‹ AmantsChapitre 26 sur 77 · LE COMTE DE RUYSEUX · texte numérisé non relu

LE COMTE DE RUYSEUX

LE COMTE. — Bonjour, cher ami, je ne vous dérange pas ?

VÉTHEUIL. — Mais i^ae le moins du monde. Je suis enchanté de voue voir. Per mettez-moi de vous présenter mon ami Paul de Sambré. .. le comte de Ruyseux... (Zes deux hommes se saluent.) Asseyezvous donc.

LE COMTE. — Je ne vais pas rester longtemps ; je venais seulement vous demander pourquoi vous n'êtes pas venu hier?

vÉTHEUîL. — Hier?... où ça?

LE COMTE. — Je m'en doutais bien, vous avez oublié que vous deviez dîner avec Claudine et moi et que nous devions aller ensuite aux Folies-Bergère pour les débuts de la princesse Soukliinitclii.'

VÉTHEUIL. — C'est vrai, ça m'était complètement sorti de la tête... J'ai été tellement occtipé hier... je mets en ordre en ce moment des affaires que j'ai négligées depuis dix ans, de sorte que je suis un peu bousculé. Alors vous m'avez attendu?

LE COMTE. — Naturellement... et puis vous n'aviez pas prévenu, pas envoyé un mot, j étais inquiet. Je craignais que vous ne fussiez malade.

VÉTHEUIL. — Je suis désolé, mais j'ai complètement oublié. Je vous demande mille pardons.

LE COMTE. — Mais de rien... l'important, c'est qu'il ne vous soit rien arrivé.

VÉTHEUIL. — Eh bien, vous êtes-vous amusés? Comment est -elle, cette princesse Soukhinitchi ?

LE COMTE. — C'est une très jolie

femme.

s.\MBRÉ. — Est-ce une vraie princesse?

LE COMTE. — Je crois bien... elle a épousé en justes noces le prince Soukhinitchi, elle-même est dune grande famille, c'est une La Rocbo-Ferrières...

j'ai joué avec elle quand elle était enfant... Oh ! je n'en suis pas plus fier pour ça. Elle a donc épousé ce prince Soukhinitchi, mais elle n'aimait pas du tout son mari : en général, elle n'aime pas les hommes.

VÉTHEUIL. — Tous les goûts sont dans

la nature.

SAMBRÉ. — Et au besoin contre elle.

LE COMTE. — Alors, ils se sont séparés au bout d'un an de mariage, Ûs ont fait la fête chacun de leur côté. Elle s'est ruinée, et pour ennuyer sa famille qui ne voulait pas lui donner d'argent, elle a débuté aux Folies-Bergère.

VÉTHEUIL. — Il devait y avoir beaucoup de monde. Elle ne s'est pas trop fait siffier?

LE COMTE. — Non, c'est-à-dire que dans les loges, les gens chics l'ont très bien accueillie, ils applaudissaient bearucoup. C'est surtout aux }:>etites places qu'on protestait et qu'on avait l'air de compreawîre que la princesse Soukhinitchi se galvaudait... Seulement, elle a chanté des choses qui ont calmé le peupJe : c'est un genre qu'elle lance... Ça s'a])i)8lle : « Chansons vaches », je n'ai jamais rien entendu de plus ordurier.

SAMBRÉ. — Ça fera le tour des salons.

LE COMTE, se levant. — Sans aucun doute. Allons, je me sauve. (.4 Vétheud qui le reconduit.) Passez donc place des Etats-Unis tout à l'heure, si vous avez un moment. Je ne sais pas ce qu'a Claudine, elle est triste, elle s'enjiuie... Elle nest pas commode... il n'y a que vous qui pouvez la distraire. Allez donc la voir, ce sera une bonne action.

VÉTHEUIL. — Certainement... je tâcherai... c'est que j attends une dépêche. Je peux être obligé de pr.rtir d'un moment ii l'autre pour des.affairos de famille

LE COMTE. ~ Tiens... où donc irez-

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