AI,/1P.E
Quel changement, grand Dieu! quel étonnant langage!
ZAMOIiE.
Quoi! tu veux me forcer moi-môme au repentir!
CL'SMAN.
Je veux plus, je te veux forcer à me chérir. Ahire n'a vécu que trop infortunée, Et par mes cruautés, et par mon liyménée: Que ma mourante main la rcmcile eu tes bras. Vivez sans me haïr, gouvernez vos États; Et, de vos murs détruits rétablissant la gloire. De mon nom, s'il se peut, bénissez la mémoire.
{AtAlvarez.) y — T "
Daignez servir de père à ces époux heureux : Que du ciel, par vos soins, le jour luise sur eux! Aux clartés des chrétiens si son âme est ouverte, Zamore est votre fils, et répare ma perte.
ZAMORE
Je demeure immobile, égaré, confondu.
Quoi donc! les vrais clirétiens auraient tant de vertu!
Ah ! la loi qui t'oblige à cet effort suprême.
Je conmience à le croire, est la loi d'un Dieu même.
J'ai connu l'amitié, la constance, la foi;
Mais tant de grandeur d'âme est au-dessus de moi;
Tant de veitu m'accable, et son charme m'attire.
Honteux d'être vengé, je l'aime et je t'admire.
{Il se jette à ses pieds.)
Seigneur, en rougissant je tombe à vos genoux. Alzire, en ce moment, voudrait mourir pour vous.
1 Ces vers célèbres sont la reproduction de la réponse du duc François (le Guise 11519-1563) à lin geniilliomine Angevin soupçonné de l'uvoir voulu assassiner pendant le siège de lloiien. l,a voici lextuellemeiit : « Or çà je vous veux montrer conihieii la religion que je tiens est plus douce que celle de quoi u>us laites piolessiiin. I,a vùire vous a ronseillé de me tuer, sans in'ouir. n'ayaiii reç.i de moi aucune offense; et la mienne nie romniande que je vous pardonne, tout convaincu que vous êtes de m'avoir voulu luer san.s raison. » C'est à tort que quelques historiens font adresser ce discours à Poltrot, meurtrier du duc au siège d'Orléans.
Entre Zamore et vous mon âme déchirée
Succombe au repentir dont elle est dévorée.
Je me sens trop coupable; et mes tristes erreurs....
GUSMAN
Tout vous est pardonné , puisque je vois vos pleurs. Pour la dernière fois approchez-vous, mon père! Vivez longtemps heureux; qu'Alzire vous soit chère ! Zamore, sois chrétien ! je suis content ; je meurs.
ALVAREZ, à Montè::€.
Je vois le doigt de Dieu marqué dans nos malheurs. Mon creur désespéré se soumet, s'abandonne Aux volontés d'un Dieu qui frappe et qui pardonne'.
l « Nous croyons , avec beaucoup de gens de lettres, que celte tragédie, qui n'est pas au théâtre d'un aussi grand eftet que Zaïre, est d'une création bien plus élevée et bien plus difficile. Les caractères originaux et contrastés de Zamore , d'Alvarez et d'Alziie, la peinture des mœurs, les éclairs de génie qui brillent à tous moments dans les détails et les difficultés vaincues, tout nous fait regarder cet ouvrage comme le chef-d'œuvre de l'auteur. » (La Harpe.)