‹ AlzireChapitre 4 sur 47 · ACTE I, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE I

Prétendez-vous, mon fils, cimenter ces liens Par le sang répandu de sos concitoyens? Ou bien attendez-vous que ses cris et ses larmes De vos sévères mains fassent tomber les armes?

GLSMAN. ■'.

Eh bien ! vous l'ordonnez, je brise leurs liens. J'y consens; mais songez qu'il faut qu'ils soient rlinHiens. Ainsi le veut la loi : quitter l'idolâtrie Est un litre en ces lieux pour mériter la vie' ; A la religion gagnons-les à ce prix :

Commandons aux cœurs môme, et forçons les esprits. De la nécessité le pouvoir invincible Traîne au pied des autels un courage inflexible, .le. veux que ces mortels, esclaves de ma loi. Tremblent sous un seul Dieu, comme sous un seul roi.

ALVAREZ

Ecoutez-moi, mon fils; plus que vous je désire

Qu'ici la vérité fonde un nouvel empire.

Que le ciel et l'Espagne y soient sans ennemis :

Mais les cœurs opprimés ne sont jamais soumis-.

J'en ai gagné plus d'un, je n'ai forcé personne ;

Et le vrai Dieu, mon fils, est un Dieu qui pardonne.

GUSMAX.

Je me rends donc, seigneur, et vous l'avez voiilu : Vous avez sur un fils un pouvoir absolu; Oui, vous amolliriez le cœur le plus farouche : L'indulgente vertu parle par votre bourlie. Eli bien! puisque le ciel voulut vous accorder Ce don, cet heureux don de tout persuader. C'est de vous que j'attends le bonheur de ma vie. Alzire, contre moi par mes feux enhardie,

1 Nous verrons au cinquième acte que le poète étend cette loi mëmo aux meurtriers, pour amener, sans souci do la vraisemblance, il est vrai, une scène patlictiqne entre Alzire et Zamore, et ])réparer le beau dénoùment qui icrniine cette tragédie.

2 Voltaire se trouve ici d'accord avec les oracles do la pensée religieuse : avec Pascal, qui a dit : « Vouloir mettre la relij;ion dans le cœur et dans l'esprit par la force et par les menaces, ce n'est pas y mettre la relision , mais la terreur. » Avec Kénelon : « Il faut'persuader et faire vouloir le bien, de manière qu'on le veuille librement et indépendamment de la crainte servile. I.a force peutelle persuader les hommes? peut-elle leur taire vouloir ce qu'ils ne veulent pas?... Nulle puissance humaine ne peut forcer le retranchement impénétrable de la liberté d'un cœur. >>

Se donnant à regret, ne me rend point heureux. Je l'aime, je l'avoue, et plus que je ne veux; Mais enûn je ne puis, même en voulant lui plaire. De mon cœur trop altier fléchir le caractère' ; Et, rampant sous ses lois, esclave d'un coup d'oeil, Par (les soumissions caresser son orgueil. Je ne veux point sur moi lui donner tant d'empire. Vous seul vous pouvez tout sur le père d'Aîzire : tn un mot, parlez-lui pour la dernière fois; Qu'il commande à sa fille et force enfin son choix. Daignez... Mais c'en est trop, je rougis que mon père Pour l'intérêt d'un fils s'abaisse à la prière.

ALVAREZ

C'en est fait... J'ai parlé, mon fils, et sans rougir.

Montôze a vu sa fille, il l'aura su fléchir.

De sa famille auguste, en ces lieux prisonnière.

Le fiel a par mes soins consolé la misère.

Pour le vrai Dieu Montùze a quitté ses faux dieux ;

Lui-même de sa fille a dessillé les yeux.

De tout ce nouveau monde Alzire est le modèle;

Les peuples incertains fixent les yeux sur elle :

Son coeur aux Castillans va donner tous les cœurs;

L'Amérique à genoux adn|)lera nos mœurs;

La loi doit y jeter ses racines profondes ;

Votre hymen est le nœud qui joindra les deux mondes-;

Ces féroces humains qui détestent nos lois.

Voyant entre vos bras la fille de leurs rois.

Vont, d'un esprit moins fier et d'un cœur plus facile.

Sous votre joug heureux baisser un front docile;

Et je verrai, mon fils, grâce à ces doux liens',

Tous les cœurs désormais espagnols et chrétiens.

Montèze vient ici. Mon fils, allez m'atlcndre

Aux autels, où sa fille avec lui va se rendre.

1 Fléchir le caractère d'un cœur! Si Voltaire eût trouvé ailleurs cette périphrase, il l'aurait marquée à l'encre rouge.

2 Ce beau vers est précédé de ligues qui tombent gauchement )o.^ unes sur les autres en délayant la même idée.

5 Le mot liens revient trois fois dans celte scène en fin de vers et rime deux fois avec chréliens. Nous la leverrons encore. Userait trop long de relever toutes les négligences de style cl de versification.

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