hymen où j'ai pu consentir^!
1 « C'était une nouveauté bien hardie que de marier Alzirc au troisième acte avec Ousman qu'elle abhorre, et d'6ter par là tout espoir à Zamorc pour qui le spectateur s'intéresse. Aussi ce monologue excita-t-il à la première représentation une espèce de murnuire. On ne pouvait deviner les ressources du génie. Mais quand on cntcndii la scène de Zamorc avec Alzire, la salle retentit d'acclamatloiis. » {La Harpe.)
1 Ce langage parait trop pompeux dans la bouche d'Alzire au désespoir. Voliaiie ne s'en soucie pas et songe à lutter contre Horace, qui a dit, liv. I , ode m :
Nequicqimm dcu» ubscidif l'rudcns Oceano Uissociabili Terras.
r. i- Où j'ai pu consentir. » Où est pris dans le sens d'auquel selon l'usage de nos vieux auteurs, suivi encore au xvii* siècle par Molièiu suitout, ei souvent môme par Racine; comme, par exemple, dans Iphigénte, act. III , se. v :
Voilà dono cet bjrnien ou j'étais dastini* .'
11 fallait m'iminoler aux volontés d'un père, Au bien de mes sujets, dont je me sens la mère, A tant de malheureux, aux larmes des vaincus, Au soin de l'univers, liélas! où tu n"es plus. Zamore, laisse en paix mon âme déchirée Suivre l'affreux devoir où les cieux m'ont livrée; Souffre un joug imposé par la nécessité ; Permets ces nœuds cruels, ils m'ont assez coûté.