Amante et mère
Il était huit heures du soir, et madame Dauron ne songeait pas à se mettre à table pour dîner, parce que son fils Albert, sorti depuis le matin, tardait encore à rentrer. Elle s'inquiétait, elle s'affligeait, elle s'effrayait, mais elle ne
s'irritait pas; car le jeune Albert avait le priviii. 1
lège illimité de tout faire, sans qu'on y trouvât à redire, et même il pouvait être sûr d'avance d^obtenir l'approbation de sa mère pour tout ce qu'il voudrait dire ou faire. Madame Dauron n'avait pas une seule fois réprimandé son fils, depuis qu'il était revenu, à l'âge de six ans, près d'elle ; bien plus, elle ne se contentait pas de fermer les yeux sur des fautes qui se tournaient en habitudes, elle avait l'imprudence de les encourager et de les fortifier dans leur racine, en y applaudissant, ou du moins en les traitant avec une dangereuse légèreté. Aussi, Albert Dauron , naturellement vicieux et prédisposé par faiblesse autant que par orgueil à recevoir les plus funestes inspirations, était-il déjà un mauvais sujet à dix-sept ans.
Son éducation avait été livrée aux caprices de son caractère, avant de l'être aux exemples d'une détestable société d'estaminets : enfant, il exerçait sa tyrannie impérieuse sur sa mère et sur sa sœur Nanine, pauvre victime qu'il martyrisait à plaisir; il maltraitait les domesliqueset leurjouait
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des tours de méchanceté que madame Dauron regardait comme de charmantes espiègleries ; ensuite, il fit souffrir mille tortures aux précepteurs qui se succédèrent rapidement auprès de lui, sans parvenir à lui donner le goût de l'élude, ni à lui laisser quelque teinture d'instruction. Il était donc d'une insouciance à peu près complète, et non seulement il n'avait pas retenu, des leçons de ses professeurs , les notions les plus vulgaires et les plus indispensables qui s'acquièrent ordinairement dans les basses classes du collège, mais encore il ignorait absolument les premiers élémens de ce code fondamental qui règle les rapports des hommes entre eux, et qu'on a surnommé la civilité puérile et honnête , pour indiquera quelle époque de la vie on doit l'apprendre. Lorsque Albert Dauron passa de l'enfance à la jeunesse, il se trouva au milieu du monde, où l'appelaient sa naissance et sa fortune, sans les moyens d'y tenir un rang convenable, et il se sentit embarrassé, gêné, ennuyé, etparcon-
séquent déplace, comme un sauvage endormi dans ses forêts et réveillé à la porte de nos villes. Albert n'eût pas l'idée de se soumettre à une réforme nécessaire, et pour rencontrer un monde dans lequel il ne fît pas tache , il descendit au lieu de s'élever : il se jeta dans un ignoble compagnonnage de lieux publics, et il recruta des amis, ou plutôt des flatteurs habiles à l'exploiter, dans les cafés, dans les théâtres et jusque dans les maisons de prostitution.
C était un débauche du dernier étage, avant qu'il eût atteint sa vingtième année; déslors, il partageait ses journées et ses soirées entre le billard, le cigare, les liqueurs fortes et les filles; dès- lors, il perdait ou dépensait bien au- delà des menus-plaisirs exorbitans que l'aveugle tendresse de sa mère lui avait alloués. À peine si les prières et les larmes de celle imprudente mère avaient pu empêcher qu'il fit des nuitscommedes jours, et qu'il disparut presque tout à fait delà table de famille. Albert Dauron aimait encore assez sa
mère, pour ne pas lui refuser cette concession
qu'il trouvait pourtant onéreuse et vexatoire; Du moment où il s'était rendu libre, en lançant ses livres à la lêle de son dernier précepteur, et en le chassant lui-môme à coups de pieds dans le derrière, il avait juré de ne jamais lire autre chose que des romans et des journaux ; encore n'en lisait-il guère, tant il avait de répugnance invincible pour tout ce qui ressemblait à un livre et à la lecture. En revanche, il excellait dans l'art du noble jeu de billard qui faisait sa plus constante et sa plus chère occupation ; il avait en ce genre une réputation précoce au café Turc, et l'on pariait pour lui, quand il jouait une poule avec les vieux professeurs qui s'avouaient souvent vaincus par l'adroit jeune homme; en outre, il accoutumait son estomac à ne jamais repousser une demi- tasse, ni un petit verre, et il se perfectionnait tellement dans Tabsorption des petits verres, que les plus grands ne l'auraient pas fait reculer.Ce n'était pas les seuls excès qu'il se permit et que son tempérament devait lui défendre : il épuisait prématurément ses force» naissantes,
et ne laissait pas à la virilité le temps de se former, en cherchant la fatigue au lieu du repos, et en abusant des plaisirs d'un autre âge. Cette vie déréglée avait porté des fruits qui promettaient les plus tristes résultats pour l'avenir : Albert, à qui étaient libéralement départis tous les avantages de la figure et du corps, commençait à les voir s'altérer et se flétrir avant leur entier développement; sa belle physionomie prenait un air trivial et dégradé, son teint devenait blafard et plombé , ses yeux se ternissaient et s'allanguissaient ; sa bouche toujours entr'ouverte montrait encore une magnifique denture , mais les lèvres se décoloraient ou bien se chargeaient de nuances violacées et d'écume bilieuse; sa taille s'affaiblissait à mesure que la poitrine allait s'enfonçant, ses épaules semblaient s'incliner sous le poids de sa tête , et son dos se courbait comme celui d'un vieillard ; une révolution interne s'opérait en lui et se traduisait au dehors par des signes qui apparaissaient tous les jours davantage nprès chaque nouvelle
orgie. Il avait moins à perdre du côté de l'intelligence , mais l'action corrosive du libertinage attaquait aussi son cerveau, et il avait des intervalles d'idiotisme pendant lesquels il manquait totalement d'idées, et ne ralliait qu'un très petit nombre de mots incohérens qui cachaient mal le vide de sa pensée. Dans ces momens de prostration morale, il se couchait, ou s'enivrait, ou fumait, comme s'il eût voulu s'oublier lui-même.
— Maman , maman, voici Albert qui arrive ! s'écria Nain ne qui entr'ouvrit la porte et montra seulement sa jolie 'tête blonde, sans avoir pris soin d'essuyer deux larmes encore suspendues au bord de ses paupières. Il fait trop sombre pour que je l'aperçoive, mais je l'ai entendu de loin, chanter son refrain favori : Faisons cette bille, ma fille!
— Taisez- vous, mademoiselle ! interrompit madame Dauron : Qui vous a appris ces vilaines chansons? ce n'est pas votre frère, sans doute... Mais pourquoi vous déranger ?
— Jo ne voyais plus clair pour coudre et raccommoder le linge que vous m'avez remis... répondit Nanine en tremblant et en balbutiant ; puis, j'étais inquiète de mon frère, et j'ai ouvert la fenêtre...
— Ouvrir la fenêtre et regarder dans la rue, voilà une belle conduite pour une jeune personne ! On dira que vous êtes bien élevée! Fi ! vous devriez être honteuse!
— Mais, maman, je n'ai pas fait de mal... et d'ailleurs personne n'apu me voir à la croisée où je ne suis restée qu'une minute... J'avais bon besoin de prendre l'air, après avoir tant cousu...
— Paresseuse! je vous conseille de chercher à vous faire plaindre! N'est-ce pas làunegrande faligue que de coudre? je parie que vous n'avez pas encore ourlé tous vos torchons ?
— 11 y en avait quatre douzaines, maman, et celte toile est si dure que j 'en ai les mains brisées . . . Pour me reposer, j'ai fait un peu de tapisserie.
— Encore ! que vous êtes désobéissante, mademoiselle ! je vou$ demande h quoi cela sert,
de la tapisserie? Vous avez la rage de faire la grande dame, c'est pitoyable !
— Omon Dieu ! non, maman, je vous assure; je sais bien comment je suis faite!,.. Vous me le répétez si souvent, ajoula-t-elle avec un soupir: mais enfin, ce n'est pas ma faute !
— Bon! des larmes, maintenant! quelle petite fille insupportable! paresseuse, désobéissante, raisonneuse, accariàtre! Allez-vous en .retournez à votre ouvrage , et ne m'agacez plus ! rentrez tout de suite dans votre chambre, et n'en sortez pas jusqu'à ce qu'on vous avertisse pour le dîner ? Ah ! qu'une mère est malheureuse d'avoir une fille si désagréa* ble !
Nanine referma la porte et se retira dans sa chambre où du moins elle pouvait pleurer en liberté , sans être en butte à des gronderies et à des injustices perpétuelles. A peine madame Dauron se vit-elle seule, qu'elle rouvrit la porte pour écouter le bruit des pas et de la voix
de son fils qui montait l'escalier en chantant à tue-tête un vaudeville et en faisant retenlir les marches sous ses talons de bottes : la joie pétillait dans les yeux de Cécile, et son sein battait aussi tumultueusement que celui d'une amante qui tend les bras à son amant; elle avait le corps penché en avant et les yeux fixés sur cet objet qui ne paraissait pas encore. Quand elle le vit paraître, elle poussa un cri de bonheur, s'élança d'un bond et mit une partie de son âme dans cet embrassement maternel que le jeune homme eût souhaité moins tendre et moins prolongé : il en esquiva la moitié et répondit froidement au reste, car son affection exclusive pour sa mère n'était jamais au diapason de la passion que celle-ci lui portait avec plus d'exagération et d'emportement quelle n1en avait montré dans aucun autre senliment , car elle concentrait sur son fils tout ce qu'elle avait de puissance d'aimer.
— Hola! hé! mère, tu m'aplatis comme un gant ! lui dit-il en échappant à celte étreinte qui
l'avait surprise à l'improviste ; tu me guettes au passage pour m'étouffer ou peu s'en faut ?
— C'est que je suis si joyeuse de te revoir, mon Albert! reprit-eîle en l'attirant sous la lumière de la lampe , pour l'examiner de près avec une minutieuse tendresse.
— Vraiment , je n'en suis pas fâché , non plus, mère , repîiqua-t-il en baillant ; mais je vais d'abord m 'asseoir, s'il te plaît, et souffler un moment comme un cheval poussif.
— Tu te fatigues, méchant enfant ! dit la mère qui le baisait au front -et caressait ses joues pâles avec le dos de la main ; tu en fais trop pour ton âge, mon chéri ?
— Bah ! je suis fort comme un Hercule, à ce que j 'entends dire , et en effet , il y a des jeunes gens de vingt- cinq ans qui sont des rosses en comparaison de moi.
— Voilà ce qui te tue, mon ami, et si l'on m'écoutait, vilain garçon, l'on serait plus sage... N'est-ce pas vouloir gâter son estomac, que de dîner à huit heures du soir ?
— Moi! j'ai dîné ou déjeûné, n'importe; un déjeûner fait au Rocher de Cancale, et du Champagne, à mort î Je venais seulement te prévenir que je ne dînerais pas.
— Tu me préviens un peu tard , mon bon Albert, mais j'aimerais mieux que tu ne m'eusses pas prévenue du tout et que tu fusses moins fatigué, mon Dieu !
— Bah! ce n est rien que cela, j'en ai bien fait d'autres !... Je ne serais pas rentre avant minuit, si j'avais eu des fonds, mais, la bourse vide, on a une sotte mine, et j'ai voulu la remplir.
— Comment. Albert! et les trois cents francs que je t'ai donnés hier ? s'écria madame Dauron qui ne savait pas prendre le ton ni le visage sévères.
— Les trois cents francs d'hier ? le diable les a emportés aujourd'hui, s'écria Albert Dauron en éclatant de rire: j'ai perdu obstinément, mais je gagnerai ce soir. Il y a des veines de malheur, vois-tu, mère? et lorsqu'on rencontre une de ces veines-là , on y mangerait des millions. Il faut
donc de l'expérience, et lorsqu'on perd, on ne doit jamais doubler son jeu ; c'est le contraire quand on gagne... Mais j'oubliais de te dire que ces principes ne pourraient s'appliquer au billard où l'adresse décide seule...
— Tu as donc joué dans une maison de jeu, malheureux ? interrompit Cécile qui se souvint avec effroi des déplorables conséquences de l'amour du jeu chez Adolphe de Lormeuil.
— C'était un simple essai , dit tranquillement Albert: une autrefois, je serai mieux aidé par le sort et je me rattraperai en quelques coups.
— Mais tu ne songes pas , mon ami , à ce que c'est que le jeu? non-seulement , la fortune disparaîtrait dans ce gouffre, mais encore ton honneur...
— Bah ! on dit toujours cela pour faire de la morale; mais ce sont des contes, mère : j'ai vu devant moi, un monsieur qui gagnait deux cent mille francs.
— Albert , mon cher enfant, reviens à des idées plus saines? garde-toi, oh ! garde-toi de
te laisser entraîner par des conseils pervers ! le jeu! si tu savais où conduit le jeu !
— A l'hôpital et môme à la rivière? Bahï nous savons l'apologue. Mais, pour un qui se ruine et qui se noie, il y en a cent qui s'enrichissent.
— Mensonges, mensonges abominables, mon fils ! Contre un joueur qui s'enrichit ou du moins qui gagne , il y en a cent, il y en a mille...
— Mère, pas de sermon, interrompit- il avec des bâillemens affectés. Je suis assez grand, j'espère, pour me diriger, et j'ai de la prudence, d'ailleurs.
— Pourquoi, mon ami, ne pas le contenter de jouer aux dominos, au billard, à la paume ? lu aimais tant ces jeux-là ?
— Bah ! mère, vous aimiez aussi voire poupée, lorsque vous ôtiez petite, mais à présent, que feriez-vous d'une poupée ? c'est comme moi, je n'aime plus les jeux innocens.
— Je suis bien sûre que tu ne penses pas un mot de ce que tu dis là, mon Albert, et lune
voudras me causer du chagrin en jouant... à la manière des joueurs...
— Quoi! tu aurais du chagrin, si tu me voyais revenir avec de l'or, des monceaux d'or, plein mon chapeau ? ce serait trop héroïque, mère, c'est-à-dire trop bête.
— Qu'as-tu besoin d'or, mon ami? n'es-lu pas, ne seras-tu pas un jour assez riche? ton père, malgré ses folies et ses voyages, a bien encore qnarante mille livres de rente.
— Ne me parle pas de jmon père, je le déteste, puisqu'il t'a rendue malheureuse! Il peut garder pour lui ses quarante mille livres de rente : on s'en passera, ïarira.
— Pas du tout, Albert : tu ne renonceras pas à ton patrimoine ; je suis là pour défendre tes intérêts, et si Nanine se fait sœur de charité, tu auras encore une fort jolie position , car tu hériteras seul de ta grand'mère, de ton père et de moi. Alors, sans doute , tu ne joueras plus?
— Bah ! ne t'occupe donc pas de ce qui me regarde! je te promets de jouer dorénavant
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avec précaution, voilà tout. Je dois cinq cents francs...
— Tu dois cinq cents francs ? s'écria madame Dauron avec plus d'étonnement que de sévérité. Vois, mon Albert, ce que c'est que le jeu ?
— Je suis heureux d'en être quitte pour cette bagatelle ; car le gros joueur, qui était assis près de moi, (c'est un prince russe), a perdu vingt mille francs.
— Quel coupe-gorge! Ce n'est pas à l'argent que je tiens, Dieu merci ! et je t'en donnerais volontiers trois fois autant , si tu le dépensais plus convenablement.
— Oui, en Champagne, en paris, en farces î voilà ce qui fatigue, ce qui use la santé !... Mais à propos, j'oubliais ce qui m'a fait revenir sitôt.
~ Quoi donc ? te sens-tu indisposé ! repartit madame Dauron dont la sollicitude se créa surle-champ une foule de sujets de craintes . Je vais faire appeler le médecin...
— Le médecin ? reprit en riant le jeune homme qui tira de sa poche un lambeau de jour-
nal froissé et qui le déplia soigneusement : estce que j'ai l'air malade, mère ? Bah! si tu m'avais vu tantôt mordre et avaler, pour faire passer mon guignon, tu serais tranquille sur ma petite santé ?
— Je ne sais, tu es pâle et tu as les yeux cernés!... Mais qu'est-ce que tu tiens? un numéro du Journal de l'Empire ? c'était le nom du Journal des Débats, il y a douze ans.
— Ce numéro en a treize; on avait enveloppé dedans une douzaine de cigarres, et par hasard, j'ai jeté les yeux sur J'enveloppe...
— Eh! bien, quel intérêt ce vieux journal a-t-il pour toi ? il y a treize ans, tu n'en avais que six. Treize ans! murmura t-elle en essuyant deux larmes ruisselant le long de ses joues. Déjà treize ans ! comme le temps s'écoule rapidement ! ce pauvre Frédéric !
— Frédéric Moreau ? reprit vivement Albert: il est parlé de lui dans le journal. Alors, c'est bien toi, n'est-ce pas, qu'on avait empoisonnée?
— Empoisonnée! qui vous a révélé ce secret?... Ce ne peut être qu'une indiscrétion de ton par-
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j8 MÈRE.
rain? M. Jodelet ne sait qu'imaginer pour me nuire !
— Pour le nuire, mère ? tu aurais été empoisonnée cent fois au lieu d'une, je ne vois pas en quoi cela pourrait te nuire, si ce n'est dans ta santé ; il n'y a pas là de ta faute.
— C'est une bien horrible affaire, réponditelle tristement, et j'avais espéré que tu l'ignorerais toujours ! Oui t'a donc dit?....
— Eh parbleu ! c'est le Journal de l'Empire , où l'anecdote est racontée en grand détail, excepté que la fin manque, car je n'ai que la moitié de la feuille.
— Albert, je t'en prie! s'écria-t-elle en essayant de lui arracher ce papier: ne le lis pas ! Il vaut mieux que tu restes dans ton ignorance sur cet événement...
— Bah! vraiment ! Je veux, au contraire, le connaître dans ses plus grands détails: ça m'a l'air très curieux, et lu vas m'en conter la suite. Cour d'assises de la Seine,...
— Albert! Albert! épargne-moi des souve-
nirs qui me briseraient le cœur ! ne réveille pas des regrets endormis depuis treize ans ! épargne-moi, mon fils î
— Quand je saurai l'anecdote, je ne fen parlerai plus ; mais il est bon d'abord que je îa sache, dans notre intérêt à tous deux ; car si l'on vient à m'en parler, je ne puis me taire comme un benêt et renvoyer le questionneur au Journal de l Empire de l'année 1 81 §. On me rirait au nez, et ce n'est pas agréable, mère. Je n'ai fait que parcourir ce journal ; nous allons, s'il vous plaît, le relire ensemble, et après, tu me diras comment le procès s'est terminé, si l'empoisonneur a reçu son compte...
— L'empoisonneur ! Adolphe de Lormeuil ? il s'est enfui avant le procès, et, sans doute, il a quitté la France , car toutes les recherches de la Police ne l'ont pas fait découvrir.
— N'anticipons pas sur la marche de l'affaire et procédons par ordre. Je vais d'abord lire l'acte d'accusation contre ce personnage, et tu verras ce qu'il faut y ajouter, mère.