‹ Ambigu-comiqueChapitre 7 sur 25 · DIRECTION LAROCHELLE & RITT · texte numérisé non relu

DIRECTION LAROCHELLE & RITT

Ce malheureux Ambigu, bien malade,

poussa un cri de joie à la nouvelle d'une nouvelle direction sérieuse.

Avec MM. Ritt et Larochelle, les. heureux directeurs de la Porte-Saint-Martin, les millionnaires du Tour du Monde, et des Deux Orphelines, la fortune ne pouvait manquer de franchir les cent mètres qui la séparent du théâtre de la Porte Saint- Martin ; mais, hélas! trois fois hélas! la fortune manque totalement de logique et de jambes... (surtout de jambes), puisqu'elle ne peut courir que le pied posé sur une roue. MM. Larochelle et Ritt inaugurèrent leur direction d'à côté par une reprise assez

S eu fructueuse de la Tour de Nesles avec [arie Laurent pour Marguerite de Bourgogne, et Dumaine dans le rôle de Buridan.

Viennent ensuite d'autres reprises; le Courrier de Lyon (sempiternel)! La Case de l'Oncle Tom, avec Paulin Ménier; enfin, ces messieurs montent du nouveau : Les Abandonnés, drame, de M. Louis Davyl (succès d'estime); la Brésilienne de M. Paul Meuricé, avec mademoiselle Fargueil dans le principal rôle (succès très médiocre). Un succès, un seul, mais un grand, récompensa les efforts et les recherches de MM. Ritt et La- .rochelle, ce fut un drame simple, mais pathétique et mouvementé, comme les Deux Orphelines des mêmes auteurs : Une cause célèbre de MM. Dennery et Cormon. Les queues interminables se reformèrent cha-

que soir, à l'ouverture des bureaux de l'Ambigu, et l'aimable et intelligent caissier M. Husson, comptait après chaque re- Erésentation, d'innombrables piles d'or.

'Ambigu était enfin désenguignonné, direz-vous? Non, pas encore!

MM. Larochelle et Ritt regrettèrent bientôt de n'avoir pas assez étudié le sens profond des proverbes, notamment de celui qui dit que : (Qui veut trop avoir n'a rien.) Les recettes magnifiques, d'Une cause ce' lébre ne tardèrent pas à griser ces messieurs. — A l'Ambigu, se dirent-ils, avec la salle comble, le maximum de recette atteint 5,000 francs — tandis qu'à la Porte- Saint-Martin, il est de 9,000 ! — transportons bien vite la Cause célèbre à la Porte- Saint-Martin et nous réaliserons un bénéfice écrasant que nous perdons naïvement ; et, aussitôt dit, aussitôt fait. Le déménagement du drame à succès eut lieu... féeriquement — seulement qu'arriva-t-il ?

qu'Une cause célèbre, se mit à faire à la Porte- Saint-Martin, des recettes au-dessous de celles de l'Ambigu, et que le succès de ce drame, tomba tout net, à la stupéfaction grande, de MM. Ritt et Larochelle, qui essayèrent, mais en vain d'empêcher le mauvais sort de revenir à l'Ambigu. En effet, une reprise des Deux Orphelines qui succéda, sur ce théâtre, aux splendides soirées de la Cause célèbre n'y attira que

l'indifférence du public, qui gagna les directeurs eux-mêmes qui passèrent la main à un nouvel audacieux, le 15 octobre 1878, nous saluions la...

DIRECTION HENRI GHABRILLAT

Journaliste et auteur dramatique connu, gendre de l'heureux directeur des Folies- Dramatiques, M. Cantin, le successeur de MM. Larochelie et Ritt, vit son avènement accueilli favorablement par toute la Presse, et tout le monde théâtral et artistique.

M. Henri Chabrillat composa vivement et habilement une troupe triée sur le volet, puis il comprit non sans raison, que son théâtre devait faire peau neuve autant au physicjue qu'au moral, et les travaux de réparation de la salle commencèrent et finirent rapidement. Total de ces premiers frais avant de lever le rideau : 70,000 francs. Pendant que l'intérieur de l'Ambigu se rajeunissait et se pomponnait, l'extérieur du monument subissait une transformation notable dans sa façade. Le balcon du foyer surmontant le péristyle, menaçait ruine depuis la direction précédente, et il avait dû être étayé puis dissimulé pendant phisieurs mois, sous une marquise en coutil

peint, du goût le plus champêtre et le plus provisoire. A l'arrivée de M. Chabrillat, balcon, péristyle et marquise disparurent comme par enchantement, et l'Ambigu nous exhiba une façade toute neuve ; sans balcon il est vrai, mais avec une addition qui lui manquait : une marquise en fer forgé et vitrée, du plus gracieux effet.

M. Henri Chabrillat rouvrit l'Ambigu, sur un des plus grands succès de la rive gauche, croyant non sans raison, qu'une grande partie des spectateurs de la rive droite, n'avait jamais vu la Jeunesse de Louis XIV à l'Odéon.

Cette reprise montée avec tous les éléments de la somptueuse mise en scène créée Ear M. Duquesnel, attira la droite à l'Amigu, et la gauche, qui voulut établir des comparaisons, de l'un à l'autre théâtre.

Après la Jeunesse de Louis XIV et sa meute, M. Chabrillat nous fit juges de la première nouveauté de son choix, une pièce russe de l'auteur des Exilés : la Princesse Borowska. Ce drame froid, comme les steppes de la Sibérie, dont il était fort souvent question dans ses cinq actes, attira peu d applaudissements à son auteur, qui trop sûr ae son talent d'auteur dramatique, n'avait voulu recevoir ni suivre aucun conseil de qui de droit. Seul, le jeune directeur de l'Ambigu fut loué sans réserves non pour son choix de manuscrit, mais pour la

luxueuse et scrupuleuse exactitude de couleur locale, qu'il avait mise au service de la Princesse Boroswka. Au deuxième acte, un merveilleux salon tout tendu de satin bouton d'or, capitonné et meublé à la russe, attira tous les grands tapissiers de Paris au théâtre de l'Ambigu; sans compter nos plus dispendieuses cocottes pour qui ce décor avait aussi tout l'intérêt que la pièce n'offrait pas. M. Chabrillat redoubla d'ardeur pensant fort raisonnablement, que ceux-là seuls qui n'entreprennent rien, ne se trompent jamais. Le succès de la Jeunesse de Louis XIV lui avait permis de préparer et d'entourer de soins dans le mystère des coulisses, l'enfantement de Y Assommoir. Ce n'était pas une mince besogne pour lui, et pour ses collaborateurs Gastineau et Busnach, d'adapter aux exigences de la scène le roman extra-naturaliste et si décrié, si conspué, de M. Emile Zola. La première représentation de l'Assommoir, à l'Ambigu fut l'événement qui occupa tout Paris dans la journée et la soirée du 48 janvier 1879. Que de paris furent engagés et tenus pour l'issue de cette représentation, condamnée d'avance par l'opinion générale à ne pas finir et, qui, en somme après un succès unanime de première, et trente et quelques représentations cahotées, franchit triomphalement le cap de la 250° à Paris, pour trouver la

même réussite à Lyon, Marseille,' Bordeaux, Rouen, le Havre, et dans vingt autres villes.

A YAssommoir, retour de province, et plein d'attraits encore pour tenir l'affiche de l'Ambigu pendant deux mois consécutifs, M. Chabrillat fit succéder, une reprise de Paillasse pour dédommager M. Dennery, dont un drame nouveau et reçu depuis longtemps, le Chevalier de la Morliêre, devait prendre tour après Y Assommoir. Cet infortuné chevalier qui fut lu aux artistes, distribué et répété pour être tout à coup suspendu et ajourné à... on ne sait quand, aura permis à M. Gil-Naza de se mesurer à Frédéric-Lemaître dans la blouse et le pourpoint de Paillasse, et au public d'y trouver la copie bien inférieure à l'original d'illustre souvenir.

M. Henri Chabrillat n'avait plus rien à craindre ; Y Assommoir ayant rempli ses coffres lui donnait ainsi tous les moyens et tout le temps désirables pour marcher de succès en siîccès. Le théâtre vit de contrastes et même d'impossibilités, et nul n'eût songé à pousser les hauts cris en voyant Turenne exhaler ses tirades belliqueuses et patriotiques sur le lieu même où Coupeau avait eu le delirium tremens dans Y Assommoir du père Colombe, si le grand maréchal de Louis XIV, personnifié par l'excellent acteur Lacressonnière, avait

gagné les diverses batailles combinées et livrées dans les manuscrits de MM. Marc Fournier, Delacour, et Turenne coûta très cher à monter, car le jeune directeur voulant que tout fût neuf dans ce drame (à défaut de l'imagination des auteurs !) la moyenne des frais vint forcément trop contrebalancer celle des recettes ; néanmoins Turenne tint près de quatre-vingts fois l'affiche. M. Chabrillat fort indécis sur le sort de l'ouvrage inédit à faire suivre, eut l'idée de reprendre, pour Gil Naza, une des créations les plus mémorables de Frédérick-Lemaître et à la fois l'une des moins connues de la génération actuelle.

Robert Macaire ou Y Auberge des Adrets habilement retouché et refondu par MM. Philippe Gille et V. Busnach, fut immédiatement mis en répétition. Ce drame farce succédait à Turenne et retrouvait à l'Ambigu, le grand succès qu'il y avait remporté auparavant. Joué à la place de Turenne, il eût permis à M. Chabrillat de réaliser une première année de direction, magnifique d'un bout à l'autre.

Présentement, les artistes de l'Ambigu répètent piano, pianissimo, un drame en neuf tableaux de MM. Jules Moinaux et Paul Parfait, intitulé provisoirement : Les Mouchards. Les recettes très belles que fait encaisser Robert Macaire, ne permettent pas de fixer encore l'époque de la première re-

Erésen talion de cet ouvrage qui pourrait ien se voir ajourné, forcément, à l'hiver prochain qui, entre autres nouveautés à sensation, nous montrera A"AJVA,cet autre roman trop naturaliste de M. Zola et dont le passage du livre indigeste à la scène, nous parait être un tour de force autrement plus difficile que l'adaptation de V Assommoir à la scène du même Ambigu.

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