‹ Amador de LatourChapitre 5 sur 50 · LE DUNOIS, GRIFFART · texte numérisé non relu

LE DUNOIS, GRIFFART

Le Dunois et Griflfart entrent sur la scène en conversant.

LE DUNOIS, railleur.

Griffart, les rats sont pris à bonne souricière. Impossible de fuir; vois- tu cette croisière Qui nous bloque ?

GRIFFART, indiquant la forêt.

Ces bois ?

LE DXJNOIS.

Fourmillent d'ennemis, Chaque buisson protège un corps d'Outagamis. L'Anglais sape nos murs ; . dans ces bois, les sauvages. Le canon, depuis hier, tonne sur nos rivages.

GRIFFART

Je veux m'enfuir ce soir.

LE DUNOIS

Y songes- tu, Griffait?

Tu serais découvert en laissant ce rempart.

GRIFFART

J'y songe, le Dunois.

LE DUNQJS.

Tu partirais quand même ?

GRIFFART

Même si l'on brisait ce nouveau stratagème, Quand même je saurais succomber dans ces bois. Scalpé par le Peau-Eouge ou mourir aux abois; Ce soir je partirai.

LE DUNOIS

Tardons une journée, Pourquoi ce soir?. . . demain.. . .

GBIFFART, l'interrompant.

Ma parole est donnée, Pas une heure de plus; je tarde de courir, M'éloigner de ces murs où j'ai dû tant souffrir.

LE DUNOIS, raillant.

On t'a mis au donjon!

GRIFFART, avec rage.

Ces fers . . .

LE DUNOIS

Ton équipée Obligea de Latour à t'enlever l'épée.

GRIFFART

Oh! tais-toi, plus un mot; je brûle!... cet affront. Ce stigmate de lâche imprimé sur mon front ! Ici dans ce rond-point, devant mes frères d'armes J'ai ressenti ce jour mes yeux rendre des larmes. Pleurs de sang ; oh !.. .

LE DUNOIS

Ce sang, sache le conserver. . .

(A l'oreille.)

Pour te venger demain.

GRIFFART, le repoussant.

Ne viens pas m'éprouver.

Aiguillonner mon cœur, différer ma partance. Entre Latour et moi, je mettrai la distance, Les immenses forêts; ici,des espions Se calquent sur mes pas, scrutent mes actions. Me venger, le pourrais-je ? . . .

LE DUNOIS

Et tu veux disparaître?

Singulière vengeance!. . .

GRIFFART

Oh! je voudrais repaître Mes yeux d'une agonie oii de Latour tremblant Me crierait son pardon pour cet affront sanglant.

LE DUNOIS

Mais alors reste donc, lave ces flétrissures

Qui te marquent au front de viles meurtrissures.

Un soldat, se sauver?. . . Griffart, tu te méprends.

GRIFFART

Je commettrais un meurtre. . .

LE DUNOIS

Oh! tu ne me surprends.

J'allais te le souffler; ta main tremblerait-elle, Ton cœur manquerait-il d'une haine éternelle? Là. . . veux-tu mon conseil ?. . .

GRIFFART, se promenant nerveux.

ISTon, va-t-en, laisse-moi.

Car si je t'écoutais. . .

LE DUNOIS, se moquant.

Mais quel soudain émoi!

Te voilà presqu'enfant, toi. . . le Basque farouche! Tu craindrais de frapper l'insulteur qui te touche ? Ce Latour te souffleté et tu veux t' abstenir? Depuis quand un Français perd-il le souvenir D'une telle injure?

GKIFFART, émotioii intense.

Oui...

LE DUNOIS

Dent pour dent, la devise De ceux qui n'ont pas peur; partir. . . quelle sottise! Un coup de ce poignard, dans l'ombre mesuré, Débarrasse à jamais d'un tyran abhorré.

GRIFFART, réfléchissant.

Le poignard. . . frapper; soit! le Dunois, je demeure. Oh! prends garde, Latour, je choisirai mon heure, L'heure de te frapper; je veux que sur mon front

Jaillisse ton sang, oui, pour effacer l'affront.

LE DUNOIS

Bravo!. . . Je t'apprendrai, pour saper l'édifice, Y crouler de Latour, un savant artifice. Nulle impasse pour nous, regarde sur ces eaux, Sur le mât d'artimon du plus grand des vaisseaux . . .

(Griffart regarde dans la direction indiquée, tandis que le Dunois sourit avec un air de triomphe.)

GRIFFART, avec surprise.

Deux couleurs. . .

LE DUNOIS

C'est bien ça, deux couleurs, blanche

[et noire, Qui disent: Cette nuit, au pied du promontoire !

GRIFFART

Tu trahis le Diinois?. . .

LE DUNOIS

Moi?. . . J'aide à te venger.

GRIFFART

Se venger ainsi!. . .

LE DUNOIS

C'est doublement fustiger Qui te crache l'insulte en te traitant d'inepte.

GRIFFART

Trahir?. ..

LE DUNOIS

Xon, te venger!

GRIFFART

Moi, traître?

LE DUNOIS

Eh bien?

GRIFFART, après un long silence.

J'accepte.

LE DUNOIS, frappant l'épaule de Griffait.

Je te retrouve enfin le Basque d'autrefois. Jaloux de son honneur. . .

GRIFFART, ricanant.

Et brave quelquefois.

(Ils sortent en parlant ensemble.)

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