DIRECTION LAFORÊT
A la direction peu heureuse de MM. Fischer et Rocques succéda le règne très court et aussi peu brillant de M. Laforêt, publiciste, trop imbu de cette croyance, qu'il 'suffit d'être un bon' critique dramatique à l'entresol d'un grand journal de Paris, à la Liberté par exemple, pour devenir du jour au lendemain un directeur théâtral des plus capables, des plus experts. M. Laforêt, mal- # gré ses excellentes intentions, et entre " autres celle de tendre la main aux jeunes et aux inconnus, ne tarda pas à s'apercevoir qu'en imposant à ses épaules le lourd far-
deaude PAmbigii, il regretterait bientôt dene pas avoir laissé ce périlleux honneur et tour de force à d'autres Atlas parisiens.
M. Laforêt célébra son avènement directorial par une reprise très soignée du Juif 'polonais. Les déboires de Y Inédit arrivèrent bientôt après avec les représentations d'un drame nouveau de M. Catulle Mendès, intitulé" Justice ! mais dans lequel se révéla le talent vraiment dramatique de la principale interprète donnant la réplique à M. Montlouis ; j'ai nommé mademoiselle Lina Munte. Le jeune et audacieux directeur n'eut pas le temps de monter plusieurs des nombreux ouvrages nouveaux qu'il avait reçus avec une trop grande facilité. Après deux spectacles composés de reprises incapables d'augmenter les recettes, il abandonnait forcément la partie après quelques représentations d'une œuvre en vers, de M Jules Barbier : Un retour de jeunesse. Cette comédie « nouvelle » au dire de l'affiche, du directeur et de l'auteur sentait son « ours » de trente ans. C'était bien, à la fois un retour et un péché de jeunesse de M. Jules Barbier.
M. Laforêt redevint feuilletoniste dramatique comme devant, sans avoir laissé trop de plumes de ses ailes, dans les frois* sements de l'Ambigu. Mais quand on a tâté de ce mal à la fois cuisant et charmant qu'on pourrait appeler Yimpresario-
manie, ce n'est pas le diable qui vous en guérit — au contraire. Sans la mort de M. Montïgny, qui s'était attaché M. Laforôt en qualité de secrétaire particulier, la direction du Gymnase aurait encore ce collaborateur, non désillusionné, à qui il ne manque qu'un autre théâtre à diriger pour y mettre à profit les excellentes choses qu'il a écrites dans une étude qu'il a récemment publiée sous ce titre qui est en même temps un cri d'alarme : Le théâtre à sauver !
Nous croyons inutile de donner un titre à la direction éphémère d'artistes en société, qui -empêcha le théâtre de fermer immédiatement sur l'agonie de la direction précédente. Ces artistes, sans s'inquiéter du contraste criard, firent appel au Vaudeville pour se sauver de l'insuccès du drame. Ils reprirent sur la scène de l'Ambigu : Les environs de Paris, trois actes farcis de couplets, dus à la collaboration de MM. Blondeau et Monréal, et qui avaient été créés au théâtre Cluny.