ANTOINE PORTAIL
Ce que Ton sait de la vie de Portail se réduit à fort peu de chose ; aucun biographe ne s'en est occupé, et nous aurions peut-être imité cette réserve si son alliance et ses relations avec Paré ne nous avaient engagé à publier les documents que nous avons recueillis sur sa famille.
Né dans le Béarn vers i53o, Antoine Portail vint, à la suite de Jeanne d'Albret, étudier à Paris où il se fit recevoir barbier chirurgien. En i558, il se trouvait en cette qualité au siège de DouUens, dans l'armée royale (i). Vers cette époque, il épousa Jacqueline de Prime, fille de Méry de Prime, juré vendeur de vins, demeurant rue de l'Hirondelle, et sœur de Louis de Prime, cousin de Jeanne Paré (2). Ce mariage fut l'origine de ses relations avec le célèbre chirurgien. Son titre de barbier ne l'empêcha pas d'être attaché à la suite de Henri II dont il était, dès lors, chirurgien ordinaire (3) ; il n'avait encore que ce litre modeste quand, au mois de mai i56i, il pansa Paré qui venait de se fracturer la jambe, et lorsque son habileté à pratiquer l'opération de la saignée le fit mander, dit-on, auprès de Charles IX, auquel il piqua le nerf (4). Cet accident ne diminua pas la faveur du Roi auprès duquel il se trouva à Plessis-lez-Tours le 3 octobre i56g (5). S'étant fait recevoir maître chirurgien juré, il devint chirurgien ordinaire de Charles IX, et fut continué dans cette fonction par Henri III à la suite duquel il quitta Paris le i3 mai i588, et qu'il assista lorsqu'il fut frappé par Jacques Clément. Le duc d'Angoulème rapporte en ces termes les soins que donna au royal blessé
(1) Paré, t. III, p. 722. Voyage du camp d'Amiens.
(2) Voir plus loin, pièce III.
(3) Parc, t. III, p. 722.
(4)Devau.v. Index funereus, 1744, \a-.\° p. 5-|g.
(5) Paré, t. III, p. 725. Voyage de la, bataille de Moncuiiluur.
«Portail, son premier chirurgien (1), lequel sondant sa playe, comme il estoit fort expérimenté, mais d'un esprit prompt, ne put s'empescher de dire en latin à un de ses compagnons nommé Pigré, et au médecin Le Febvre, qu'il croyoit que le boyau estoit percé. Ils résolurent qu'il lui falloit bailler un
lavement; il ne le rendit qu'à moitié, le reste s'estant
estendu dans le ventre par la fente qui estoit faite à l'intestin » (2). Il fit l'autopsie du Roi avec les médecins et les chirurgiens présents à l'armée ; il est à remarquer que Pigray, plus ancien en titre, piqué probablement de n'avoir pas été chargé de cette opération, n'y assista pas (3). Son origine béarnaise fit choisir Portail par Henri IV qui le nomma son premier chirurgien. Le 3i octobre i5g2, il toucha pour ses gages de ce mois trente-six écus, dix sols tournois (4), et l'année suivante, trois cent cinquante écus pour Tannée entière, ainsi qu'on le voit dans un compte de la maison du Roi pour l'année 1693, reproduit plus loin (5).
Portail avait perdu avant le 27 décembre 1594, sa femme dont il eut six enfants. Lui-même mourut, suivant Peyrilhe, le 20 avril 1607; cette date est fausse, car il était encore premier chirurgien en 1608. Le Roi l'anoblit avec le titre d'écuyer; ses armoiries étaient : d'azur, semé de fleurs de lys d'or à la vache d'argent brochante, accolée, clarinée, accornée et membrée d'or, couronnée de gueules. François Martel (6) lui succéda en qualité de premier chirurgien.
(i) Il n'était que chirurgien ordinaire: le premier chirurgien était Ambroise Paré.
(2) Mémoires du duc d'Angoulême, Collect. Michaud, t. XI, p. 65.
(3) Rapport du corps mort du roy Henri III, le 3 août iSSg, dans Œuvres de chirurgie de Guilleraeau, 1598, in-fol.
(4) Différents mélanrjes pour i^histoire des médecins, ms?.,;i la Bibl. de la Fac. de Méd. de Paris, t. II, p. 541.
(5) Voir plus loin, pièce II.
(6) François Martel, chirurgien par quartier de Henri IV en 1590 et encore en 1608, (Arch. Nat. KK. i5o, f" i5, V, et i5i f" 23,) suivit ce Roi dans diverses campagnes, et devint son premier chirurgien, charge qu'il
Les enfants de Portail furent :
I. Paul I, né vers i56o, reçu conseiller au Parlement le 18 juin 1 586; il demeurait rue de la Mortellerie. Après la mort des Guises, il fut conduit à la Bastille le 19 janvier iSSg par Jean Le Clerc. Il épousa, le 27 décembre 1594, demoiselle Justine Le Pileur, fille de Thomas Le Pileur, sieur de Chatou, (i) Bailly (2) et Serris (3), et de Justine de Livres qui lui apporta, entre autres la terre de Bailly. Paul eut en dot dix mille écus. Ils eurent trois enfants : Louis, sieur de Montesson, Paul II et Justine, qui épousa Antoine de Rancher, sieur de la Foucaudière, conseiller au Parlement de Paris. Paul I, encore conseiller le 3 mai 1622, n'existait plus à la date du 2 janvier 1623, et mourut avant sa femme, décédée le 22 août 1643. (4)
Paul II, conseiller au Parlement le 3 mars 1628, et auteur de quelques Mazarinades, épousa Antoinette Le Bossu, dont il eut :
Paul III, seigneur de Chatou, conseiller au Parlement le 2 septembre 1661, mort en 1736 conseiller de la Grand Chambre. Il avait épousé demoiselle de Barbezières de Chemerault.
IL Jeanne, l'ainée des filles d'Antoine Portail, épousa, le 4 mai 1684, Louis Belle, conseiller du Roi au Châtelet et receveur du taillon de la généralité de Paris, auquel elle apporta en dot trente mille livres. Elle était morte avant le 26 juin 1600, laissant cinq enfants : Louis, Claude, Robert, Catherine et Michelle.
occupait également sous Louis XIII en 1612, (Arch. Nat. KK. 197, f" 29. Ses ouvrages ont été publiés avec la Chirurgie rationnelle de Philippe de Flessclles, Paris, i635, in-12.
(i) Comm. canton de St-Gcrraain-cn-Laye, arr. de Versailles, (Seineet-Oise).
(2) Comm. canton de Marly-le-Roi, arr. de Versailles (Seine et-Oise).
(3) Comm. canton de Crécy, arr. de Meaii.x (Seinc-et-Marnc). (1) Archives Nationales. Y. i5,o7i.
m. Antoine II, deuxième fils d'Antoine Portail, contrôleur et procureur du Roi en la sénéchaussée, siège prèsidial et prévôté du Mans, mourut en 1627. Il eut de Marie de Courvoisier, deux enfants : Françoise, mariée à Claude d'Epinoy, et François, conseiller au Chàtelet et maître des Comptes, qui épousa Anne Hotman, fille de Timoléon, seigneur de Fontenay, trésorier de France. Ceux-ci eurent un fils, Antoine III, écuyer, conseiller au Parlement le 3o avril 1657, conseiller honoraire en 1707, mort le 10 juin I7i3, âgé de 82 ans. Il épousa, en 1662, Marie Madeleine le Nain de Tillemont, dont il eut plusieurs enfants parmi lesquels, Antoine IV, seigneur du Vaudreuil (i) et de Chatou. Né le 18 mars 1674, successivement avocat du Roi au Chàtelet, conseiller au Parlement avec dispense d'âge le 27 décembre 1696, avocat général, président à mortier, puis, premier président du Parlement le 1 3 novembre 1724, il entra le 28 décembre de la même année à l'Académie française où il succéda à l'abbé de Choisy, et mourut le 3 mai 1736. C'était, dit Barbier, (2) un magistrat d'une très belle figure pour représenter, gracieux, d'une politesse infinie pour tout le monde et de beaucoup d'esprit. Il avait épousé, le 28 avril 1699, Rose Madeleine Roze, fille de Louis, seigneur de Coye et du Vaudreuil, conseiller au Parlement de Metz et secrétaire du cabinet du Roi. Il en eut :
1° Louise Madeleine Antoinette, née le i5 juillet 1701, mariée en février 1722 à Victor Pierre François de Riquet, comte de Caraman, mestre de camp du régiment de Berry cavalerie, puis lieutenant général des armées du Roi, petit-fils de l'auteur du canal du Languedoc.
2° Antoine Nicolas, né le 17 juillet 1702, conseiller au Parlement avec dispenses d'âge et de parenté le 4 décembre 1722, mort, non marié, de la petite vérole, le 20 juin 1723.
(1) Hameau de la commune de St-Etienne du Vauvray, canton et arr. de Louviers, (Eure).
(2) Journal. — Paris, 1847. I. p. 2i3.
3" Nicole Marie, morte fille.
4° Jean Louis, seigneur du Vaudreuil, baron de Bouille, seigneur engagiste du domaine de Carentan, né le 26 novembre 1705, président à mortier le 14 août 1726; il épousa, le 17 mai 1732, Marthe Antoinette Aubery de Vastan, fille unique de Félix, marquis de Vastan, en Berry, prévôt des marchands et conseiller du Roi, née le i3 mai 1720. Mariée à douze ans et très jolie, elle eut une conduite fort légère, qui amena en 1744 sa séparation. Un ordre du Roi l'obligea, en avril 1746, de se retirer au couvent des Filles du Calvaire (i). Elle en sortit après la mort de son mari, et mourut le 11 avril 1781, rue Poissonnière. De son mariage était née, le 9 mai 1738, Marie Jeanne Antoinette qui épousa, en 1765, Louis Gabriel, marquis de Conflans d'Armentières, maréchal de camp en 1770, lequel fut député de Rouen aux Etats-généraux en 1789.
Le président Jean-Louis vivait encore en 1768. M"><^ de Genlis qui, à cette époque, alla passer quelques jours au château du Vaudreuil où Ton s'amusait beaucoup, le dépeint comme un vieillard plein d'esprit, de gaieté et de bonté. (2)
Madeleine Roze, femme du premier président, nullement jolie, et âgée de 47 ans, fut atteinte de la petite vérole au mois de juin 1726. Lambert de Thorigny, neveu du prévôt des marchands, conseiller au Parlement, âgé de 40 ans, et son amant depuis quinze ans, vint s'enfermer avec elle et contracta sa maladie dont il mourut au bout de cinq jours, quoi qu'il l'eût déjà eue. La première présidente vécut jusqu'au 21 mai 1766(3).
IV. Adrien, né en 1670, seigneur de Fresneau, avocat, puis conseiller au Parlement le 3o juillet 1.599, mort le i3 décembre i636, à l'âge de 66 ans, fut inhumé en l'église Saint- Jean en Grève. Le 12 février 1602, son père lui donna 4.000 livres pour vivre chez lui, rue du Figuier, paroisse de
(1) Arch. Nat. Y. i33o3.
(2) Mémoires, — t. II. p. (19.
(3) Arch. Nat. Y. 1 1020.
38o AMBROISE PARÉ
Saint-Paul (i). Adrien avait épousé en premières noces, Jeanne de Rémy, et en second lieu, le i8 août i6i5, Claude Amariton, tille de M'^ Jean xVmariton, avocat en Parlement, et de feue demoiselle Charlotte Véron. La future apportait la terre de Fresneau, estimée So.ooo livres, et 84.000 livres en maisons, rentes, etc. (2)
De sa deuxième femme, Adrien eut François, secrétaire et maître d'hôtel du Roi, mort en 1679. Il avait épousé Hélène de Masparault, d'où deux enfants : François, tué à Candie, et Gabriel, conseiller au Parlement de Paris le 2 janvier 1681, mort en i6g3.
V. Anne, née en 1576, épousa Thomas Le Pileur, né la même année qu'elle, contrôleur de la chancellerie, conseiller, notaire et secrétaire du Roi. Par acte du 27 décembre 1694, passé par devant M« Prime, notaire, Antoine Portail donna à sa fille dix mille écus. Le futur apportait les terres de Chatou et de Montesson (3). Privés d'enfants, ils se firent, le ig janvier iSçô, une donation mutuelle de tous leurs biens; leur demeure était alors rue des Jardins, paroisse de Saint-Paul. Le 8 octobre 1612, Anne fit son testament auquel elle ajouta un codicille le 16 octobre 1622. Son mari avait acquis le fief de Malnoue (4). Le 10 septembre 16 19, Thomas le Pileur fit donation à Anne Bailly de 8.000 livres tournois assignées sur la terre de Chatou, « en faveur de l'assistance, secours et bienveillance que ladite demoiselle a rendus à sa femme — Anne Portail, — depuis trois ans qu'elle est malade (5). » Le scellé d'Anne est daté du 22 août 1643 (6),
0) Arch. Nat. Y, 141 fol. 23, v».
(2) Arch. Nat. Y. i56 fol. 358, v».
(3) Comm. (Seine-et-Oise), cant. d'Argcnteuil, arr. de Versailles.
(4) Malnoue, ou N.-D. de Footel, abbaye de filles de l'ordre de Saint- Benoit, dans la Brie, diocèse de Paris, à deux lieues S.-O. de Lagny, fondée en 11 29. — Gallia Christiana.
(5) Arch. Nat. Y. 160 f°. 3i8.
(6) Arch. Nat. Y. 15871.
VI. Marguerite, encore mineure en iSgS, entra en religion l'an 1601. Le 22 février de cette année, Antoine Portail, premier chirurgien du Roi, fit donation de trente-trois écus un tiers de rente annuelle et perpétuelle au couvent des Filles-Dieu de Paris, pour rentrée en religion de sa fille Marguerite (i).
Au mois de mars iSgS, Portail habitait la rue des F'ossés- Saint-GermaiD-l'Auxerrois (2). Il avait amassé, à la ville et à la cour, une grande fortune. Dans les comptes de l'Epargne, et dans ceux de la maison du Roi, il est fréquemment fait mention de sommes qui lui sont octroyées en dehors de ses gages. En i58i, le Roi lui fit don, tant en considération de ses services que pour avoir pansé et médicamenté plusieurs pages d'honneur du sieur Cibilot, son fou, et Guy (3), gouverneur de ce dernier, et avoir fourni des onguents et autres drogues, trois cent cinquante écus, dont cinquante pour sa récompense ordinaire du service par lui fait durant le quartier de janvier (4). Il étabht sa famille dans le Parlement où elle occupa longtemps des fonctions élevées. Portail n'a pas laissé d'ouvrages.