Affaires Étrangères, Perse, t. 3, fos 386 sqq
2. Billon de Cansevillcs était un marchand habile et M. de Ferriol, ambassadeur de France à Gonstantinople, songea à utiliser sa réelle influence en Perse.
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venu pour recueillir divers renseignements d'ordre commercial. Il fît savoir ainsi que « mécon- « tent des services des Anglais et des Hollandais, « il désirait demander à l'empereur des Français « des secours contre ses ennemis en payant comp- « tant toutes les avances qu'il faudrait faire, et « qu'il était résolu à envoyer un ambassadeur au « roi pour traiter de toutes choses avec Sa « Majesté. »
Billon de Gansevilles fut choisi pour accompagner le futur ambassadeur et il fut entendu qu'il indiquerait lui-même les présents, d'une valeur de 300.000 écus, qu'il y aurait lieu de porter à Louis XIV. Cinq personnes furent désignées pour composer l'ambassade et parmi elles, l'intendant de la province d'Asterabad, Mirza Ahmet. A cette nouvelle, les Anglais, les Hollandais, se livrèrent à mille intrigues ; ils firent remarquer que le roi de France n'avait pas envoyé d'ambassadeur pour féliciter le sophy i de son avènement, et
t. « Un corps fort ancien est celui des sophys, ordonnés à « la garde de la personne du roi, qui a été institué par le « cheikh Sophy. Ce corps n'est que de deux cents hommes qui « portent le bonnet de Souahy en tête et pour armes, le sabre, « le poignard et une hache qu'ils portent sur l'épaule. »
Voyages du chevalier Chardin en Perse et autres lieux de l'Orient, Paris 1811,10 vol. in-8°, t. 5, p. 309.
« Ces sophys sont une espèce d'ordre religieux et militaire « institué par le cheikh Sophy à qui ils jurèrent fidélité et « attachement inviolable ; leurs successeurs contractaient les « mêmes engagements à l'égard des rois de la dynastie des « sophys. Ils avaient la garde particulière du roi et des por- « tes du palais. Les sophys jouirent longtemps d'une grande
finalement, en Tachetant, amenèrent Mirza Ahmet à décliner la mission sous prétexte que ses soixante ans lui interdisaient d'entreprendre un aussi long voyage. Le projet fut donc encore une fois abandonné.
Cependant la Cour de France commençait à se préoccuper davantage de l'Orient et de la Perse en particulier, comme en témoignèrent les missions confiées au sieur Fabre, de Marseille l, et au sieur Michel 2 qui signa un traité à Ispahan (1708). A ce moment le chah Hussein voulut encore dépêcher un ambassadeur à Louis XIV, mais Michel
« considération, mais, dans les derniers temps de la dynastie « des sophys, leurs mœurs dépravées et leurs débordements « les perdirent dans l'opinion publique et détruisirent tout le « crédit qu'on leur avait accordé. Ils se virent réduits à remplir « les fonctions d'huissiers, de portiers et de bourreaux. Néan « moins tous les grands seigneurs de la Cour faisaient partie « de cet ordre et le roi lui-même en était le grand-maître. » « C'est à la cause de cela, dit le missionnaire Sanson, que les « étrangers le nomment le grand sophy. » État présent de la Perse, p. 41-42.
Note de Langlès, t. 5, p. 309 de l'ouvrage de Chardin.
1 La mission de Jean-Baptiste Fabre, associé à Marie Petit, a été contée par M. Maulde de la Clavière,dans les Mille et une nuits d'une ambassadrice de Louis XIV. Paris, 1 vol. in-12. Fabre était Marscillais.il partit pour la Perse en 1705 et mourut en août 1706.
2. Michel, né en 1678 à Marseille, arriva à Constantinople en 1703, fut utilisé par M. de Ferriol pour une mission auprès de llakoczi et revint à Constantinople en 1705. A la nouvelle de la mort du sieur Fabre, il partit pour la Perse sur l'ordre de M. de Ferriol pour continuer l'ambassade. Il rejoignit Marie Petit, la laissa à Tauris et atteignit seul Ispahan, où il conclut un traité avec le chah. De retour en France on le nomma consul général à Tunis.
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l'en détourna pour épargner à la France épuisée d'inutiles dépenses.
Les concessions faites aux Français ayant provoqué le vif mécontentement des Anglais, des Hollandais et aussi des Arméniens soucieux de maintenir leur prépondérance commerciale, de grands efforts furent par la suite tentés auprès du chah pour le décider à révoquer le traité de 1708. L'arrivée à Erivan de M. de Gallisson l, évêque d'Agathopolis et coadjuteur de Févêque de Babylone, son voyage à Ispahan, déjouèrent momentanément ces manœuvres qui recommencèrent dès la mort du prélat. Un missionnaire des Missions étrangères, le jésuite Richard 2, qui se trouvait à Erivan, accourut alors à Ispahan pour défendre les intérêts français et il y était encore quand un courrier de M. des Alleurs s, ambassadeur du roi de France à Constantinople, apporta la nouvelle de la défaite des ennemis de Louis XIV
1. Gallisson (abbé de) docteur en Sorbonne, sacré en 1708, partit en 1709.
2. Le missionnaire jésuite Richard a joué un rôle important pendant le séjour en France de Mehemet Riza Reg et il sera souvent cité, parfois à son désavantage, au cours de cette relation de l'ambassade persane. Il n'a pas été possible malheureusement d'identifier ce personnage qui retourna d'ailleurs en Perse.
3. Des Alleurs (Pierre- Puchot, comte de Clinchamp, marquis), 1643-1725. Il servit d'abord dans l'armée, enseigne au régiment des gardes (1672), colonel (1691), major général de l'infanterie et brigadier (1693). Il débuta à Rerlin dans la diplomatie et fut employé auprès de divers princes, notammeot de l'électeur de Cologne (1701-03), de Rakoczi en Hongrie et du sultan (1709- 1716). Maréchal de camp (L702), lieutenant-général en 1707.
à Marchiennes, à Denain, et de la levée du siège de Landrecies. Ces victoires changèrent complètement les dispositions de la Cour de Perse : on se reprit à discuter, dans presque chaque conseil, l'envoi d'une ambassade à Versailles.
La réalisation de ce projet présentait, d'ailleurs, des difficultés d'ordre matériel et politique. Une distance qui paraissait considérable à cette époque, séparait Ispahan de Versailles l, puis il fallait compter que la Porte ottomane, prenant ombrage de rétablissement de rapports officiels réguliers entre la Perse et l'Occident, empêcherait par tous les moyens, même par l'assassinat, un ambassadeur persan de traverser son empire. Enfin l'hostilité certaine des Anglais et des Hollandais ne pouvait manquer de se manifester de toutes manières.
Averti par ses ministres des dangers qui résulteraient d'une divulgation prématurée de ses desseins, le chah renonça à choisir lui-même son envoyé. Par l'intermédiaire de l'abbé Richard * qui rentrait en France, il fit remettre au khan d'Erivan 8 les lettres et le trésor destinés au futur ambassadeur et laissa à ce gouverneur.
1. Pièces justificatives, p. 356. Voir les itinéraires entre la France et la Perse dressés d'après les indications des voyageurs.