‹ AlzireChapitre 7 sur 47 · ACTE ! , SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE ! , SCÈNE IV

Prends un cœur tout nouveau ; viens, obéis, suis-moi , Et renais Espagnole, en renonçant à toi. Sèclie tes pleurs, Alzire, ils outragent ton père.

Tout mon sang est à vous; mais si je vous suis chère. Voyez mon désespoir, et lisez dans mon cœur.

MONTÈZE.

Non, je ne veux plus voir ta honteuse douleur : J'ai reçu ta parole, il faut qu'on l'accomplisse'.

Vous m'avez arraché cet affreux sacrifice.

Mais quel temps, justes cieux, pour engager ma foi !

Voici ce jour horrible où tout périt pour moi.

Où (le ce fier Gusnian le fer osa détruire

Des enfants du Soleil le redoutable empire^!

Que ce jour est marqué par des signes affreux !

MONTÈZE.

Nous seuls rendons les jours heureux ou malheureux. Quitte un vam préjugé, l'ouvrage de nos prêtres. Qu'à nos peuples grossiers ont transmis nos ancêtres.

Al./JUK.

Au même joiu", hélas! le vengeur de l'État, Zamore, mou espoir, périt dans le combat^; Zamore, mou amant, choisi pour votre gendre!

MONTÈZE.

J'ai donné comme loi des larmes à sa cendre : Les morts dans le tombeau n'exigent point de foi ' ; Porte, porte aux autels im cœur maître de soi; D'un amour insensé pom- des cendres éteintes Commande à ta vertu d'écarter les atteintes. Tu dois ton âme entière à la loi des chrétiens; Dieu t'ordonne par moi de former ces liens :

1 On est bien vagtic.

'1 Les Incas qui régnaient sur le Pérou an moment de la conquête espagnole, se disaient tils du soleil.

3 Zamore avait survcmi au conihal, et nous verrons par son réoit qu'on a pu croire seulement i|u'il avait laissé sa vie dans les tortures. Mais c'est le malheur de la plupart des personnages de celte pièce d'ignorer ce qu'ils devraient ou, tout au moins, pourraient savoir.

4 Voltaire se souvient ici de Virgile ;

Id cinerom aut Manea credis curare seouUos ?

^:||., liT. IV. V. 34.

Il t'appelle aux autels, il règle ta conduite; Euteuds sa voix. \

Mon père, où ra'avez-\ous réduite?

Je sais ce qu'est un père, eî quel est son pouvoir : M'iinmoler quand il parle est mon premier devoir, Et mon obéissance a passé les limites Qu'à ce devoir sacré la nature a prescrites. Mes yeux n'ont jusqu'ici rien vu que par vos yeux, Mon cœur cliangé par vous abandonna ses dieux; Je ne regrette ])oint leurs grandeurs terrassées, • Devant ce Dieu nouveau comme nous abaissées. Mais vous qui m'assuriez, dans mes troubles cruels, Que la paix habitait au pied de ses autels, Que sa loi, sa morale, et consolante et pure. De mes sens désolés guérirait la blessure. Vous trompiez ma faiblesse. Un trait toujours vainqueur Dans le sein de ce Dieu vient déchirer mon cœur : Il y porte une image à jamais renaissante; Zamorc vit cncoie au cœur de son amante. Condamnez, s'il le faut, ces justes sentiments. Ces feux victorieux de la mort et du temps. Cet amour immortel, ordonne par vous-même: Unissez votre fille au lier tyran qui l'aime; Mon pays le demande, il le faut, j'obéis : Mais tremblez en formant ces nœuds mal assortis; Tremblez, vous qui d'un Dieu m'annoncez la vengeance. Vous qui me condamnez d'aller en sa présence Promettre à cet époux, qu'on me donne aujourd'hui, Un cœur qui brûle encor pour un autre que lui '.

IIONTÈZE.

Ah! que dis-tu, ma flile? Épargne ma vieillesse; Au nom de la nature, au noni de ma tendresse. Par nos destins afl'reux que ta main peut changer. Par ce cœur paternel que tu viens d'outrager. Ne rends point de mes ans la (in trop douloureuse! Ai-je fait un seul pas que pour te reifdre heureuse! Jouis de mes travaux, mais crains d'empoisonner Ce bonheur difficile où j'ai su t'amcner. Ta carrière nouvelle, aujourd'hui commencée,

1 Celte réponse d'Alzii c est admirable. Corneille et Racine l'auraient enviée à leur disciple.

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