SCENE IV
LES MÊMES, plus de LATOUR père.
(De Latour père entre suivi de l'officier qu'on a vu avec le Dunois dans l'acte précédent ! . . . De Latour fils, se retournant pour saluer l'amiral, reconnaît son père qui porte l'habit et les décorations d'un baron d'Angleterre.)
DE LATOUR .TR. au comble de la stupéfaction. Ciel! mon père, vous!
DUBOSQ, de même.
Lui!...
DE LATOUR SR, s'avançant souriant.
Votre père, mon fils.
DE LATOUR JR.
Le Commodore anglais?. . .
DE LATOUR SR
C'est moi!
DUBOSQ, avec amertume.
Lui!...
DE LATOUR JR.
J'ai compris.
C'est vous le commodore ? . . .
DE LATOUR SR
Oui, moi le commodore!
(Il ouvre ses bras.) Mais ton père avant tout, un père qui t'adore.
DE LATOUR JR.
Ah!...
DE LATOUR SR
Tu fuis mes baisers, tu ne me connaîtrais! Mais aurais-je sitôt perdu mes anciens traits?
Tu ne m'embrasses pas après vingt mois d'absence! Ainsi je te verrais accueillir ma présence?...
DE LATOUR JR.
Non, ma raison se perd! vous êtes amiral,. . . C'est vous que je revois à l'emploi d'un rival?
DE LATOUR SR
Eival!... tu te méprends.
DE LATOUR JR.
Notre pire adversaire!
Du souverain anglais vous êtes l'émissaire, Vous qui m'annonciez et vos désirs sans frein, Et l'orgueil de lutter pour notre Souverain?. . .
DE LATOUR SR
Je prévoyais, mon fils, ton extrême surprise, Avant de me blâmer, permets que je t'avise.
DE LATOUR JR.
M'aviser!. . . Je sais tout.. . . le combat malheureux. De Roquemont vaincu.
Qu'un guerrier valeureux, Les bras chargés de fers, brave la meurtrissure, Vaillant toujours, le front exempt de flétrissure.
(DE LATOUR SB. apercevant pour la première fois Dubosq, son ancien serviteur.)
Serait-ce toi, Dubosq, ta voix pleine d'aigreur M'insulterait ainsi?. . .
DUBOSQ.
Vous insulter?. . . erreur, Mais votre apostasie à Charles d'Angleterre, Me force à mépriser un trop vil ministère.
DE LATOUR JR.
Laissez-nous seuls!
(Ils sortent tous, le fils invite du geste son père à prendre le fauteuil; lui demeure debout.)