François-Joseph de Lorraine, abbé de Stablo-Malmédy
fin de mission
spontanément à la pompe qu'on ne désirait ni ne pouvait plus donner à l'audience royale. Il refusa, par exemple, que le chevalier de Sainctot et le maréchal de Bezons, préposés à sa conduite, vinssent le chercher à Paris avec le carrosse de Sa Majesté : accompagné de sa suite, il se rendit à cheval à Versailles et laissa dans la maison de Bontemps son étendard et ses fusiliers. Le cortège jusqu'au Château n'eut ni l'éclat ni l'originalité que les badauds avaient admirés six mois avant, et la réception elle-même n'eut pas la même solennité. Son Excellence, attendue au bas de l'escalier des ambassadeurs par le marquis de Dreux, grand-maître des cérémonies, et par M. des Granges, maître des cérémonies, trouva à la porte de la salle des gardes le capitaine de quartier, le duc de Villeroi *. On l'introduisit auprès du roi qui était debout sur un trône élevé de deux marches, et après un bref échange de compliments avec Sa Majesté, Mehemet Riza Beg se retira aussitôt. Il vit ensuite quelques instants le dauphin, passa dans l'appartement du marquis de Torcy et y signa le traité. Puis il remonta à cheval avec sa suite, la pipe à la bouche, et au lieu de traverser une fois de plus les régiments des gardes qui formaient la haie, il passa derrière eux et rentra chez Bontemps. Le seul incident
1. Villeroi, (François de Neufviile, duc de), 1644-1730. Maréchal de France.
'2dO une ambassade persane sous LOUIS XIV
marquant de cette journée d'adieux fut une grosse pluie qui obligea le Persan à regagner Paris en carrosse de louage l.
Louis XIV se trouva incommodé par la durée, courte cependant, de la cérémonie, car il souffrait, raconte Dangeau, de ses douleurs de sciatique, et il eut envie de se coucher après le départ de l'ambassadeur. S'étant toutefois ravisé, il fit appeler les ministres pour tenir le conseil des. Finances, dîna comme à l'ordinaire, travailla 2 avec le chancelier3 et consacra la soirée à Mffie de Maintenon 4. La journée s'acheva donc paisiblement à la Cour comme elle se termina sans ennui à l'hôtel de la rue de ïournon.
Le lendemain l'ambassadeur persan eut une agréable surprise. Le chevalier de Sainctot lui apporta les présents que le roi lui offrait, à titre personnel et en souvenir de sa mission. Le cadeau était d'importance, car il atteignait une valeur d'au moins vingt mille livres. Les objets avaient été habilement choisis pour donner une haute
1. Journal historique sur les matières du temps, t. XXIII, octobre 1715,
2. Ce jour-là le roi écrivit un codicille à son testament qui prescrivait de conduire le jeune roi dans un lieu où l'air est très bon, « au chàteau-fort de Vincennes ». La précaution avait quelque chose d'outrageant pour le régent car elle indiquait que Louis XIV le jugeait capable de commettre un crime. Michelet (op. cit.) t. XV, p. 285-286.
3. Le Chancelier était alors Daniel-François Voysin (1654- 1717).