‹ AlzireChapitre 33 sur 47 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

GUSMAN, ALZIRE, KMIRF

C'est moi, c'est ton épouse, C'est ce fatal objet de ta fureur jalouse, Qui n'a pu le chérir, qui l'a dû révérer, Qui te plaint, qui t'outrage, et qui vient l'implorer. Je n'ai rien déguisé. Soit grandeur, soit faiblosse. Ma bouche a fait l'aveu qu'un autre a ma tendresse; Et ma sincérité, trop funeste verlu.

Si mon amant périt, est ce qui l'a perdu. Je vais plus l'étonner : ton épouse a l'audace De s'adresser à loi pour demander sa grâce '.

1 Alzire demandatit. à son époux outragé la grâce de son amant, rappelle, avec, analogie dans l'objet el contraste dans les rapports, Pauline implorant l'appui de Sévère, son amant, en faveur de Polyeucte, son époux. Dans cette lutte de deux grands poêles, le vieux Corneille garde le premier rang.

48 ALZIKE.

J'ai cru que don Gusman, tout fier, tout rigoureux,

Tout terrible qu'il est, doit être généreux.

J'ai pensé qu'un guerrier, jaloux de sa puissance,

Peut mettre l'orgueil même à pardonner l'offense :

Une telle vertu séduirait plus nos cœurs

Que tout l'or de ces lieux n'éblouit nos vainqueurs.

Par ce grand changement dans ton âme inhumaine,

Par un effort si beau tu vas changer la mienne;

Tu t'assures ma foi, mon respect, mon retour.

Tous mes vœux (s'il en est qui tiennent lieu d'amour).

Pardonne... je m'égare... éprouve mon courage.

Peut-être une Espagnole eût promis davantage ;

Elle eût pu prodigupr les charmes de ses pleurs :

Je n'ai point leurs attraits, et je n'ai point leurs mœurs '.

Ce cœur simple, et formé des mains de la nature.

En voulant t'adoucir redouble ton injure :

Mais enfin c'est à toi d'essayer désormais

Sur ce cœur indompté la force des bienfaits.

GUSMAN

Eh bien! si les vertus peuvent tant sur votre âme. Pour en suivre les lois, connaissez-les, madame. Étudiez nos mœurs avant de les blâmer; Ces mœurs sont vos devoirs; il faut s'y conformer. Sachez que le premier est d'étouffer l'idée Dont votre âme à mes yeux est encor possédée; De vous respecter plus, et de n'oser jamais Me prononcer le nom d'un rival que je hais; D'en rougir la première, et d'attendre en silence Ce que doit d'un barbare ordonner ma vengeance. Sachez que votre époux, qu'ont outragé vos feux, S'il peut vous pardonner, est assez généreux. Plus que vous ne pensez je porte un cœur sensible, Et ce n'est pas à vous à me croire inflexible.

1 II y a ici une syllepse ou accord de pensée et non de mots ; car leur est un plNriel et ne peut se rappoc ter gramniatioaletneni à uni Espagnole. C'est ainsi que Racine a pu dire dans Athalie :

Entre If pauvre et vous tous prendrez Dieu pnur juge, Vous «ouTenant, mon fils, que caché sous ce lin Comme eux tous fûtei paurre et comme eux orphelin.

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