ALFRED BOURGEAT
Secrétaire général
Lorsque ces quelques lignes, sur lui, paraîtront, le jeune et sympathique secrétaire de l'Ambigu aura déménagé du boulevard Saint-Martin pour emménager place de l'Odéon ; autrement dit, il aura quitté M. Chabrillat pour se dévouer à M. Charles de La Rounat, directeur du second Théâtre-Français. Alfred Bourgeat est journaliste. Sa si-
gnature nous est connue depuis longtemps, à F Univers illustré et au journal l'Entr'acte.
La Presse est toujours satisfaite de voir ses représentants obtenir, de préférence à toutes autres personnes, les secrétariats de théâtre, car avec des hommes de lettres, à la tête de cet emploi, les rapports entre les journalistes et les directeurs sont et réciproquement, presque toujours d'une courtoisie parfaite.
M. Alfred Bourgeat ne se comptait que des amis sur la rive droite ; il ne s'en comptera pas moins dès qu'il aura mis le pied sur la rive gauche.
HUSSON Caissier
M. Husson fut d'abord caissier et chef comptable du théâtre du Château-d'Eau, sous la direction de M. Hippolyte Cogniard.
Quand celui-ci passa la main à M. Dejean, ce dernier se garda bien de remplacer M. Husson. Malheureusement, M. Dejean fils, monta une grande féerie à grands frais de décors, de costumes et de mise en scène, mais totalement dénuée de frais d'esprit (les plus indispensables!). Pif-paf fit un pouf
gigantesque, et M. Husson se réveilla un eau matin, encore caissier et secrétaire
général du théâtre du Château- d'Eau, mais aveè un autre directeur, M. Charles Dornay ex-artiste de l'Ambigu, possédé, lui, aussi, de la fièvre pernicieuse de la direction quand même.
Charles Dornav sombra à son tour en s'enveloppant noblement dans les plis du drapeau tricolore, pour avoir cru encore au succès des pièces militaires de l'ancien Cirque, rue de Malte, en l'an de grâce 1876.
C'en était trop ; le fidèle Husson se soumit sans murmurer aux éventualités d'une deuxième faillite, mais il quitta la rue de Malte et son trop vaste théâtre enguignonné.
Le malheureux! il ne savait pas ce que le sort lui réservait dans Laforét!... directeur de l'Ambigu, successeur de MM. Fischer et Roques!
Husson embrassa d'un regard la fragilité de ses doubles fonctions de secrétaire-caissier sous la direction Laforêt, mais il n'abandonna ni son poste ni son directeur, un seul instant. Par bonheur pour lui, MM. Ritt et Larochelle vinrent délivrer M. Laforêt des angoisses, des spectres et des ours de l'Ambigu.
— t Sauvé! merci mon Dieu! » s'écria dans un élan mélodramatique, l'infortuné Husson, et en effet il l'était, car les deux directeurs de la Porte-Saint-Martin s'empressèrent de lui apprendre qu'ils le maintenaient à son poste d'honneur.
Pourquoi faut-il que la fortune soit si capricieuse ? — Elle comblait MM. Ritt et La rochelle de ses faveurs à la Porte-Saint- Martin, et elle se montrait froide, à leur égard, à l'Ambigu !
Husson duf changer une sixième fois de directeur et saluer l'avènement de M. Henri Chabrillat, lequel arrivait muni d'un secrétaire, homme de lettres, journaliste, de M. Alfred Bourgeat, enfin, qui n'allait plus laisser au caissier que sa caisse qui lui suffisait amplement. Grande fut la joie de M. Husson de se voir allégé du secrétariat qui n'est pas toujours une sinécure, quoi qu'on dise. Mais voilà M. Bourgeat qui tombe malade au moment des représentations de Turenne. Que faire du secrétariat?
Le confier à un autre que M. Husson? Jamais! et Husson le reprend, mais Bourgeat, Sui est guéri, revient et le re-réclame à . Husson qui le lui re-restitue.
M. Husson travaille d' arrache-pied à son bureau, qui est la première porte à gauche en entrant, après la loge du concierge. Ce caissier modèle arrive le matin vers onze heures et ne s'en va qu'après le spectacle, c'est-à-dire vers minuit et demi ou une heure du matin lorsqu'il a rendu tous ses comptes.
Signe particulier et... de vertu : M. Husson ne va jamais dans les coulisses. De plus, il a du flair, car il se trompe rarement sur
le sort d'un ouvrage qu'il a jugé à la répétition générale.