SCENE V
ALVAREZ, GUSMAN, ZAMORE, ALZIRE, suite.
ALVAREZ, à son fils.
Tu vois mon bienfaiteur, il est auprès d'Alzire.
{A Zamore.) O toi ! jeune héros, toi par qui je respire. Viens, ajoute à ma joie en cet auguste jour-; Viens avec mon cher fils partager mon amour.
ZAMORE
Qu'onlends-je? lui, Gusman! lui, ton fds, ce barbare?
cliiinte, comme l'entretien de Rodrigue et de Chimèiie après lu mort du conae, cl Voltaire parait s'clcver au niveau do son Uiodèle.
1 Tout ce morceau est admirable. Tous ont .su que je t'aime: comme ce pre.sent qui brave la grammaire exprime fidèlement la passion: A Gu.iman même est sublime.
2 I,a situation est dramatique , mais on regrette qu'elle soit amenée par tant d'invraisemblances et qu'Alvarez se serve de locutions aussi languissantes que celle-ci : « Ajoute à ma joie en cet auguste jour. »
Ciel! détourne les coups que ce moment prépare!
ALVAREZ
Dans quel étoniiement...
ZAMORE
Quoi ! le ciel a permis Que ce vertueux père eût cet indigne fils?
GL'SMAN.
Esclave, d'où te vient cette aveugle furie? Sais-tu bien qui je suis?
ZAMORE
Horreur de ma patrie!
Parmi les malheureux que ton pouvoir a fails, Connais-tu bien Zamore, et vois-tu tes forfaits?
GUSMAN
Toi!
ALVAREZ
Zamore !
ZAMORE
Oui, lui-même, à qui ta barbarie Voulut ôter l'honneur, et crut ôter la vie; Lui, que tu fis languir dans des tourments iionteux, Lui, dont l'aspect ici te fait baisser les yeux '. Ravisseur de nos biens, tyran de notre empire. Tu viens de ni'ariacher le seul bien où j'aspire. Achève; et de ce fer, trésor de tes climats, Préviens mon bras vengeur, et préviens ton trépas. La main, la même main qui t'a rendu ton père. Dans ton sang odieux pourrait venger la terre : Et j'aurais les mortels et les dieux pour amis, En révérant le père et punissant le fils.
ALVAREZ, à Gusman.
De ce discours, 6 ciel ! que je me sens confondre ! Vous sentez-vous coupable, et pouvez-vous répondre'?
1 Ce vers est d'une grande iieaiité. Il exprime la supériorité de Zamore sur (lusnian et !a confusion de cet cngueilleux vainqueur devant un esclave. Les traits de ce genre, et ils sont rares, sont toujours accueillis avec transport.
2 11 est au moins étrange qu'Alvarez ait ignoré jusqu'alors les cruautés de son fils.