‹ Amandine, vaudeville en deux actesChapitre 38 sur 45 · SCENE X · texte numérisé non relu

SCENE X

AMANDINE, LE MARQUIS et LUDOVIC.

LE MARQUIS

Salut à la reine des marguerites.

Ah! encore vous, monsieur le marquis?

LE MARQUIS

Oui, ma belle, encore moi, et toujours moi.

Qu'est-ce que vous voulez?

LE MARQUIS

Ce que tu me refuses.

Moi î... entrez, et choisissez.

LE MARQUIS

Tu fais semblant de ne pas m'entendre!

Yoici de jolis muguets, de beaux narcisses.

LE MARQUIS

Il n'y a pour moi ici qu'une fleur.

Et c'est?...

LE MARQUIS

Toi!

Justement, celle qui n'est pas à vendre.

LE MARQUIS

Écoute-moi, sois raisonnable.

Raisonnable., .je le suis en ne vous écoutant pas.

LE MARQUIS

Tu sais que je t'aime... que je t'adore !

Pourquoi ne variez-vous donc pas vos plaisanteries?... ils disent tous la même chose.

LE MARQUIS

Mais ce n'est point une plaisanterie... dès demain, si tu veux, je mets à ta disposition un bel hôtel meublé, un magnifique équipage...

Traversez donc Paris avec un éventaireà quatre roues! vendez donc des fleurs en désobligeante!

LE MARQUIS

Mais tu ne vendrais pas de fleurs.

Et moi qui veux toujours en vendre ! Achetezmoi donc ce bel oranger pour Mme la marquise, il y a long-temps que vous ne m'avez rien acheté pour elle.

LE MARQUIS

Méchante!

Voilà une petite femme bien heureuse, avec un mari si amoureux et si galant 1

le marquis, très-amoureux.

Mais ton coeur est donc de marbre? tu n'as donc ni entrailles ni ambition?

Là!... parce qu'on ne se sent pas digne des offres brillantes de monsieur le marquis, voilà qu'on est une fille sans cœur, sans entrailles!...

Eh! mon Dieu, non; je ne suis ni plus ni moins sensible qu'une autre.

LE MARQUIS, blessé.

C'est-à-dire que j'ai un rival.

Un... vous êtes modeste ; j'ai reçu plus de trente billets doux cette semaine.

le marquis , galamment.

Je le crois, avec ces yeux-là... Et que fais-tu de ces tendres missives?

Ne faut-il pas que j'enveloppe mes bouquets?

LE MARQUIS

Tu te sers de toutes ?...

Du moment qu'il n'y a pas de préférence pour

l'écrivain...

LE MARQUIS , avec hauteur.

Comment !... c'est donc à dire que, si moi, gentilhomme, marquis de Bellemare, je poussais la faiblesse jusqu'à t'écrire...

Je pousserais peut-être l'étourderie jusqu'à envelopper avec votre billet le bouquet de violette que vou3 envoyez à Mlle Carline, de la comédie

italienne.

le marquis, légèrement.

J'ai rompu.

C'est donc depuis hier soir! car votre valet de

chambre est venu m'en chercher encore un hier

matin.

le marquis.

Malicieuse créature, on ne m'ôtera pas de l'idée

que tu as un amant.

Raison de plus pour me laisser tranquille.

LE MARQUIS, s' échauffant.

Morbleu! je saurai son nom.

Oui, s'il me le donne.

LE MARQUIS, avec force.

De ce moment-ci je m'attache à tes pas, je te suivrai comme ton ombre, je ne souffrirai pas que personne t'approche, je te ferai suivre, épier par mes gens.

Et moi, j'irai me plaindre, demander à M. le lieutenant de police sa protection.

ludon ic, ** avançant, La mienne ne vous suffit-elle donc pas?

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