AMÉRICAINS, SOLDATS, ZAMORE
Cruels! sauvez Alzire,ct pressez mon supplice!
Non , qu'une affreuse murt tous trois nous réunisse.
ALVAREZ
Mon fils mourant, mon fils, ô comble de douleur!
ZAMORE, à Gusman.
Tu veux donc jusqu'au bout consommer ta fureur! Viens, vois couler mon sang, puisque tu vis encore; Viens apprendre à mourir en regardant Zamore.
GUSMAN, à Zamore.
1! est d'autres vertus que je veux t'enseigncr ' : Je dois un autre exemple, et je \icns le donner.
(.1 Alvarez.) Le ciel, qui veut ma mort, et qui l'a suspendue. Mon père, en ce moment m'amène à votre vue. Mon âme fugitive, et prête à me quitter. S'arrête devant vous... mais pour vous imiter. Je meurs; le voile tombe; un nouveau jour m'dclaire : Je ne me suis connu qu'au bout de ma carrière; J'ai fait, jusqu'au moment qui me plonge au cercueil, Gr^mir riiumanité du poids de mon orgueil. Le ciel venge la terre : il est juste: et ma vie Ne peut payer le sang dont ma main s'est rougie. Le bonheur m'aveugla , la mort m"a détrompé. Je pardonne à la main par qui Dieu m'a frappé. J'étais maître en ces lieux . seul j"y commande encore ; Seul je puis faire grâce , et la fais à Zamore. Vis, superbe ennemi , sois libre , et te souvien Quel fut. et le devoir, et la mort dun chrétien.
{A Montèze, qui se jette à ses pieds.) Montèze , Américains, qui fûtes mes victimes. Songez que ma clémence a surpassé mes crimes. Instruisez l'Améritjue; apprenez à ses rois Que les chrétiens sont nés pour leur donner des lois.
{A Zamore.) Des dieux que nous servons connais la différence : Les tiens t'ont commandé le meurtre et la vengeance; Et le mien , quand ton bras vient de m'assassiner,
1 « Voltaire a souvent raconté qu'il avait été fort longtemps sans pouvoir trouver un dénuùment pour Alzre. dont il lui content. Tout le monde, d'ailleurs, trouvait son plan impraticable. Censuré de tous côtes et ne trouvant point de cinquième acte, il était prêt à se rebuter lorsqu'une nuit l'idée du pardon de Gusman, et celle du changement de religion proposé à Zamore lui vinrent à la fois. Il se leva sur-le-champ et ne quitta point l'ouvrage qu'il ne fût achevé, et il l'envoya à Paris, malgré les critiques. » (la Havpe.)