‹ Amador de LatourChapitre 41 sur 50 · SCENE XIII · texte numérisé non relu

SCENE XIII

LES MÊMES, moins de LATOUR Sr.

LATOUR JR, avec reproche.

Dubosq, qu'avez- vous fait?. . .

Ha! ha!!-

LE DUXOIS.

Je suis sans force.

LE DUXOIS, ricanant.

Et moi, . . . moi satisfait.

Tu souffres, de Latour, tu souffres le martyre. Pour père, un renégat! ha! ha!! quel triste sire!

LE RENARD

Je ne permettrai pas qu'on vous insulte ainsi.

Oh! laissez, ce félon n'obtiendra point merci.

LE DVNOIS.

Ta merci, de Latour, ordonne mon supplice; Tes lèvres ont trempé dans leur amer calice.

GRIFFART

Allons expier. . .

(A le Dunois.) Viens. . .

LE DVNOIS.

Imbécile, expier!

Le crime. . . nous devons nous en glorifier!

GRIFFART, aux genoux de Latour.

J'ai péché, commandant, voulu votre disgrâce. Mais avant de mourir je quémande une grâce. A sa voix, J'ai senti mon cœur péricliter Alors que vos bienfaits auraient dû m'arrêter: Je mérite la mort sur l'échafaud infâme. Oh! que votre pardon tempère de mon âme Le remords qui l'obsède, et Je mourrai content. Bénissant votre arrêt.

LE DUNOIS

Le lâche!. . . il se rêpent!.

Grifïart, je vous pardonne! entraîné par ce traître, A^ous fûtes sa victime, il était votre maître. Comme un serpent maudit qui fascine l'oiseau, L'aveugle, Tétourdit pour le mettre en morceau, Le Dunois possédait cet infernal génie D'entraîner sa victime à cette félonie.

Reprenez votre épée au service du Roi, Rachetez votre faute en observant sa loi.

LE DUNOIS

Tu prendrais, de Latour, ce repentir factice? Il a frappé ta main, et c'est là ta justice? Dent pour dent . . .

DE LATOUK.

Le Dunois, cet homme se repent!

Il regrette son crime et n'était qu'un agent. Il n'aurait poignardé que ma seule personne. Mais toi, l'instigateur, que la haine empoisonne. Tu voulais perpétrer le plus vil des forfaits En vendant mes guerriers, tes frères à l'Anglais; Pour prix de notre sang, planter sur cette terre, Sur nos corps le drapeau de Charles d'Angleterre. Tu quémandais son or et des titres honteux Que fièrement méprise un soldat courageux. Sur ton front est gravé le stigmate du lâche, Qui me donne le droit de parfaire ma tâche; Je n'y faiblirai pas; loin de te repentir, Tu nous craches l'insulte et ne crains de mentir. Traître, tu vas, . .

LE DUNOis. lintenouipant.

Mourir. Tu peux prendre ma vie.

Venge-toi, de Latour, satisfais ton envie; A l'échafaud je vais. . .

Xaïf, détrompe-toi!

Le Dunois, tu vivras, mais pour pâlir d'effroi. Comme un fauve enchaîné, rugissant dans sa cage. Mord les barreaux, écume et s'épuise de rage, Pleure sa liberté, sollicite la mort; Le Dunois, tu vivras, l'aiguillon du remord Au cœur, maudit par tous, sous le poids de la chaîne, Sous le poids du dégoût, sous le poids de la haine.

LE Drxois.

Maudit! la mort plutôt!. . .

DE LATOIR.

Tu pâlis, le Dunois, Où donc est ton cynisme?. . . Eperdu, je te vois Lâche. A la tour du nord enchaînez-moi cet être.

LE DXTNOis, suppliant.

Le lieu du crime, oli non!

DE LATOUR, inexorable.

Et là, de ta fenêtre.

Tu verras cette plage et ces riches forêts, Xos vallons et ces lacs, orgueil du nom français. Tu verras ces remparts, où les armes anglaises Ont dû céder devant les phalanges françaises;

— lOG —

Tu verras nos drapeaux qu'un vent de liberté Fait flotter sur ces murs dans toute leur fierté. Tu verras mes soldats au sein de la victoire. Le front auréolé des purs rayons de gloire. Le Dunois, tu verras ces choses que ton bras N'a pu détruire hier, et, maudit, tu vivras Pour soufl^rir sans espoir, pour pleurer ta défaite. Qu'on l'entraîne ...

LE DUNOIS, la tête dans ses mains.

Maudit!. . .

Allez! Justice est faite.

(Des soldats entraînent le Dunois.)

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