‹ AlzireChapitre 28 sur 47 · ACTE 111 , SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE 111 , SCÈNE V

CUSMAN.

Répondre à ce rebelle, et daigner ni'avilir ' Jusqu'à le réfuler quand je dois le punir! Son juste cliâliment, que lui-même il prononce. Sans mon respect pour vous eût été ma réponse.

[AAlzire.) Madame, votre cœur doit vous instruire assez A quel point en secret ici vous m'ofl'cnsez; Vous qui, sinon pour moi, du moins pour votre gloire, Deviez de cet esclave éloulTer la mémoire ; Vous, dont les pleurs encore outragent votre époux; Vous que J'aimais assez pour en être jaloux.

ALZIBE.

{A Gusman.) {A Alvares.)

Cruel! Et vous, seigneur, mon protecteur, mon père :

{A Znmore.) Toi, jadis mon espoir en un temps plus prospère, Voyez le joug horrible où mon sort est lié''. Et frémissez tous trois d'horreur et de pitié.

{En monlrant Zamore.) Voici l'amant, l'époux que me choisit mon père, Avant que je connusse un nouvel hémisphère". Avant que de l'Eurojje on nous portât des fers. 1-e bruit de son trépas perdit cet univers* : Je vis tomber l'empire où régnaient mes ancêtres: Tout changea sur la terre, et je connus des maîtres. Mon père infortuné, plein d'ennuis et de jours, Au Dieu que vous servez eut à la lin recours : C'est ce Dieu des chrétiens que devant vous j'atteste; Ses autels sont témoins do mon hymen funeste ; C'est aux pieds de ce Dieu qu'un horrible serment Me donne au meurtrier qui m'ôta mon amant. Je connais mal peut-être une loi si nouvelle; Mais j'en crois ma vertu, qui parle aussi haut qu'elle.

1 Daiqner m' avilir est ime expression qui louctie au grotesque. Ce sont de ces mots qui, suivant l'expression de J.-B. Rousseau,

Hurlent d'effroi de «0 voir accouplés.

2 Un «or< iie à un ;oug est une singulière métaphore.

3 Expression impropre qui donne à croire qu'Aizire a visité l'Europe.

4 Puisqu'Alzire sait qu'il y a un autre inonde, elle ne doit pas dire que l'Amérique est un univers.

Zamore, tu m'es cher, je t'aime, je le doi: Mais après mes serments je ne puis être à toi. Toi, Gusman, dont je suis l'épouse et la victime. Je ne suis point à toi, cruel, aprf-s ton crime. Qui des deux osera se venger aujourd'liui? Qui percera ce cœur que Ion arrache à lui? Toujours infortunée et toujours criminelle. Perfide envers Zamore, à Gusman infidèle, Qui me délivrera, par un trépas heureux, De la nécessité de vous trahir tous deux? Gusman, du sang des miens ta main déjà rougie Frémira moins qu'une autre à m'arraclierla vie. De l'hymen, de l'amour il faut venser les droits : Punis une coupable, et sois juste une fois'.

GL'SMAN.

Ainsi vous abusez d'un reste d'indulgence Que ma bonté trahie oppose à votre offense : Mais vous le demandez, et je vais vous punir; Votre supplice est prêt : mon rival va périr. Holà, soldats.

Cruel !

ALVAREZ

Mon fils, qu'allez-vous faire'?

Respectez ses bienfaits, respectez sa misère. Quel est l'état horrible, ô ciel, où je me vois! L'un tient de moi la vie, à l'autre je la dois! Ah! mes fils! de ce nom ressentez la tendresse ; D'un père infortuné regardez la vieillesse ; Et du moins...

■ 1 Toute cette tirade depuis Zamore, tu m'es cher, jusqu'à la fin, esi admirable de force logique ei de passion véhémenle.

2 11 fallait que Zamore fût le libérateur d'Alvarez et que Gusman conservai un grand fonds de piété filiale pour que Zamore ne fû< pas puni immédiatement. La combinaison dramatique qui amène ce résultat est fortement conçue.

\CTE III, SCÈNE Vi

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