Robe décolletée et à traîne
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née, aucun orage à essuyer. Cette belle confiance ne tarda guère à être déçue. Dès le lendemain, à neuf heures du soir, Saint-Olon envoyait avertir Breteuil, sur le point de se coucher, que tout était « en combustion » à l'hôtel de la rue de Tournon, que le Persan était retombé dans ses emportements et ne voulait plus se rendre à Versailles. Il fallut donc, malgré la distance séparant la rue de Tournon de la place Royale, où logeait l'introducteur, et en dépit de la nécessité de se lever à trois ou quatre heures le matin du 19, courir au plus vite éteindre l'incendie. Breteuil, à son arrivée, constata que Saint-Olon ne Favait pas dérangé inutilement. Mehemet Riza Beg était hors de lui et les éclats de sa voix, qu'on s'accordait à comparer aux beuglements d'un taureau, retentissaient à travers les appartements de Fhôtel. On se serait cru à Charenton, le jour de l'entrée. Lorsque Son Excellence daigna se calmer un peu et qu'une voix humaine eut des chances de se faire entendre, l'introducteur s'enquit doucement des motifs de cette furieuse colère. Il allégua son amitié, rappela les assurances obligeantes qu'il avait reçues, et apprit enfin la cause du tapage. Elle résidait en ce fait que, malgré ses instances, l'envoyé du sophy n'avait pas encore eu le bonheur de se raccommoder avec le maréchal de Matignon. Mehemet Riza Beg hurlait comme un possédé car n'ayant pas reçu la visite
sans cérémonie du maréchal, il n'avait pas eu l'occasion de lui présenter ses excuses et d'offrir son amitié. Par cette indifférence, le maréchal avait témoigné une froideur blessante et sa présence dans le carrosse du roi devenait injurieuse pour l'ambassadeur. En conséquence, le Persan exigeait que son unique compagnon de route fût le baron de Breteuil.
L'introducteur était d'autant plus embarrassé qu'cà son avis, M. de Matignon s'était montré bien susceptible ; il avait mis tout son zèle à lui persuader qu'il ne pouvait être question de mesurer les civilités avec un homme fort éloigné de connaître les mœurs et les politesses des Cours de l'Europe. Les autres maréchaux de France avaient partagé ce sentiment auquel le roi devait donner son approbation, mais malgré tout, M. de Matignon, sur le conseil de Torcy, était resté intraitable. Blessé dans son amour-propre par les incidents qui avaient signalé la journée du 7 février, il avait tenu à le prouver au Persan. Quelle que fût son opinion personnelle, Breteuil était contraint d'en faire abstraction. Il déclara à l'ambassadeur que M. de Matignon avait été constamment malade et que sans cette indisposition il fût certes venu faire sa paix. Mehemet Biza Beg répliqua que puisque le maréchal était souffrant, il n'avait qu'à rester au lit. On lui objecta que le caractère d'un ambassadeur exigeait la conduite
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à l'audience par un maréchal de France. Il riposta qu'il ne devait pas manquer de maréchaux à Versailles et que le roi pourrait en désigner un surle-champ. Toutes ces réparties étaient faites sur un ton très haut et très emporté tandis que Breteuil employait la douceur. Après un colloque aussi prolongé que fatigant, Son Excellence céda brusquement. Elle accepta, en principe, la compagnie du maréchal de Matignon puis saisissant la main de l'introducteur en signe d'amitié, fit dire par l'interprète que cette main était de glu car elle ne lâchait jamais prise.
Le calme était rétabli le lendemain matin, quand à la première heure, Breteuil et M. de Matignon se présentèrent à l'hôtel des ambassadeurs. Mehemet Riza Beg les reçut avec beaucoup de civilité, se leva quand ils entrèrent dans sa chambre, les pria de prendre place sur des fauteuils et de rester assis tandis qu'il achèverait de s'habiller. En allant au carrosse du roi il ne manqua pas de faire passer devant lui, aux diverses portes de l'hôtel, les représentants de Sa Majesté, et il s'installa sans difficulté à côté du maréchal, dans la voiture.
Le cortège s'ébranla au milieu d'une affluence considérable de curieux. Il se composait des douze fusiliers de l'ambassadeur en guise d'avant-garde, du carrosse destiné aux présents du roi de Perse avec l'Arménien Agobjan, du carrosse royal por-
15 i UNE AMBASSADE PERSANE SOUS LOUIS XIV
tant Son Excellence. L'écuyer, chargé de l'étendard persan, cavalcadait à la portière, et la suite composée d'une quarantaine d'officiers et de domestiques, tous à cheval, fermait la marche. A mi-route entre Paris et Versailles, l'ambassadeur demanda qu'on ralentit le train et qu'on allât quelque temps au pas afin de pouvoir fumer. Le procédé qu'il employa pour satisfaire sa passion parut très singulier. Un esclave à cheval s'approcha de la portière du carrosse, tenant un vase de cristal sur le haut duquel étaient placés le tabac et le foyer allumé. Il passa à son maître le long tuyau de cuir en forme de serpent adapté au vase, et Mehemet Riza Beg fuma dans la voiture sans se laisser troubler par l'allure accélérée qu'on reprit bientôt et sans que le feu ou le tabac fussent déplacés. Il n'y eut même pas besoin d'utiliser un réchaud, tenu tout prêt, pour rallumer le feu.
Grâce à Padéry, interprète fidèle et avisé, et à Fhumeur charmante de Mehemet Riza Beg, le trajet ne parut pas trop long. On arriva sans fatigue à la maison 1 du sieur Bontemps, gouver-
1. La maison avait été construite par faveur spéciale du roi, car il était interdit de bâtir sur l'avenue de Paris. L'habitation avait peu d'apparence du côté de la ville. Le charme en consistait surtout dans son jardin, dessiné dans ce qu'on appelle aujourd'hui à l'anglaise et qui était remarquable par un grand nombre d'arbres alors fort rares. Ce jardin était de dimensions considérables et s'étendait tout le long de la rue de Vergennes jusqu'à la rue des Chantiers. L'étang de
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Intendant de la Province aKrtvan en Perse,-fut nomme par le Sultan Hussein Sophu et Roy darPerscs, des Partlios des M car*/, des Ba.biloniens,Assyri.cns et de lArmcnic •. pour Ambassadeur Extraordinaire auprès Je T. eu us le Grand '.Rou aeFrdnce et (te N<was>re .
JO'û udianec de conqc de l ûrnbas^radeur de Perse, par le K. ey L r uur XIV. le i 7. ^ oust ijiS. et won départ pour la Perse .le jof du niesmc mois et an