SCENE PREMIERE
Thérèse SUREAU, STANY, M""* LEFO-RMAH, GOT^^E DES TREM- BLES, André FREVILLE, SUREAU.
M™® SUREAU, sur un banc, dans un coin de la terrasse. — Vous vous asseyez ?
8TANY. — Oui, je suis éreinté. Ce tnatin, avant que vous arriviez, je suis allé à bicyclette... j'ai quatre-vingts kilomètres dans les jambes.
M™® SUREAU. — C'est trop.
Clitz des: Trembles : vne propriété en Spîne-et-Mnmef dans les enrirons de FontainebUau- — l. ne terrasse à la française d'où Von aperçoii la vallée de la Seine. — Très douce soirée du commencement de juin.
Après fe dîner, rhabifvelle conversation. — Le café, les liquevrs, cir^are^, etc., flambeaux de jardin.
STANY. — Et VOUS, faites-vous de la bicyclette, maintenant ?
jjine SUREAU. — Oui , mais je pédale mollement, et puis je n'aime pas les montées : quand je vois que 7a va monter, je pleure... je vous assure, cest idiot. Et vous?
STANY. — ^roi,,je ne pleure pas.
^mc SUREAU. — Je peuse bien ! Mais ça ne vous agace pas, les montées?
8TA>rY. — Non, une légère pente n'est pas pour me déplaire.
M""" SUREAU. — Une légère pente.
Elle rit.
La Douloureuse
STANY. — Quelle douce soirée !
m'"' sureau. — Oui, on s'est formé par couples sympathiques... André cause avec votre femme... mon mari tient la tête à M""^ Leformah, M"^ Ardan s'est enfuie sous les arbres avec Philippe... il est très sympathique, Philippe
STAXY. — Oui, c'est un garçon charmant... Et puis, du talent !
M""* SUREAU. — C'est quelqu'un.
STANY. — Il n'est pas maladroit. ' M™*" SUREAU. — Il connaît son affaire.
Il demeure chez vous?
STANY. — Oui, nous l'avons invité à venir passer l'été chez nous : c'est ma femme qui a arrajigé tout ça, pour qu'ils puissent se voir avec Hélène Ardan... Je fais un joli métier... Il est vrai qu'ils vont se marier.
M"^"" SUREAU. — Ec pviis, quand même... Est-ce que vous avez de ces préjugés-là ?
STANY. — Ma foi non. Vous savez que je suis de plus en plus amoureux de vous. M™'^ SUREAU. — Je l'espère bien.
STANY. — Pourquoi l'espérez-vous ?
m'"* sureau. — Parce que ça m'amuse. STANY. — Ça vous amuse seulement.
M™^ sureau. - — Ça vaut mieux que si ça m'ennuyait.
STANY. — Certainement, mais enfin, moi, c'est très sérieux. L'amour que j'ai pour vous est très profond, et vous dites que ça vous amuse, ça n'est pas assez. Depuis plus d'un an que nous flirtons, vous devez juger dans quel état d'âme je suis.
m""' siTREAU. — Je l'ai deviné votre état d'âme... il était assez visible.
STANY. — C'est votre faute.
M""^ SUREAU. — Et puis, on n'est pas des zouaves !
STANY. — Il faut pourtant que je sache à quoi m'en tenir.
M'"'' SUREAU. — Vous êtes d'une impatience!... Et puis ça n'est pas vrai, je ne suis pas du tout votre type. Vous n'aimez que les femmes très maigres.
STANY. — Vous n'êtes pas grosse.
m"^ SUREAU. — Non, je ne suis pas grosse, mais je suis ronde... c'est ça, ronde.
STANY". — Croyez-moi, c'est bien préférable.
m"''' SUREAU. — Je suis une femme à fossettes.
STANY. — Au bout des fossettes la culbute.
jjiue s;;reau. — Voulez-vous vous taire.
STANY. — Enfin, je voulais vous dire que ça ne peut pas durer. Ecoutez, Thérèse, je vous donne tout...
M'"'' SUREAU. — Quoi, tout ? Vous êtes étonnant.
jjmc STANY. — Je VOUS donue mon cerveau, mon cœur, ma tranquillité et vous, vous ne me donnez rien.
M™*^ SUREAU. — Je vous ai donné de mon odeur. Vous-même m'avez dit que vous vous en inondiez chaque soir avant de vovis coucher et que vous aviez ainsi l'illusion de dormir avec moi. N'est-ce rien que cela ?
STANY. — Oui, mais vous comprenez bien que je désire davantage.
m""^ SUREAU. — Vous êtes injuste, mon cher. {^EUe fouille dans son corsage.) Je voulais vous donner cette fleur qui a passé toute la journée avec moi, dans moi, mais vous ne le méritez pas.
STANY. — Ah 1 si, je vous en prie, donnez-la-juoi.
m""' SUREAU tire une fleur de son corsage et l<t tend à Stany. — La voilà!"
STANY. — Vous m'aimez donc un peu,?
m"'^ SUREAU. — Ce n'est pas à moi à vous le dire, consultez le langage des fleurs.
STANY. — Ecoutez, Thérèse, je vous adore, mais je veux vous le dire autre part que dans le monde, toujours devant des gens... je suis paralysé. Vous allez partir bientôt à la mer, dites-moi que vous viendrez un jour, une heure.
ts.^" SUREAU — Ça, mon cher, jamais. Pour qui donc me prenez-vous? {Elle se 1ère.) J'ai pu plaisanter avec vous, mais je vous l'ai déjà dit, si vous voulez que nous restions bons amis, ne me faites jamais de propositions semblables.
STANY se 1ère. — Vous êtes fâchée? Je voue ai déplu ? ^
M°" SUREAU. — Non, je vous pardonne^
La Douloureuse
mais revenons près de la société, nous sommes restés trop longtemps ensemble.
Elle revient près du groupe.
m""^ leformah. — Vous avez fini de fumer votre cigarette ?
ANDRÉ. — Et de tailler votre bavette?
m"^*^ sureau. — Ah! oui, je disais à M. des Trembles que je trouve ce j^ays merveilleux. Vous vous plaisez beaucoujo ici, madame ?
GOTTE. — Oui, le pays est joli, et puis, nous adorons la campagne.
j^me LEFORMAH. Et VOUS Savez, c'est
la vraie campagne, à une heure et demie de Paris.
M™^ SUREAU. — C'est charmant.
GOTTE. — C'est surtout très commode... nos amis peuvent de temps en temps nous faire le plaisir de venir dîner avec nous et repartir le soir même.
jjine guREAU. — Vous êtcs mille fois aimable. Et vous, madame, c'est la première fois, je crois, qiie vous venez de ces côtcs-ci?
M™*^ LEFORMAH. — Oui, les autres années, ma fille Hélène allait dans le Limousin où ce pauvre Ardan avait de grandes propriétés et M. Leformah et moi, nous passions une moitié de l'été au Tréport et l'autre à Chatou ; mais après le drame terrible oui est arrivé, nous avons éprouvé le besoin de no as réunir, de noiis resserrer... et nous sommes venus avec Hélène nous installer auprès de son amie... Ma fille et Gotte s'aiment beaucoup... elles ont été élevées pour ainsi dire ensemble.
m'"* sureau. — Oui, oui, je sais... En effet, c'est plus gai pour M'"^ Ardan.
) M™^ LEFORM.\H. — Et puis, en deuil comme nous le sommes, nous n'aurions pas pu recevoir... tandis que chez les des Trembles qiii n'ont pas les mêmes raisons, il y a toujours un î>eu de monde. C'est une distraction pour ma pauvre petite.
M™'' SUREAU. — Vous u'habitcz pas loin d'ici?
^me LEFORMAH. — Pas très loin, c'est à un quart d'heure en voiture.
M™*^ SUREAU. — Il y a longtemps que vous êtes ici ?
GOTTE. — Depuis le 10 mai, nous quittons toujours Paris de très bonne heure. Et vous, madame, que ferez-vous cet été?
m""* sureau. — Nous partons à la fin du m.ois... nous allons à Deauville, nous y resterons jusqu'après la grande quinzaine, et jDuis nous irons à Baden-Baden jusqu'au 15 septembre.
ANDRÉ. — Vous êtes des gens très chic.
STANY. — Et vous, André, que faitesvous cet été? Est-ce que vous n'allez pas chez votre frère, aux "Tilleuls?
ANDRÉ. — Oh! non, pas cette année, mon frère divorce.
^mc LEFORMAH. — Vraiment?
ANDRÉ. — Oui... ça dérange même mes projets... j'avais la douce habitude de me terrer trois mois aux Tilleuls...
GOTTE. — Ça vous calmait.
ANDRÉ. — Parfaitement... ça me remettait un peu d'aplomb et j'en ai besoin quand arrive le mois de juin... Alors j'allais faire une villégiature familiale, une portugaise fraternelle... mais cette année, il faut y renoncer.
STANT. — Faites-la chez nous, André, votre portugaise.
ANDRÉ. — Vous êtes trop aimable.
M™^ SURE.A.U. — Venez avec nous à Baden-Baden.
ANDRÉ. — Je vous remercie. Je resterai probablemient à Xeuilly-Neuilly.