‹ Ambassade persane sous Louis XIV, d'après des documents inédits, avec treize planches hors texteChapitre 39 sur 135 · Voir p · texte numérisé non relu

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fenêtres, bousculés sur la chaussée, les curieux eurent le loisir d'admirer Son Excellence, l'ambassadeur n'avançant qu'à très petits pas. Le spectacle valait d'ailleurs la peine d'être contemplé car l'on vit ainsi :

« La compagnie des inspecteurs de police à « cheval, uniformément habillés, qui marchait à « la tête de tout.

« À la distance de trente ou quarante pas, le « carrosse du baron de Breteuil, précédé de ses « domestiques à cheval.

« Ceux du maréchal de Matignon, précédés de « même.

« Un brancard, porté par des mulets du roi, « sur lequel étaient les présents que l'ambassa- « deur apporte au roi de la part du roi de Perse ; « devant et derrière ce brancard, huit trompettes « de la chambre du roi.

« Douze chevaux en main des écuries du roi, « magnifiquement harnachés et menés par des « palefreniers de Sa Majesté.

« Quatre chevaux de Sa Majesté avec des har- « nais à la persane, et menés en main par des « Persans.

« Dix Persans ou Arméniens à cheval portant « haut de riches fusils appuyés sur la cuisse.

« (Si Merlin, secrétaire à la conduite des ambas- « sadeurs, n'avait point été malade, il aurait mar- « ché seul à cette place-là, immédiatement après

« ces fusiliers et immédiatement devant les pre- « miers du cortège de l'ambassadeur, à la tête « duquel cortège le secrétaire à la conduite « doit toujours marcher, soit à cheval, soit à « pied).

« Le marchand arménien nommé Agobjan, « chargé du soin des présents du roi de Perse, « et à côté de lui le page de l'ambassadeur qui « portait sa pipe.

« Son maître des cérémonies, son secrétaire et « son mollah, c'est-à-dire le docteur de sa loi.

« L'interprète Padéry seul, car Dipy venait de « mourir à Gharenton.

« Saint-Olon seul.

« L'ambassadeur sur son cheval harnaché à la « persane, avec le maréchal de Matignon à sa « droite, et le baron de Breteuil à sa gauche, « marchant tous trois de front et sur des chevaux « magnifiquement harnachés.

« Les laquais persans et arméniens de l'am- « bassadeur autour de son cheval.

« Ceux du maréchal de Matignon et du baron « de Breteuil à côté de leurs chevaux.

« L'écuyer de l'ambassadeur qui portait l'éten- « dard du roi de Perse, et marchait immédiate- « ment derrière lui, ainsi qu'un page portant le « sabre de l'ambassadeur appuyé sur sa cuisse.

« Deux gentilshommes du maréchal de Mati- « gnon marchaient derrière lui et un gentil-

« homme du baron de Breteuil pareillement der- « rière lui.

« La marche était fermée par le carrosse du « roi et par ceux de Mmo la duchesse de Berry, « de Madame, de Monsieur le duc d'Orléans, « ceux de la princesse de Condé, de la duchesse « de Bourbon, des deux princesses douairières de « Conti, du prince de Gonti et de la princesse de « Conti, du duc et de la duchesse du Maine, du « comte de Toulouse, de la duchesse de Vendôme, « et celui du marquis de Torcy, ministre et secré- « taire d'Etat pour les Affaires étrangères. »

La mauvaise humeur de Mehemet Biza Beg durait encore quand on arriva à l'hôtel des ambassadeurs. Il se jeta à bas de son cheval et, sans faire le moindre remerciement ni la moindre civilité au maréchal de Matignon et à Breteuil, « il se fourra dans le degré » et le monta avec une précipitation féroce sans regarder seulement derrière lui, « ce qui nous obligea, ajoute le baron « de Breteuil, dans ses mémoires, le maréchal et « moi, de tourner bride et de sortir de l'hôtel « sans le conduire à son appartement, ainsi que « c'est la coutume, et sans lui faire aucune civi- « lité.

« On ne vint point le complimenter à l'hôtel « de la part du roi ni de la famille royale, « comme on a fait à pareil jour pour les autres « ambassadeurs, non qu'on voulût retrancher à

« celui-ci aucun des honneurs qu'on fait aux « autres, mais outre que Ton n'avait point à pareil « jour été complimenter les ambassadeurs de « Moscovie, et de plus, c'est qu'il aurait été abso- « lument impossible de faire comprendre à ce « Persan les réceptions et les reconduites qu'il « faut faire en pareil cas, — et j'avoue que j'au- « rais été bien embarrassé dans l'humeur où notre « Persan était, si j'avais eu à faire recevoir ce « jour-là tous les compliments de la famille « royale à cet ours mal léché, — car il est pres- « que impossible de croire qu'un homme qui a de « l'esprit autant que celui-Là en a, vînt-il d'une « île déserte où il n'aurait vécu qu'avec des bêtes « sauvages, soit aussi éloigné de vouloir faire ce « qu'on lui conseille pour la dignité de son carac- « tère. »

L'hôtel où Mehemet Riza Beg fut ainsi abandonné à son sort, était celui où « l'on festinait les grandeurs » *. Ancienne demeure du maréchal d'Ancre, il était situé rue de Tournon et il servait depuis 1636 à loger les représentants étrangers 2. Un personnel composé d'un con-

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