‹ Amandine, vaudeville en deux actesChapitre 31 sur 45 · GABRIEL, LUDOVIC · texte numérisé non relu

GABRIEL, LUDOVIC

GABRIEL

Eh bien ! monsieur Ludovic, quelle nouvelle ?

Ludovic, triste.

Je pars... je retourne au pays.

GABRIEL

Quelle lubi> !... il n'y a pas huit jours que vous êtes à Paris. Est-ce que notre capitale aurait l'inconvénient de vous déplaire?

LUDOVIC, avec feu.

Ah ! je voudrais y passer ma vie et davantage, si c'était possible.

GABRIEL

Qui vous en empêche?

LUDOVIC

Un ordre de mon père.

GABRIEL

Bah!

Vous savez bien que, n'ayant pu réussir à voir M. de la Bostrie, j'avais fini par lui écrire hier... eh bien! ce matin, au moment où je me disposais à retourner à son hôtel, j'ai reçu sa réponse: il m'annonce que mon oncle est mort, que la nouvelle en est arrivée en Allemagne pendant mon absence, et que mon père m'ordonne de reprendre la route de Stuttgard.

GABRIEL

Alors... je vous souhaite un bon voyage.

LUDOVIC, vivement.

Oh ! je ne suis pas encore parti.

GABRIEL, gahnent.

A la bonne heure I voilà comme je comprends l'obéissance.

LUDOVIC

Je ne partirai peut-être pas du tout.

GABRIEL

Encore mieux!

LUDOVIC

Mais cela ne dépend pas de moi.

GABRIEL

Et de qui donc?

LUDOVIC

D'elle, mon ami.

GABRIEL

Ah! oui, vous êtes toujours amoureux.

Comme un fou !

GABRIEL

Comme moi.

LUDOVIC

Non, pas comme vous... Moi, c'est la' première fois.

GABRIEL

Quel âge avez-vous ?

LUDOVIC

Vingt-cinq ans.

GABRIEL

J'ai commencé plus tôt que ça... Le Parisien est précoce : à seize ans, j'en avais déjà adoré une demi-douzaine ; et depuis, dans chaque garnison, pour m'entretenir le cœur, j'en ai toujours aimé deux ou trois.

LUDOVIC

Mais moi, c'est du sérieux.

GABRIEL

Vous avez donc revu votre belle aux jolis yeux?

LUDOVIC

Oui.

GABRIEL

Et qu'est-ce qu'elle dit de votre départ?

Elle l'ignore.

GABRIEL

Et de votre amour?

LUDOVIC

Elle n'en sait rien... Je n'ose pas me déclarer*

GABRIEL

Vous n'osez pas... un homme comme vous qui a reçu de l'éducation... Mais si j'avais eu de l'éducation, j'en aurais aimé bien davantage.

LUDOVIC

Quand on aime véritablement, on est si timide!

GABRIEL

C'est un conte... J'en ai aimé véritablement beaucoup, et je n'ai jamais été timide... au contraire... Voyons, voyons, il faut parler.

LUDOVIC

Je ne demanderais pas mieux ; mais les paroles viennent jusque là... puis elles s'arrêtent... elles m'étouffent... elles ne peuvent pas passer.

Il faut lui écrire... c'est sitôt bâclé!... Mademoiselle, j'ai deux mots à vous dire; faites-moi l'amitié de vous trouver ce soir, à la nuit tombante, sous les arcades de la place Royale.

LUDOVIC

Ah! si vous saviez, mon cher Gabriel!... j'ai voulu vingt fois lui écrire, et avant de commencer, rien ne me semblait plus facile; mais quand je suis assis à mon bureau, mon papier devant moi, mes idées m'échappent... les mots qui tombent de ma plume sont froids, décolorés...

GABRIEL

Eh bien! j'ai un moyen de vous faire faire une déclaration à votre belle, dans un style soigné, pas une faute d'orthographe...

LUDOVIC

Je ne comprends pas...

GABRIEL

Laissez-moi faire... [Il appelle.) Clarisse! (A Ludovic.) En voilà une que j'aime... et qui m'adore!... Je vous retiens pour mon premier garçon de noce... Clarisse!

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