‹ AmantsChapitre 23 sur 77 · CLAUDINE, LE COMTE · texte numérisé non relu

CLAUDINE, LE COMTE

LE COMTE. — Vous savez que je vais vous faire mes adieux ce soir.

CLAUDINE. — Vos adicux ! Vous partez donc demain ?

LE COMTE. — Oui, il faut que je pai'te ponr Naples, d'où j'ai reçu une dépêche tantôt.

CLAUDINE. — Vous allez encore conspirer.

LE COMTE. — Je resterai probablement une semaine.

CLAUDINE. — Vous avez de la chance d'aller vers le soleil, vers le ciel bleu.

LE COMTE. — Je n'ai pas de chance, puisque je ne peux pas vous emmener.

CLAUDINE, pour dire quelque chose. — Ah ! oui, l'Italie!

Petit silence.

LE COMTE. — Il y a bien longtemps que vous ne m'aviez admis à l'honneur de votre petit coucher.

CLAUDINE. — Il V a si longtemps que ça?

LE COMTE. — Mais oui... vous ne le remarquez pas ; mais moi, j'y fais plus attention.

Il s'approche d'elle et l'embrasse.

CLAUDINE, surprise. — Qu'est-ce que vous faites?

LE COMTE. — ■ Je vous embrassc..*. Je ne peux plus vous embrasser?

CLAUDINE. — Oh ! si, si.

LE COMTE. — Vous avcz l'air fâche

CLAUDINE. — Fcâchéo? Oh! non..." ça 'm'a surprise, voilà tout. Je ne m'y atten-

dais pas... vous savez bien comme je suis nerveuse. Là, maintenant que je suis prévenue, vous pouvez m'embrasser. (Elle lui tend ses joues.) Gentiment... là, là...

LE COMTE. — Là, ça veut dire assez^ n'est-ce pas? Quel parfum avez-vous donc ce soir ?

CLAUDINE. — Mais le même que d'habitude.

LE COMTE. — Peut-on savoir? .

CLAUDINE. — C'est un mélange à moi...

je ne le dis à personne.

Deux heures sonnent.

LE COMTE. — C'est deux heures qui sonnent?

CLAUDINE. — Oui, c'est deux heures.

;Dieu, que j'ai sommeil!

LE COMTE. — Allons... je vais vous laisr ser dormir... au revoir!

CLAUDINE. — Au revoir!

LE COMTE, va près de la fenêtre. — Claudine ?

CLAUDINE. Quoi ?

LE COMTE. — Vous savez quel temps il fait dehors?

CLAUDINE. — Il neige, je crois.

LE COMTE. — Oui, il neige, et ça ne vous fait rien de me laisser partir comme ça ]

CLAUDINE. — Comment, comme ça?

LE COMTE. — Oui, enfin, je veux dire par un temps pareil. i

CLAUDINE. — Voyons, mon ami, vous avez votre voiture qui vous attend en bas,, vous n'êtes pas bien à plaindre. Clara vous a porté une bonne boule d'eau bouillante. Je suis obligée de vous laisser partir, vous ne pouvez pas rester ici, la boule va être froide... et votre cocher, il doit geler... et votre cheval... ça n'est pas bon non plus pour le cheval

.' LE COMTE. — Vous avez raison, je m'en vais ; mais j'aurais voulu partir avec quelque chose qui me réconforte, qui me fasse chaud au cœur. .

CLAUDINE. — Comment?

LE COMTE. — Vous savez bien.

CLAUDINE. — Voulez-vous Un petit verre de cognac ?

LE COMTE. — J ai dit au cœur... ce que

je voudrais, c'est un peu de ta chaleur à toi, de la chaleur de ton corps adoré.

Il la saisit.

CLAUDINE, criant. — Vous me faites Jtnal!

LE COMTE, d'un ton de aoux reproche.

— Oh ! Claudine !

CLAUDINE. — C'est vrai... vous m'avez fait mal.

LE COMTE. — Je sais bien ql'e je n'ai plus l'étoffe d'un amant.

^ LE COMTE. — C'est bien... Je vous demande pardon... Je m'en vais.

CL.\UDiNE. — Il ne faut pas m'en vouloir... mais vous ne savez pas ce que c'est... il faut avoir pitié d'une pauvre femme qui a eu quinze personnes à dîner et autant après. Je suis énervée, brisée... et puis ma fille est souffrante... et puis on est de vieux amis.

LE COMTE. — Oui. mon tort, vois-tu, .c'est de t'aimer toujours, de t'adorer... Je sais bien que je n'ai plus l'étoffe d'un

amant, que je suis un vieux bonhomme.

CLAUDINE. — Mais non., vous êtes lepère de Denise...

LE COMTE. — Oui, jc Comprends, c est ta fille que tu aimes maintenant, je n'ai pas le droit d'être jaloux... Allons, je te demande pardon.

CLAUDINE. — Oh! mon ami!

LE COMTE. — Seulement, ce soir, je t'ai déshabillée, n'est-ce pas? J'ai senti ton odeur. Ah ! comme l'homme le plus respectueuse*ment épris d'une femme peut être une bi'ute à certains moments !

CLAUDINE. — Mais non, vous n'avez pas été une brute... vous exagérez.

LE COMTE. — Allons, VOUS êtes toujours une grande amie. Dormez bien, bonsoir... Dormez bien.,. Est-ce que je suis ridicule?

CLAUDINE, r embrassant . — Tu es très bon. {Et quand il est 2^"''^') Pauvre homme i

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