‹ AlzireChapitre 25 sur 47 · ACTE m, SCÈPŒ IV · texte numérisé non relu

ACTE m, SCÈPŒ IV

Cher et fatal objet de douleur et de joie ' !

Ah ! Zamore, en quel temps faut-il que je te voie?

Chaque mot dans mon cœur enfonce le poignard.

ZAMORE

Tu gémis et me vois.

Je t'ai revu trop tard.

ZAMORE

Le bruit de mon trdpas a dû remplir le monde.

J'ai traîné loin de toi ma course vagabonde,

Depuis que ces brigands, t'arrachant à mes bras,

M'enlevèrent mes dieux, mon trône, et tes appas-.

Sais-tu que ce Gusman, ce destructeur sauvage,

Par des tourments sans nombre éprouva mon courage?

Sais-tu que ton amant, à ton lit destiné,

Chère Alzire, aux bourreaux se vit abandonné?

Tu frémis, tu ressens le courroux qui m'enflamme ;

L'horreur de cette injure a passé dans ton âme.

Un dieu, sans doute, un dieu qui préside à l'amour

Dans le sein du trépas me conserva le jwupi

Tu n'as point démenti ce grand dieu qui me guide;

Tu n'es point devenue Ksi)agnole et perfide.

On dit que ce Gusman respire dans ces lieux;

Je venais l'arracher à ce monstre odieux.

Tu m'ainu's: vengeons-nous; livre-moi la victime.

AI.ZIRE.

Oui, tu dois te venger, tu dois punir le crime; Frappe. ,

ZAMORE

Que me dis-tu? Quoi, tes vœux! quoi, ta foi...

AI.ZIRE.

Frappe, je suis indigne et du jour et de toi.

ZAMORE

Ah, Montèze! ah, cruel ! mon cœur n'a pu te croire.

ALZIRF.

A-t-il osé t'apprendre une action si noire? Sais-tu pour quel époux j'ai pu t'abandonner?

1 Nous trouvons la même aniilhèse dans ce vers de Brutus, act. V :

Lève-toi, iriite obJ«t d'horreur et de tendreiie '

2 II fallait laisser tes appas dans le vocabulaire suranné de la galanterie. Voltaire a plaoé plus nialadroiteraenl encore ce mot au neuvième chant de ta Henriade.

Non, mais parle : aujourd'hui rien ne peut ra'étomier.

Eh bien ! vois donc l'abîme où le sort nous engage ; Vois le comble du crime, ainsi que de l'outrage.

ZAMORE

Ce Gusman...

ZAMORE

Grand Dieu!

Ton assassin.

Vient en ce même instant de recevoir ma main.

ZAMORE

Lui?

Mon père, Alvarez, ont trompé ma jeunesse; Ils ont à cet hjTuen entraîné ma faiblesse. Ta criminelle arfiante, aux autels des chrétiens. Vient presque sous tes yeux de former ces liens. J"ai tout quitté, mes dieux, mon amant, ma patrie : Au nom de tous les trois, arrache-moi la vie. Voilà mon cœur, il vole au-devant de tes coups.

ZAMORE

Alzire, est-il bien vrai ? Gusman est ton époux !

Je pourrais t'alléguer, pour alTaiWir mon crime, De mon père sur moi le pouvoir légitime, L'erreur où nous étions, mes regrets, mes combats, Les pleurs que j'ai trois ans donnés à ton trépas; Que, des chrétiens vainqueurs esclave infortunée, La douleur de ta perte à leur Dieu m'a donnée; Que je t'aimais toujours; que mon cœur éperdu A détesté tes dieux, qui t'ont mal défendu : Mais je ne cherche point, je ne veux point d'excuse; Il n'eu est point pour moi, lorsque l'amour m'accuse. Tu vis, il me sullit. .le t'ai manqué de foi; Tranche mes jours affreux, qui ne sont plus pour toi. Quoi! tu ne me vois point d'un œil impitoyable'?

1 lui .Voltaire est vraiment poète. La passion d'Alzire s'exprime dvec éloquence, naturellement. La situation est terrible et tou-

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