L'EXPIATION
Enserrés dans Burgos par trois mille Espagnols,
Le trépas nous guettait. Déjà, de larges vols
De sinistres oiseaux, aux pieds de la falaise, Tournoyaient lentement; dans les rangs, un malaise Apre nous étreignait et, lutteurs acharnés,
Nous frappions l’assaillant sur ces glacis minés; Mais la plaine toujours vomissait à l'attaque
Les rangs épais.
Leur chef, sorte de grand cosaqué, Sous son fez enrougi, le torse sillonné D'armes crachant le feu, s'était imaginé De nous prendre vivants, car n'ayant plus de poudre, Nous luttions au sabre et gaîment à découdre Ces fils de l’Ihérie.
Or, les bruits de l'airain
Cessèrent sous les murs, leur lugubre refrain:
Leurs rangs s'ouvrent et, pâle, un des nôtres s’a- [ vance:
C'était notre aumônier, frappé par cette engeance,
Dans la lutte d’hier, en soignant les blessés.
Nos glaives dans le dos, ils s'étaient empressés,
Les lâches! — de saisir en fuyant ce vieux prêtre,
Qu'ils traînent sous nos veux, ligotté comme un [traître.
Notre glaive en repos et loin de soupconner
Quel sauvage projet ils allaient inventer,
Nous attendions l’échange, une heure d’armistice:
C'était notre aumônier qu’on déléguait d'office.
Les canons s'étaient tus; depuis quelques moments,
J’apercevais là-bas de loins attroupements,
Scintiller au soleil mille piques brillantes:
Des nôtres les secours: deux brigades vaillantes.
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Et déjà dans nos mains un drapeau s'agitait ;
Mais c'était attirer les soupçons du piquet,
Qui s’avancait toujours malmenant le vieux prêtre. Son visage serein ne laissait apparaître Nulle crainte, il marchait comine un fier Devant les Espagnois, surpris d’un tel dédain: Le front plein de reflets, ainsi qu'une parure Qui venait éclairer sa mystique figure, Rendu près des fossés, le groupe s'arrêta,
Et ce que j'entendis alors me révolta,
Le chef avait tranché {es épaisses entraves,
Et nous montrant du doigt :
paladin,
“ Prêtre, vois-tu ces \ [braves?..
“ Jls devraient expirer sous nos poignards vengeurs : “ La cartouche est trop noble à ces vils ravageurs: “ Is ont franchi les monts et souillé nos demeures. “ Pour se livrer à nous, je leur donne deux heures: “Nous leur ferons quartiers s’ils livrent leurs dra- [peaux,
“Sinon nous les traitons comme de vils troupeaux. “Tu comprends bien: à nous leurs armes et leurs
[aigles, “Et sans honneurs aucuns qu’ils subissent nos règles, “A tes frères maudits sers-moi de factotumm, “ Marche, vieille soutane, apprends l’ultimatum, “Mais prends bien garde, un mot. quolurras oaxtee
[contraires, “Je te brise le crâne et n’épargne tes frères.”
Je savais l’espagnol, ‘e bondis malgré moi:
Ainsi l’on nous outrage au mépris de la loi
Des braves: et je vis pâlir le noble prûtre.
C'était un cœur francais, on le croyait un traître: Je pensai que, soudain, il allait s’élancer
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Sur l’indigne soldat qui voulait l’outrager ;
Et je le bénissais de garder le silence,
De montrer qu’un Français ne trahit pas la France. Mes hommes excités réprimaient des jurons,
Et voulaient s’élancer aux appels des clairons; Mais la consigne!... et tous, ressaisissant le glaive, Nous étions sur le point de rompre cette trêve.
“ Eh bien parleras-tu?... va, dis-leur de traiter; “Ta tête en répondra, s'ils osent résister.
—“ Bien, je vais obéir, leur transmettre ton ordre. Notre aumônier s'avance!
Un doute vient me mordre.
Cet homme à cheveux blancs, qui devant le trépas, Enflammait notre ardeur et ranimait nos pas, [Il nous exhorterait à déposer les armes!...
Nous en étions encore à ces noires alarmes, Nos lèvres maudissaient ce Français égaré, D'un poids lourd s’oppressait notre cœur atterré, Quand sa voix s’éleva:
—“ Luttez avec vaillance ‘“ Frères, pour vos drapeaux, luttez... Vive la [France!
Et ce héros s'écrase impassible et mourant, Les bras levés au ciel, à genoux. implorant Pardon pour son bourreau.
Sitôt un cri de rage S’échappe de nos rangs, et là-bas, un nuage De poussière s'élève aux clameurs: — “ En avant! ” Les nôtres, les voici, devant eux tout bravant. “ Frères, à l’arme blanche, en avant!”... m’écriai-je, Mes hommes du rempart s’élancent, mais j’abrège.
a France.
ns,
‘ons;
le glaive, rêve.
aiter ;
on ordre.
» mordre, le trépas, pas,
rage
avant! ” nt.
écriai-je, abrège.
La vengeance dans l'âme, on les enf Le Cosaque et les sien On les taille su, place et, malgré leur vaillance, Ils se rendent enfin, convaincus d’impuissance. Seul, l'assassin du prêtre, au gibet qui l’attend Cherchant à s'échapper, l'œil en feu, se défend. Comme un fauve blessé sur le chasseur s'élance, Ne voulant que périr avec qui le relance:
L’Espagnol nous affronte et s'expose à dessein. Nous l’accablons enfin : étreignant l’ass Je l’écrase à genoux.
erme tous,
assin.
Il ne doit pas mourir
Du trépas d’un guerrier: pour venger le martyr, Nous plantons le gibet, mais un Ba De sa crosse en sifflant.
“La pareille, mon homme.”
Et comme les captifs regardaient, en tremblant. Sur le sol rejaillir le crâne tout sanglant ; Que nous restions muets dev Devant ce justicier qui fix Regardant les vaincus Le Basque ricana:
ant cette vengeance, ait la sentence:
aux veux de peur chargés,
- “De deux, si vous bougez!
8, grands diables andalous :
sque l’assomrne