‹ AlzireChapitre 34 sur 47 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

ÉMIRE

Vous voyez qu'il VOUS aime; on pourrait l'attendrir.

S'il m'aime, il est jaloux ; Zamoro va périr : J'assassinais Zamore en dciiiandant sa vie. Ah! je l'avais prévu. M'auras-tu mieux servie? Pourras-tu le sauver? Vivra-t-il loin de moi? Du soldat qui le garde as-tu tenté la foi?

ÉMIRE

L'or qui les séduit tous vient d'éblouir sa vue. Sa foi, n'en doutez point, sa main vous est vendue.

Ainsi, grâces aux cieux, ces métaux détestés

Ne servent pas toujours à nos calamités.

Ah ! ne perds point de temps : tu balances encore!

ÉMIRE

Mais aurait-on juré la perte de Zamore? Alvarez aurait-il assez peu de crédit?

Ht le conseil enfin...

Je crains tout, il suffit.

Tu vois de ces tyrans la fureur despotique; Ils pensent que pour eux le ciel fit l'Amérique, Qu'ils en sont nés les rois; et Zamore à leurs yeux , Tout souverain qu'il fut , n'est qu'un séditieux. Conseil de meurtriers ! Gusman ! peuple barbare! Je préviendrai les coups que votre main prépare. Ce soldat ne vient point : qu'il tarde à m'obéir!

ÉMIRE

Madame, avec Zamore il va bientôt venir; Il court à la prison. Déjà la nuit plus sombre Couvre ce grand dessein du secret de son ombre '.

i Voltaire se répète, car il a déjà dit dans Brutus, act. IV, se. V :

Déjà 11 nuit plus lonibre Voile nos granda ilesucins du seoret de >on ombre.

Fatigués de carnage et de saug enivrés.

Les tyrans de la terre au sommeil sont livrés.

Allons, que ce soldat nous conduise à la porte : Qu'on ouvre la prison, que l'innocence en sorte.

ÉMIRE

Il vous prévient déjà ; Céphane le conduit.

Mais si l'on vous rencontre eu cette obscure nuit,

Votre gloire est perdue, et cette honte extrême...

Va , la honte serait de trahir ce que j'aime.

Cet honneur étranger, parmi nous inconnu ,

N'est qu'un fantôme vain qu'on prend pour la vertu :

C'est l'amour de la s'oire, et non de la justice, .

l.a crainte du reproche, et non celle du vice '. ^ [/ .

Je fus instruite , Ëmire , en ce grossier climat ,/■-'■''" ' '

A suivre la vertu sans en chercher l'éclat.

L'honneur est dans mon cœur, et c'est lui qui m'ordonne

De sauver lui héros que le ciel abandonne.

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