TABLEAU DE TROUPE
Lacressonnière.
MM
. Plqton.
Gil-Naza.
Larmet.
Abel.
Romain.
Angelo.
Constant Théry
Delessart.
Acelly.
Dailly.
Robert.
Courtes.
Fernand.
Leriche.
Raymond.
Vollet.
Séguier.
Gédéon.
Mousseau.
Gatinais.
Châtelain.
Fleury.
Auvray.
Lamarque.
Quelques engagements nouveaux vont augmenter le personnel du théâtre de l'Ambigu.
Citons entre autres madame Jane Essler et M. Ravel, engagés en représentations; M. Gaspari et une débutante mademoiselle Amiraut, fille de Ponson du Terrail, engagée à l'année; et M. Abel Ballet, qui remplira les fonctions de régisseur-général.
Ce dernier est depuis sept ans administrateur des théâtres des Batignolles et de Montmartre pour le compte de madame Chotel, et il y a formé un nombre considérable d élèves.
LACRESSONNIÈRE
(Voir sa biographie complète, Foyers et Coulisses — Théâtre de la Porte-Saint-Martin.)
Enlevé au théâtre de la Porte- Saint-Martin par M. Chabrillat, pour créer Turenne à l'Ambigu, M. Lacressonnière mit au service de ce rôle héroïque qui comptera au nombre de ses meilleurs, une flamme de patriotisme et de vaillance qui a prouvé <jue SÊfn grand talent se prête au mieux à l'interprétation des grandes figures. Actuellement, M. Lacressonnière prête à la Gaité pour y jouer le soir, le Courrier de Lyon, répète dans le jour, à l'Ambigu, un rôle important dans les Mouchards.
GIL-NAZA
De son vrai nom, Chapoula est né en Savoie, alors que cette 'province appartenait au Piémont. Ses parents étaient de très braves Cens. Sa mère exerçait l'état de matelassière et s'établissait comme anciennement, sur la place du Caire. Gil-Naza dès sa plus tendre enfance montrait beaucoup d'intelligence et beaucoup de ténacité dans ses idées. Ses parents, malgré leur position peu fortunée, firent tout leur possible pour élever leur fils dans les meilleures conditions désirables. Ne pouvant mieux faire que de lui assurer un état, Gil-Naza qui voulait un métier de son choix et surtout de son goût, partit chercher fortune à l'étranger. Très jeune encore, il arrivait en Belgique, avec l'idée
de se faire dentiste. A Bruxelles, il comprit qu'il fallait faire des études sérieuses pour pratiquer l'art dentaire, en conséquence il
Î>rit la bonne voie, en suivant les cours de 'hôpital qui lui profitaient, mais sans subvenir suffisamment aux besoins de son existence. Il se trouvait donc dans une position précaire ; cet état de gêne persistant le décida à ajouter à son arc une seconde corde en s' improvisant chanteur comique au Casino des galeries Saint-Hubert, qui, par parenthèse, avait pour scène à cette époque, une simple estrade composée d'une échelle de meunier de quatre ou cinq marches, posée sous les yeux du public, et dont les artistes à tour de rôle, se servaient pour monter sur les planches et y faire entendre leurs boniments à l'exemple des pitres de la parade. A ce sujet, citons le refrain de l'une des chansons rustiques qui furent les premières créations de Gil-Naza et le commencement de son succès : t Din don, din don, din don, c'était nous que f arrivions. » Avant ce succès pour lui, du café.-concert, Gil-Naza n'était pas aimé du public du Casino Saint-Hubert, mais comme il y avait chez lui l'étoffe de l'artiste, par sa persévérance, son travail et la connaissance parfaite de la langue flamande, il eut le talent de faire venir à lui ses plus grands ennemis qui furent plus tard ses plus grands admirateurs et qui lui conseillèrent de prendre un établissement pour son compte.
Gil-Naza d'un caractère très entreprenant et très tenace, comme je l'ai déjà dit, prit à Ixel (faubourg de Bruxelles) une salle en forme de boyau qu'il loua et dans laquelle il fît des frais assez importants pour se trouver à la tête d'un café-concert convenable. Ici commence la prospérité de Naza, où en déployant toute son intelligence et en Rattachant de bons artistes, il dirigea dans ce faubourg qui n'avait aucune attraction artistique pour le public, un établissement qui se mit à prospérer à grands pas et qui lui permit d'encaisser un premier capital.
Alors l'ambition qui ne fit chez lui que redoubler, lui suggéra l'idée de chercher quelque chose de plus grandiose. En effet, dans un carrefour, un peu plus bas que son établissement, attenant au boulevard, il vit un terrain vague qui était à vendre. Comme pour lui, il n'y avait pas d'obstacles, pas même ceux d'un capital médiocre, il acheta ce terrain et fit construire dessus, le Théâtre Molière qu'il dirigea et sur lequel on ne jouait que de la haute comédie qui attira la cour et lui valut la protection de la reine.
Cette nouvelle entreprise couronnée d'un légitime succès, le mit à la mode, et plaça son théâtre au rang d'une scène française de premier ordre, ce qui lui permit de payer terrain et constructions, et ce théâtre qui est son entière propriété lui vaut aujourd'hui par année un titre de 12,000 francs de rente.
Engagé à l'Odéon, Gil-Naza y débuta à la réouverture le 3 septembre 1874 par le rôle de Mazarin, dans la reprise de la Jeunesse de Louis XIV. Succédant à Lafontaine, dans ce rôle, il jouait gros jeu devant le public, mais il se tira merveilleusement d'affaire, en ne copiant pas son célèbre devancier.
Nous l'applaudissons ensuite, au même, théâtre, dans Un drame sous Philippe H, drame en quatre actes, en vers, deM. Porto- Riche. Très habilement grimé, Gil-Naza rendit, physiquement, avec une grande habileté, la physionomie du fils de Charles- Quint, ce roi tartufe. La seconde création de Gil-Naza, futMosy, dans YHetman, drame en cinq actes et en vers de M. Paul Deroulède, représenté le 2 février 1877. Il y fit preuve d'une rare énergie dans l'interprétation de ce vieux cosaque courageux et plein de cœur. De ce moment, la situation dramatique de Gil-Naza était désormais assurée sur nos scènes de premier ordre. Le 21 avril de la même année, l'Odéon reprenait Mauprat de Georges Sand avec Gil-Naza dans le rôle de Jean le Hors. Deux ans auparavant l'illustre écrivain avait désigné cet artiste pour jouer ce personnage. Gil-Naza ne démentit pas la juste appréciation de Georges Sand, il fit une impression immense sur le public, au cinquième tableau.
Les matinées de l'Odéon devaient lui donner encore l'occasion de se révéler dans la
comédie de caractère. Tartufe et l'Avare, dit Paris-Portrait, firent voir Gil-Naza sous un nouveau jour, et aussi bien sous les traits d'Harpagon que sous ceux de Tartufe, il eut un grand succès de comédien.
Quand M. Chabrillat prit la direction de l'Ambigu en 1878, il s'assura l'engagement de Gil-Naza comme premier rôle en tous genres, et le fit débuter dans la reprise de la Jeunesse de Louis XIV, dans le rôle de Mazarin.
Le prince Henri Borowski, dans la Princesse Borowska, pièce en cinq actes de M. Pierre Newski, fut la première création de Gil-Naza à l'Ambigu. L'artiste fut remarquable, principalement au quatrième acte où il fit sensation, mais l'œuvre ne put tenir l'affiche pendant plus d'un mois.
Coupeau, de l'Assommoir, drame tiré du roman de M. Zola par MM. Chabrillat et Gastineau, fut sa seconde création, et c'est celle qui l'a rendu populaire à Paris. Dans cette incarnation réaliste, le grand comédien a su traduire avec une vérité effrayante la pensée de l'auteur dramatique-romancier si mauvaise qu'elle parût. Il était horrible, repoussant dans son fameux delirium tremens, mais il y reproduisait fidèlement ce type détestable dépeint avec la monstrueuse réalité qui est le propre du talent de l'auteur de Y Assommoir.
ÀBEL
(Se reporter à sa biographie dans le volume des Foyers et Coulisses — Théâtre duVaudeviUe.)
A l'Ambigu, depuis l'avènement de M. Chabrillat, Abel a repris le rôle de Louis XIV dans la Jeunesse dudit roi ; a créé le comte Ladislas dans la Princesse Borowska, et dans Turenne le chevalier Robert de Lancy.