SCENE XII
LES MÊMES, plus CLAUDE DE LATOUR
Claude de Latour sr entre; démarche lente; d'une voix grave,
DE LATOUR SR
Il ne ment pas, le coupable, c’est moi!
DE LATOUR JR.
Vous, mon père!...
DE LATOUR SR
Je viens le confesser À toi.
DE LATOUR JR, LE DUNOIS, ricanant.
Je te l'avais dit!
DE LATOUR JR,
DE LATOUR SR
En retraite, Ils ont gagné la mer, au su de ma défaite.
Les lâches! se sauver. … vous laisser sans secours.
DE LATOUR SR
Lâche, moi seul le suis; car j'ai souillé mes jours, Souillé mes cheveux blancs et vendu ma patrie
À la cour d'Angleterre au poids d’une pairie.
De fuir un rénégat mes gens ont eu raison;
Je leur portais malheur, pardon, mon fils, pardon!
DE LATOUR JR, (Il le relève.)
À genoux, vous, mon père?...
DE LATOUR SR
Oh! jetie-moi l’injure.
J'ai dégradé ton nom, je me suis fait parjure, J'ai voulu m’emparer de toi par trahison.
(Désignant le Dunois.)
Cet homme me devait livrer ta garnison.
etraite.
ours,
njure.
DE LATOUR JR,
Assez! mon père, assez! le repentir efface De tous vos errements Ja plus intime trace.
Mes bras vous sont ouverts.
DE LATOUR SR
Tu me rends ton amour ?
DE LATOUR JR.
Aurais-je pu cesser de vous aimer un jour?
° DE LATOUR SR
Tu ne me méprisais?
DE LATOUR JR,
Je vous plaignais, mon père.
DE LATOUR SR
Pour toi je fus un monstre, une infame vipère, Et je me fais horreur.
BE LATOUR JR.
Que le passé soit mort, Que des soleils nouveaux illuminent ce fo1t Où nous serons ensemble à défendre la France.
DE LATOUR SR
La France!... J'ai perdu, par lâche défaillance, Le droit de la défendre à l'ombre des drapeaux Que mon fer apostat a mis en oripeaux.
DE LATOUR JR.
Nous vous accueillerons comme l'enfant prodigue.
DE LATOUR SR
Tes gucrriers valeureux savent ma basse intrigue :
Oseraient-ils toucher la main du malheureux ?
Sans cesse on me fuirait comme on fuit un lépreux.
DE LATOUR JR.
Mon père, renoncez à fuir notre rivage...
DE LATOUR SR
Impossible, mon fils, je n’en ai le courage.
Moi, le traître à Louis, demeurer en ce fort,
Où d’un bras révolté j’ai répandu la mort?...
Je craindrais que, la nuit, des ombres vengeresses, Viennent à mon chevet répéter mes bassesses, Me dire, en ricanant, de sortir de ces lieux,
Que ma présence souille et rendrait odieux.
DE LATOUR JR.
Il est beau d’accuser semblable défaillance.
Reprenez votre épée et luttez pour la France. Effaçant votre erreur, que de nouveaux exploits, Aux ordres de Louis fassent régir ses lois.
Soyez des nôtres.
DE LATOUR SR
Ah! ta clémence me jette Dans la confusion et lourdement m’endette.
Tu te venges du traître, oubliant son passé, En déposant pour moi le rôle d’offensé.
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SOI Loi
Oh!
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Je voulais ton mépris, je recherchais ta haine,
Et tu me tends les bras ; j'aurais voulu la chaîne rodigue. Du forçat pour souffrir, tu m’offres pour prison D’habiter avec toi le seuil de ta maison:
Oui, ma honte redouble.
trigue : DE LATOUR Ji, KL?
épreux. Eloignez ces pensées, Mon père, embrassons-nous.
DE LATOUR S&kR.
Mes tristes odyssées : Sont indignes d’accneil : oh! ne te souille pas! Loin de ces murs, bien loin Je Veux porter mes pas. DE LATOUR JR. = Tresses, Oh! non, ne partez pas; restez ici, mon père. es Tous nous vous pardonnons.
DE LATOUR SR, J'irai chercher repaire . Dans le calme des bois, pleurer mon abandon. En exil laisse-moi. .. J ‘emporte ton pardon. : Adieu, mon fils!...
its,
DE LATOUR JR.
| Dubosq, laissez-vous votre maître Nous quitter ?
DUBOSQ, glacial.
Qu'il demeure et sache reconnaître La clémence d’un fils qu’il a voulu frapper!
DE LATOUR SR
Ce glacial accueil vient de me condamner.
Ton cœur, mon fils, pardonne à la faute d’un père, Mais cet homme a le droit d’écraser la vipère.
Adieu!
DE LATOUR JR.
Mon père!
DE LATOUR SR
Adieu!
(Il s'éloigne.)