A. E. Perse, t. 4, f
« un détail que celui de Perse pouvait ignorer « et dont on ne devait pas lui parler. La raison « de le faire sortir demain de l'hôtel des ambas- « sadeurs est que sa mission sera finie d'abord, « qu'il aura reçu du roi son audience de congé, « qu'il sera censé dès lors être en chemin pour « son départ, et qu'il ne doit plus retourner loger « à Paris dans la maison de Sa Majesté. C'est ce « que vous lui ferez entendre, s'il vous plaît, « sans qu'il soit question de nommer seulement « l'ambassadeur du Portugal *. »
Mehemet Riza Beg, menacé en somme d'expulsion, ne pouvait résister. Il se résigna au principe d'un déménagement après l'audience royale et se borna à en pleurer de désespoir ! Il était toujours fort triste lorsque, le 16 août, il s'installa à Ghaillot et Landivisiau recueillit ses doléances 2.
D'autres questions plus importantes préoccupaient, il est vrai, l'ambassadeur, qui rappelait constamment les engagements pris au sujet de Mascate, en 1708, par Michel. On le calma en lui répétant que Sa Majesté n'étant pas informée de l'état de cette ville de l'Oman, n'avait pas jugé prudent de s'engager dans une expédition, mais que dès le retour en France de l'ambassadeur désigné pour aller saluer le sophy, une décision
A. E. Perse, t. 4, f° 222.
Ibid., f° 260.
définitive serait prise. Mehemet Riza Beg insista pour que cette réponse fût insérée dans la lettre de Louis XIV au roi de Perse, et que ce document dont il lui serait agréable d'avoir une copie mentionnât également l'envoi d'un ambassadeur, de consuls, d'ingénieurs et d'architectes. Il demanda, en outre, que le marquis de Torcy écrivît au khan d'Erivan, et qu'on répondît à la réclamation de son compatriote Aronthion. Enfin il sollicita une récompense en faveur de Padéry et de l'abbé Gaudereau.
A sa grande satisfaction, l'envoyé du sophy vit favorablement accueillir presque toutes ses requêtes. Louis XIV, dans sa lettre au roi de Perse ', aborda, avec une précision suffisante, tous les points indiqués par l'ambassadeur. Il rendit même un hommage, moins sincère que courtois, aux mérites de Son Excellence, en déclarant c< qu'elle n'avait pas moins fait paraître de « lumières et de zèle pour son service, durant « son séjour à Paris, qu'elle avait témoigné de « prudence et de courage pour surmonter les « obstacles qui s'opposaient à son passage. » Le marquis de Torcy se montra aussi gracieux que son maître. « Je suis persuadé », mandait-il de son côté au khan d'Erivan2, « que connais- « sant particulièrement le mérite et les qualités
« un détail que celui de Perse pouvait ignorer « et dont on ne devait pas lui parler. La raison « de le faire sortir demain de l'hôtel des ambas- « sadeurs est que sa mission sera finie d'abord, « qu'il aura reçu du roi son audience de congé, « qu'il sera censé dès lors être en chemin pour « son départ, et qu'il ne doit plus retourner loger « à Paris dans la maison de Sa Majesté. C'est ce « que vous lui ferez entendre, s'il vous plaît, « sans qu'il soit question de nommer seulement « l'ambassadeur du Portugal l. »
Mehemet Riza Beg, menacé en somme d'expulsion, ne pouvait résister. Il se résigna au principe d'un déménagement après l'audience royale et se borna à en pleurer de désespoir ! Il était toujours fort triste lorsque, le 16 août, il s'installa à Ghaillot et Landivisiau recueillit ses doléances 2.
D'autres questions plus importantes préoccupaient, il est vrai, l'ambassadeur, qui rappelait constamment les engagements pris au sujet de Mascate, en 1708, par Michel. On le calma en lui répétant que Sa Majesté n'étant pas informée de l'état de cette ville de l'Oman, n'avait pas jugé prudent de s'engager dans une expédition, mais que dès le retour en France de l'ambassadeur désigné pour aller saluer le sophy, une décision
A. E. Perse, t. 4, f° 222.
Ibid., f° 260.
définitive serait prise. Mehemet Riza Beg insista pour que cette réponse fût insérée dans la lettre de Louis XIV au roi de Perse, et que ce document dont il lui serait agréable d'avoir une copie mentionnât également l'envoi d'un ambassadeur, de consuls, d'ingénieurs et d'architectes. Il demanda, en outre, que le marquis de Torcy écrivît au khan d'Erivan, et qu'on répondît à la réclamation de son compatriote Aronthion. Enfin il sollicita une récompense en faveur de Padéry et de l'abbé Gaudereau.
A sa grande satisfaction, l'envoyé du sophy vit favorablement accueillir presque toutes ses requêtes. Louis XIV, dans sa lettre au roi de Perse *, aborda, avec une précision suffisante, tous les points indiqués par l'ambassadeur. Il rendit même un hommage, moins sincère que courtois, aux mérites de Son Excellence, en déclarant « qu'elle n'avait pas moins fait paraître de « lumières et de zèle pour son service, durant « son séjour à Paris, qu'elle avait témoigné de « prudence et de courage pour surmonter les « obstacles qui s'opposaient à son passage. » Le marquis de Torcy se montra aussi gracieux que son maître. « Je suis persuadé », mandait-il de son côté au khan d'Erivan2, « que connais- « sant particulièrement le mérite et les qualités
« personnelles de Mehemet Riza Beg, vous serez « disposé à lui rendre auprès de l'empereur de « Perse tous les bons effets qu'il peut justement « attendre, et de l'amitié dont vous l'honorez, et « de son attention à répondre aux marques que « vous lui avez déjà données de votre estime. Je « dois encore vous assurer qu'il est digne que « Votre Excellence lui en accorde la continuation, « et elle doit être persuadée aussi que nous ap- « prendrons toujours avec plaisir que sa gloire « et sa prospérité répondent aux grandes qua- « lités qui la distinguent. »
Transmises au Persan, les lettres du roi au chah Hussein, et de Torcy au khan d'Erivan, étaient accompagnées d'un billet du secrétaire d'Etat des Affaires étrangères, très gracieux et ainsi conçu :
« Illustre et magnifique seigneur.
« Quoique je voie avec beaucoup de plaisir dans « les lettres que j'envoie à Votre Excellence les « témoignages avantageux que l'empereur mon « maître veut bien rendre à la prudence et à l'ha- « bileté quelle a fait paraître pendant le cours de « son ambassade, la satisfaction que j'ai de ce qui « doit vous être agréable en cette occasion n'est « pas pure, ayant en même temps à donner des « regrets à l'éloignement de Votre Excellence, et « ne pouvant la suivre que par les vœux que je « fais pour son bonheur. Je vous prie de croire
« qu'ils seront toujours très sincères et que la « distance des lieux ne me fera jamais perdre le « souvenir de l'amitié que vous m'avez promise. « Comptez aussi sur la mienne et lorsque vous « aurez quelque commission à donner dans le « pays que vous quittez, ne me faites pas le dé- « plaisir de vous adresser à d'autres qu'à moi que « vous devez regarder toujours comme votre « parfait ami 4. »
Saint-Olon, chargé de l'agréable commission de remettre lettres et billet à Mehemet Riza Beg, s'en acquitta le 24 août. Il en résulta un réel apaisement dans l'esprit de Son Excellence. Les principaux officiers avaient, de leur côté, reçu une médaille en or avec chaîne d'or d'une valeur de 1.000 livres ; Padéry obtint des promesses, seul l'abbé Gaudereau semblait devoir être sacrifié en raison de certaines hostilités ou jalousies. Le curé de Saint-Sulpice, par exemple, ayant ouï parler des démarches de Mehemet Riza Beg en faveur du curé d'Amboise, n'avait pas jugé contraire à la charité chrétienne de protester, par avance, auprès du marquis de Torcy 2, contre toute marque de bienveillance qui pourrait être donnée à son collègue. « On dit que le roi a eu « la bonté de promettre à l'ambassadeur de « Perse un bénéfice, pour la prochaine nomi-