AVERTISSEMENT
La vie d'Ambroise Paré, comme celle de beaucoup d'hommes célèbres, est fort mal connue. Les diverses particularités de son existence sont tombées peu à peu dans Foubli par la négligence de ses contemporains, en sorte ciu'il est devenu très difficile de reconstituer sa biographie.
Pour écrire l'histoire de Tillustre chirurgien, il faudrait résumer Tétat de la chirurgie dans les temps qui l'ont précédé, présenter le tableau de cette science à l'époque où il a vécu, enfin, montrer les progrès qu'il a fait faire à cette branche de l'art de guérir. Cette tâche a été magistralement accomplie par le professeur Malgaigne dans sa savante introduction aux Œuvi'es complètes cV Ambroisc Paré, et il y aurait témérité à l'entreprendre de nouveau.
Mon rôle est plus modeste. Ce travail n'est que la mise en œuvre de documents recueillis de différents côtés, et grâce auxquels on pourra enfin connaître d'une façon certaine la famille, les alliances, les amis de Paré, et pénétrer en quelque sorte dans sa vie intime.
Les sources auxquelles j'ai puisé sont nombreuses ; ce sont d'abord les Œuvres du grand chirurgien, et surtout la relation de ses voyages dans laquelle se trouvent beaucoup de faits particuliers.
Le Dictionnaire de Jal m'a fourni sur ses enfants de pre-
8 AMDROlSi: PARÉ
cieuses indications complciccs par les auteurs de la France /^rolcstjfilc, et par M. le D-^ Chéreau dans les Mes des Savants illnsircs Je la /\ciiaiss.7iia' qifa publiées M. Figuier.
j'ai rencontré dans les Commentaires de la Faculté de médecine de Paris des renseignements restés inédits jusqu'à ce jour sur l'admission d'Ambroise Paré au grade de barbier, sur son procès avec les médecins de l'époque, et sur son projetde subordination des chirurgiens.
Le III'- volume manuscrii de l'Histoire de la chirurgie, par Peyrilhe, que possède la bibliothèque de l'Académie de médecine, renferme des détails très circonstanciés et jusqu'ici inconnus sur sa réception à la maîtrise ; je les ai scrupuleusement reproduits.
J"ai emprunte à la iiibliothèque nationale diverses pièces intéressantes parmi lesquelles il faut citer surtout un mémoire justificatif paru en iSjS à l'occasion du procès avec la Faculté, et qui m'a permis de fixer définitivement la religion à laquelle appartenait notre chirurgien. J'ai cru devoir publier cette curieuse plaquette dont il ne semble exister qu'un seul exemplaire.
Mais c'est surtout dans le riche dépôt des Archives nationales que j'ai découvert les docume is les plus nombreux concernant les deux mariages, les fillo:;, I 3 gendres, le neveu et la nièce d'Ambroise Paré.
En outre, dans les archives du château Je Paley figurent des pièces originales d'une importance capitale pour cette étude, et un volume manuscrit contenant l'histoire détaillée des descendants de Catherine Parc et de Claude Hédelin. son mari. J'ai eu également la bonne fortune de découvrir dans ce chcàteau le seul autographe d'Ambroise Paré que l'on connaisse, et son portrait authentique, — unique également, — peint peu après son second mariage. L'un et l'autre sont reproduits dans ce travail. Je saisis avec empressement cette occasion d'ex-
AVERTISSKMI.M 9
primer à Madame la marquise J^c Charron ma vive reconnaissance pour la bienveillance avec laquelle elle a mis à ma disposition ces précieux documents, et m'a permis d'en faire profiter mes lecteurs.
Dans les mêmes archives, se trouve rétiquctlc d'un dossier sur laquelle on lit celte annotation bien laite p(jur piquer la curiosité : « Tiltres et enseignements concernant la famille d'Ambroise Paré, — deuxième liasse, — dans laquelle sont les procédures dudit sieur Paré contre les chyrurgiens de Paris pour l'impression de son livre et pour son rang. >/ Malheureusement ces papiers ont disparu ; espérons qu'on les retrouvera quel que jour.
M. le D' Emile Bégm, dans plusieurs feuilletons et dans une lecture faite à l'Académie de médecine, a fait connaître l\u\\ a en sa possession des copies de papiers de famille relevées au siècle dernier pour Louis, le célèbre secrétaire de l'Académie de chirurgie, par Roze, chirurgien à Nemours. Il est regrettable qu'elles n'aient point encore été publiées.
D'autres actes existent vraisemblablement dans l'étude du successeur des six ou sept notaires employés par Ambroise Paré et par sa famille. Malgré leur intérêt purement historique, l'autorisation d'en faire la recherche m'a été impitoyablement refusée sous prétexte qu'ils ne sont pas classés. Ce refus prouve une fois de plus la nécessité d'une loi ordonnant le dépôt aux Archives nationales des actes de date ancienne qui se détériorent dans les greniers des notaires; l'histoire n'aurait qu'à gagner à une semblable mesure.
Enfin, on trouvera dans l'Appendice qui termine ce volume, des détails sur deux personnages que leurs relations avec Paré m'orit seules engagé à étudier. L'un, Julien Le Paulmier, médecin célèbre de l'époque, eut avec lui une grave querelle médicale ; l'autre, Antoine Portail, chirurgien distingué, fut allié à sa famille.
lO AMBROISE PARE
Les pièces Justiticatives oni cic collationnées par MM. C'anipardon cl Tuctcy. dos Archives nationales ; c'est dire qu'elles présentent toutes les tj^aranties de lidclitc et de correction que ces eminents paléographes apporlenl dans leurs travaux. Je leur adresse ici mes remerciements pour le concours éclaire qu'ils n'ont cessé de me prêter.
La critique la plus sévère a présidé à l'examen des détails que j'ai admis; les faits douteux ont été signalés, les anecdotes apocrs'phes écartées ; j'ai surtout visé à la simplicité et à la concision du récit, au risque de lui donner plus de sécheresse. Malgré mes efforts, ce travail demeure imparfait ; de plus autorisés le reprendront quelque jour, et sauront mieux se servir des documents nombreux qui sont ici mis pour la première Ibis en lumière.
Ambroise Paré est né au Bourg-Hersent (i), village situé aux portes de Laval dont il fait aujourd'hui partie. L'époque de sa naissance est incertaine. Une tradition locale, fondée sur on ne sait quels manuscrits (2), la place en 1509; d'un autre côté, Malgaigne, d'après une communication de M. le docteur E. Bégin (3), la fixe en l'année 15 17, ce qui rajeunit Paré au-delà de toute vraisemblance. M. Bégin se trompe certainement en attribuant au grand chirurgien l'inscription de cette date en marge d'un mémoire de Bautru. L'erreur serait plus évidente encore si l'on admettait l'authenticité du
(i) Hameau de la commune d'Avenières (Mayenne). Hersendis burgum, en ii5o, d'après un manuscrit de la Bibliothèque nationale, fonds latin,
(2) Discours du D'' Hubert, dans Notice sur le monument éle^'é â la mémoirc d\\. Paré. Laval, 1840, in-8», page 27.
(3) Œuvres complètes d'A. Paré, édition Malgaigne, I. Introduction. p. CCXXVI.
I ] AMBROISE PAKL
'•c juLiinal rempli d'une infinité Je notes sur différents sujets, éerites de la main de Paré, et chargé de nombreuses ratures /•/, que paraît posséder ce médecin (i). On y lirait, en effet, qu'Ambroise apprit pendant neul à dix années la chirurgie dont il aurait ainsi commencé l'étiuk' à Tàgc de ncul ou dix ans. Il nous semble inutile d'insister sur ce point.
Les différents portraits datés, publiés de son vivant, ne s'accordent pas davantage à cet égard. Celui de Léonard Gaultier (2), d'après lequel il aurait eu b8 ans en 1581, le fait naître en 1513. Le portrait d'Etienne Delaulne (3) dont il existe trois états, et qui lui attribue 72 ans en 1382, recule sa naissance jusqu'en 1310. lien est de môme de celui de A. Vallée (4), suivant lequel il avait 75 ans en 1583. Enfin, d'après Giullis Horbeck (3), qui lui donne 7S ans en 1384, il serait né en 1509. L'indication la plus précise est fournie par un auteur contemporain; Pierre de l'Estoile (6) dit positivement que
(\) .\. Parc, lidit. .Nîalgaigne, I. fiilni.L, p. r( xxix. — licuiii, /.j l'r.tnce wcJicalf, lîj-.j, n» 17.
(2; I)cssinatcur et gnucur an l'iirin, iiij vers i5.'2 mi i.'ixi, travailla à l'aris. et mourut eu 1641. Ses œuvres, très immbreuses, se recommaiuleiil par la délicatesse et la correction du dessin.
(3) ILticnne Delaulne, dessinateur et graveur français, né ù Orléans en i5i9, mort à Paris le jour de la Pentecôte i583, habita Augsbourg et Strasbourg. Il a gravé un nombre considérable de pièces remarquables par la finesse et la précision du dessin. Il fit le portrait de Paré un an avant de mourir.
(1) -Vlexandre Vallée, dessinateur cl graveur à l'eau-forte cl au burin, né i'i Bar-le-Duc (Meuse) vers i55l3, mort dans le xvir siècle, brilla surtout de i5H3 h 1610.
(5) On ne connaît rien de sa vie, sinon qu'il existait en i585.
(6) Né à Paris en i5.io, mort en 1611, grand audiencier en la chancellerie de France, a composé un Jounul des rùe;nes de Ileini III cl de Henri IV.
AMIJUOISK l'A RU
Paré mourut Je 20 décembre 1390, âgé de quatrevingts ans (i).
Dans ses écrits, notre chirurgien fait rarement allusion à son âge. il se borne à dire qu'il était fort jeune pendant la campagne du Piémont (2) ; dans la dédicace à Henri ill, placée en tête de ses Œuvres complètes, édition de 1575, on lit qu'il travaille depuis « plus de quarante ans sur l'éclaircissement et la perfection de l'art de chirurgie (3), x/ et plus loin, s'adressant au lecteur, il ajoute qu'il y a quarantecinq ans ou plus qu'il traite et pratique la chirurgie (4). Ces deux derniers passages marquent l'époque à laquelle finirent ses études chirurgicales qu'il ne pouvait guère avoir terminées avant l'âge de vingt-cinq ans; aussi, d'accord avec L'Estoile, Delaulne, Vallée et Paré lui-même, nous adoptons la date de 15 10, comme étant le plus en rapport avec les divers actes de sa jeunesse.
La profession de son père n'est pas mieux connue. La tradition citée plus haut rapporte qu'il était attaché à la maison du comte de Laval en qualité de valet de chambre barbier; M. Bégin dit qu'il était coffretier (5). La carrière suivie par deux de ses fils pourrait aussi bien faire adopter la première opinion.
Outre Ambroise, il avait trois enfants : une fille,
{i) Journal, édition Charapollion, t. V, page 65.
(:;) Paré, édit. Malgaigne, t. III, p. 692. Voyage de Turin.
(3)Paré, I. p. 2.
(4) Id. I. p. 8.
(5) La France médicale, 1873, n" 47.
l6 AMBROISE PARK
que M. Bégin appelle Catherine (i), laquelle épousa Gaspiu^d Martin, maître chirurgien barbier à Paris, encore vivant en septembre 1530 (2), et auquel Paré «coupa la jambe et voulut faire essay de sa manière d'arrester le sang, laquelle lui succéda si mal que, taute de bon appareil ou autrement, il mourut bientôt après (3). >> De ses deux autres fils l'un, Jehan, maître barbier chirurgien à Vitré, dont Paré nous a conservé le souvenir dans deux observations qui témoignent d'une grande sagacité, épousa Charlotte David (4), et en eut un fils nommé Bertrand dont nous parlerons plus loin. Ce frère ne vivait plus en 1549 (5). L'autre, appelé aussi Jehan (6), vint s'établir à Paris rue de la Muchcttc, en qualité de maître coffretier malletier. Il épousa en premières noces Marie Périer, décédée vers la fin de l'année 1349 (7), et dont il n'eut pas d'enfants. Son commerce ne semble pas avoir été très prospère, car au mois de janvier 1350, (n. st.) ses trois beaux-frères Jehan Nauquier, maître éperonnier et Catherine Périer sa femme, Jehan Mignon, maître peintre et Barbe Périer sa femme, et François Périer, aussi maître peintre à Paris, abandonnèrent à Jehan Paré
(i) La France médicale, \ti'.i, n" 47.
(2) Jal. — Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, 2" édition. Article Paré. Gaspard .Martin fut parrain d'une fille d'Ambroise Paré.
(?<) Compérat. — Réplique à une apologie publiée soubz le nom de M. Ambroise Paré, pâtre .33.
(4) Pièces justificatives, N" VI.
(5) Idem Kl (b) Idem No VII. (7) Idem Id.
leurs droits dans la succession de leur sœur (i). Celui-ci se remaria avec Marie de Neufville (2), et en eut une fille nommée Jeanne, encore mineure en 1577, et dont il sera souvent question dans la suite. L'époque de la mort de ce second frère est inconnue; nous savons seulement qu'il n'existait plus en janvier 1560 (3). Qiiant à Marie de Neufville, elle était décédée avant l'année 1577 (4).
Dans un baptistaire relevé par Jal sur un des registres de la paroisse de Saint-Séverin, il est question d'un troisième Jean Paré que M. Bégin a cru à tort être le même que celui dont nous venons de parler, (5) et qui n'appartient pas à la famille de notre chirurgien, « Die mercurii x'^ die octubris 1348. Honorabilis virmagister Symon Michel, presbiter, Stephana Deschamps et Guillemeta Philippestenuerunt super sacros fontes Stephanam filiam Johannis Pare et Perette Riollet ejus vxoris. » (6) Cette Etiennette n'était certainement pas la fille du coffretier Jean Paré, dont nous avons vu que la femme, alors existante, s'appelait Marie Périer.
L'enfance d'Ambroise s'écoula vraisemblablement dans la maison paternelle. Nous ne rappellerons pas les historiettes rapportées par Percy (7)et Villaume,(8)
(1) Pièces justificatives Nos VIL VIII. IX.
(2) Idem No XXIII.
(3) Idem N» XV.
(4) Idem NoXXVIII.
(5) La France médicale, i3:3, n" 64.
(6) Jal, art. Paré.
(7) Biographie universelle.
(8) Recli. biog. h'ist. et tncd. sur A. Paré. Epernay, 1837.
lo A. M DROITE pari:
" et dont Malgaigne a démontré la fausseté. 11 est certain que SCS premières études furent très élémentaires. '< Je ne veulx marroger, — dit-il, — que j'aye leu Galien parlant grec ou latin : car n'a plu à Dieu tant faire de grâce à ma jeunesse qu'elle aye esté en l'une ou l'autre langue instituée. » (i) 11 fut cependant mis à même d'entrer chez un barbier; mais on ne possède aucun renseignement sur le lieu ni sur la date de ses débuts.
En 1525, il était à Angers observant, le jour du Vendredi-Saint, l'artifice d'un « gueux de l'ostière, » qui avait attaché à son pourpoint le bras puant et infect d'un pendu, et demandait l'aumône à la porte du Temple, et un an après, il remarqua au même endroit, un gros maraud qui contrefaisait le ladre (2). Par suite de quelles circonstances se trouvait-il alors dans cette ville où l'on voit que son séjour se prolongea pendant plus d'un an ? Son frère l'habitait-il avant d'aller se fixer à Vitré, ou bien son père l'avait-il placé en apprentissage chez un autre barbier ?
On ne sait au juste en quelle année il vint à Paris. Il entra, en qualité de compagnon chirurgien à l'Hôtel-Dieu où il demeura trois et môme quatre (3) années, ainsi qu'il le dit lui-même, suivant les cours d'anatomieetde chirurgie, disséquant, soignant les ma-
(i) Paré, Briefve collcct. de l\idmi)iislr. anaiomique, i55o. Aux lecteurs.
(2) Paré, III. p.p. /|6 et 17. Dus monstres et prodiges. Chap. XXI et XXIII. On voit ici une indication de la religion à laquelle appartenait la famille Paré.
(.3) Paré. I.a Duviùre de lr.-iiclcr les playcs p.ir hacqucbiitcs,\^57. Dédicace.
AMBROISE PARÉ IQ
lades, recueillant des observations, et pratiquant quelques opérations. Ainsi, pendant un hiver rigoureux/^'il faisait si grand froid, — dit-il, — qu'à aucuns malades couchés audit Hostel-Dieu, l'extrémité du nez se mortifia sans y avoir aucune pourriture : à quatre d'iceulx, je feis amputation de ladite partie, desquels deux guérirent; les autres moururent. » (i) A quelle époque se rapporte son séjour dans cet établissement ? Il s'y trouvait certainement en 1533, (2) lors de l'épidémie de peste dont il cite quelques cas, et qu'il rappelle en plusieurs endroits. Il est à remarquer qu'il n'indique ni le chirurgien ni les médecins de cet hôpital, ni ses condisciples, ni aucun des maîtres sous lesquels il a étudié. Une seule fois il parle du chirurgien de l'Hôtel-Dieu sans le nommer. Ses études terminées, il lui fallait passer des examens pour obtenir le titre de barbier sans lequel il ne pouvait exercer en ville ; mais les ressources lui faisant probablement défaut, il dut aviser aux moyens de sortir d'embarras. Encestempsde guerres, les capitaines ne manquaient jamais de s'assurer, avant la campagne, un chirurgien attaché, non à leur compagnie, mais à leur personne. Grâce à ses protecteurs, Paré partit en 1537, (4) en qualité de
(i) Paré, II. p. 2i5. Des contusions, combustions, et gangrènes.
(2) Dès la fin de i532, la ville fut obligée d'acheter cinq à six arpents de terre à Grenelle afin d'y faire un cimetière pour les pestiférés. Le i3 septembre i533, on ordonna que les maisons des malades auraient deux croix de bois, à la porte et sur le lieu le plus apparent. (Félibicn. Histoire de Paris, II. p. 994.)
(3) Paré, II. p. 2i5.
(4) Et non en i536, comme il le dit, III. p. 68g.
20 AMimoisr v\\<\'
chiiur^icn i.\c M. de Montejan, n) colonel général des gens de pied, lequel, après avoir été lait prisonnier à Brignoles au mois de septembre de l'année précédente, venait de reprendre son commandement. Il assista, à la fin d'octobre 1537, au combat du Pas-de-Suse, (2) après lequel manquant d'huile bouillante de Sambuc, {-:,) il fut réduit à appliquer sur les plaies l'onguent digestif simple dont elles se trouvèrent si bien qu'il renonça dès lors à « brusler ainsi cruellement les pauvres blessés des harquebusades. // (4) Heureuse innovation, que la ligature des artères devait compléter dans la suite ! 11 fit un grand nombre d'opérations, et pratiqua la première désarticulation du coude que l'on connaisse.
Montejan étant mort à la (in de l'année 1338, Paré refusa de rester auprès du maréchal d'Annebaut(5) son successeur dans le gouvernement du Piémont,
(1) Kciic tic .Mimtcjim, seigneur de Moiilcjan. cii Anjou.de Sillé el de l'.eaupréau, fait prisonnier à Brignoles, en i5.>(), nommé gouverneur tiu l'iémont en décembre \r?>~, et marécliai de France en février 1538, mounit sans cnl'anls, vers la lin de la même année, il avait épousé Philippes de .Montespedon, dame de Bcaupréau, qui se remaria avec Charles de Bourbon, prince de la Roche-sur- Von, et fut marraine d'un (ils de Paré, le .3o mai i."-6. Ellemnurut le ?>i octobre i.";;.
(2) Délilé des Alpes, à l'entrée duquel se trouve la ville de Suse, en Piémont. Ce passage avait déjà été franchi par l'armée française en mars i536, sans effusion de sang.
(3) Sjfittitciis niirr.i, sureau.
(4) Paré, III, p. t<)t. Vovjge Je Turin.
(5) Claude d'Aniiebaut, baron de Retz conseiller, chambellan du Roi, bailli et capitaine d'F.vreux, chevalier de l'ordre de St-.Michel, prisonnier a Pavie, commanda l'armée française en Piémont, et s'empara de Turin. Lieutenant général en Normandie avec l'amiral Chabot, le 7 Mars ir?>(>, maréchal de l'rance on i53l!, gouverneur général du Piémont, ambassadeur a Venise, \'2(u il fut nommé amiral de l'rance en i5||. Il mourut à la I\tc, en novembre i552.
AMBHOISIv l'AKI-; 2 1
et rentra à l^aris nu coninicriccinunt de \'-)V)- H 'apportait de sa campagne le secret de la t;nneuse huile de petits chiens, acheté à grand'peine d'un chirurgien de Turin, la recette des oignons crus piles avec du sel contre les brûlures, que lui apprit une vieille femme, et un nouveau procédé de réduction du paraphimosis.
A son retour, il visita ses amis, et fut invité à dinar chez Sylvius (i) qui avait été vraisemblablement son maître, et lui faisait faire ses saignées en ville. U lui exposa sa nouvelle théorie des plaies d'arquebuses, expliqua l'importance de la position dans la recherche des projectiles, et s'engagea à publier ses découvertes. (2) Malgaigne place à tort cette entrevue après le voyage de Perpignan, oi^i ce dernier moyen réussit sur le maréchal de Brissac. U n'a pas remarqué dans le récit de Paré le mot « incontinent // (3) qui montre clairement qu'il y avait déjà réfléchi. D'ailleurs ce dernier dit positivement que cet entretien eut lieu à son retour d'Italie.
Paré se prépara alors à passer les examens de barbier. En compagnie de son ami Thierry de
(i) Jacques du Bois, dit Sylvius, célèbre médecin, ué en i^T^à Louviliy, au diocèse d'Amiens, de Nicolas Dubois, ouvrier en camelot. 11 étudia Tanatomie sous Tagault, se lit recevoir docteur à Montpellier, et revint à Paris, où il professa la médecine au collège de France, et eut une clientèle étendue. IMaitre de Vésale, il devint son ennemi acharné. U mourut à Paris, le i3 janvier i555, et fut enterré au cimetière des pauvres écoliers. On lui a reproché son avarice. Henri Eslienne a publié un dialogue entre Sylvius, Carou, Moutanus et Rabelais, intitulé Sylvius ncrcjtus : \\ y est dit que, au moment de mourir, ce médecin se Ht mettre ses bottes pour passer le Styx à gué, sans payer l'obole àCaron.
(2) Paré, II. p. 128.
(3) Paré, III. p. 094. Voyage de Perpignan.
23 AAIBROISE PARE
Héry (i), il subit le premier à la fin de Tan 1540 ou au commencement de 1S41 ; cette dernière année, la deuxième du décanat de Claude Roger, ils furent de nouveau examinés, et payèrent à la Faculté de médecine chacun la somme de soixante-douze sols, six deniers parisis(2). Dès lors, ils furent incorporés dans la communauté des barbiers (3).
(1) Barbicr-chirurgicn, ne à Paris. On ne connaît de sa vie t|uc ce qu'il eu rapporte lui-même : après avoir étudié à l'Hùtel-Dieu, il suivit l'armée française en Italie, Tan i537, en qualité de chirurgien. S'étant rendu à Rome, il observa la syphilis à l'hôpital Saint-Jacques. A son retour en France, il suivit les cours de Jacques lloullier et d'Antoine Saillard. En 1541 et i5 12, sous le décanat de Claude Roger, ainsi qu'on le voit dans la note suivante, il subit deux e.xamens, et rei;ut la maîtrise |de barbier. Il disséqua avec Ambroise Paré au.\ écoles de médecine. Au mois d'août i5.| 1, il se trouvait au camp de Jalons, entre Chàlons et Epernay; enfin, il fut nommé lieutenant du premier barbier. Paré dit qu'il était bien exercé à la chirurgie. Il amassa une fortune considérable, et publia La Méthode curatoirc de Li maladie vcticrieniie, etc. Paris, i552, \n-\\. On voit, par un passage de Paré, qu'il était mort avant i56i. (V'oir L'analomie de la têlc humaine, i56i, p. c.xxxv. v").
(2) A Razoribus de novo examinatis :
A duobus rasoribus qui anno pra^tcrito examinati fuerant, videlicet, ab Ambrosio Parré {sic), 72 sols 6 deniers parisis.
Theodorico de Héri, 72 sols 6 deniers parisis.
{Commenlaria Fac. tiiedic. Paris, t. V. loi. 171.)
(3) La communauté des barbiers était aussi ancienne que celle des chirurgiens ; il en est fait mention en i3oi, dans une sentence du prévôt de Paris. Les plus anciens statuts furent donnés par Charles V, en décembre 1371. Les barbiers reconnaissaient pour chef le premier barbier du Roi. Ils se réunissaient dans l'église du Sépulcre, rue Saint-Denis; leurs patrons étaient Saint-Cûme et Sainl-Damien. Ln 1,^72, les études duraient quatre ans ; à chaque examen, les élèves donnaient un écu à chaque docteur examinateur ; ils payaient à la Faculté de médecine soixante-douze sols pour la maîtrise, s'engageaient à faire les dissections dans les Ecoles de médecine, et renouvelaient tous les ans, à la Saint-Luc, un serment de soumission. Leurs fonctions chirurgicales étaient très limitées ; aussi empiétèrent-ils souvent sur le domaine des chirurgiens avec lesquels ils eurent de fréquentes querelles. La Faculté les soutint souvent contre ces derniers. En i6c6, le premier barbier était parvenu à réunir sous son autorité les chirurgiens et les barbiers ; mais, en KjôJ!, le dernier titulaire, Jean de Réty, céda cette charge avec tous les droits qui en dépendaient, à Félix, et, depuis lors, le premier chirurgien eut sous sa domination, les barbiers et les chirurgiens.
AMBROISi: r-ARi': 23
Paré était rentre depuis deux ans et demi à Paris, lorsqu'il épousa Jeanne, fille de feu Jean Mazelin, valet chauffe-cire de la Chancellerie de France, et de Jeanne de Prime, remariée avec Etienne Cléret (i;, marchand et bourgeois de Paris. Suivant contrat passé le 30 juin 1541, par devant maîtres Jehan Dupré et Rémon d'Orléans, notaires du Roi au Châtelet, Etienne Cléret et sa femme promirent de donner aux futurs époux la somme de six cents livres tournois avec les « habillements fiUeaulx» de Jeanne Mazelin. En outre. Paré reconnaissait à sa future la somme de deux cents livres tournois qu'elle devait reprendre ainsi que ses bijoux par préciput lors du décès de son mari, lequel, de son côté, reprendrait au jour du trépas de sa femme ses habillements, bagues et instruments de chirurgie. Quant aux droits successifs qui pourraient revenir à Jeanne du chef de son père ou de ses frères et sœurs décédés, les futurs conjoints y renonçaient et les transportaient à Etienne Cléret et à sa femme. Les témoins de la future étaient Marguerite Choisel, veuve de Odo de Prime, maître barbier chirurgien à Paris, ses ayeux maternels, et Méry de Prime, marchand et bourgeois de Paris, son oncle maternel ; ceux de Paré furent Etienne de la Rivière (2) et Louis
(1) Devenu veuf à son tour, Et. Cléret se remaria avec Marguerite N. qui fut marraine en i56o de Catherine, uc du nom ; il était mort à cette dernière date. (M. Chéreau, cité par M. Figuier dans Vies des savants illustres de la Renaissance).
(2) Né il Paris, d'abord barbier, devint maitre en chirurgie, chirurgien du Roi et juré au Chàtelet. Il eut en 1541 quelques démêlés avec Charles Etienne, docteur régent, au sujet d'un ouvrage d'anatomie qu'ils avaient composé en commun, et que ce médecin avait publié sous son nom seul.
::4 AMijROiSK pari;
Drouet (i), aussi maîtres barbiers chirurgiens à Paris, ses amis (2).
On sait qu'à l'exception de sa signature, on ne connaît aucun autographe du grand chirurgien. Nous avons eu hi rare fortune de découvrir un spécimen de son écriture. Derrière l'expédition de son premier contrat de mariage faite spécialement pour lui, on lit : « ïraicté de mon mariaige premier ». Ainsi que nous T.expliquons aux pièces justificatives, ces mots n'ont pu être écrits que par Ambroise Paré lui-même; nous en donnons ici la reproduction exacte.
L'année suivan- .
comme il 1 indi- v /
que a tort, Am- z^^^.,^» <^ ,^-<— -^ vv>ac^.
broise Paré, quit- ' ^ l
tant sa jeune femme, partit en poste avec M. de Rohan(3) pour se rendre à Perpignan, ville occupée par les Espagnols. Arrivé à Lyon, il fut pris d'hématurie pour être
De La Rivière mourut le 5 juillet lîtx); sa femme. Jeanne Fourgonneau, décéda le q décembre i5..;lous deux furent inhumes dans l'église des Saints-Innocents.
(i) • Homme bien exercité cl Lirandcincnl expérimenté en Tari de chirurgie. » (Paré, La m-inière. de trjilcr les pl.iycs .fli,j}\]iu'tutcs. \^52, f° 78). Il n'existait plus en i552.
(2) Archives du château de Paley.
(3) René de Rohan, premier du nom, vicomte de Kohan, ccnite de Porrhoèt, de la Garnache, de Beauvoir-sur- .Mer, et de Carentan. prince de Léon, marié en i53i avec Isabelle d'.Mbret. fille de Jean, roi de Navarre, et de Catherine de l'oix, fut tué le 1 novembre i552 à Saint-Nicolas, prés de Nancy (Vieilleville, V, 5.)
AMIiKOlSI-; I-Aïul 25
resté trop longtemps à cheval (i), et put néanmoins continuer son voyage. L'investissement de Perpignan, retardé Jusqu'au 26 août, ayant été infructueux, on leva le siège le 4 septembre, à cause de l'inondation de la vallée de la Tôt. Sous une pluie battante, l'arrière-garde suivit à la nage ; une partie des bagages fut perdue, et quelques hommes noyés ( 2 ).
C'est devant cette ville que Paré appliqua pour la première fois son principe de la position dans la recherche des projectiles. Le maréchal de Brissac (3) avait reçu près de l'omoplate droite une balle que les chirurgiens ne pouvaient découvrir. Paré, envoyé par M. de Rohan, plaça le blessé comme il Tétait au moment où il avait été atteint, et leur fit sentir le corps étranger qui fut extrait par Nicolle Lavernot (4), chirurgien du Dauphin.
DeretouràParis,Ambroise Paré y demeura jusqu'au mois de juin 1543. Les troupes françaises venaient d'entrer dans le Hainaut; M. de Rohan emmena de nouveau son chirurgien, et tous deux rejoignirent François I" au camp de Maroilles (5). Sur ces entre-
(i) Paré, II, p. 5oo.
(2) Paré, III. p. 695, Voyage de Perpignan .
(3) Charles de Cossé, comte de Brissac, appelé le beau Brissac. fut successivement nommé colonel de l'infanterie, colonel général delà cavalerie légère, grand-maitre de l'artillerie, maréchal de France, puis gouverneur delà Picardie. Il se maria avec Charlotte d'Esquetot, et en eut quatre enfants dont Diane qui épousa Charles de Mansfeld. Il mourut de la goutte, le oi décembre i563, à l'âge de 5" ans.
(4) Il figure en 1547 parmi les chirurgiens au.xquels on donna du drap de deuil pour les funérailles de François I", fut chirurgien ordinaire de Henri II et de François II, et, en i55q. devint premier chirurgien de Charles IX. {Différents mélanges pour l'histoire des médecins, mss. Bibl. delà Fac. I. p. 293). Il mourut vers la fin de i56i.
(5) Village situé à i3 kilom. G. d'Avesnes (Nord).
faites, M. d'Etampes u), gouverneur de lu Bretagne, prévint le Roi que les Anglais se disposaient à opérer une descente sur les côtes de cette province, et le pria de lui envoyer MM. de Laval (2) et de Rohan . Parc suivit ce dernier jusqu'à Landerneau c-,). Les Anglais ayant abandonné leur dessein, notre chirurgien rentra à Paris comblé de présents. M. de Rohan lui donna cinquante doubles ducats et une haquenée ; M. de Laval, un courtaut pour son domestique, et M. d'Etampes, un diamant valant trente écus. C'est probablement au retour de cette expédition qu'il s'arrêta à Vitré, où son frère lui rapporta les deux observations auxquelles nous avons fait allusion.
Ces séjours à l'armée ne laissaient pas que de causer quelque inquiétude au jeune ménage dont l'avenir était à la merci d'une blessure. Aussi, par un acte que nous reproduisons plus loin, et qui fut passé le 21 octobre 1543, par devant maîtres Ambroise Evyn (4) et Robert Decombes, notaires du Roi au Châtelet, Ambroise Paré et Jeanne
(i) Ji;:iii «-lii Brosse, duc d'Etampes, lils de lleiié de Brosse, parlisaii du connétable dcBourhon, et de Jeanne, fille de Philippede Commines, épousa Anne de Pisseleu, duchesse d'Etampes, favorite de François I'''. C'est pour cette dernière que ce roi fit restaurer, vers i53o, le Palais d'Amour, dont on voit encore quelques vesticres dans la rue de rHirondcllc, n"' 20 et 22.
(2) Claude, dit Guy, XV h' du nom, comte de Laval, fils de Guy XV, et d'Anne de Montmorency, épouse de Claude de Foix, fille d'Odet de Foix. seigneur de Lautrec, et de Charlotte d'Albrel. et mourut sans enfants, le j.S mai i5 17. Sa veuve se remaria avec Charles de Luxembourg, vicomte de Martigues. (P. Anselme. VIL p. 76).
(3) Port :i l'embouchure de l'Elorn, à :.5kil. de lîrest (Finistère), ancienne place forte.
(4) Mort en marsi5|3. Pièces justif. N" IL
Mazelin se donnèrent réciproquement tous les biens qu'ils posséderaient au moment du trépas du premier décédé, à la condition que le survivant paierait au plus proche parent du défunt la somme de vingt écus d'or soleil. Ils n'avaient point encore d'enfants à cette époque.
Cet acte signé, Paré partit pour Landrecies (i), qu'assiégeaient cinquante mille Impériaux. Le Roi étant parvenu à ravitailler la place le i'"" novembre 1543, se retira le surlendemain à Guise (2), d'oii son chirurgien s'empressa d'accourir auprès de sa femme. Il passa deux années à Paris.
«Le 4 juillet 1545, fut baptisé en l'église Saint- André-des-Arts (3), François, fils d'Ambroise Paré, barbier, et de Jeanne Maselin, sa femme. Les parrins furent maistre François de Villeneuve, médecin, et Loys Drouet, barbier. La marrine fut Jehanne de Pryme (4).» Les frères Haag qui ont aussi relevé ce baptistaire (5), appellent les parrains : François de Villemousseux, médecin, et Louis Drouat, barbier, et la marraine, Suzanne de Piguier. Ils se trompent évidemment; nous connaissons les noms de Drouet et de Prime, amis de Paré; les frères Haag ont commis, d'ailleurs, de fréquentes erreurs de ce genre.
(i) Place de guerre sur la Sambre, (Nord) arr. d'Avesnes.
(2) Place de guerre (Aisne), ch. 1. de canton, arr. de Vervins.
(3) Cette église, située à Tendroit où est aujourd'hui la place de ce nom, fut construite vers 1212, après l'achèvement de l'enceinte de Philippe-Auguste.
(4) Jal.
(5) La France protestante, article Paré,
Cet entant n'existait plus le ^ août IS40, ainsi que cela résulte d'un acte transcrit plus loin ( 1 1.
Dans ces temps troublés, Paré ne pouvait demeurer longtemps en repos. Après le baptême de son fils, il rejoignit l'armée du Roi qui assiégeait Boulogne. Devant cette place, en août 154s, il guérit François de Lorraine, duc de Guise (2), d'une terrible blessure de la face, dont celui-ci conserva une large cicatrice qui lui valut le surnom glorieux de Balafré (3).
Dans l'intervalle de ses campagnes, notre barbier ne restait pas inactif. Fidèle à sa promesse, il rassembla ses observations, et publia La Méthode de traicicr les playes faictes par hacquebutes et aiiltres basions à feu : et de celles qui sont faictes par flèches, dard\, et semblables : aussi des combustions spécialement faictes par la pouldre a canon, composée par Ambroyse Paré, maistre Barbier, Chirurgien à Paris, avec privilège du 20 août i=)4S. Cet ouvrage fut dédié à M. de Rohan.
Pendant les années qui suivirent, il se prépara par des dissections privées et publiques faites avec Thierry de Héry et Jean Colombier (4) aux écoles de la Faculté, à la publication de la Briefve collection de l'administration anatomique : Avec la manière de confoindre les os : Et d extraire les
(i) Pièces justificatives, N" \ 1
(2) François de Guise, duc d'Aunuilc priuce de Juinvilic,dit le Balafre, ué en i5i9, fut tué à Orléans par le protestant Poltrot de Méré, en i.56.^. (.3) Parc, II. page 25. — III. page (>p. {■\) Paré, Briefve collection de l' administrât ion analoniique, i55o, f" 14, V
AMBUOISR PAUK 29
enfants tant morts que vivans du ventre de la mère, lorsque nature de soy ne peult venir à son effet. A Paris, en la boutique de Guillaume Cavellat, libraire iuré, à Venseigne de la Poulie grasse, devant le colege de Cambray, 1^49. Dans son avertissement, Parc prévient le lecteur que ce livre, dédié encore à M. de Rohan, fut imprimé pendant qu'il était au camp de Boulogne, et que de nombreuses fautes s'y étant glissées, il les a fait corriger à la plume. Ce détail prouve, qu'au moins à cette époque, il n'avait chargé personne du soin de revoir ses épreuves. Le privilège est du 6 juillet 1549 ; quelques exemplaires de cet ouvrage portent ce millésime : nous en connaissons un ; les autres sont datés de 1550. Les fautes et l'avertissement subsistent dans ces derniers.
C'est vers cette année qu'il prépara, pour le conserver dans son cabinet, le corps d'un supplicié dont une moitié était disséquée de façon à lui permettre de repasser l'anatomie en vue des opérations qu'il avait à faire. 11 habitait alors au bout du pont St Michel, (i)
Au milieu de ses travaux, Paré ne négligeait pas sa famille. Son frère, le barbier, était mort, laissant un fils majeur et orphelin ; il le fit venir à Paris. Suivant acte du 5 août 1549, transcrit plus loin, Paré donne, conjointement avec sa femme, à son neveu Bertrand, fils de feu Jean Paré, son frère, en son vivant maître barbier-chirurgien, demeurant en la ville de Vitré, en Bretagne, et de Charlotte David,
(\) Pièces justificatives, N" X.
3o AMDROISE PARÉ
jadis sa femme, ledit Bertrand à ce présent et acceptant, la somme de quarante livres tournois de rente annuelle et perpétuelle, à prendre au jour de son trépas sur les biens du donateur, à la condition que celui-ci mourrait sans enfants (i). Cet acte prouve que le jeune François n'existait plus à cette date.
M. Bégin a vu dans les papiers de Roze que Jean Paré, fuyant son pays comme huguenot, se serait réfugié à Paris avec sa famille. 11 ne paraît pas que le barbier de Vitré, ville calviniste, ait dû s'en éloigner pour cause de religion ; le dernier acte que nous venons de citer semble établir qu'il est mort, ainsi que sa femme, dans cette ville. Quoi qu'il en soit, Ambroise aurait fait entrer son neveu à Saint- Côme (2) où il ne travailla point. 11 le plaça ensuite
(i) Pièces justificatives, X° VI.
(2) Communauté des chirurgiens ainsi nommée de leurs patrons, Saint- Cùmc et Saint-Daniicn, frères nés en Arabie au m'"'' siècle, et tous les deux médecins. On prétend faire remonter son origine à Saint-Louis. Sauvai, {Auliquitùs -ie Pj;-/s), rapporte qu'elle fut érigée par ordonnance du 25 février I255. Philippe-le-Bel rendit, en novembre i3n, un édit établissant pour son chef Jean Pitard, cliirurgien-juré du Roi au Chûtelet de Paris. Charles V en lit partie; Louis XIII s'y lit agréger, parce qu'il était né le jour de la Saint-Come.
Cette confrérie fut fondée à Paris dans l'église Saint-Cùme et Saint- Damien,ruede la Harpe, et en l'église Saint-Côme de Luzarches (Seinect-Oise) ; le recteur, le prévôt et le collège des maîtres chirurgiens jurés de Paris en faisaient partie : plus tard, on y adjoignit les licenciés et les bacheliers. Lors de la transiatirm des reliques des saints Cùmc et Damien à Luzarches, le 3 octobre 1820, les chanoines de celte église demandèrent aux chirurgiens de Paris de réunir leurs deux confréries, à condition qu'aux fêtes de Saint-Cùme et Saint-Damien, de Saint-Simon et de Saint- Jude. deux maîtres chirurgiens de Paris viendraient i Luzarches assister A l'office, visiter les pauvres malades, et percevoir les aumônes des confrères, ce qui fut accepté.
Les chirurgiens visitaient à l'entrée de l'église le premier lundi de chaque mois, les pauvres malades qui ne pouvaient entrer dans les hôpi-
AMBROISE PARK 3l
chez Jean de Saint- Germain, apothicaire ; mais bientôt Bertrand déclara qu'il ne pourrait jamais apprendre à connaître les drogues et leurs propriétés. Paré lui écrivit alors la lettre suivante :
« Mon nepveu, je veulx vous conduire ainsy que » je meine les jeunes cyrugiens, mes enfans. Vous » este jeune et sans espérience et sapience. Afin » que vous ne vous ecartiés pas de l'homme » d'honour, je veulx vous mettre soubs les ïeulx » ceulx qui voulloient remplir une phiole trop à » coup aïant la gueule trop estroite. Il s'en espan- » cha cent fois plus qu'il n'en mist dedans. Mais, si » vous imités celui là qui prins la patience de rem- » plir ladicte phiole peu à peu, il en vint à bout, » sans rien espancher. Voilà, mon nepveu. Dieu » vous rende sage, coment l'apprenti doict faire » pour apprendre son art et industrie ; par l'esti- » mation (des aultres) il se fera parfaict en Testât » qu'il désire exercer. En voici un exemplaire en- » core. Ne voyons-nous pas des grosses pières du » Louvre estre couppées et sciées? Ne voit-on pas
taux. En i554, un appentis fut construit pour les abriter. Leur nombre étant devenu plus considérable, on fut obligé de bâtir une salle plus grande, en i6i5. Le? réunions des chirurgiens eurent souvent lieu dans d'autres églises : ù Notre-Dame, ;\ Saint-Jacques de la Boucherie, à Saint-Vves, à Sainte Geneviève des Ardents, aux ALithurins.
Les statuts de la confrérie furent souvent remaniés ; ils réglaient les conditions des examens, les obligations de ses membres, et veillaient à ce que personne ne pratiquât sans titre la chirurgie à Paris.
Les armoiries des chirurgiens étaient d'azurà trois boites d'or. Louis XIII, par lettres patentes du i5 juillet 1611, y ajouta une fleur de lys d'or rayonnée.
Les cours de chirurgie se faisaient dans l'amphithéâtre construit à coté de l'église ; les chirurgiens y tinrent leurs assemblées, et le nom de Saint- Côme s'appliqua également et à la communauté et à l'école de chirurgie.
» aussi l'eau qui tombe goule à goûte sur une pière jj Jure, la caver daJxantage ? On voit que {sic) les ^ petits fourmis, bestioles légères, en continuant à •> passer et repasser par dessus, les caver et y lais- >> ser des petites voyes et chemins. Ces exemples, h mon nep\cu, \"ous donnent à cognoistrc que si /> NOUS vouliez, avec le tems vous apprendrés à j> estre bon apoticaire. A ceste cause, pensés-y bien, y> Dieu vous garde de libertinage et vous éclaire » sapiensement.
// Je suis Notre oncle aymant. /> A. P. u)
Cette lettre nous semble absolument fausse, par le style comme par le ton. A la vérité, on achevait le Louvre en 1548. et l'exemple des fourmis se lit au chapitre VI 11 du Li\'rc des animaux publié en 157g, Mais est-il admissible que Paré, alors à Paris, et ayant auprès de lui son neveu, ait préféré lui écrire plutôt que de lui adresser directement se:^ reproches et ses conseils?
D'autres ennuis de famille le préoccupaient alors. Le 8 septembre 1330,11 fit vendre au Châtelet les biens saisis sur Antoine Mazelin, commis de la Chancellerie de la Cour, demeurant à Tours, et frère de sa femme. Ces biens comprenaient : 1" Le quart indivis d'une maison située à Paris, rue de riiirondelle, où pendait l'enseigne de la Vacher et consistant en un corps d'hôtel, cave, sallette, au rez-de-chaussée, chambres hautes, grenier, cour derrière avec deux appentis, le tout couvert en tuiles. Cette maison tenait, d'un côté, à Méry de
(I) Gazelle )tebdomadaiic de médecine, if.~R, n" .11.
Prime, vendeur jure de vins ; d'autre part, à une autre maison où pendait J'enseigne des Trois Mores, appartenant aux héritiers de feu Jean Mestreau ; et, par devant, à ladite rue de l'Hirondelle. Paré acheta cette maison, se remboursant ainsi de quarante écus d'or que lui devait Mazelin, et désintéressa les autres créanciers.
L'acte porte que cette vente fut faite à la requête d'Anthoine Parey, « maistre barbier et chirurgien à Paris. » Il est évident que le scribe, qui venait d'écrire le nom d'Antoine Mazelin, a répété par erreur ce prénom d'Antoine. La suite de l'acte prouve, ainsi qu'on le verra, qu'il s'agit bien d'Ambroise. La même erreur existe dans l'acte de baptême de Charles, fils de Catherine Paré et de François Rousselet copié par Jal ; mais là, d'après M. Bordier, elle résulte d'une mauvaise lecture. Il n'est pas moins hors de doute que Antoine et Ambroise Paré ne font qu'une seule et même personne.
2° Le même jour, pour se couvrir de la somme de vingt écus d'or soleil que lui devait encore Mazelin, Paré fit vendre et acheta le quart indivis d'une maison sise à Meudon (i), rue des Pierres (2),
(i) Le château, longtemps possédé par la famille Sanguin, fut légué par le cardinal de Meudon à sa nièce, la duchesse d'Etampes, qui le céda, en i552, au cardinal de Lorraine, pour lequel Philibert de l'Orme le reconstruisit. En 1654, il fut acquis par Servien, surintendant des finances, dont le fils le vendit en 1680 à Louvois. Louis XIV Tacheta en i6gi, au prix de 400,000 livres, et le château de Choisy-le-Roi en plus.
(2) Cette rue existe encore. Une petite maison située au n» 9, répond assez bien à la description ci-dessus. On 3' trouve un corps de logis sur la rue, un autre dans le fond; dans la cour, à droite, est un puits, encastré dans le mur de la maison du fond, avec un appentis à côté. Ce puits est le seul, dans cette rue, dont la situation se rapporte au plan indiqué.
34 AMDROISE PARK
comprenant deux corps de logis, l'un devant et l'autre derrière, et consistant en cave, chambre, greniers, sallettes, cour avec puits et appentis couvert en tuiles, et petit jardin entre les deux b^ltiments ; derrière, se trouvait un jardin peuplé d'arbres et de treilles, le tout tenant d'une part, à Jean Berthelmy et Jean Lucas, dit Petit, et d'autre aux hoirs de feu Guillaume Parvys ; et par devant, à ladite rue des Pierres.
3" Et environ dix-neuf quartiers de vignes, et une petite pièce de terre, situées en divers climats du village de Meudon, que Paré acheta également en payant les sommes réclamées par les créanciers de Mazelin, au nombre desquels se trouvaient le cardinal de Meudon (i), Etienne Cléret, etc. (2)
C'est dans une de ces vignes qu'il trouva un jour un crapaud vivant au milieu d'une pierre « sans ouverture. » (3)
Les trois autres quarts indivis des biens ci-dessus désignés appartenaient à Jeanne Mazelin épouse d'Ambroise Parc ; à Catherine de Prime (4), femme
(i) Antoine Sancruin, dit le cardinal de Meudon dont il était seit^ncur fils d'Antoine Saniruin et de Marie Simon, abbé de Flcuri-sur-Loirc, maître delà chapelle du Roi,évêque d'Orléans en i533, puis arclievéquc de Toulouse, et cardinal le 19 décembre i53fi, sous le litre de Sainte-Marie iu porlicii, reçut le chapeau à Notre-Dame de Paris le jour de la Pentecôte de l'année suivante, des mains du cardinal Farnése, lépat en France. Nommé prand aumônier de France le 7 août i5.t3, puis gouverneur de Paris, il se trouva à l'élection du pape Jules III, et mourut à Paris le 22 décembre 1559. Son corps fut inhumé en l'église de Sainte-Catherine du Val des Ecoliers.
(2) Pièces justificatives, N» X.
(3) Paré, III. p. 43. Des monstres et prodiges.
(4) Le 9 novembre iSyo, Catherine de Prime, femme de Pierre de la Rue, maître tailleur d'habits, fait donation à Guillaume Forestier, procureur au
AMIlKOISl': l'AKK 3S
de Pierre de la Rue (i), bourgeois de Paris ; et aune autre sœur, femme de Charles Fournier, bourgeois de Paris.
Il est étonnant que Parc ne parle pas de Rabelais, dont il fut le paroissien pendant près de deux ans. En effet, ce dernier fut nommé le iS janvier 1551 à la cure de Meudon qu'il résigna le 9 janvier 1533; il est vrai qu'il y résida fort peu.
La guerre venait de se rallumer dans l'Est ; Paré se rendit, avec M, de Rohan, à Metz où le Roi fit son entrée le 18 avril 1552. C'est pendant cette campagne que notre chirurgien sauva un soldat de la compagnie de Rohan laissé pour mort, et auquel il « fit office de médecin, d'apothicaire, de chirurgien et de cuisinier. » Emerveillés et reconnaissants de cette guérison inespérée, les hommes d'armes de la compagnie lui donnèrent à la première revue chacun un écu, et les archers un demi-écu (2).
grand Conseil, « d'une maison sise à Paris, au pont Saint-Michel, où soûlait pendre pour enseigne l'image Saint-Antoine, tenant d'une part à la veuve de feu Doreau, d'autre part, au sieur Viart, chirurgien, aboutissant d'un bout, par devant, sur ledit pont, et d'autre bout par derrière, à maître Claude Boreau, notaire au Châtelet, en la censive de l'abbaye de Saint- Germain-des-Prés, sous la réserve de l'usufruit. » (Archives Nationales, Y. 121. f» io5. V.)
(i). Probablement fils d'Antoine de la Rue, maître tailleur, ami et voisin de Paré ; il exerçait la profession de son père. C'est de lui qu'il s'agit dans le passage suivant : « Le 27 mai i588, deux coquins, l'un potier d'estain. nommé Poccart, et l'autre, Pierre de la Rue, tailleur, demeurant au coin du pont Saint-Michel, poignardèrent et jetèrent à la rivière le nommé Mercier, pédagogue, qu'ils prirent à neuf heures du soir dans sa maison près Saint-André-des-Arcs. » (P. de l'Estoile, édition Champollion, tome III, p. i56). A la tète des habitants du pont et du quartier, de la Rue fit reculer une compagnie des gardes françaises envoyées contre les Guisards.
(2) Paré. III. 697. Voyage d'Allemagne.
Au retour du cnmp d'Allemagne, Henri II prit Damvillers (i), le r"^ juillet 1552. Ce fut pendant ce siège mémorable, sinon comme fait d'armes, du moins au point de vue chirurgical, que Paré coupa la jambe d'un gentilhomme de la suite de M. de Rohan, et pour la première fois après une amputation, au lieu d'employer le cautère, fit la ligature des artères (2). Cette nouvelle application d'un procédé jusqu'alors rései*vé aux hémorrhagies résultant des blessures, fut un trait de génie, et constiue le plus beau titre de Paré à la reconnaissance de la postérité. Elle ne fut cependant pas adoptée sans luttes, et en 1593 Jean Deshayes présentait encore cette thèse : An sistendo sanguinem ignis vel ligatura ? L'un des premiers malades qu'il opéra de cette façon fut 'K vn postillon seruiteur de Brusquet (3), nommé Pirou Garbier, auquel fut coupée la iambe dextre, quatre doigts au dessous du genoûil, pour vne Esthiomène qui luy estoit suruenue à cause d'vne fracture (4). »
La campagne de Luxembourg terminée, — le 26 juillet, — Paré rentra à Paris, quittant M. de Rohan
(i) Chef-lieu de canton (Meuse), fortifié par Charlcs-Quiut en i528.
(2) Paré. III. 698. Voyage de Damvilliers.
(3) Brusquet, né en Provence, succéda à Triboulct, dans l'emploi de bouffon auprès de François I'"", Henri II. François tl, et Charles IX. Kn i5.¥>, au camp d'Avignon, il se disait médecin, et « donnait aux hommes de bonnes médecines de chevaux qui les envoyaient ad patres drus comme des mouches. • Le connétable de .Montmorency ordonna qu'en le pendit. Comme on le conduisait au gibet, il rencontra le Dauphin Henri, et le (it tellement rire qu'il obtint sa grâce, et devint son valet de chambre. Il fut nommé maître de la poste aux chevaux de Paris. Soupçonné d'être huguenot, il dut fuir en i.'62, et mourut l'année suivante chez la duchesse de Valentinois. (Brantôme. Vie du maréchal Slrozzï).
(4^ Paré. II, page 23o.
AMBROISE PARJi 3/
qu'il ne devait plus revoir. Ce dernier fut tué, en effet, le 4 novembre, à Saint-Nicolas, près de Nancy (i).
A quelque temps de là, le roi de Navarre (2) étant à Saint-Denis, fit appeler Paré qu'il décida à le suivre à Château-le-Comte (3), près de Hesdin (4). Le lendemain de la prise de cette place, M. de Vendôme parla de lui au Roi qui chargea du Gauguier (5), son
(i) Saint Nicolas du Port, ch. 1. de cant., arr. de Nancy; ancien pèlerinage encore très fréquenté.
(2) Antoine de Bourbon frère de Condé, né en i5i8. D'abord duc de Vendôme, puis roi de Navarre en 1548, par son mariage avec Jeanne d'Albret, il fut blessé mortellement au siège de Rouen, en i562.
(3) Contes, village au confluent de la Canche et de la Planquette (Pas-de- Calais), cant. d'Hesdin ; on y voit un château féodal bien conservé.
(4) Place de guerre sur la Canche (Pas-de-Calais), rasée par Charles- Quint. Le duc de Savoie rebâtit et fortifia la ville en i554.
(5) Louis de Bourges, dit Biirgensis, l'aîné des cinq enfants de Jean Burgensis, médecin jusqu'en i5oo du duc d'Orléans qui fut depuis Louis XII, naquit à Blois vers 1482, et fut tenu sur les fonts baptismaux par ce prince. Reçu docteur en médecine à Paris le i5 novembre i5o6, il fut nommé, dès l'année i5o4, médecin ordinaire de Louis XII, et en i5i5, de François I'^^'' dont il devint premier médecin en 1527. Il conserva cette charge sous Henri II, jusqu'au ig novembre i556, qu'il mourut l'ancien de l'école. Burgensis épousa d'abord Marie, fille de Richard Ilellain, médecin de Paris, doyen de i585 à 158", et en deuxièmes noces, demoiselle Claude, fille de Guillaume de Beaune, seigneur de Semblançay. A son retour d'Espagne, où il avait habilement contribué à faire rendre la liberté au roi François I", il prit le titre de seigneur du Gauguier et de Mesland, en Touraine. Gauguet était un fief situé au nord de la forêt de Blois, commune de Saint-Lubin en Verconnois, pour lequel Burgensis rendit hommage à Florimond Robertet, secrétaire d'Etat et seigneur de Bury ; et la commune de Mesland se trouve au sud-ouest de cette forêt. « Loys Burgensis, seigneur du Gauguier, premier médecin, » reçoit sept aunes et demie de drap de deuil pour les funérailles de François I*^"". (Bibl. Nat. fonds français, t. 7853). Nous trouvons, à la date du i'-''" juillet i555, des lettres de jussion à la Chambre des Comptes de Blois, de faire délivrer au sieur du Gauguyer, premier médecin du Roi, trente pieds d'arbres à prendre dans la forêt de Blois, du côté de la Beauce. (Arch. Nat. K. 91. n» 3o).
Par une déclaration du 19 février i557 (n. st.) « les gens du Roi, par M^ Gilles Bourdin, avocat dudit seigneur, ont dit avoir vu les deux lettres
38 AMUROISE PARÉ
premier médecin , de Tinscrire au nombre de ses chirurgiens ordinaires (I), et lui fil dire de venir le trouver à Reims. De là, il se rendit à Tournan, en Brie, dont on fit sauter la grosse tour, et revint à Paris, très heureux de sa nouvelle situation.
Le duc d'Albe a\ait mis le siège devant jMetz, le 20 octobre 15S2. François de Lorraine, duc de Guise, inquiet de voir périr un grand nombre de blessés, fit demander au Roi de lui envoyer Paré. Celui-ci, muni de médicaments achetés chez Daigue, apothicaire de la Cour, et la bourse garnie de cent écus, don royal, partit pour Verdun, porteur d'une lettre et d'instructions pour Guise. La difficulté était de pénétrer dans Metz ; un capitaine italien, moyennant i,soo écus, le fit entrer de nuit dans la place. 11 pansa et opéra un grand nombre de blessés, et par d'éclatantes guérisons, fit renaître la confiance dans le cœur des soldats. Avec quelle verve il raconte les souffrances des Impériaux, couchés dans deux pieds de neige et mourant de faim ! « Chacun soldat auait son lict de camp et vne coupatentes présentées à la Cour par M' l'ierre liaqiievillc, président esrequétes du Palais, par lesquelles le Roi, à la requête de feu messire Loys Burgensis, son premier médecin, beau-pére dudit de Ilaqueville, donne et octroyé à M-^ André de Ilaqueville, l'office de conseiller lay que tient et exerce ledit de Ilaqueville père, par sa résianation au profit de son dit fils. Ne veulent oublier l'heureuse et recommandable mémoire dudit messire Loys Burgensis, sieur du Gaugnier, lequel, de son vivant, a si diligemment et avec telle intégrité et réputation usé des dons que Dieu lui avait fait, que certainement pour le secours qu'il a fait à une infinité de personnes, on pouvait dire de lui : Qiiod qiiasi divino consilio omnium saluli naliis erat. ■■ (Arch. Xat. X'* i.5»-i f 1 13, v".) Louis n'eut pas d'enfants de son second mariage. En 1570, Léonore Breton, dame du (îauguier, était dame d'honneur de Marguerite de France, fille de Henri IL (Bibl. Nat. fonds français, t. 785))- (1) Paré, t. III , p. 700. Voya^'e de Cliàtcau-lc-Comle.
AMItROlSE CAKl': 39
uerture toute semée d'estoiles luisantes et brillantes, plus claires que fin or ; et tous les iours auoient draps blancs, et logés à renseigne de la Lune, et faisoient bonne chère quand ils auoient de quoy : et payoient si bien leur hoste des le soir, que le matin s'en alloient quittes secouant les oreilles. Et ne leur falloit nul peigne pour destacher le duuet et la plume de contrôleurs barbes et leurs cheveux: et trouuoient tousiours nappe blanche, perdans de bons repas par faute de viandes. Aussi la plus grande part n'auoit bottes, ny bottines, pantoufles, chausses, ny souliers : et plusieurs aimoient mieux n'en point auoir que d'en auoir, pour ce qu'ils estoient tousiours en la fange jusques à my-iambes ; et à cause qu'ils alloient nuds pieds, nous les appellions les Apostres de l'Empereur. »
Il faut lire en entier la relation, tour-à-tour sérieuse ou plaisante, qu'il nous a laissée de ce siège mémorable oii les Français, commençant à manquer de vivres, se levaient de table avec appétit, « de peur qu'ils fussent sujets à prendre médecine. >> Déjà ils songeaient à recourir à la boucherie obsidionale, « aux asnes, mulets et chevaux, chiens, chats et rats, voire aux bottes et collets et autres cuirs qu'on eust peu amollir et fricasser, >/ lorsque l'Empereur, voyant la peste au camp, et désespérant de prendre la ville, leva le siège. Son armée quitta Metz le 26 décembre, laissant plus de vingt mille morts, tant du fait des assiégés, que de la peste, de la faim et du froid. Paré revint alors à Paris, où le Roi, satisfait de la manière dont il avait rempli sa mis-
.|0 AiMBROISE PARÉ
rion, lui fit donner encore deux cents écus (i).
M, Bégin raconte ce retour avec des détails extraits d'un '< Journal des Voyages, }> petit in-4" de 122 ff., écrit de la main du i;rand chirurgien (2). Nous craignons que ce médecin ne se méprenne sur l'autliencité de ce recueil prétendu autographe, et nous attendrons pour l'admettre, qu'il ait été soumis aux yeux des lecteurs.
Profitant de son séjour à Paris, Ambroise Paré revit son livre des Playes d'bacquebutes qu'il dédia au loi Henri II. Le privilège avait été signé le 4 février 1551 (v^ st.), et l'impression fut terminée le 10 mars 1553 (n. st.).
Six mois après, les Impériaux, après avoir ruiné Thérouanne (3), vinrent mettre le siège devant Ilesdin, place réputée imprenable. Le Roi y envoya .*;on chirurgien ; mais bientôt la défense fut reconnue impossible ; les blessés manquaient de tout, et, dans le conseil dont il faisait partie, Paré déclara qu'il fallait se rendre.
On se rendit en effet, le 17 juillet 1553, et Paré lut fait prisonnier. Après avoir délibéré s'il se ferait connaître, ce qui mettrait sa rançon à un haut prix, il se décida à dissimuler. Grâce à un méchant déguisement qui lui donnait l'air d'un « ramoneur dû cheminée >/, il put passer pour un personnage
( I) Parc, III, p. 708. Voya^re Je Mct^.
(2) Gazelle /icbdomad.iire, 1878 n° .\\ .
;3) Sur la Lys, (Pas-dc-Calais), place prise par les Anglais en i5i3, rer-ise en 1527, fortilièc par François 1", reprise et détruite par Charlcsî.'Lint en i553.
sans importance, et s'attacha à la maison de M. de Martigues (i), qui était blessé à mort. Ne pouvant se résoudre à priver de ses soins un seigneur français, il avoua sa qualité ; mais, ayant commis l'imprudence de montrer son savoir dans une remarquable consultation qu'il eut avec les chirurgiens envoyés par le duc de Savoie (2) afin d'essayer de sauver un aussi riche prisonnier, il commença à éveiller les soupçons. M. de Martigues mourut, et Paré, chargé malgré lui de l'embaumer, ne put résister, cette fois encore, au plaisir de faire briller ses connaissances anatomiques. Ses confrères voulurent aussitôt s'attacher un praticien aussi capable ; mais ni les instances du chirurgien du duc, ni les offres brillantes suivies de menaces de ce prince lui-même, ne purent le décider à servir l'ennemi. Il fut enfin donné à M. de Vaudeville, gouverneur de Gravelines, lequel, pour prix de la guérison d'un vieil ulcère qu'il portait depuis six ou sept ans à la jambe, lui rendit la liberté sans rançon. Entre temps, il allait au château de la Motte-au-Bois (3), à Thérouanne, à Saint-Omer, observant avec soin l'état du camp ennemi dont il rendit plus tard
(i) Charles de Luxembourg, vicomte de Martigues, fils de François II de Luxembourg, vicomte de Martigues, et de Charlotte de Brosse, se signala au siège de Metz en i552, et fut mortellement blessé au siège de Hesdin en i553. Il avait épousé Claude de Foix, veuve de Guy XVI. comte de Laval. — (P. Anselme, III, page 737.)
(2) Emmanuel-Philibert, dit Tête de fer, fils de Charles III, né àChambéry en iSaS, mort en i58o, servit Charles-Quint, fut au siège de Metz en i552, gagna la bataille de Saint-Quentin en i557, et détruisit Ilesdin en i553. En 1559, il épousa Marguerite de France, fille de François I", et rentra dans ses états. Il a laissé un Journal militaire.
(3) C»" de Morbecque (Nord), arr. de Hazebrouck .
compte au Roi. Enfin, on le reconduisit jusqu'à Abbeville, où il eut la satisfaction de retrouver un blessé d'Hesdin précédemmentdirigé sur cette ville. De là, Paré se rendit à Olïémont (i) auprès du Roi, qui lui fit compter deux cents écus. Après quoi, il rentra chez lui « fort joyeux d'estre en liberté et hors de ce grand tourment et bruit de tonnerre de la diabolique artillerie, et loing des soldats blasphémateurs et renieurs de Dieu. » (2).
Parvenu à une haute position, possesseur d'une brillante clientèle assise sur une grande réputation, auteur de découvertes remarquables et d'ouvrages recherchés, chirurgien ordinaire du roi, Paré sentit s'éveiller en lui une ambition légitime. Ses collègues à la Cour étaient, pour la plupart, maîtres en chirurgie, et son titre de barbier lui créait une infériorité dont son amour-propre dut plus d'une fois souffrir; il résolut d'obtenir la maîtrise. Vraisemblablement, grâce au crédit dont il jouissait auprès du Roi, il avait aidé son ami Etienne de la Rivière dans les services éminents qu'il venait de rendre au Collège des chirurgiens. Ceux-ci avaient tout intérêt à s'adjoindre un collègue aussi utile, et dont le mérite ne pouvait que jeter de l'éclat sur leur corporation ; mais il avait à compter avec l'opposition d'un certain nombre d'entre eux. L'influence de la Rivière leva tous les obstacles. Pour se conformer aux statuts et pouvoir subir son examen en cette
(1) Offcmont (Oise), c""" de Saint-Crépin-aux-Bois, c"" d'Attichy, arr. de Compicpne.
(2) Parc, 111, p. :u9, Voyage de Hcdin.
AMIIKOISIC l'A Kl': 43
langue, Paré apprit un peu de latin. Par dérogation à tous les usages, et afin d'écarter ses adversaires, on supprima les délais; le lieu et le jour ordinaires des réunions furent changés, les juges choisis parmi ses amis, et, le 18 août 1554, sous la prépositure de Barnabe le VCvSt (i). Paré adressa à l'improviste aux maîtres en chirurgie sa supplique pour passer l'examen de tentative.
Les registres du Collège de chirurgie ont disparu ; mais le texte des divers actes qui concernent Paré, nous a été heureusement conservé par Peyrilhe (2) dans le IH'" volume inédit de son Histoire de la Chirurgie, dont le manuscrit appartient à la bibliothèque de l'Académie de médecine. Nous publions pour la première fois ces précieux documents, extraits par Peyrilhe d'un registre coté A. J. au nouveau répertoire, et commençant par ces mots : Registrum. et Index actoruin Doininorum et Magistrorum Parisiis jiiratortnn, anni 1^50.
« Anno pr^dicto, — 1554, date de l'acte qui précède celui-ci, — die vero décima octavâ mensis Augusti, Ambrosius Paré, pluribus et multis negotiis
(i) Chirurgien né à Saint-Dénis, mort le 5 avril 1570.
(2) Bernard Peyrilhe, né à Perpignan en 1735, reçu docteur à Toulouse, fut nommé membre de l'Académie royale de chirurgie en 1759, professeur de chimie au collège de chirurgie en 1780, et professeur de matière médicale à l'Ecole de sauté de Paris en 1794. Il mourut en 1804 dans sa ville natale, laissant divers ouvrages, notamment le second volume de l'Histoire de la C/iina\Q'ie, dont Dujardin avait publié le tome premier, et le troisième, inédit, auquel nous empruntons quelques passages. Le 8 fructidor an IV, Peyrilhe fit don à l'Ecole de médecine de Paris, des manuscrits autographes de Gui Patin, contenant : i" des lettres latines adressées à plusieurs savants de l'Europe; 3" leurs réponses; .3" des consultations latines, des traités particuliers et quelques autres objets.
44 AM3ROISE PARE
aulicis detentus ; ex arrupto (^abrupto) coUegium supplicuit ut sibi assignaretur diestentativiexaminis, quam quidem diem licet opporteat secundùm statuta nostra suprà fontes Dominorum Cosme [sic) et Damiani Ecclesiœ (i) omnibus acsingulis congiegatis chirurgis (rogare), nihilominus occasione légitima prœdictum collegium dictum Ambrosium dispensavit. Et elegit ille (sic) diem examinis tentativas faciendas vigesimum secundùm Augusti. Testibus nostris signis manualibus hic appositis. — Barnabas Le Vest, praspositus. »
Le jeudi 23, au lieu du 22 du même mois, le candidat fut examiné, non dans le lieu- ordinairement consacré à cet usage, mais dans la maison du plus âgé de ses examinateurs, choisis par « le collège royal des Chirurgiens », titre brillant qu'ils n'avaient jamais encore osé prendre, mais pourquoi s'arrêter pendant qu'ils étaient en voie d'illégalités ! et fut reconnu capable de subir l'examen du baccalauréat.
« Nos subsignati chirurgiae magistri electi tentores à regali chirurgicorum coUegio ad tentandum et probandum magistrum Ambrosium Paré super theorica et practica professionis chirurgicas : quum diligenter et exacte interrogavimus in domo D. Philippi Lienini senioris tentoris, eumque invenimus idoneum, capacem ac sufficientem, et (ut) qui possit
(i) L'église de Saint-Côme et Saint-Damicn était placée à l'anelc des rues de la Harpe et des Cordeliers; elle bordait la rue actuelle de l'Ecole de Médecine ;\ son débouché sur le boulevard Saint-Michel, tout proche de rampinlhéàtre dont on aperçoit encore le chevet dans la rue Racine.
AMIiKOISK l'AUK 46
subirc examen cliirurgiaj pro baccalaureatu. Quod vobis, honorandis I). D. certiflcamus, et vcrum ésse fatemur. Testibus nostris signis manualibus hic apposais. Actum Parisiis anno D. millesimo quingcntesimo quinquagesimo quarto, die xxiii Augusti. — Germanus Cheval (i), Robertus Gaignard (2), Philippus de Licnin, Nicolaus Langlois (3). y/
Le même jour, le Collège assemblé chez le prévôt Le Vest entendit le rapport des commissaires, et Paré fit une nouvelle supplique pour l'examen du baccalauréat. Celui-ci fut fixé au 27 du même mois. Au jour indiqué, Paré se présenta à l'hôpital des pauvres (4) ; il faillit être refusé. Ses réponses furent faibles et son langage assez barbare et corrompu, dit le rapport des examinateurs dans un style qui eût dû les rendre moins exigeants. Le candidat fut reçu, néanmoins, par égard pour Etienne de la Rivière, à la condition expresse qu'il s'appliquerait à l'étude de la langue latine ainsi qu'à celle de la chirurgie théorique et pratique, et que les épreuves suivantes auraient lieu dans le local accoutumé.
« Prsedicto etiam anno, et die vigesimâ tertiâ Augusti, chirurgico collegio apud Dominum Barnabam (Le Vest) praspositum congregato, super aliquo
(1) Chirurgien habile, né à Paris, mort le 21 mai 1570.
(2) Devaux, Index fitnereus, l'appelle à tort Cagnart.
(3) Prévôt du Collège royal de Chirurgie, né à Paris, mort le 5 septembre i588. En 1574, il fit au Collège de Chirurgie une donation à propos de laquelle on modifia les statuts de la Compagnie.
(4) L"Hôtel-Dieu, le plus ancien des hôpitaux de l'Europe, fondé, dit-on, vers Tan 65o par Landry, évêque de Paris, s'appela jusqu'au xir/ siècle, hôpital des pauvres de Saint-Christophe et hôpital de Sainte-Marie ; il prit ensuite son nom actuel.
tractando negotio, Domini tentores, Philippus Lienin videlicet, Germanus Cheval, Robertus Gaignard, et Nicolaus Langlois, capacitatem prœdicti Ambrosii rotulerunt ut qui possit examen baccalaurcatûs subire, et ibidem comparuit prœdictus Paré qui quidem iterum supplicuit pro examine baccalaureatûs, et narratâ sufficienti excusatione, fuit illi assignata dies XXVII prasdicti mensis Augusti. Quâ quidem die ^•igesimâ septimâ illi assignata comparuit et adfuit in pauperum valctudinario Parisiens! ad probandos chirurgos loco ab antiquo deputato, quo in loco questionibus et chirurgicis problematibus illi objectis débiliter et sermone satis barbaro et corrupto respondit. Nihilominus, quibusdam occasionibus, potissimum tamen in favorem magistri Stephani Riverii, Castelletti jurati, (receptus fuit) eâ etiam lege et conditione quod invicem (?) in linguâ latinâ, tum etiam in chirurgiâ utenti et docenti paritis frequentissimè versabitur. Et quod etiam in posterum non supplicabit pro Licentiatûs examine, neque pro Magisterio, quamvis narratâ excusatione, nisi in loco solito et a majoribus electo. Et eum in gradum baccalaureatûs admisit coUegium. Actum die et anno supra scriptis. — B. Le Vest, Michel Ynard,(i) La Rivière, Desneux, (2) Le Brun, (3) de Liénin, Dubois, (4)
(I) Dcvaux l'appelle Yvart.
(:) Nicole Rassc des Neux, né ;\ Paris, lils d'un membre du collège de Saint-Come, fut chirurgien des rois François II, Charles IX et Henri III. Dcvaux le fait mourir à tort le 17 novembre 1781 ; on le trouve encore dans la liste des chirurgiens du Roi en 1584.
(3) Nicolas Le Brun, chirurgien.
(1) Guillaume Du Bois, chirurgien ordinaire du Roi.
AMiiRoisi; pARi^; 47
Le Brun, (i) »
Le premier octobre suivant, il présenta sa supplique pour l'acte de Licence.
<<r Et eodem anno, die vero prima mensis Octobris, audito apud Divum Cosmam sacro, visitatisque pauperibus , congregatisque ibidem omnibus chirurgis, Ambrosius Paré pro licentiatûs examine supplicuit, fuitque illi assignata dies octava praedicti mensis Octobris. »
Il le subit le 8 du même mois, et fut reçu licencié par considération pouf le Roi.
« Anno prasdicto, die vero octavâ mensis Octobris ad examinandum praedictum Ambrosium Paré loco solito assignats, quo in Ibco dictus Paré comparuit à peractâ disputatione, et in favorem Régis admissus est in societatem Parisiensium chirurgicorum. Actum in valetudinario publico sub syngraphis nostris hic adscriptis. — Langlois, de Liénin, La Rivière, Le Brun, Dubois, Ynard, Le Vest. »
Le 5 Novembre, tous les maîtres en chirurgie réunis décidèrent à l'unanimité que, trois semaines après, Etienne de La Rivière remettrait à Paré le bonnet de « Docteur » en chirurgie.
« Anno 1554, die v^'^ mensis Novembris, débite convocatis omnibus et singulis chirurgise doctoribus in templo D. D. Cosmas et Damiani suprà fontes etc. Dein super iis quœ de laureatione
Ambrosii Paré in médium acta sunt, consensu omnium chirurgias doctorum, Magistrum Stephanum
(i) Louis le Brun, lils de Nicolas, né à Paris, chirurgien du Roi, mort le ï" novembre i58i.
Riverium chirurgum rcgium debere doctoratûs (i) chirurgie! pileum ac lauream (die hinc ad très hebdomadas, postridie festi Sanctas Catharinae (2) ab ipsis Chirurgis ascripta) illi Ambrosio conferre, quod nostris cheirographis certificamus et testificamur. Actum anno et die suprà scriptis. — Desneux, de la Noue, (3) Ynard, Langlois, Dubois, Le Brun, Gaignard, Le Vest. »
D'abord fixée au 26 Novembre, cette cérémonie fut ajournée au 17 Décembre, et le lundi 3 Décembre, on nomma des commissaires pour y assister.
« Eodemque die (iir'^ mensis Decembris anni 1554) etiam ordinavit (coUegium) magistrum Ambrosium Paré licentiatum in oratione sui magisterii faciendâ audiendum esse. Quod quidem magisterium remissum multis de causis in diem xvii Decembris mensis etc. etc. — De la Rivière, Langlois, Gaignard, Ynard, Le Brun, Mormorel, (4) Du Bois, Le Brun, Le Gay, (5) Cheval, des Neux. »
Le lendemain de la remise du bonnet, le nouveau maître prit l'engagement formel de se conformer aux statuts de la compagnie.
<' Ego Ambrosius Paré, chirurgus regius et jura-
(i) Il convient de remarquer /es mots « Docteurs » et « Doctorat » employés ici, au lieu de « Maîtres » et « Maîtrise », accordes seulement aux chirurgiens.
(2) 25 novembre.
(3) Mathurin de la Noue, chirurgien du Roi, mort le 4 septembre i555. {Manuscrit de Jcrume de la .Vo//e, Bibl, de la Fac. de Mcd.)
(4) Jean Mormorel, maître en chirurgie.
(5) Jean Le Gay, maître en chirurgie, reçu docteur en médecine le I" décembre 1546, mort le i5 février i584, et non le 18 juillet i585, comme le dit Devau.x, et inhumé à Saint-Séverin, ainsi que sa femme Jeanne Sevin décédée le 12 avril 1597.
AMDROISE PARÉ 49
tus Parisiis , polliceor me sancte observaturum omnia collegii Chirurgorum statuta, meque ante quadriennium non suscepturum jurisdictionis officium nisi à prasdicto collegio dispensatum. Actum die XVIII Decembris, et anno Domini 1554. Teste meo signo hic affixo. — A. Paré (i). »
Nous ne possédons aucun renseignement ni sur la thèse qu'il dut soutenir, ni sur les lettres de maîtrise que le Prévôt lui remit le lendemain de sa réception. Par une exception rare, celle-ci avait été gratuite, et cette faveur, ainsi que la façon dont il avait subi les épreuves, ne manqua pas d'être relevée contre lui. Vingt-trois ans plus tard, un pamphlet attribué à Riolan (2), rappelait encore toutes ces circonstances.
Muni de son nouveau titre. Paré se livra tranquillement à l'étude et à la clientèle jusqu'au mois d'août 1557. Le connétable de Montmorency, blessé sous les murs de Saint-Quentin d'un coup de pistolet dans le dos << dont il cuida mourir, » avait été fait prisonnnier à la bataille de Saint-Laurent (3). Le Roi lui dépêcha Paré ; mais le duc de Savoie se souvenant de ses investigations dans le camp d'Hesdin, refusa de le laisser passer. Il resta donc à la Fère
(i) Peyrilhe, Histoire de la chirurgie. III, mss.
(2) Jean Riolan, né à Amiens, docteur le 26 août 1674, doyen de la Faculté en i586, mourut le 18 octobre 1606, Gui-Patin rapporte qu'il travaillait en été, en plein jour, à la lumière des bougies, portes et fenêtres closes.
(3) Bataille décisive perdue par Montmorency à Saint-Quentin, le 10 août, jour de Saint-Laurent, dont elle prit le nom'.
5o AAinROISE PARÉ
en Tardenois (i), où il pansa et opéra les blessés avec Rostan de Binosque (2). De là, il rentra à Paris où il retrouva beaucoup de gentilshommes blessés qui s'y étaient retirés après la bataille.
Il se rencontra l'année sui\antc à Dourlan (^), avec Antoine Portail (4), chirurgien ordinaire du Roi, et après le départ des ennemis, il revint chez lui où le traité de Cateau-Cambrésis lui assura quelques années de repos.
On sait que les fêtes qui eurent lieu au sujet de la paix et à l'occasion du mariage des princesses de France, furent fatales à Henri II. Dans un brillant tournoi donné au bout de la rue Saint-Antoine, devant l'hôtel des Tournelles (5), le Roi, joutant avec Montgomery (6), fut atteint à l'œil gauche par
(i) Bourgà2(kil. de Château-Thierry (Aisne), sur l'Ourcq ; ancienne place forte. On y voit encore les ruines du château bâti au xiir' siècle, par Robert, comte de Dreux.
{2) Isnard Rostan de Binosque, chirurgien, né en Provence, et non â Citeaux, ainsi que le dit Devaux, fut le collaborateur de Paré pour son Anatomie universelle, publiée en i56i, avec privilège daté de Blois, le y octobre iSSg. C'est donc faussement que V Index fuuereiis le fait mourir le 17 octobre i552 ; il faut lire i562.
(.3) Doullens (Somme), place forte, démantelée en 1867. La citadelle est aujourd'hui une maison de détention.
(4) Né dans le Béarn, d'abord simple barbier, devint chirurgien juré, chirurgien ordinaire de Charles IX et de Henri III, et premier chirurgien de Henri IV. Voir notre Appendice.
(5) Le palais des Tournelles, ancienne demeure seigneuriale qu'habitait le duc d'Orléans, assassiné prés de là, le 2.3 novembre 1407, appartint pendant l'occupation anglaise au duc de Bedford, qui l'agrandit considérablement. Louis XI le donna â son médecin Jacques Coitier, sa vie durant; Louis XII y mourut. Un édit de i565 en ordonna la démolition.
(6) Gabriel de Montgomery, fils de Jacques de Lorges, était capitaine de la garde écossaise de Henri II. Redoutant les suites de la mort du Roi, il passa en Angleterre, se fit protestant, combattit l'armée royale â la tête des calvinistes de Rouen, et vint en i57.'i, avec une flotte anglaise, au secours de la Rochelle. Pris à Domfront en \^~\, par Matignon, il fut exécuté par l'ordre de Catherine de Médicis.
AMBROISE PARl^: 5l
un tronçon de lance, et si rudement, qu'il en éprouva une violente commotion du cerveau. Vainement les chirurgiens les plus habiles s'empressèrent autour de lui, en vain Vésale (i) accourut de Bruxelles, envoyé par Philippe II (2); le royal blessé succomba onze jours après, aux Tournelles, le 10 juillet 1559. Paré, que le premier médecin Chapelain (3) avait, dans cette circonstance, appelé plusieurs fois à donner son avis, nous a conservé une courte relation de la blessure et de l'autopsie du Roi (4). La Cour prit le deuil, et nous lisons dans un compte de l'argenterie (5), que Paré, de même que les autres Chirur-
(i) André Vésale, célèbre anatomiste, né à Bruxelles, le 3i décembre i5i4, étudia l'anatomie sous Sylvius, à Paris, où il allait la nuit dérober des cadavres à Montfaucon et au Charnier des Innocents. La guerre l'ayant obligé de quitter la France, il servit en qualité de médecin et de chirurgien dans les armées impériales, de i535 à i537. Il se rendit ensuite ù Padoue, à Bologne, à Pise, où ses cours eurent le plus grand succès. Appelé à la cour de Charles-Quint en qualité de premier médecin, il conserva cette charge sous Philippe II. On raconte qu'en i564, il fit l'autopsie d'un gentilhomme auquel il avait donné ses soins. Le cœur palpitait encore; Vésale fut condamné par l'inquisition comme coupable d'homicide et d'impiété. Le Roi fit commuer cette peine en un voyage expiatoire en Terre-Sainte. A. Paré rapporte autrement cette histoire dont le sujet est une dame de qualité. (IL p. 755). Quoiqu'il en soit, Vésale se rendit à Jérusalem où lui parvint la prière du Sénat de Venise de venir remplacer son élève Fallope qui venait de mourir. Revenant en Europe, son vaisseau fit naufrage; Vésale fut jeté dans l'Ile de Zante, où il mourut le i5 octobre
(2) De Thou, Histoires de mon Temps, I. p. 762.
(3) Jean Chapelain, fils de Jean Chapelain et de Perrette de Saint-Yon, docteur de Montpellier et de Paris, le 8 avril 1541, médecin ordinaire de François L"*, devint premier médecin de Henri II et de Charles IX. Il épousa Jacqueline Fonon, et mourut du pourpre le 5 décembre i56g, au siège de Saint-Jean-d'Angély. Le 11 mai 154g, sa mère et lui poursuivirent les criées de la terre et seigneurie du Tartre et du Plessis, commune de Saint-Germain-le-Gaillard (Eure-et-Loir), appartenant à Jean de Valmorin, écuyer, pour défaut de paiement de 66 livres tournois.
(4) Paré, t. II, p. 25.
(5) Pièces justificatives, No XIII.
giens. Médecins et Apothicaires, reçut à cette occasion sept aunes et demie de drap noir du prix de six livres l'aune.
Quatre jours après, le 14 juillet, il fit donation à Olive ArnouUet, âgée de six ou sept ans, fille de Amy Arnoullet, docteur en médecine, demeurant à Sézanne (i), et de Marguerite Gommard, son épouse, de quinze livres tournois de rente annuelle et perpétuelle assise sur les revenus des greniers à sel de plusieurs villes de Normandie. En cas de décès de ladite Olive, cette rente devait passer sur la tète de son frère Christophe, et, si ce dernier mourait sans postérité, elle appartiendrait aux autres enfants ou héritiers d'Amy Arnoullet et de sa femme.
Quelle était l'origine de cette libéralité? Paré et Arnoullet s'étaient-ils connus à Paris ? Plus vraisemblablement, Paré, reçu et bien traité chez le médecin de Sézanne dans un de ses passages lors de l'expédition d'Allemagne, avait conservé un bon souvenir de cette hospitalité précieuse au milieu des fatigues de la guerre, et voulut de la sorte témoigner sa reconnaissance. Ces bonnes relations continuèrent, et c'est probablement ainsi qu'il reçut l'observation d'un agneau monstrueux né à Sézanne le 13 avril 1573 (2).
Quelques jours plus tard, A. Paré fut appelé à témoigner dans une affaire qui fit grand bruit à la Cour. Françoise de Rohan, fille de René de Rohan et d'Isabelle d'Albret, demoiselle d'honneur de Catherine de Médicis, avait été séduite par Jacques
(i) Ch. 1. de cant. arr. d'Epernay (Marne), autrefois place forte. (2) Par6. Des monstres et prodiges. III. p. 45.
de Savoie, duc de Nemours, qui lui avait promis le mariage. Le 24 mars 1557, elle mit au monde un fils appelé Henrif Abandonnée par Nemours pour Anne d'Esté, veuve de François de Lorraine, elle intenta à son séducteur un long procès dans lequel figurèrent la Reine-mère, Diane de Poitiers, le connétable de Montmorency, etc. Le 10 août 1559, Paré déposa que, M"'^- de Rolian qu'il connaissait depuis dix ou douze ans, l'avait mandé pour venir la saigner au Louvre où elle demeurait. Salon (i), pre-
(i) Joachim de Salon, touchait de i547, à i56o, comme premier médecin de la Reine, 400 livres. — (DiJ]'. mél. pour Vhist. des méd.).
Il avait épousé Jeanne Machesne {sic), native d'Anisi, au diocèse de Genève, à laquelle le Roi accorda des lettres de naturalité, au mois de juillet i55o. — (Arcli. Nat. JJ. 260 fo i25. no 200). Le ler mai 1549, par devant maîtres Aignan Goynel et Estienne MarchaLx, notaires de la baronnie et seigneurie des Essarts, fut passé le contrat de mariage de maître Joachim Salon , premier médecin de la Reine, et de damoiscHe Jeanne Machetie {sic), fille de feu Pierre Machet et de Remette Gerval, demeurant au château des Essarts. Une donation de 4.000 liv. t. fut faite en faveur de ce mariage, par Jean de Bretagne, duc d'Estampes, baron des Essarts, et Charles de Luxembourg, duc de Martigues, en reconnaissance des services rendus par ladite Machetie à Philippes de Luxembourg, nièce dudit duc d'Estampes. Une portion de cette rente était assise sur une rente de 266 hvres i3 sols 4 deniers t. sur la seigneurie d'Angervilliers. En outre, le duc d'Estampes constituait sur la même terre une rente de 166 livres i3 sols 4 deniers t., pour s'acquitter d'une dette de 2.5oo liv. t., tant pour argent prêté par Salon, que pour ses vacations pendant la maladie de Phihppes de Luxembourg.
En cas de décès de Salon, sa femme devait prendre sur les biens de son mari la somme de 6.000 livres. En se mariant. Salon était tenu de fournir 2.000 liv. t. pour équivaloir aux meubles apportés par la future. En cas de mort sans enfants de ladite Machetie, les 4.000 liv. t. et les meubles ci-dessus demeureraient à son mari.
Passé le icrmai 154g au chcàteau des Essarts, en présence de : Regnault de la Truche, seigneur de la Truche-Limousinière; — Charles de Pisseleu, écuyer du seigneur d'Estampes ; — François de Lachenal, seigneur dudit lieu, gouverneur du seigneur de Martigues ; — Louis Travers, seigneur d'Eschalïaulx, maître d'hostel du seigneur d'Estampes ; — Jacques de la Flecherie. seigneur dudit lieu ; — Jean de Vienne, aumosnier du seigneur d'Estampes, et prévost de l'église de Soissons, et de plusieurs autres. (Arch. Nat. Y. 94. fo 336. vo).
mier. médecin de Catherine, qu'il rencontra à la porte de sa chambre, lui déclara qu'elle ne serait point saignée, mais sans en donner la "raison. Il apprit plus tard que M"*^ de Rohan était grosse du fait du duc de Nemours (i).
Le même jour, sa femme mit au monde un fils, et le lendemain, ii août 1550, fut baptisé à Saint- André des Arts, Isaac. fils d'Ambroise Paré, chirurgien ordinaire du Roi. Cet enfant eut pour parrains, Antoine Mazelin, clerc suivant les finances, son oncle, et Nicole Lambert, chirurgien ordinaire du Roi. La marraine fut Anne du Tillet (2), femme d'Etienne Lallemant, conseiller du Roi, et maître des requêtes de l'hôtel. Cet enfant ne vécut guère, et fut inhumé le 2 août 1560, âgé d'un an ou environ (3). On voit, par cet acte, que Paré avait conservé auprès du nouveau Roi sa place de chirurgien ordinaire, aux appointements de deux cent quarante livres, ainsi qu'on le lit dans un Compte
(i) Pièces justificatives No XII. — Françoise de Rohan perdit son procès. Tant que le duc vécut, elle refusa de se marier, se considérant comme sa femme légitime. Un an après sa mort, le g août i586, elle signa, au château de Beauvoir-sur-Mer, en Vendée, une promesse d'épouser François Le Felle, seigneur de Guébriant. Elle mourut en décembre i5gi. Son fils décéda en i.'gô, sans être marié, laissant un fils naturel nommé Samuel de Villemare. — (Bibl. Nat. fonds franc. Vol. .32 k'). Voir sur cette intéressante affaire. Une cause célèbre au xvk siècle, par M. de la Ferriére, Revue des Deux-Mondes, ur octobre 18B2, et Le duc de Nemours et mademoiselle de Rohan, par M. de Ruble, Paris, i883.
(2) Fille de Séraphin du Tillet, président en la Chambre des Comptes de Paris, et de Marie Pichon, épousa Estienne Lallemant, seigneur de Vouzay, nommé maitre des requêtes de l'hOtel, le 21 septembre i553, et en eut une fille unique, Anne Lallemant.
(3) Jal. — Les frères Haag placent sa mort le 6 avril de la môme année.
des officiers de la maison du Roi, du 26 décembre
« A M" Ambroise Paré, cirurgien et varlet de
chambre du Roi, la somme de cent vingt livres tournois pour ses gaiges, à cause de son dict estât durant ladicte demie année de ce compte, pour ce cy par vertu dudict estât et de la quictance dudict Paré, signée à la requeste de M'- Lallemant (i), notaire et secrétaire du Roi, le 26'"" jour de décembre, l'an mil V*^ cinquante-neuf, cy rendu ladicte somme de VP'^ livres. » (2)
La maison médicale du Roi comprenait des médecins, des chirurgiens, des renoueurs, des barbiers, des apothicaires, qui, avec les survivanciers, composaient un nombreux personnel. Nous croyons intéressant pour l'histoire de la médecine d'en donner la liste complète (3).
L'on se rappelle que Jean, le coffretier de la rue de la Huchette était mort, laissant sa veuve, Marie de Neufville, avec une fille âgée de six ou sept ans, nommée Jeanne, à laquelle son oncle ne cessa de témoigner une grande affection. Celle-ci, après avoir vu mourir sa mère, fut recueillie parles époux Paré auxquels elle tint lieu des enfants qu'ils avaient perdus; aussi, le 15 janvier 1560, (n. st.) ils lui
(i) François Lallemant. sieur de Marmagnes (Cher), frère aîné d'Estienne, conseiller et secrétaire du Roi, épousa Jacquette Boudet, dont il eut : 10 Jean, maître des comptes et grand audiencier de la Chancellerie, marié à Marie Luillier ; 20 Marie, qui épousa Claude Daubray, seigneur de Bruyères le Chastel, échevin, puis Prévôt de Paris, en 15-8.
(2) Archives Nationales, K. K. 129, fol. 181.
(3) Pièces justificatives, No XIV.
firent donation de la somme de cinq cents livres tournois à prendre sur les biens des donateurs, pour en disposer lorsqu'elle serait mariée. Toutefois, cette somme devait leur faire retour au cas où Jeanne mourrait sans enfants (i).
Un an environ après la mort de son second fils, la femme de Paré donna le jour à une fille nommée Catherine, qui fut tenue sur les fonts baptismaux le 30 septembre 1500, (2) par Gaspard Martin, M*' barbier de cette ville, et beau-frère de Paré. Les marraines étaient Catherine Briou, femme de Loys Le Prince, (lisez de Prime) (3), marchand de vins, Marguerite Clairet, femme de feu Estienne Clairet, et Jehanne de Prime. (4)
François II mourut le 5 décembre suivant. Le poison jouait alors un grand rôle en politique. Paré, entre autres, fut soupçonné d'avoir empoisonné le Roi pour sauver le prince de Condé, que les Guises avaient fait condamner à mort. Cette absurde accusation tomba d'elle-même, et Charles IX le nomma son chirurgien ordinaire, à la grande confusion de ses ennemis.
Au milieu de ces événements, il poursuivait activement ses travaux, et, le 15 avril 1561 (5), parut
(i) Pièces justificatives. No XV.
(2) Les frères Haag ont lu le .3o aoiit.
(3) Louis de Prime mourut le 21 décembre iSgo; il fut enterre ainsi que sa femme dans la nef de l'église Saint-Gervais. — (Bibliothèque Nationale. Recueil d'èpilaplics des églises de Paris, t. II, p. 438).
(4) M. le docteur Chéreau, cité par M. Figuier, dans Vies des savants illustres de la Renaissance.
(5) Pâques tomba cette année le 6 avril.
V Anatomie universelle du corps humain, composée par A. Paré, chirurgien ordinaire du Roy et iuré à Paris : reueue et augmentée par ledit auteur, auec I. Rostaing du Bignosc Provençal , aussi chirurgien Iuré à Paris. C'est la première fois que l'auteur avait pu inscrire son titre de chirurgien juré. Cet ouvrage est enrichi de figures que Paré avoue avoir empruntées en grande partie à Vésale, dont l'anatomie avait paru en 1542. Sans doute, lors de son dernier voyage à Paris, à l'occasion de la blessure d'Henri II, l'illustre anatomiste lui avait donné les autorisations nécessaires. Dans sa préface, Paré reconnaît qu'il doit beaucoup aux dissections de son habile collaborateur, et dans les vers qu'il adresse à Caron (i) en tête du volume, il dit que cet ouvrage est de Binosque autant que de lui. On y lit également que Caron surveilla l'impression et corrigea les épreuves. Car Paré avait des prétentions à la poésie, et ornait volontiers ses œuvres de pièces de vers adressées au lecteur. Il a même résumé en distiques les préceptes de la chirurgie. Nous devons reconnaître que ce n'est pas par ce côté qu'il s'est imposé à la postérité.
Quelques mois après, le 4 mai 1561, il lui arriva un grave accident. Il allait, avec Nestor (2), docteur régent en la Faculté de^Médecine, Richard Hubert (3) et Antoine Portail, maîtres barbiers chirurgiens, voir
(i) Claude Caron, de Nevers, chirurgien, mort le 3o octobre i562.
(2) Jean Nestor, né à Paris, reçu licencié le 28 mai i55o, et doçtei^r en médecine le 24 septembre i55o.
(3) Chirurgien du Roi Charles IX, mort le 7 septembre i58i.
un malade au village des Bons-Hommes (i), près Paris. « Or, — raconte-t-il, — voulant passer l'eau, et tascher à faire entrer mon cheval en un bateau, je luy donnay d'vne houssine sur la croupe, dont la bcstc stimulée me rua vn tel coup de pied, qu'elle me brisa entièrement les deux os de la jambe scnestre, à quatre doigts au-dessus de la jointure du pied. Ayant reçu le coup, et craignant que le chcual me ruast de rechef, je demarchay un pas : mais soudain tombant en terre, les os ja fracturés sortirent hors, et rompirent la chair, la chausse et la botte, dont je sentis telle douleur qu'il est possible à l'homme d'endurer ». Hubert et Portail lui firent un premier pansement. Rentré à Paris, il reçut les soins de son ami Etienne de la Rivière ; mais il lui fallut rester plus de trois mois au lit, et un autre mois avant que de pouvoir marcher sans béquilles ; enfin, il guérit sans boiter aucunement (2).
Une brillante consolation lui fut, d'ailleurs, bientôt donnée. Dans un bureau du Roi tenu à Saint-Germain-en-Laye le i*^"" janvier 1562, il prêta serment comme premier chirurgien, au lieu et place de feu M'= Nicole Lavernot, es mains du seigneur de Mendoce, conseiller et premier maître d'hôtel du Roi (3).
Paré habitait alors, rue de l'Hirondelle, une maison qu'il avait achetée des héritiers Mestreau, et où
(i) A Chaillot, où le couvent des Minimes ou des Bons-hommes fut fondé vers la fin du xv'' siècle, prés de l'entrée actuelle de Passy. Par arrêt du Conseil en date du 14 octobre 16S6, un second bac fut établi en face d'Auteuil.
(2) Paré II. p. .329-34.3.
(3) Mercure de France, octobre 1763, p. 178.
pendait l'enseigne des Trois-Maures. Derrière, était une grande cour donnant sur la rue des Augustins (i). En reconnaissance de leurs bons procédés envers son frère Jean, le coffretier, il céda, le 28 janvier 1562, à Guillaume Guéau, maître peintre, et à sa femme Claude Périer, belle-sœur de Jean, un emplacement de neuf pieds de largeur pour y élever une petite maison ouvrant sur ladite rue des Augustins, à la condition qu'elle ne dépasserait pas le pignon d'une autre maison située dans la même cour, et dans laquelle demeurait François Périer, aussi maître peintre, et frère de Claude. (2) Paré se trouvait ainsi propriétaire de cinq maisons contigùes (3). Nous ignorons à quelle époque moururent ses nouveaux voisins, et ce qu'il advint de leurs légères constructions; toujours est-il, que dès 1559, comme en 1587, l'entrée de son « hostel » était placée rue du Quai-des-Augustins (4). Sans doute il y transporta son enseigne dont le souvenir se conserva longtemps dans le voisinage, car, en 1789, existait encore, rue du Hurepoix (5), l'hôtel garni des Trois- Maures (6), où maint écolier étudia la chirurgie près
(i) Le quai des Grands- Augustins.
(2) Pièces justificatives N° XVI.
(3) Voir le plan des maisons de Paré aux pièces justificatives.
(4) Pièces justificatives N»^ XII et XXXVII.
(5) La partie du quai des Grands-Augustins qui s'étendait du pont Saint-Michel à la rue Git-le-Cœur, s'appelait ainsi dès le commencement du XVI !■= siècle, à cause d'une hôtellerie où descendaient les marchands venant du Hurepoix, petit pays de l'Ile-de-France. Après la démolition des maisons situées au bord de la Seine, en 1806, cette rue disparut, et le quai commença au pont Saint-Michel.
(6) Cet hôtel garni était situé rue du Hurepoix, n" 14. — Almanach de Paris pour Vannée 17S9.
6o AMBROISE PARÉ
des lieux où Ambroise Parc avait composé ses ouvrages.
Le 28° jour de février 1562, (n. st.), fut achevée d'imprimer La Méthode curative des playes et fractures de la teste humaine, aucc les pourtraicts des instruments nécessaires pour la curation dHcelles^ par M. Ambroise Paré, chirurgien ordinaire du Roy, et luré à Paris {i). Ce livre est dédié à Chapelain, conseiller et premier médecin ordinaire du Roi. Notons, en passant, ce titre de « premier médecin ordinaire » donné à Chapelain, que l'on voit partout ailleurs qualifié de premier médecin.
Mais bientôt il lui fallut rentrer en campagne à la suite de la Cour. L'armée royale dut faire le siège d'un grand nombre de villes tombées au pouvoir des protestants, et reprit successivement Poitiers, Blois, Tours, Bourges. On se porta sur la Normandie où l'on batailla tout l'été. Rouen fut investi le 29 septembre ; le 13 octobre, un assaut vigoureux ayant été livré infructueusement à la place, on recommença le lendemain. Le roi de Navarre atteint quelques jours auparavant d'un coup de feu à l'épaule gauche, reçut les soins de Paré qui le pansa avec Gilbert, chirurgien de Montpellier, et Lefèvre (2), médecin et chirurgien du prince de la Roche-sur-Yon, et
(i) Bien que cet ouvrage porte le millcsirae de i56i, il parut en réalitô en i.%2 (n. st.). Il est à remartiuer que Paré prend sur le titre la qualité de chirurgien ordinaire, quoique, depuis deux mois, il fut pourvu de la charge de premier chirurgien. Peut-être ce titre avait-il été imprimé l'année précédente ; mais on doit s'étonner (.juc Paré ait ainsi négligé une qualification à laquelle il devait beaucoup tenir.
(2) Pierre Lefèvre, médecin ordinaire de Charles IX, de Henri III et de Catherine de Médicis.
AMIiROISE PAKl^J 6l
soutint, contre leur opinion, que la blessure était mortelle. Ce prince succomba, en effet, par suite de résorption purulente, le 17 novembre 1562, laissant un fils âgé d'environ neuf ans, qui fut depuis Henri IV. Chargé de rechercher la balle qui n'avait pu être extraite. Paré la trouva fixée à la partie supérieure de l'humérus, et la présenta au Roi et à la Reine (i).
L'illustre chirurgien raconte qu'il échappa alors à un grand danger. « Après la prise de Rouen, dit-il, me trouuay à disner en quelque compaignie où en auoit quelques vns qui me hayoyent à mort pour la Religion : on me présenta des choux où il y auoit du sublimé ou arsenic : de la première bouchée n'en apperceu rien : la seconde, ie senti vne grande chaleur et cuiseur, et grande astriction en la bouche, et principalement au gosier , et saueur puante de la bonne drogue : et l'ayant apperceùe, subit ie pris vn verre d'eau et de vin, et lauay ma bouche, aussi en auallay bonne quantité, et promptement allay chez le proche apoticaire : subit que fus parti, le plat aux choux fut ietté en terre. Là donc chez ledit Apoticaire ie vomi, et tost après beu enuiron vn posson d'huile, et la garday quelque temps en mon estomach, puis derechef la vomi: ladicte huile empescha que le sublimé n'adhérast aux parois de l'estomach : cela faict, ie mangeay et beu assez bonne quantité de laict de vache, auquel auois mis du beurre et le iaune de deux œufs : et voila comme ie me garanti de la main de l'empoisonneur : et depuis ne voulu
(i) Paré, III, page 723. Voyage de Rouen.
manger des choux, ny autre viande en ladicte compagnie. » (i).
Ce récit fournit la preuve évidente que Paré appartenait à la religion réformée.
Rentré à Paris avec la Cour, il en repartit le 20 décembre, le lendemain de la bataille de Dreux, pour aller donner ses soins au comte d'Eu (2), mortellement atteint à la hanche droite. Mais bientôt, laissant les blessés aux soins de Pigray (3), Cointeret (4), Hubert, etc., il revint à Paris, d'où il alla au Havre que les Anglais rendirent sans combat, le 28 juillet 15(33.
Il s'occupa alors de la publication des Dix livres de la Chirurgie avec le magasin des instruments nécessaires à icelle, dont l'impression fut terminée le 3 février 1563 (v. st.), et parut quelques semaines plus tard avec le millésime de 1564. Cet ouvrage, dédié au Roi, contient des emprunts considérables
(i) Paré. Œuvres. Edit. i5:5. Des Rapports.
(2) François de Cléves, pair de France, duc de Nevers, comte d'Auxcrre, de Réthel et d'Eu, seigneur d'Orval, gouverneur de Champagne, né le 3i mars i53), fut blessé accidentellement le matin de la bataille de Dreux par des Bordes, un de ses gcntilliommes, et en mourut le lo janvier i56.3. Il avait épousé Anne de Bourbon et Jacqueline de Longwic.
(.3) Pierre Pigray, né à Paris en i53i, d'après Peyrilhe, fut élève d'A. Paré, suivit les armées, et était reçu maître en chirurgie en 1564. Il fut chirurgien ordinaire des rois Charles IX, Henri III et Henri IV. Doyen du Collège en 1609, il mourut le i5 octobre i6i3. Sa chirurgie est un abrégé des œuvres de Paré, fort bien fait, quoique un peu sec. L'Estoile raconte que, passant sur le Pont-Neuf, (pont Saint-Michel), un lire-laine voulut lui voler son manteau. Pigray le blessa au bras, et alla lui-même le chercher le lendemain à l'Hôtel-Dieu, où il s'était retiré. Il se trouva que c'était un coupe-bourse qui était sorti de prison depuis trois jours; on le pendit le 27 janvier 1604. Pigray avait alors 78 ans.
(4) Jean Cointeret, né à Paris, chirurgien juré du Roi au ChiUclet, mort le i3 mai 1592.
faits à Thierry de ITéry, à Franco (i), et à Laurent Colot (2), que l'auteur ne nomme ni les uns ni les autres.
Charles IX partit le 13 mars 1564 de Fontainebleau pour visiter son royaume. Ce voyage, qui dura près de deux ans, ne fut pas sans profit pour l'instruction de Paré. Avec Chapelain, premier médecin du Roi et Castellan (3), premier médecin de la Reine Mère, il vit un grand nombre de malades dont il recueillit les observations, s'enquérant soigneusement auprès des chirurgiens des cas rares qu'ils avaient rencontrés, «afin d'apprendre quelque chose de nouveau. >
Le Roi alla d'abord à Troyes, puis auprès de sa sœur, à Bar-le-Duc, où Paré rencontra Nicolas
(i) Pierre Franco, né à Turriers, près de Sisteron (Basses-Alpes), au commencement du xvi" siècle, chirurgien célèbre, exerça d'abord en Provence, puis en Suisse, et vint se fixer à Orange. Il fit seul son éducation chirurgicale, et brilla surtout dans la lithotomie et la chirurgie herniaire. Il est l'inventeur de la taille sus-pubienne, et prépara plusieurs squelettes pour le musée de Berne. On ignore l'époque de sa mort. Les ouvrages qu'il a publiés en i556 et i56i, sont très remarquables.
(2) Laurent Colot, médecin à Trainel, près de Troyes, en Champagne, apprit d'Octavien de Ville, élève de Marianus Sanctus, la méthode de la taille par le grand appareil. Seul héritier de cette pratique après la mort de son maître, il fut appelé à Paris en i556, par Henri II qui le nomma son chirurgien, et créa pour lui une charge de lithotomiste à l'Hôtel-Dieu, qui fut possédée par ses descendants. Il fut chirurgien de François II et de Charles IX.
(3) Honoré Duchastel, dit Castellanus, né à Barbentane (Bouches-du- Rhône), docteur de Montpellier en 1544, puis professeur, fut médecin ordinaire des rois Henri II, François II, et Charles IX, et premier de Catherine de Médicis. Il mourut le 4 novembre 1569, au siège de Saint- Jean-d'Angély, de la même maladie et dans la même maison que J. Chapelain. Michel de l'Hospital a composé des vers latins sur leur mort. On lit dans les Mélanges pour servir â l'histoire des médecins, mss. de la Bibl. de la Faculté, que son fils Alexandre lui succéda, le 3 février i5:o dans la charge de secrétaire du Roi, Sa sœur, Louise Castellan, fut la mère d'André Du Laurens, premier médecin de Henri IV.
64 AMDROISE PARÉ
Picart, chirurgien du duc de Lorraine (i), duquel il apprit « l'astuce et invention >> pour réduire les luxations de l'épaule, au moyen de l'échelle aidée de l'extension avec un bâton (2).
De Bar-le-l)uc, la Cour se rendit à Dijon, puis à Lyon, en Dauphiné, à Avignon, en Provence, et vint passer l'hiver à Montpellier. Dans cette dernière ville, examinant un jour des vipères qu'un apothicaire, nommé de Farges, tenait en réserve pour préparer sa thériaque, Paré fut mordu à l'extrémité de l'index. Grâce à un traitement approprié, il guérit en peu de jours sans aucun accident.
Le printemps venu, il suivit la Cour à Bayonne. Le Roi l'envoya à Biarritz pour soigner le prince de la Roche-sur-Yon (3). Les marins de ce port se livraient à la pêche des baleines, communes alors sur ces côtes ; il se renseigna auprès d'eux sur la manière dont ils prenaient ces animaux, et en rapporta une vertèbre qu'il gardait en sa maison comme « chose monstrueuse (4). »
Le Roi prolongea son séjour à Bayonne, où il eut, le 14 juin, avec sa sœur Elisabeth, reine d'Es-
(1) Charles III, le Grand, fils du duc François I''' et de Christine de Danemarci<, né en 154.3 ; Henri II le fit élèvera la cour de France, et lui donna en mariage sa fille Claude, en 1559. Il mourut le 24 novembre 1607.
(2) Paré. II, p. 374.
(3) Charles de Bourbon, prince de la Roche-sur-Yon, second fils de Jean II de Bourbon, et d'Isabelle de Beauvau, se distingua dans plusieurs guerres, fut nommé lieutenant-général des armées du Roi, le 14 août i557, puis, gouverneur du Dauphiné en janvier i562, et mourut le 10 octobre i565. Il avait épousé Philippes de Montespedon, veuve de René de Montejan, maréchal de France, dont il eut trois enfants.
(4) Paré III, p. 733, Voyage de Bayonne, et p. 779, Appendice au livre des tnonstres.
pagne, une entrevue dans laquelle se décidèrent les mesures à prendre contre les Protestants. La Cour, continuant son voyage, passa à Nérac, à Bordeaux, à Tours, Blois, Orléans, et rentra à Paris en décembre.
Par lettres patentes données à Cognac au mois d'août 1565, le Roi avait fait don à son chirurgien, et probablement sur sa demande, des biens de feu Jean Gaultier, natif de Saint-Paul (i), au diocèse d'Embrun, en Dauphiné, pédagogue (2) et étudiant en l'Université de Paris, décédé en cette ville en 1564, biens échus au souverain par droit d'aubaine (3), après une sentence des conseillers du Trésor. Le 11 septembre suivant, une instance s'engagea entre le procureur du Roi et Claude Gaultier, réclamant la succession de son frère en vertu d'un testament fait à Carpentras, le 6 août 1531. Le 5 octobre, la chambre du Trésor, se fondant sur ce qu'il demeurait depuis plus de trente ans en la ville de Carpentras, terre papale, le débouta de sa demande. Le 26 octobre, Paré rétrocéda cette donation«à Claude Gaultier, cardeur et piqueur de laines, demeurant en la ville de Carpentras, aucomté de Venisse (4), près Avignon, pauvre homme aveugle âgé de soixante ans et plus, chargé de quatre enfants (5). » Quelle était l'origine
(i) cil. 1. de cant., arr. de Barcelonnette (Basses-Alpes), sur la rive droite de l'UbaA'e.
(2) C'est-à-dire, maître-ès-arts, professeur d'humanités et de philosophie.
(3) Droit en vertu duquel le souverain recueillait la succession de l'étranger décédé dans ses £,tats.
(4) Comté de Venisse, ou Comtat Venaissin.
(5) Pièces justificatives, N"^ XVII, XVIII, XIX.
des relations de Paré avec cette famille? Nous ne savons; toujours est-il qu'en 1587, il portait sur son testament un certain Denis Gaultier, qui était alors à son service.
Au mois de janvier suivant, le premier chirurgien accompagna la Cour à Moulins, avec Lefèvre , docteur régent, médecin ordinaire, et Le Roy, chirurgien ordinaire.
A quelle époque Charles IX eut-il le nerf piqué par « un qui auoit le bruit de bien saigner (i). » Ce fut certainement avant 1569, date de la mort de Chapelain et de Castellan, qui avaient prescrit cette opération. On a souvent répété, — mais nous n'avons pu remonter à l'origine de cette assertion, — que c'est à Portail qu'arriva cet accident. Paré répara la faute du barbier, et guérit le Roi qui demeura néanmoins estropié pendant plus de trois mois. Cette guérison ne dut pas peu contribuer à augmenter son crédit.
Témoin des luttes qu'avaient à soutenir les chirurgiens, il se proposa de relever cette corporation de l'infériorité dans laquelle la Faculté l'avait maintenue jusqu'alors. Ainsi que cela existait depuis longtemps pour les barbiers, il voulut faire attribuer au premier chirurgien la suprématie sur tous ses confrères, et établir sur eux sa juridiction. C'est ce que réalisa plus tard Félix (2), premier chirurgien
(0 Paré, II, p. ii5.
(2) Charles-François Félix, seigneur de Stains, fils de François Félix de Tassy, premier chirurgien de Louis XIV, naquit à Paris. Elève de son père, il acquit des connaissances étendues, et obtint, en ir/32, la survivance de l'office de son père, auquel il succéda ù sa mort, arrivée en 1678. Il
de Louis XIV, lorsque, honteux de subir la domination du premier barbier, il acheta, en 1668, la charge de Jean de Réty, sieur de Villeneuve, avec tous les privilèges qui y étaient attachés. Méconnaissant le véritable caractère de ce projet, les médecins, les barbiers et les chirurgiens eux-mêmes y virent une menace pour leurs privilèges ; tous se liguèrent pour faire échouer son dessein.
Le 7 mai 1567, le doyen de la Faculté de médecine lut en séance des lettres patentes du Roi, ordonnant que les docteurs, assistés de quelques chirurgiens, donneraient leur avis sur certains points d'une supplique de M*^ Ambroise Paré. Celui-ci demandait, en sa qualité de premier chirurgien, à être élevé au dessus de tous les autres chirurgiens, et qu'aucun de ceux qui s'attribuaient ce titre ou exerçaient la chirurgie ne fût toléré en France, s'il n'avait été approuvé par lui ou par les lieutenants qu'il aurait nommés, avec l'assistance de dpux docteurs. Déjà les médecins du Roi avaient souscrit à cette prétention ; mais, comme la chose était grave, et devait causer un grand dommage aux chirurgiens et aux barbiers de Paris, que Camusat (i), premier barbier,
accompagna le Roi aux armées dès l'année i666,lui remit le bras qu'il s'était démis dans une chute de cheval faite à lâchasse, et l'opéra de la fistule le 21 novembre 1687. En reconnaissance de ces services, le Roi lui accorda des lettres de noblesse au mois de mars 1690. Il mourut le 25 mai 1703.
(i) Jean de Camusat, premier barbier et valet de chambre ordinaire du Roi, reçoit, le 10 mai iSèg, quarante livres t. « pour avoir, durant l'année finie le dernier jour de décembre dernier i568, dernière passée, faict rongner les cheveulx et lavé les testes des paiges et petits laquais dudit sieur Ro}', estant en ses grandes et petites écuries. » Divers mélanges pour servir à l'/iist. des inéJ., I, p. 479. Il était encore pourvu du même titre en 1572. Piècesjustificatives, N" XX.
se sentait menacé, et que les chirurgiens-jurés, se plaignant de l'injure qui leur était faite, imploraient le secours de la Faculté, celle-ci pensa qu'il fallait d'abord entendre les médecins du Roi, puis, choisir douze docteurs pour peser et examiner chaque point, et donner leur avis équitable. Camusat obtint de Charles IX des lettres de cachet ordonnant au Prévôt de Paris de réclamer à la Faculté d'anciennes lettres patentes, sous peine d'une amende de deux milles livres en cas de refus. Sur le conseil du premier médecin Chapelain , la Faculté rendit ces lettres en ayant soin de faire mentionner cette restitution sur ses registres. Peu après, Ambroise Paré les rapporta de chez le Chancelier ; mais la Faculté, avant d'aller plus loin, pensa qu'il fallait attendre un nouvel ordre du Roi(i). 11 ne vint pas probablement , du moins , on ne trouve aucune trace des suites de cette tentative. Mais Paré conçut nécessairement une vive irritation de l'opposition que lui firent les médecins.
Après la bataille de Saint-Denis, le lo novembre de la môme année, il pansa une partie des blessés et des prisonniers qui périrent en grand nombre. Appelé à donner ses soins au connétable de Montmorency, atteint d'un coup de pistolet au milieu de l'épine du dos, il ne put parvenir à le sauver.
Pendant son long voyage à travers la France, notre chirurgien avait eu mainte occasion d'observer la peste. Il l'avait étudiée, d'ailleurs, à l'Hôtel- Dieu, et lui-même en avait été atteint, ayant eu « une
(X) Cotnmenlaria Facult. mcdic. Paris., VII, fol. i5i.
apostume sous l'aisselle droite, et un énorme charbon au ventre, dont il lui était resté une cicatrice de la grandeur de la paume de la main(i). // D'autre part, dès 1564, en pleine épidémie, à Lyon, la Reine- Mère lui avait commandé d'écrire ce que sa pratique lui avait appris à ce sujet. En outre, en 1568, la petite vérole et la rougeole sévissaient à Paris. Il publia donc, cette même année, le Traicté de la peste, de la petite vérolle et rougeolle : avec une briefve description de la lèpre. Cet ouvrage, dédié à Castellan, conseiller et médecin ordinaire du Roi, et premier de la Reine, contient un éloge de l'antimoine dans le traitement de la peste, qui dut, dès cette époque, attirer l'attention de la Faculté (2). De plus, il annonçait que, Dieu aidant, l'on verrait bientôt <^ autres de ses œuvres en chirurgie. »
Le Koi était au Plessis-lez-Tours (3), lorsqu'il apprit la victoire de Moncontour (4), le 3 octobre 1569. Il envoya Paré à Tours pour donner ses soins aux blessés, conjointement avec les chirurgiens de quartier, Pigray, Du Bois, Portail, et un chirurgien de la ville, nommé Siret, chirurgien de Monseigneur, frère du Roi (5).
Parmi ces blessés, le colonel comte Peter Ernest
(1) Paré, III, p. 436. De la peste.
(2) Paré, De la peste, chap. xxvii. — III, p . 465.
(3) Village à i kil. de Tours (Indre-et-Loire). On y voit encore les restes du château où résida et mourut Louis XI.
(4) Ch.-l. de cant., sur la Dive (Vienne), où les calvinistes, commandés par Coligny, furent battus par le duc d'Anjou.
(5) Le duc d'Anjou, troisième fils de Henri II, qui régna sous le nom d'Henri III.
70 AAIBROISE PARE
de Mansfeld, (i) gouverneur du Luxembourg, envoyé par le roi d'Espagne avec des troupes au secours de Charles IX, avait reçu un coup de pistolet qui lui fracassa le coude droit. (2) Retiré à Bourgueil, (3) il était soigné par maîtres Nicole Lambert (4) et Richard Hubert, chirurgiens ordinaires. 11 fit demander un autre chirurgien au Roi qui, après réflexion, se décida à lui envoyer Paré. Celui-ci le pansa avec tant de succès, qu'au bout de trois semaines, il le ramena à Paris où il acheva de guérir, mais sans pouvoir désormais plier ni étendre le bras. (5)
Christophe de Bassompierre, (6) colonel de douze cents chevaux, reçut le même jour, aumêmecoude, une blessure semblable, et guérit également avec pareille infirmité.
Le comte Rhingrave (7) fut moins heureux. Il avait reçu à l'épaule droite une blessure semblable à celle dont le roi de Navarre fut atteint au siège
(i) Il avait ùpousc la sœur de François de Bassompierre, grand-père du raarcclial.
(2) Mémoires de Bassompierre, édition de Chantérac, I. p. 21. Paré indique deux fois le coude gauche et une fois le droit ; le récit circonstancié de Bassompierre lève la difficulté.
(3) Ch.-l. de cant, sur le Changeau (Indre-et-Loire).
(4) Chirurgien ordinaire de François II, et de Charles IX.
(5) Paré, III, p. 725, Voyage de la bataille de ?^[oncontour, et II, p. 170.
(6) Père du maréchal François de Bassompierre, colonel à dix-huit ans, épousa Louise Le Picart de Radeval, en 1572.
(:) Jean Philippe II, lils aine de Philippe-François de Dauhn et de Marie- Egyptienne, comtesse d'ŒttinL'cn, né en i5.t5, épousa, en i566, Diane de Domraartin, fille du comte de Fontenay et cousine germaine de Christophe de Bassompierre. Paré l'appelle à tort Philibert. Bassompierre dit qu'il fut blessé au coude; mais Paré explique en deux endroits que ce fut à l'épaule. II, p. 3ii; III, p. 725.
de Rouen, et en mourut à l'âge de 24 ans.
Le maréchal de Bassompierre rapporte dans ses Mémoires, de curieux détails qui confirment ceux de Paré sur les blessures de ces trois colonels, tous les trois proches parents.
« Christophe de Bassompierre, — dit-il, — fut blessé à Jarnac, au bras gauche, d'un coup de pistolet qui luy emporta l'os du bras nommé la noix, quy conjoint les deux os, et donne le mouvement au coude, dont il fut estropié.
« Il reçut à Moncontour un autre coup de pistolet au bras droit, au mesme lieu que le précédent, quy l'estropia dudit bras comme auparavant il l'était du gauche.
« Ces trois colonels, blessés au mesme endroit et au mesme bras, furent mis en mesme chambre, pansés par un mesme chirurgien nommé maistre Ambroise Paray, qui en fait mention en son livre.
« Le Rhingraff mourut par la fièvre qui l'emporta, (i) et les deux autres échappèrent par le bénéfice d'une eau excellente qui avait esté donnée autrefois par le baron de la Guarde (2) à M. le cardinal de Lorraine, (3) de laquelle M. de Guyse secourut lors
(i) Castelnau dit dans ses Mémoires, chap. ix, qu'il fut tué roide par Coligny, dont il avait traversé la joue d'un coup de pistolet. L'on voit par les récits de Bassompierre et de Paré qu'il fut seulement blessé ce jour-là et mourut peu de temps après.
(2) Antoine Escalin des Aimars, dit le capitaine Paulin de la Garde, né à la Garde, en Dauphiné, vers 1498, mort le 3o mai 1578, fut envoyé en mission auprès de Soliman K, par François P'', qui. à son retour, le nomma général des galères, charge qu'il conserva sous ses successeurs. Il combattit à Jarnac, à Moncontour et au siège de la Rochelle.
(3) Charles de Guise, dit le cardinal de Lorraine, second fils de Claude de Lorraine, et frère du duc François, né à Joinville en i52S, archevêque de Reims à quinze ans, cardinal en i5S5, mourut en 1574.
feu mon père quy en feit part au comte de Mansfeld, son oncle, dont le lit était proche du sien ; laquelle eau, prise dans une cuillier, empeschait trois heures la fièvre de venir, ce quy les sauva.
« Il est de plus à remarquer que M. A. Paray ayant desclaré auxdits colonels qu'ils ne devoint espérer aucun mouvement au bras, à cause que la noix du coude estoit emportée, et qu'ils pouvoint choysir s'ils vouloint avoir le bras droit ou courbe, mon père donna le choix à son oncle de prendre Tune façon, et qu'il prendrait l'autre, affm de voir par le succès celui quy auroit le plus heureusement eslu : ledit comte choysit d'avoir le bras estendu, disant qu'avec iceluy il pourrait allonger une estocade, et mon père l'ayant laissé courbé, il s'en aida beaucoup mieux que son oncle ne fit du sien ; car il luy fut du tout inutile, là où mon père se servait du sien en beaucoup de choses, et ne paraissait pas du tout estropié. » (i)
Mansfeld fit savoir ces brillantes guérisons au duc d'Arschot (2) dont le frère, le marquis d'Havre (3), était retenu au lit depuis sept mois par un coup
(i) Mémoires fin tuaréch.il de Dassompierrc. Paris, Renouard, 1870, 1, p. 21-22.
(2) Philippe III, duc d'Arschot, prince de Chimay, fils de Philippe H. duc d'Arschot, et d'Anne de Croy, né le 10 juillet i526, mort le 1 1 décembre 1595, chevalier de la Toison-d'Or, grand d'Espagne, etc., épousa, le 24 janvier iSSg, Jeanne-Henriette, dame de Halluyn, décédée le 6 décembre i58i.
(3) Charles Philippe de Croy, tige des marquis d'Havre, fils posthume de Philippe II de Croy, et d'Anne de Lorraine, sa seconde femme, naquit le r'"" septembre 1549. ^ épousa Diane de Dommartin, veuve du Rhingrave de Dauhn, blessé mortellement à Moncontour. Il mourut le 20 novembre i6i3. Chronologie historique des ducs de Croy. Grenoble, 1790,10-4°.
d'arquebuse qui lui avait fracturé le fémur à trois doigts au-dessus du genou, et que ses chirurgiens ne pouvaient parvenir à guérir. Le duc fit supplier le Roi d'envoyer son premier chirurgien auprès de son frère, ce qui fut accordé. Paré se rendit donc au château d'Havre, (i) dans le Hainaut, et après une longue consultation avec deux médecins et trois chirurgiens, commença le traitement. Il réussit si bien que le malade remercia deux de ses chirurgiens et un de ses médecins, de sorte qu'il ne restait plus avec Paré qu'un médecin et un habile chirurgien de Mons, appelé maître Antoine Maucler. Au bout d'un mois, le marquis put se faire porter dans son jardin, et après six semaines, il commença à marcher avec des béquilles. Il se rendit alors chez son frère à Beaumont, (2) et y demeura quelques jours. Au moment du départ. Paré reçut de la duchesse d'Arschott un diamant qu'elle portait au doigt, d'une valeur de plus de cinquante écus. Enfin, après un traitement de deux mois, le marquis d'Havre guérit en conservant, toutefois, une raideur du genou. De tous côtés, attirés par le bruit de cette cure, accouraient des malades riches et pauvres, auxquels Ambroise Paré donna ses conseils.
Il a rapporté fort en détailles soins qu'il donna à son malade, les fêtes que lui offrirent les seigneurs des environs, les honneurs que lui rendirent les no-
(i) A 7 kil. de Mons. Le château, ruiné parles Espagnols, et rebâti en i663, appartient encore au duc de Croy et d'Havre.
(2).Ch.-l. de cant. de l'arr. de Charleroi, à 7 lieues de cette ville, entre la Sambre et la Meuse. Le château a été plusieurs fois détruit et rebâti.
74 AiMDROISE PARE
tables de Mons, sa visite à Bruxelles, à Malines et à Anvers qu'il mit deux iours et demi avoir, les dîners qu'il faisait à Havre où il occupait toujours le haut bout de la table, et dans lesquels tout le monde buvait carous à la santé du marquis et à la sienne, pensant l'enivrer, ce qu'ils ne surent faire, car, ditil, «je ne beuuois que comme i'auois accoustumc. » Enfin, le marquis, cheminant tout seul autour de son jardin sur des potences, consentit à son grand regret à le laisser partir. Il lui fit un présent honnête et de grande valeur, et le fit reconduire par son maître d'hôtel et deux pages, jusques en sa maison de Paris, (i)
La clientèle rapportait à Paré de riches honoraires auxquels venaient s'ajouter les appointements de premier chirurgien. On voit dans un état de la maison du Roi pour l'année 1572, qu'il recevait de ce chef huit cents livres tournois (2).
Au commencement de Tannée 1572 parurent les Cinq livres de chirurgie mentionnés dans la Bibliotheca chirurgica de Haller (3) qui les avait vus dans le cabinet de Trew(4). Cette édition paraît aujourd'hui perdue ; mais les traités qui la composaient sont reproduits dans les Œuvres complètes.
(i) Paré, III, p. 726-732. Voyage de Flandre.
(2) Pièces justificatives, N» XX.
(3) Albert de Ilalicr, célèbre physiologiste et savant médecin, né à Berne le 16 octobre 1708. auteur d'un nombre considérable d'écrits et d'ouvrages remarquables sur la médecine et les sciences naturelles. Il est mort le 12 décembre 1777.
(4) Christophe-Jacques Trew, botaniste et médecin, né à Lauf, prés de Nuremberg, le 26 avril 1606. fut doyen du collège de médecine de cette dernière ville. Il mourut le 18 juillet 1769.
Elle comprenait, entre autres, une Apologie touchant les play es faites par harquehuses, qui forme le chapitre XV du livre XI" de l'édition de 1575, et sur laquelle nous allons nous arrêter un moment.
En 1569, un docteur régent de la Faculté de Paris, Julien Le Paulmier (i), avait publié à Paris et à Caen deux éditions d'un Traicté de la nature et curation des playes de Pistolle, Harquebouses et autres bastons à feu, etc. Adoptant les théories modernes, il repoussait la brûlure et l'empoisonnement de ces plaies par la poudre et le boulet, et citait à l'appui des expériences nombreuses. Partisan de la ligature des artères, il rejetait la cautérisation qu'il réservait pour certains cas d'hémorrhagie. Il recommandait la position du blessé dans la recherche des projectiles, et indiquait l'emploi de divers instruments destinés à leur extraction.
Ces idées, conformes à celles de Paré, étaient alors partagées par beaucoup de chirurgiens en France, en Italie, en Allemagne et en Espagne, où les Maggi (2), les Lange (3), les Lacuna (4) les avaient répandues. Bien plus, si l'on en croit Guillemeau (5)
(i) Né dans le Cotentin en 1S20, mort à Caen le 5 décembre i588. — Voir sa vie dans notre Appendice.
(2) Barthélemi Maggi, chirurgien né en 1477, à Bologne, où il mourut en i552.
(3) Jean Lange, célèbre médecin allemand, ne à Lœvenberg en 148.', mort à Heidelherg le 21 juin i565, a laissé un volume de lettres très intéressantes pour l'histoire de la médecine à cette époque.
(4) André Lacuna, né à Ségovie en mqq, reçu docteur en médecine à Tolède, fut médecin de Charles-Quint, et mourut dans sa ville natale en i56o.
(5) Jacques Guillemeau, né à Orléans en i55o, d'une famille de chirurgiens. Elève particulier d'Ambroise Parc, il demeura longtemps chez lui, suivit
76 AiMBROISE PARÉ
et Paré lui-même (i), les chirurgiens d'armée de ces divers pays les portaient avec eux traduites dans leur langue, en guise de manuel.
Mais, à côté de ces opinions communes, Le Paulmier en attaquait d'autres. Soutenant qu'à des maladies nouvelles il faut des remèdes nouveaux, il s'élevait contre l'autorité d'Hippocrate qui prescrit de faire suppurer toute plaie contuse. voulait qu'on limitât la suppuration, blâmait l'usage des caustiques, et rejetait le basilicon et l'égyptiac. Tout au contraire, il séchait les plaies, et proscrivait l'usage des grosses tentes. Quoique admettant aussi l'existence àes pierres de tonnerre {2), il repoussait l'assimilation des effets de la foudre avec les coups d'artillerie. Enfin, ce qui atteignait directement Paré qu'il ne nomme pas, du reste, il disait qu'à Rouen, à Dreux et à Saint-Denis, beaucoup étaient morts du traitement, quoique blessés légèrement, au point que de cent, il en était réchappé dix.
Paré, piqué de ce qu'un membre de cette Faculté
les armées, fut nomme chirurgien ordinaire des rois Henri III, Henri IV et Louis XIII, remplit la charge de prévôt du Collège de chirurgie, le 1er octobre i595, et mourut le i3 mars 1612. Il traduisit en latin les œuvres de Paré, dont son traité de chirurgie n'est qu'un abrégé corrigé et quelquefois perfectionné. Son meilleur ouvrage est son traité de Ylleurcux accouchement, Paris, i6og. On sait qu'en 1599, il sauva Anne Simon, lillc d'Arabroise Paré, d'une grave hémurrhagie puerpérale, en terminant promptement l'accouchement, ainsi qu'il l'avait vu pratiquer à son maître. Son fils Charles, né en i588, reçu docteur en 1626, fut doyen de la Faculté en 1634 et it)35. Son gendre, nommé Marchant, chirurgien juré, mourut avant lui. Il avait un oncle, chirurgien, appelé Philippe.
(i)Paré, II, p. 181.
(2) Jusque dans les premières années du xviiie siècle, on appelait /'/erres de foudre ou càraunies, les pierres météoriques et les haches préhistoriques en silex taillé, que l'ignorance où l'on était de leur véritable origine faisait regarder comme formées dans les nues.
qui lui avait fait échec, osait contredire ses opinions, répliqua avec aigreur. Reprenant une à une toutes les objections « du médecin, >/ — c'est ainsi qu'il désigne son adversaire, — il lui donne tort sur tous les points. S'appuyant sur Botal (i) et sur Joubert {i), quoique ce dernier repousse l'usage desescarrotiques, il prône les suppuratifs, fait l'éloge de l'égyptiac, pousse à la suppuration et vante les grosses tentes. Il soutient que les blessés de Rouen ont péri de gangrène et de pourriture; qu'à Dreux et à Saint- Denis, ils sont morts, non des suppuratifs et corrosifs, mais du froid et des désordres causés par le boulet. Il reproche au médecin de lui avoir pris que la poudre n'est pas vénéneuse, et que les balles ne brûlent point, oubliant que Maggi l'avait prouvé
(i) Léonard Botal, natif d'Asti, en Piémont, apprit, ainsi qu'il le rapporte, la chirurgie sous son frère Second Botal, plus âgé que lui de douze ans. Il étudia ensuite la médecine à Paris et k Padoue, et fut reçu docteur dans la première de ces Universités. Après avoir suivi quelque temps les armées (il était à la bataille de Cérisoles, i5 avril 1544), il vint en France, fut en 1564 conseiller et médecin ordinaire de Charles IX et, de iSyi à 1574, de la reine Elisabeth d'Autriche. Il fut maintenu dans sa charge par Henri III. et, le 9 novembre i575, on lui paya i56 liv. t. pour les frais et dépenses d'un voyage que le roi lui avait fait faire en diligence et sur chevaux de poste de Paris au camp royal en Champagne, afin de panser la blessure du duc de Guise, Henri 1er de Lorraine, lequel eut, le 10 octobre à Dormans, la joue et l'oreille gauche emportées par un coup d'arquebuse, blessure qui lui valut le surnom de Balafré qu'avait porté son père. Botal suivit le duc d'Alençon dans les Pays-Bas et en Angleterre. On ignore la" date de sa naissance et celle de sa mort. Nous savons seulement qu'il cessa d'être médecin de Louise de Lorraine en 1587. — (Bibl. Nat. ii/a/ ies officiers de la Diaison du Roi, Fonds Franc., 7854).
(2) Laurent Joubert, né à Valence en Dauphiné. le 16 décembre i52Q, mort à Lombers (Tarn), le 21 octobre i582, fut, en i558,reçu docteur à Montpellier où il devint professeur. En 1569, il suivit le duc d'Anjou à l'armée d'où il data, le I"' janvier 1570, son Tmiié des arclnisades. Il devint Chancelier de l'Université, et fut consulté sur la stérilité de la Reine, ce qui lui valut le titre de médecin ordinaire du Roi.
dès 1552. m'accuse enfin d'avoir copié ce dernier (i).
11 eût été facile à Le Paulmier de répondre que les doctrines qu'il soutenait avaient été reproduites dès 1560 par Botal dans son traité De curandis vulneribus sclopetoriiin, avec les noms et les figures des instruments, et cela, sans nommer aucunement Paré, qui n'avait pas réclamé ; que celui-ci, si chatouilleux lorsqu'on touchait à ce qu'il regardait comme son bien, s'était montré moins scrupuleux envers Thierry de Héry, Franco et Laurent Colot, dont il avait copié des chapitres entiers sans citer leurs noms : Le Paulmier laissa ce soin à autrui. Le 20 mars suivant, parut un Discours des arquebousades en forme d'épistre, pour répondre à certaine apologie publiée par Ambroyse Paré, par J. M., compagnon barbier, Lyon, 1^72. L'auteur, ancien serviteur de Pigray, déclare que Paré a fait écrire son apologie par un secrétaire du Roi, nommé M. Moyen, chez lequel il en a vu les mémoires. Il rappelle qu'il lui a fort mal pris d'avoir voulu gourmand er M. Portail, chirurgien du Roi ; que dans son apologie, il dit par mots exprès que devant Rouen, il fut contraint de laisser l'usage des suppuratifs, — il devrait dire putréfactifs, etc.. — Opposant l'injure à l'injure, il termine ainsi :
« l'ay traicté M. le chirurgien apologique plus honnestement qu'il ne mérite. Mais s'il retourne plus aux calomnies et menteries si impudentes, ie me licentieray de respondre au fol selon sa
(i) Apologie touchant les playes faites par liar^uebuses, dans les Cinq livres de chirurgie. Paris, 1572. V. Parc, t. II, p. 172.
folie : aussi bien qu'a fait un sien amy et compagnon, le lui garde une estrille. l'ay encore en mon boitier à un liard d'antidote pour guérir ceux qui seront boursoufflez de vaine gloire et d'outrecuidance intolérable, et qui auront oublié leur deuoir enuers ceux auxquels ils doiuent quelque respect. »
Paré ne répliqua pas.
On sait que, lorsque, au mois d'août 1572, Coligny (i), fut blessé par Maurevel au bras gauche, et eut l'index de la main droite emporté, le Roi lui envoya son premier chirurgien qui lui amputa le doigt.
Deux jours après, éclata la Saint-Barthélémy. On a dit, après Brantôme, que Charles IX ne voulut sauver du massacre que le seul Ambroise Paré qu'il enferma dans sa garde-robe (2). Aucun historien n'a mis en doute que ce dernier fût huguenot ; mais, plusieurs biographes ont pensé qu'il abjura et devint catholique. Eloy (3), regarde comme probable sa conversion après la Saint-Barthélémy. Malgaigne a discuté cette question avec beaucoup de talent, et conclut que, bien avant cette époque, il appartenait à la religion catholique. Jal, par d'autres raisons,
(i) Gaspard de CoIign)% né à Châtillon-sur-Loing, en i5i7, amiral de France, fut blessé d'un coup d'arquebuse en sortant du Louvre, le 22 août 1572, par Maurevel, et deux jours après, fut assassiné dans l'hôtel de Ponthieu, situé entre les rues Tirecliape et de l'Arbre-Sec.
(2) Paré ne fut pas le seul médecin protestant échappé au massacre. Simon Piètre, prévenu par son gendre, Jean Riolan, se réfugia à l'abbaye de Saint- Victor ; JeanMazille, premier médecin de Charles IX. en 1072, ne
• quitta la cour qu'après la mort de ce roi ; etc.
(3) Dictionihiire historique de la médecine ancienne et moderne. 1778, article paré.
arrive à la même conclusion. M. Bordier (i) a soutenu, par de bons arguments, l'opinion contraire.
Certains passages des écrits de notre auteur, créaient déjà une forte présomption en faveur de cette dernière manière de penser. Nous l'avons vu à Angers, observant deux fois « à la porte du Temple, » l'artifice des gueux de l'ostière, et il raconte qu'au siège de Rouen il faillit être empoisonné par « quelques-uns qui le hayoyent à mort pour la Religion. » On pourrait peut-être objecter le hasard d'une promenade ou la haine de coreligionnaires pour un renégat. Tous les arguments tombent devant la déclaration de Paré lui-même. Nous avons eu la bonne fortune de la découvrir dans un mémoire rédigé en 1575, lors de son procès avec la Faculté, et dont nous parlerons bientôt. Il dit expressément: « ce mot, -- Religion — a esté cité par moy pour ne me glorifier auoir suiui telle opinion,... et moins en intention de monstrer que ceux qui suiuent la saincte Eglise Catholique et Romaine, abusent de moyens illicites pour se deffaire de leurs ennemis. » Ce précieux passage rend désormais toute discussion impossible sur ce point que, en 1575 de même qu'en 1525, Paré professait la Religion réformée.
L'année suivante, parurent les Dcîlx livres de chirurgie, contenant : i" De la Génération de Vhomme, et manière d'extraire les enfatis, etc. 2" Des monstres ; plus un petit traité des plaies faites
(i) Rectifications à Verrata publié par M. Jal, pour tous les dictionnaires historiques ; dans le Bulletin de la Société de Vhisloire du protestantisme français, i5 avril 1868.
AMBROISE PAR}'; 8l
aux parties nerveuses. Paris, 1573. Le privilège est du 4 juillet 1572. L'auteur annonce à hi (ii) de cet ouvrage qu'il se propose de réunir en un volume toutes ses œuvres augmentées de quelques nouveaux traités.
Un malheur domestique vint le frapper à cette époque. « Le mercredi iiii" jour du mois de novembre audict an mil cinq cens soixante et treize, décéda en son logis, rue de l'Arondelle, Jehanne Maselin, femme de M'' Ambroise Paré, chyrurgien du Roy, et le mesme jour fut son corps inhumé en la dicte église de Saint- André (i). // Elle laissait pour unique enfant Catherine, âgée d'environ quatorze ans.
Retenu souvent au dehors par les devoirs de sa profession, Paré n'avait guère le loisir de s'occuper de sa fille et de sa nièce ; il se décida donc à se remarier au plus tôt. Moins de deux mois après la mort de sa femme, le 31 décembre 1573, par devant Nicolas Le Camus et Jehan Herbin, notaires du Roi au Châtelet de Paris, fut dressé son contrat de mariage avec Jacqueline Rousselet, fille de honorables personnes Jacques Rousselet, chevaucheur ordinaire de l'écurie du Roi, du nombre des sixvingts privilégiés bourgeois de Paris, et Marie Boullaie, sa femme. Les témoins de la future étaient : Robert BouUaie, secrétaire du premier président de Dauphiné, cousin germain, noble homme maître François Bouteroue, avocat en la Cour de Parlement, et honorable homme maître Etienne Caillart, pro-
(I) Jal.
cureur en la Cour de Parlement, amis ; Paré eut pour témoin honorable homme Hilaire de Briou, marchand maître apothicaire et épicier, bourgeois de Paris, son voisin et ami.
La dot de Jacqueline était de cinq mille livres tournois que ses parents s'engageaient à verser la veille des épousailles. De son côté. Paré constituait à sa future un douaire préfix de cinq cents livres tournois de rente établi tant sur les rentes qu'il possédait que sur les loyers de ses maisons, à moins que sa veuve, en déduction de ce douaire, préférât jouir sa vie durant de la totalité de la maison de la Vache, pour laquelle elle paierait deux cents livres tournois de loyer annuel, et qu'elle serait tenue d'entretenir et de réparer. Au cas où son mari laisserait après lui des enfants, ce douaire serait réduit à trois cents livres. En outre, Jacqueline reprendrait par préciput ses habits, bagues et joyaux jusqu'à la somme de cinq cents livres ; de même aussi, Paré devait reprendre ses habits, armes, chevaux et instruments de chirurgie, jusqu'à concurrence de la même somme.
Toutefois, par acte du 13 janvier 1574, Paré déclara se contenter de la somme de deux mille livres tournois au lieu des cinq mille promises dans le contrat, et en donna quittance le 30 du même mois (i). Le mobile de ce mariage ne fut donc pas l'intérêt, mais l'inclination, ce que démontre, d'ailleurs, l'empressement avec lequel il fut conclu.
Le dimanche 3 janvier 1574, les bans furent publiés
(1) Pièces justificatives, N" XXI.
AMBROISE PARli 83
en l'église Saint-Sévcrin, cl le i8 eut lieu la célébration du mariage, ainsi qu'on le voit dans la note suivante : « Mémoire de faire les bans, le dimanche III de janvier 1374, d'entre M" Ambroise Paré, premier cliirurgien du Roy, de la paroisse de Saint- André des Arcs, et Jacqueline Rousselet, de cette paroisse. — Espousez le lundy xviir- de janvier 1574.»
Quelques jours avant cette cérémonie, le 9 janvier 1574, Paré fit à sa nièce Jeanne, donation irrévocable d'une maison sise au bout du pont Saint-Michel, où l'on accédait par une allée donnant sur la ^c grande place commune à vendre biens estant au bout dudit pont, » et aboutissant par derrière à la maison de la Vache. Cette maison, acquise de René Mestreau, et estimée mille écus d'or soleil, se composait d'une salle au rez-de-chaussée, d'une chambre et d'une estude au premier étage, et de deux chambres au second (i). En outre, il lui donnait cent livres tournois de rente, sous la condition que Paré se réservait l'usufruit, sa vie durant, de cette maison et de cette rente, et que si Jeanne venait à mourir sans enfants, le tout ferait retour au donateur (2). Celle-ci se trouvait ainsi pourvue d'une dot qui devait faciliter son établissement.
Après la Saint-Barthélémy, Charles IX, épuisé par de cruelles insomnies, avait été guéri par Julien Le Paulmier; mais bientôt sa santé altérée déclina de
(i) Pièces justificatives, N" XXIX.
(2) Id., No XXIII,
(3) Jacobi Palnierii Grentemesnillœi mla, par Etienne Morin, en tète de Grœcise antiquœ descriplio. Le3-de, 1678.
jour en jour, et il mourut de phthisie pulmonaire le 30 mai 1574. Le lendemain, Paré fit son autopsie et procéda à Tembaumement en présence des médecins et des chirurgiens de la maison royale (i). Le nouveau Roi le continua dans sa charge de premier chirurgien, et de plus, le nomma son conseiller.
Paré avait alors à son service une femme nommée Jeanne Danimy, qu'il maria le 22 août avec un certain Jacques Vaignart (2).
La duchesse de Lorraine (3) Claude de Valois, sœur du Roi, avait mis au monde, le 9 octobre 1574, deux filles jumelles. Epuisée par sept couches antérieures, elle fut atteinte, quelques jours après leur naissance, d'une maladie de langueur. Henri III lui expédia deux fois son premier médecin, Marc Miron(4); l'un de ses médecins ordinaires, Regnault
(i) L'autopsie et l'embauniemcnt furent pratiqués le .3i mai. à quatre heures du soir, par Ambroisc Paré, en présence de Jean d'Amboise, bu Bols, Portail, Eustaclie. Dionneau. Lambert, Cointcrel, Guillemeau, chirurgiens, et Mazille, premier médecin, Vaterre, Alexis Gaudin, Vigor, Le Fèvrc, Saint-Pont. Piètre, Brigard, LalTillé et Durct médecins du Roi.
(2)Ja!.
(3) Claude, septième enfant de Henri II et de Catherine de Médicis, née à Fontainebleau, en 1544, épousa, le 22 janvier, ou selon d'autres, le 5 février i55c), Charles m, duc de Lorraine, auquel elle donna trois hls et six filles. Elle fut enterrée dans l'église des Cordeliers de Nancy.
(4) Marc Miron, seigneur de l'Hermitage, né dans le diocèse de Tours, fils de François xMiron, premier médecin de Charles VTII, accompagna le duc d'Anjou en Pologne et favorisa son retour en publiant faussement qu'il était malade. Devenu roi de France, Henri 111 le nomma son iiremier médecin. Reçu docteur le 12 juillet ir58, il mourut l'ancien des écoles, le 1"' novembre 1608. Il avait épousé, en 1578, I\larie Gencian, lille de Jacques Gencian, contrôleur du grenier à sel de Melun, et sa-ur de .'Marguerite, femme de Lancelot de Venisse, écuycr, seigneur du iMetz. En secondes noces, il se maria avec Geneviève de Morvilliers. de la maison du chancelier de Cheverni.
Quittance de jMarc Miron, premier médecin du Roi, de la somme de 21S livres tournois en écus soleil à lx sols pièce, pour voyage en diligence
AMBROISE PARlt 85
Vigor (i) se rendit également nuprès d'elle. Le Roi lui envoya enfin Parc, ainsi que cela résulte de la note suivante : " 1575. Ambroise Paré, premier chirurgien du Roy, cent vingt-cinq livres pour un voyage sur chevaux de poste de Paris à Nancy, vers la duchesse de Lorraine, pour la visiter et panser, et son retour (2). » Malgré tous ces soins, la duchesse succomba le 21 février 1575, dans sa trente-deuxième année (3).
Dans ce voyage, Paré se rencontra de nouveau à Nancy avec Nicolas Picart qui lui soumit les modifications apportées à son ambï pour la. réduction des luxations de l'épaule, ainsi que la potence à siège qu'il avait inventée pour les boiteux (4).
Toutefois, notre chirurgien ne se bornait pas à l'étude exclusive de son art. Pendant le carême de 1575 (5), Bernard Palissy (6) fit afficher qu'il montrerait en trois leçons tout ce qu'il avait appris des « fontaines, pierres, métaux et autres natures. »
et sur chevaux de poste de Rheims à Nancy, pour la maladie de Mme la duchesse de Lorraine, sœur du Roy, et retour à Paris en icelle diligence. — i'^''mars 15/5. — Dijf. mél. pourlliist. des médecins, 2 vol. in-4omss. à la Bibl. de la Faculté de Méd. de Paris, II, p. 587-
(i) Premier médecin de Catherine de Médicis, médecin ordinaire de I\Iargueritc de France, de Charles IX et de Henri III. Le 4 mars i575, il reçoit la somme de 25o livres t. en écus soleil à lx sols pièce, pour un voyage en diligence et sur chevaux de poste, de Châlons-sur-la-Saône à Nancy, pour aller voir Mme la duchesse de Lorraine. — Diff. mél. etc. II, p. 495.
(2) Biff. mél., II, p. 688.
(3) A. Digot. Histoire de Lorraine, IV, pp. 320-32i.
(4) Paré, II, pp. 377 et 621.
(5) Pâques était le 3 avril.
(6) Né vers i5io, à la Chapcllc-Biron. dans le Périgord, il embrassa le calvinisme, échappa à la Saint-Barthélémy, mais fut enfermé à la Bastille où il mourut en iSSg.
Afin qu'il n'y eût à ces conférences que des savants et des <^ curieux, » le prix d'entrée fut fixé à un écu. Le nom de Paré figure sur la liste des auditeurs à côté de ceux d'Alexandre Champier, médecin de Monsieur, frère du Roi (i), de Millon(2), de Pena(3), de Courtin (4), médecins, de Richard (5), chirurgien du Roi, de Pajot et de Guérin (6), apothicaires à Paris (7).
En même temps, il poursuivait la publication de son grand ouvrage. Le 22 avril, furent achevées d'imprimer Les Œuvres de M. Ambroise Paré, conseiller et premier eliinirgien du Roi, avec les figures et portraicts tant de f aiiatomie que des instruiueiits de chirurgie et de plusieurs monstres, à Paris, chez Gabriel Buon, 1573, in-folio. Le privilège avait été signé à Avignon, le 30 septembre précédent.
(1) François, duc d'Aleuçon, puis duc d'Anjou aprcs ravcncmcnt de sun frère Henri III; né en i554, mort en juin \S\V\.
(2) Pierre Millon, médecin de Henri IV et de Louis XIII jusqu'en 1620.
(3) Pierre Pena. médecin de Louis XIII, mort en 1O20.
(4) Germain Courtin, né à Paris, reçu docteur en médecine le 10 juillet 1576, et nommé professeur eu 1578, enseigna la chirurgie avec distinction. Il fit rendre un arrêt défendant aux chirurgiens de faire des cours d'anatomie.
(5) Richard II ui^ert.
(6) Claude Guérin. apothicaire et valet de chambre de Louis XIII, demeurait rue du Fouarre. Par son testament, en date du 4 décembre 1612, il veut être inhumé selon le rite protestant ; il laisse à sa (iile Marguerite 2,000 livres, plus .^^o livres de rente à lui constituée par Marguerite Coignet, veuve de .Martin Akakia, médecin ordinaire du Roi, et le reste de ses biens à Baptiste Brocquet, clerc de Nicolas Talion, procureur en parlement. (Arch. nat.. Y, i53, fol. i()4.) Dans un compte de la maison du Roi, pour l'année 1609, il est indiqué comme apothicaire ordinaire du Dauphin, aux gages de 5oo livres tournois par an. (Arch. Nat, K K., i.'^a. fol. 774, v^.)
(7) Les œuvres de Bernard PaUssy, publiées par M. Anatole France. Paris, Charavay, 1880, p. 33o.
ANBROISE PARÉ 87
Cette fois, la Faculté manifesta hautement son irritation, et s'opposa à la vente du livre. Les raisons de cette hostilité, qui couvait depuis longtemps, ont été jusqu'à présent mal connues. Louis Guyon (i), de Dôlc, médecin, dit dans ses Diverses leçons que les œuvres de Paré « furent pour quelque temps empêchées d'être imprimées et mises en lumière par le collège des doctes médecins de Paris,... par ce qu'en son livre de la Génération, en aucuns passages, par inadvertance, il en avait écrit un peu irrévéremment ; et après qu'il eut corrigé, il ne se trouva plus d'opposition. » Malgaigne a pensé qu'il s'agissait, non de passages trop libres, mais de questions de médecine pure, telles que \qs éléments, les humeurs, les facultés, les esprits, la conception, etc., et surtout les fièvres, tous sujets dont l'étude constituait un empiétement sur le domaine de la Faculté. Tels ne furent pas les seuls motifs invoqués par les médecins ; Paré nous fera connaître les autres. On trouve dans les Commentaires de la Faculté de Médecine le récit de cette grosse querelle à laquelle prit part la Sorbonne elle-même. Nous le résumons ci-après.
Le 5 mai, la Faculté réunie demanda que les Œuvres d'Ambroise Paré , homme très impudent, et sans aucun savoir, ne fussent pas mises en vente avant de lui avoir été soumises, et d'être approuvées par elle. Trois fois cité devant les gens du Roi,
(i) Louis Guyon, sieur de la Nauche, né dans le xvie siècle à Dole (Jura), s'établit à Uzerches, dans le Limousin, où il exerça la médecine avec succès, et revint mourir à Dole vers lOoo. Outre les Diverses leçons, il a publié Le Cours de médecine en français, conlenanl le.Miroir de beauté.
OO A^^ÏBROISE PARE
Paré finit par comparaître , et l'affaire fut portée devant le Parlement auquel l'avocat Chauvelin (i) fut chargé de présenter la requête de la Faculté (2). Le 28 mai, celle-ci renouvela sa plainte au Parlement, conformément au décret du 2 mai 1535, défendant qu'aucun ouvrage de médecine fût mis en vente avant que la Faculté fût consultée. Cet Ambroise Paré, ce simple barbier dont la volonté royale avait imposé l'intrusion dans la Société des chirurgiens, ignorait absolument les langues latine et grecque, et jusqu'aux éléments de la grammaire. Emue de ces faits, la Faculté pensa que, dans l'intérêt de l'Etat, le Collège des chirurgiens devait, de son côté, adresser la même demande au Parlement pour ce qui regardait la chirurgie, et décida d'avertir ces derniers. (3)
L'affaire devait être plaidée le 31 mai ; (4) Paré la fit remettre afin de préparer sa défense, et montrer <<^ qu'il auait de quoy payer. » Redoutant à bon droit son influence, la Faculté lui suscita de nouveaux adversaires. Le 9 juillet, devant les députés de l'Université assemblés au collège de Bourgogne, (5)
(1) Il y avait, à cette époque, deux avocats célèbres du nom de Chauvelin : François, jurisconsulte renommé, et Toussaint, qui avait été nommé procureur .tJrénéral de la Reine mère Catherine de Médicis, en i5b4. C'est probablement du premier qu'il s'agit ici.
(2) Commentaires Je la Facilité, VIII, loi. 20. vo.
(3) Idem, VIII, fol. 20. V'>. et 21.
(4) Pièces justificatives, N<> XXVI.
(.5) Situé sur l'emplacement de l'école de médecine actuelle, le Collège de Bourgogne fut fondé en i.32(; par les exécuteurs testamentaires de Jeanne de Bourgogne, épouse de Philippe le Long, en faveur de vingt écoliers pauvres de Bourgogne. Ce collège disparut en i -M pour faire place aux Ecoles de médecine et de chirurgie.
AMBROISE PAUI^; Hq
le doyen Gourmelen (i), mécontent de ce que les ouvrages de Paré avaient fait oublier ses traites de chirurgie, exposa que M" Ambroise Paré avait composé un livre contenant beaucoup de chjoses abominables et nuisibles aux bonnes mœurs et à l'Etat ; la Faculté demanda que le volume déféré au Parlement, fût examiné avant que d'être mis en vente. (2)
Paré publia un mémoire justilicatif adressé à Messeigneurs de la Cour. Cet opuscule rarissime, qui a échappé aux recherches de Malgaigne, et n'a été jusqu'ici, croyons-nous, mentionné par aucun auteur, M. le D'' Turner excepté, (3) figure à la Bibliothèque nationale. Il est intitulé : Responce de M. Ambroise Paré, premier Chirurgien du Roy, aux calomnies d'aucuns Médecins et Chirurgiens, touchant ses œuvres, s. 1. n. d., sans nom d'imprimeur ni privilège. C'est un petit in-4° de quinze pages de 42 lignes, imprimé en caractères gras. L'auteur y déclare que le véritable motif des plaintes des médecins et des chirurgiens est que son ouvrage est écrit en français
(i) Etienne Gourmelen, né dans le pays de Cornouailles, en Bretagne, étudia la médecine à Paris, y fut reçu docteur le 5 mars i56i. et élu doyen de la Faculté en 1574 et i575. La chirurgie l'attira de préférence, aussi Henri III le nomma-t-ii professeur en chirurgie au Collège royal. Il fut aussi trésorier du Roi, et mourut à Melun le 12 août i.'gS. Ses ouvrages sont justement oubliés. Hélène d'Auvergne, sa femme, lui donna quatre enfants. Le 14 septembre 1614, elle abandonna ses droits dans la succession de son neveu Pierre Nicolas, à laréserve de trois cents livres t. de rente viagère, à ses enfants: Nicolas Gourmelen. postulant au Chàtelet de Paris; François, bourgeois de Paris; Jean, clerc de M. Petau. conseiller au Parlement, et Jeanne, femme de Jean Thuillier, notare et procureur en la ville et bailliage de Brie-Comte- Robert. (Arch. Nat. Y. i55, f» 096, vo).
(2)Duplessis-d'Argentré. — CoUectio judicioriim de novis crroribus. II, p. 459.
(3) Gazette hebdomad. de inéd., 1879, no 24.
et en termes intelligibles; que, pour cette raison, les premiers craignent d'être moins souvent consultés, et les seconds redoutent que les barbiers, plus instruits désormais, n'empiètent sur leur clientèle. Pour ce qui est des endroits prétendus trop libres, les uns et les autres, jaloux de sa réputation, ont dénaturé certains passages de ses œuvres empruntés aux anciens, et traduits par des médecins français. C'est donc à ces auteurs et à leurs interprètes que l'on devrait s'en prendre. D'ailleurs, <«' c'est toute autre chose de traitter de la ciuilité des mœurs en philosophe moral pour l'instruction de la tendre ieunesse, et autre chose de parler des matières naturelles en vrai médecin ou chirurgien pour l'instruction des hommes ja tous faits. »
Paré s'applique ensuite à repousser l'accusation d'immoralité dirigée contre lui. Il est remarquable que les passages incriminés appartiennent presque tous, comme l'avait dit Guyon, aux livres de la Génération et des Monstres, qui avaient déjà paru en 1573 sans que la Faculté s'en fût émue à cette époque. Ils ont trait à l'anatomie des organes génitaux de la femme, au sens génésique, à la grossesse, à l'avortement, à la stérilité, à l'hermaphrodisme, etc., et sont tirés d'auteurs qu'il cite exactement. S'il a parlé des gueux de l'hostière, c'est afin de prémunir les magistrats et le public contre les ruses qu'ils emploient. L'antimoine ne pouvait être oublié dans cette affaire ; Paré maintient que, bien dirigé, son emploi, loin d'être funeste, constitue un moyen précieux de guérison. Il défend son expérience du
Bézoard sur un condamné à mort, qui prit le poison de bonne volonté, <f aimant mieux mourir en ])rison, ayant espérance de réchapper, que finir ses jours publiquement par un iicol ; /> enfin, il soutient qu'il a bien réellement fait l'extirpation d'une matrice en présence de cinq médecins et chirurgiens qu'il nomme. C'est dans ce mémoire qu'il déclare appartenir à la Religion réformée.
Cet opuscule a certainement été écrit en 1573 pour les besoins de sa défense ; il répond, en effet, aux accusations des médecins, des chirurgiens et des échevins dont les mémoires sont malheureusement perdus. Il se compose d'extraits empruntés en grande partie à des traductions françaises d'auteurs anciens. Les uns avaient déjà vu le jour, dans les Deux livres de chirurgie ; d'autres venaient de paraître pour la première fois dans l'édition poursuivie ; quelques uns, enfin, furent intercalés dans l'édition de 1579, dont l'épitre au lecteur contient, en outre, un résumé de la Réponse, (i)
Cette curieuse pièce, complètement ignorée, et que nous analysons pour la première fois, ne figure dans aucune édition des Œuvres de Paré. En raison de sa rareté et de l'intérêt, qu'elle présente pour l'histoire de ce chirurgien, nous la reproduisons à la fin de ce travail. (2)
La cause fut enfin plaidée le jeudi 14 juillet. Chauvelin, au nom des médecins, demanda la confirmation de l'arrêt du 2 mai 1515. Les chirurgiens, par
(1) Paré, I, p. 12-14.
(2) Pièces justificatives, No XXIV.
ga AMBROISE PARÉ
l'organe de Levestz, in réclamèrent pour les points concernant la chirurgie ; Galoppe, (2) pour le Prévôt des marchands et les échevins, (3) requit que le livre fût brûlé parce qu'il renfermait de nombreux passages impudiques et contraires aux bonnes mœurs et à l'Etat; Choppin, (4) pour André Malezieu, (5) accusa Paré de plagiat, parce qu'il s'était approprié dans ses œuvres beaucoup de choses qui lui appartenaient ; le célèbre Bautru (6) défendit Paré. L'avocat général Brisson (7) porta la parole au nom du Procureur général. (8) Enfin, le Parlement rendit un arrêt ordonnant que les parties déposeraient leurs pièces et leurs plaidoiries écrites dans le délai de
(1) Ce Levestz était vraisemblablement un parent du cliirurp:ien Barnabe Le Vest.
(3) Plusieurs avocats portaient alors ce nom ; il s'ajrit probablement de Louis Galoppe, reçu le i6 décembre i5Bi conseiller et commissaire aux requêtes du palais.
(3) En 1575, le prévôt des marchands était Jean Le Charron, président en la Cour des aides ; les échevins étaient Augustin Le Prévost, secrétaire du Roi, et Jean Le Gresle, seigneur de Beaupré.
(4) René Choppin, né à Angers en i.'^.lg, licencié à 17 ans, anobli par Henri III, mourut en 1606. Sa vie a été écrite par Papyrc Masson.
(5) André Malezieu, prévôt du collège de chirurgie, mort le 5 octobre i585. avait traduit la Synopsis Cliirnrgix de Gourmelen, en 1571.
(6) Jean Bautru, sieur des Matras. avocat au Parlement de Paris, était fils de Maurice Bautru des Matras. premier lieutenant de la prévôté d'Angers, et oncle de l'académicien. Il mourut le :.> anùt i58o, âgé de .|o ans. selon La Croix du Maine.
(7) Barnabe Brisson, lils de François Brisson. lieutenant au siège de Fontenay-le-Comte, né en i53i, avocat célèbre, nommé avocat-général au Parlement, le 5 janvier i575, puis président à mortier en i,5B3, fut ambassadeur de France en Angleterre. Nommé premier président par les Ligueurs à la place d'Achille de Ilarlay, il l'ut arrêté le i5 novembre 1.^91 sur le pont Saint-Michel, et pendu au Petit-Chàtelet.
(8) Jean de la Guesle, ci-devant premier président au Parlement de Bourgogne, reçu procureur-général au Parlement de Paris, le 7 novembre 1570, fut remplacé le 7 janvier i5B3 par son lils Jacques, nommé précédemment en survivance.
trois jours, et, conformément aux conclusions du ministère public, confirma le décret de 1533, et retint l'affaire, (i)
On ne sait au juste quelle fut l'issue de ce procès. Probablement, un arrangement intervint entre les parties, car le volume fut mis en vente et s'épuisa rapidement ; les passages signalés furent maintenus et reproduits dans l'édition suivante : seul le livre des Fièvres fut supprimé et fondu dans l'ouvrage.
L'on peut juger de ce que ce procès dut coûter à Paré, parce que dépensa la Faculté. Les Commentaires nous ont conservé le compte des frais qu'elle eut à payer dans cette affaire. Ils se montent à 40 livres 17 sols, dont on trouvera le détail aux pièces justificatives (2).
Deux jours après le prononcé de cet arrêt, le 16 juillet, « fut baptisée à Saint- André, Anne, fille d'Ambroyse Paré , premier cyrurgien du Roy , et de Jacqueline Rousset {sic), sa femme; la marraine haulte et puissante princesse , madame Anne Daiste (3)» femme de hault et puissant seigneur Jacques de Sobroye (4), — lisez Sabuoye — duc de
(i) Commentaires de la Faculté, VIII, fol. 21, et Pièces justificatives No XXV.
(2) Pièces justificatives, No XXVI.
(3) Anne d'Esté, fille d'Hercule II, duc de Ferrare, et de Renée de France, épousa, le 4 décembre 1549, François de Lorraine, duc de Guise, dont elle eut Henri le Balal'ré, et le cardinal de Guise. Le 5 mai i566, elle se remaria, avec Jacques de Savoie duc de Nemours. Elle mourut à Paris le 17 mai 1607, âgée de 76 ans, et fut enterrée à Notre-Dame d'Annecy, à côté de son second mari. (P. Anselme, III, p. 486).
(4) Jacques de Savoie, duc de Nemours et de Genevois, fils de Philippe de Savoie et de Charlotte d'Orléans, né le 12 octobre i53i, à l'abbaye de Vauluisant, en Champagne, eut d'Anne d'Esté plusieurs enfants, et mourut
Nemours et de Geneuois ; le parrain, Monseigneur Charles de Sobroye, — lisez Sabuoye (i), — lils des susdicts prince et princesse (2). » Sa mère, sans doute assez délicate, puisque avant son mariage, « au lieu d'avoir ses lleurs par le lieu destiné de nature, elle les rendit par le nez l'espace d'un an entier (3), » n'essaya pas de la nourrir, et moins d'une année après, le mercredi 30 mai 1576 (4), fut baptisé « un nouveau fils, appelé Ambroise. Les parrains, monsieur Charles, comte de Mauffer, — il faut probablement lire Mansfeld (5), — et monsieur le marquis d'Elbeuf (6). La marraine, dame Philippe de Montespedon (7), duchesse de Beauprcau, et princesse de
à Annecy, en août 1 5(35. Son hùtcl était situé rue Pavéc-Saint-André-dcs- Arts.
(i) Charles-Emmanuel de Savoie, duc de Xemours. né au château de Nanteuil, en lévrier 1567. l'ut «gouverneur de l'aris pendant le siège, en iSqo. Nommé !:rouvcrncur du Lyonnais, du Fore/, et du Beaujola's, il fut arrûté en 1593 par ordre de l'archevêque de Lyon. Pierre d'Espinac, et enfermé à Pierre-Encize, d'où il s'échappa l'année suivante. Il mourut sans avoir été marié, en juillet i595, perdant, dit-on, son sançï par la peau.
(2) M. Figuier, Vies des sa7>aiils illusires Je Ij RctKTiss.Tiict'.
(3) Paré, II, p. 766.
(4)Jal.
(5) Charles de Mansfeld, fils de Pierre-Ernest, et de Marguerite de Brederode, né en i5.i3. mort le i.^ aoiJt 1.595, épousa Diane de Cos.sé- Brissac.
(6) Charles de Lorraine, W du nom, pair, grand écuyer, grand veneur de France, comte d'IIarcourt, etc., gouverneur du Bourbonnais, duc d'Elbeuf par lettres de novembre 1S81. né le 18 octobre i556, mort en i6o5, enterré dans l'église collégiale de Saint-Louis de la Saussaye, près d'Elbeuf. Il était fils de René de Lorraine, marquis d'Elbeuf, et de Louise de Rieux, comtesse d'Harcourt. Il avait épousé Marguerite Chabot, dame de Pagny, morte à Paris en i652.
(7) Philippe de Montespedon, fille unique de Joachim de Montespedon, baron de Chemillé, seigneur de Hcaupréau, et de Jeanne de la Haye ; devenue veuve du maréchal de Montejan, elle épousa en secondes noces le prince de la Roche-sur-Yon, et mourut en son hôtel au faubourg Saint- Germain, le 12 avril 1578.
AMBROISE l'ARli çS
la Roche-sur-Yon. » M. Chcrcau, qui a relevé ce baptistaire, lui donne la date du mercredi 29 avril. Or, le 29 avril tomba cette année là un dimanche. M. Henri Bordier a rétabli la vraie date au mercredi 30 mai.
Ces joies de famille étaient nécessaires à Paré pour le consoler des ennuis que ne cessaient de lui susciter ses adversaires. Les chirurgiens l'attaquaient à leur tour, et le mardi 10 avril 1576, Monantheuil (i) demanda à la Faculté assemblée, que son avocat intervînt dans le procès qui devait se plaider le jeudi suivant entre Ambroise Paré et le Collège des chirurgiens, afin que si Ton agitait quelque question intéressant la Faculté, il en avertît le Parlement (2).
Les motifs de cette querelle sont restés assez obscurs. Malgaigne en a entrevu un prétexte assez plausible. Les statuts du Collège devaient être remaniés ; on les falsifia. Paré et quatre autres membres, dont deux chirurgiens du Roi : Du Bois, Guillemeau, Jean Le Gay et Urbain l' Arbalestrier (3), refusèrent leur signature. Les chirurgiens étant reve-
(i) Henri de Monantheuil, né vers i536 dans le diocèse de Reims, fut l'ami de Ramus et le précepteur de Lamoignon, depuis, premier président. Reçu docteur le ii octobre i568, et proi'esseur au collège royal, en ifgr. il fut doyen de la Faculté en 1578-1579. Pendant la peste de i58(\ il demanda que Ton établît pour les pestiférés un hôpital différent de l'Hotel- Dieu, et que l'on observât une hygiène rigoureuse. Il mourut le ig octobre 1606, laissant une fille qui épousa Jérôme Goulu, docteur régent, et un fils nommé Théodore, avocat distingué. Il composa des ouvrages de mathématiques et un commentaire manuscrit sur le Serment d'Hippocrate, que Gui-Patin eut entre les mains.
(2) Commentaires, VIII, fol. 48.
(3) Natif de Soissons, membre du Collège de Chirurgie, fit des cours très suivis. Mort le 18 juillet i585.
nus à l'ancienne rédaction, les cinq opposants signèrent, le II mai 1377, et Parc fut laissé tranquille (i).
Il eut encore le chagrin de perdre le petit Ambroise qui mourut « le lundi 14 janvier 1377, âgé de sept mois et demi, et le mesme jour, fut enterré en l'église Saint-André-des-Arts (2). >/
Sa nièce, devenue orpheline, habitait depuis longtemps chez lui, et son affection le consolait un peu de la perte de ses enfants. Le moment arriva cependant de songer à son établissement. Il jeta les yeux sur un chirurgien nommé Claude Viart, et, le 27 mars 1577, par devant maîtres Guillaume de Netz et Nicolas Le Camus, notaires du Roi, et en présence de nobles hommes , M*-" Vincent Moucigot et M*' Jean Bautru, sieur des Matras, tous deux avocats en la Cour de Parlement, de Henri Simon, receveur et payeur des gages et droits de Messieurs des Comptes, et de honorable homme Hilaire de Briou, M" apothicaire et bourgeois de Paris, amis et voisins de Paré ; et encore de nobles hommes M'" Guy Surdhault, avocat en ladite Cour, et Jacques Mareschal (3), avocat au Conseil privé, cousins du futur, fut dressé le contrat de mariage entre Jehanne Paré, fille de feu Jehan Paré, et de veuve Marie de Neufville, d'une part, et honorable homme Claude Viart,
(1) Paré. Introduction, I, p. cclxxxvu.
(2) Jal.
(3) Jacques Mareschal, avocat au conseil privé, conseiller du Roi, procureur de Sa Majesté en la prévôté de son hôtel ; dans un compte de la prévôté de l'hôtel, années i.?8|-H5, il reçoit la somme de i.33 escuz 20 sols tournois, pour ses gaiges par lui dcsserviz à cause de sondit estât durant l'année de ce compte (1584). (Arch. Nal. KK.-142, foi. 20, v). Pareille somme lui est allouée pour ses gages de l'année i585. —(Idem, fol. 33).
M" chirurgien en la ville de Nantes (i), de présent demeurant à Paris. Jeanne apportait en dot sa maison sise « en l'avalloir du pont Saint-Michel, // et la rente de 100 livres tournois qu'elle tenait de la libéralité de son oncle. De plus, Paré donnait au futur époux sa robe longue de drap noir avec parements de velours ; tous ses instruments, les planches de chirurgie figurant dans son dernier ouvrage imprimé (2) — elles lui avaient coûté plus de mille écus, — ses livres, moins ceux qu'il avait payés à Wechel (3), et ceux qu'il devait prochainement faire imprimer, tant en latin (4) qu'en français, se réservant l'usufruit, sa vie durant, de ces instruments, planches et livres.
Viart constituait à sa future un douaire de cent cinquante livres tournois de rente ; à sa mort, elle devait reprendre par préciput, tous ses habits, bagues et joyaux, de même que, si elle décédait la première, il reprendrait tous ses habits, ses armes et son cheval. Au cas où il ne surviendrait pas d'enfants, le survivant aurait l'usufruit de la totalité des meubles et immeubles communs, dont la moitié était déjà sa propriété. En outre, le futur apportait personnellement la somme de 9.000 livres tournois,
(i) Devaux le qualifie « Edinensis », d'Edimbourg (?); sa famille étaitelle d'origine écossaise ? Il demeurait au pont Saint--^Iichel, à côte de Pierre de la Rue.
(2) Les Œuvres complètes, parues en 15/5.
(3) C'est-à-dire, le Traité de la peste, i568, les Cinq livres de chirurgie, 1572, et les Deux livres de chirurgie, i5:3. Doit-on conclure de cette phrase que Paré avait édité lui-même ces trois ouvrages r
(4) Il s'occupait donc, dès cette époque, de la traduction latine de ses Œuvres.
dont 8.000 étaient affectés à la garantie du douaire (i).
Les nouveaux époux vinrent habiter leur maison dont, par acte du ig décembre 1577, Paré concéda à sa nièce les « veues, bées et ouvertures /> donnant sur la maison de la Vache, lui assurant ainsi hi jouissance complète de sa nouvelle demeure. (2)
Le contrat de mariage ainsi que cette concession n'ayant pas été enregistrés dans les délais légaux, parce que Viart avait à plusieurs reprises fait des voyages assez longs en Flandre et en Bretagne, (3) furent ratifiés le 27 octobre 1581, et insinués le 18 novembre. (4)
L'année suivante, la femme de Paré donna le jour à son troisième enfant.
« Le jeudi 6 Février 1578, fut baptisée Marie, fille de M*^ Ambroyse Paré, premier cyrurgien du Roy, et de Jacqueline Rousselet, sa femme. Le parrain, M*^ Jehan Camus, (5) secrétaire des finances; les marraines, demoiselle Marie du Tillet, femme de M. Séguier, (6) lieutenant civil, et Marie BouUaye,
(i) Picces justificatives, N" XXVIIl.
(2) Pièces justificatives, No XXIX.
(.3) Quel était le but de ces voyacres? On a vu plus haut qu'il est question de ses armes. Peut-être avait-il suivi, en qualité de chirurgien militaire, le duc d'Anjou dans les Pays-Bas, à Cambrai, etc., et ses affaires personnelles l'avaent-elles appelé à Nantes.
Q) Pièces justificatives, N» XXXI.
(5) Jean Camus, sieur de Saint-Bonnet, notaire et secrétaire du Roi, et greffier du Conseil privé, fit au Roi un prêt de 2.5,ooo liv. t., et fut nommé intendant des finances le .3i août i5:o.(Arch. Nat. P. 23i5, f" 941.)
(6) Pierre Sépuier, chevalier, sieur de Sorel, nommé le 16 juillet 1672, lieutenant civil de la prévôté de Paris, remplaça son père comme président au parlement de Paris le ler août 1.576. Il épousa Marie du Tillet, fille de Jean du Tillet, sieur de la Boissière, et grefiier en chef du parlement. (Blanchard, Géuéalop^ie des présid. du part. p. 26-, et P. Anselme, VI, p. 566.)
veuve de feu Jacques Rousselcl. // (i)
Cependant les Œuvres de Paré s'épuisaient ; il s'occupa d'en donner une deuxième édition. Pour cela, l'autorisation de la Faculté était indispensable ; il se décida cette fois à la demander, et, le samedi 5 avril 1578, par l'intermédiaire de Lusson, (2) il présenta son livre à l'appréciation de cette compagnie. Celle-ci, trouvant la demande de « cet homme » conforme à l'arrêt du Parlement et à l'équité, décida que son « lourd » volume serait soumis à l'examen d'une commission choisie dans son sein et composée de Liébaut, (3) Marescot, (4) Duval, (5)
(i) Jal, et Chéreau.
(2) Guillaume Lusson, né au diocèse de Lisieux, reçu docteur à Paris en 1573, doyen de la Faculté en 1 594-1595, médecin ordinaire de Henri IV, et médecin de la princesse de Conti à la mort de laquelle il réclama 600 livres d'iionoraires pour lesquels il fut obligé de plaider. Son testament est du 4 janvier 1609; sa mort arriva le 17 novembre 1610. Quelques jours avant, le 2 novembre, il fit donation à son fils Guillaume, président en la cour des monnaies, tant en avancement d'hoirie sur sa succession que sur celle de feue Gérarde Brouet, sa femme, de deux maisons situées, l'une, à Saint-Germain-des-Prés, rue du Colombier, estimée 14,400 liv. t., et louée 600 liv. au sieur du Coudra}-, conseiller au parlement ; l'autre, sise rue des Marmousets, qu'il habitait avec son fils, estimé 12,000 liv. Il avait, en outre, une fille nommée Antoinette.
(3) Jean Liébaut. de Langres, docteur de Paris, le 4 février i56i. élève de Duret, épousa Nicole, fille de l'imprimeur médecin Charles Estienne, et publia en français sous le titre de Maison Rustique, le Prœdiuin rusticiim de ce dernier, auquel il avait aussi travaillé. Il a donné encore un traité des maladies des femmes, traduit de Marinelli ; des Secrets de médecine, etc. La ruine de son beau-père le jeta dans l'indigence ; il se retira à Dijon où il mourut le 21 juin 1S96.
(4) Michel Marescot, né à Vimoutiers, diocèse de Lisieux, le 10 août i539, recteur de l'Université en 1564, docteur le 17 octobre i566, doyen de la Faculté en i588 et premier médecin d'Henri IV qui l'anoblit en mars iSçô. Il fut appelé a examiner en 1595 Marthe Brossier et mourut le 20 octobre 1606, laissant quatre fils et deux filles dont l'une épousa Simon Piètre.
(5) Plusieurs médecins portaient alors ce nom de Duval : Simon Duval, de Rouen, licencié en 1549.
Jacques Duval, d'Evreu.x, licencié en i543. Antoine Duval, bacheher en 1567.
lOO AMBROISE PARÉ
Lamer, (i) Haultin, (2) Courtin, Martin, 13) Lusson, Rebours (4) et Héron. {^)
Le lundi 2 août 1378, ces dix médecins furent convoques, mais tous ne se présentèrent pas. On arrêta alors qu'ils donneraient leur opinion écrite à l'école assemblée qui déciderait quelle autorisation serait accordée à lauteur de ce livre. Les commissaires furent en outre avertis d'avoir à produire publiquement les traités soumis à leur examen, afin qu'ils ne fussent mis au jour qu'après corrections, {b)
11 est probable que la Faculté trouva qu'il n'y avait pas lieu d'exercer sa censure, car, le 8 février suivant, fut achevée d'imprimer la deuxième édition des Œuvres complètes. Elle ne présentait pas de grands changements ; outre quelques passages contre l'usage de la Mumie et de la Licorne, elle comprenait un nouveau traité : le Livre des animaux et de l'excellence de Vhomme^ et le chapitre XVI du traité actuel des plaies d'arquebuses, dans lequel l'auteur nie la possibilité d'empoisonner les balles.
(i) Pierre Lamer, docteur en novembre 1572, mort en 1590.
(2) Jean Haultin, docteur en 1594, liis de Jeanne Beaulnis remariée à Claude Huiseiin, marchand et bourgeois de Paris, médecin par quartier de Henri IV ; très lié avec Paré, il tut présent à l'incision des gencives de ses enfants, assistai l'accouchement de Mme Simon, sa fille, en 1599. Il parait avoir été le véritable traducteur des œuvres de Paré en latin ; il mourut âgé, le i4Juin i6i5.
(3) Jean Martin, docteur en juillet 1572, médecin de Henri IV, mort en 1609.
(4) Claude Rebours, docteur en 1572.
(5) GilLs Héron, doyen de la Faculté en 1600, 1601 et i6o3, mort le 6 mai 1607.
(6) Commentaria Foc. Méd. Par. t. VIII. fo 99 et 102.
AMBROISE PARÉ lOI
Vers la fin de l'année, « le 8 octobre 1579, fut baptisjée Jacqueline Paré. ].e parrain, fut noble personne M'' Jehan La'llemant, seigneur de Voussé, (i) maître des requêtes et conseiller du Roy. — Les marraines, Marie Lallemant, (2) femme de M.... (3) Prévost des marchands de Paris, et Antoinette Lallemant, femme de M. Pierre Charles, auditeur du Roy, et conseiller en la chambre des Comptes. 5/(4) Disons de suite qu'elle fut enterrée au cimetière de St-André, le 13 septembre 1582, à l'âge d'environ trois ans. (5)
Une nouvelle fille, nommée Catherine, fut baptisée à St-André des Arts, le 12 février 1581. Elle eut pour parrain M" Vincent Moussey, conseiller au Parlement. Les marraines furent Barbe Rousselet, femme de Didier Martin, archer de la garde du corps du Roy, et Catherine, fille de Paré. (6)
Cette dernière Catherine, fille de Jeanne Mazelin, avait alors vingt ans passés ; son père la fiança à François Rousselet, frère de sa femme. Le 28 mars 1581, par devant MM°' Guillaume de Netz et Nicolas
(1) Seigneur de Vouza\- (Cher), fils de François Lallemant. sieur de Marraagnes, conseiller et secrétaire du Roi, et de Jacquette Boudet ; fut maître des comptes à Paris et grand audiencier de la chancellerie. Il avait épousé Marie Luillier. — Blanchard, Généalogie des maîtres des requêtes de l'hôtet, p. 289,
(2) Sœur du précédent, épousa Claude Daubray, seigneur de Bruyèresle-Chastel, conseiller, notaire et secrétaire du Roi. prévôt des marchands en 1S78-79.
(3) Daubray.
(4) M. Figuier, d'après; M. Chéreau, Vies des savants illustres de la Renaissance.
(5) Jal.
(6) M. Chéreau cité par M. Figuier, ibid.
Le Camus, notaires au Châtelet, fut dressé son contrat de mariage avec M" François Rousselet, trésorier de l'argenterie de Monseigneur, frère unique du Roi et secrétaire ordinaire de sa maison, en présence de noble homme M'^' Jacques Mareschal, conseiller du Roi et procureur de Sa Majesté en la prévôté de son hôtel, et avocat en son conseil privé, cousin ; honorables hommes, M'= Claude Viart, chirurgien juré à Paris, aussi cousin ; Charles Fournier, bourgeois de Paris, oncle maternel et subrogé-tuteur de la future ; Pierre de la Rue, aussi bourgeois de Paris, et oncle maternel par sa femme ; Louis de Prime, bourgeois de Paris ; Antoine Portail, chirurgien ordinaire du Roi ; Jean Quiquebeuf, bourgeois de Paris, cousins maternels; noble homme, M*^ Jean Le Noir, avocat en Parlement, seigneur de Garenne, et M'' Etienne Pinguet, procureur au Châtelet, et bailli du Mesnil Madame Rence, (i) amis de Catherine ; de honorable personne Marie Boullaie, veuve de feu honorable homme Jacques Rousselet, en son vivant chevaucheur ordinaire de l'écurie du Roi, et bourgeois de Paris, mère; Didier Martin, sieur de la Fontaine, archer des gardes du corps du Roi, beau-frère ; noble homme M*' Martin Masparot, (2) conseiller du Roi, et maître ordinaire en sa chambre des comptes ; Etienne de Navyères, avocat au grand
(i) Aujourd'hui, le .Ménil-Aniclot, cant. de Dammartin, arr. de Meaux (Seine-et-Marne).
(2) Martin Masparaiilt, conseiller du Roi, reçu inaitrc des comptes le 16 septembre 15/5, au lieu d'Hélic du Tillet, jusqu'au i'"" d(icembre i586, et remplacé alors par Guillaume Martin. (Nomeuclaturc des officiers de la chambre des comptes, P. 263i, et KK. 888).
AMBROISE PARé Io3
Conseil ; et François Bouterue, avocat en Parlement et au Châtelet, amis de François Rousselet.
La future apportait en dot ses biens et droits provenant de la succession de sa mère. De son côté, Marie Boullaie, mère du futur, donnait à son fils une ferme et métairie appelée de Quinquempoix, située en la paroisse de Fontenay-en-Brie (i), et consistant en maison, cour, grange, étable et jardin, le tout clos de murs et couvert en tuile ; cinq arpents d'aulnaie, bois et saussaie, prés, et au dedans de ladite ferme, quarante arpents de terre labourable, y compris trois arpents de pré, plus quatre arpents de vigne, le tout provenant des conquets de feu son mari.
Le futur abandonnait à sa future l'usufruit, sa vie durant, de cette ferme et de ses dépendances ; mais, au cas où il laisserait des enfants, elle ne jouirait que de la moitié, sinon elle prélèverait trente-trois écus un tiers de rente en douaire préfix. Par préciput, le survivant prendrait ses habits, bagues et joyaux, jusqu'à concurrence de quatre cents écus d'or soleil (2).
L'édition latine des Œuvres de Paré était prête ; il la soumit à la Faculté qui, dans sa séance du 21 décembre 1581, s'éleva contre la prétention de Jacques Guillemeau, de s'attribuer faussement cette traduction, alors qu'elle était l'œuvre d'un docteur de l'Ecole. «C'était vraiment trop d'arrogance de la
(i) Fontenay-Trésigny (Seine-et-Marne), arr. de Couloramiei't. cant. de Rozoy-en-Brie.
(2) Pièces justificatives, N» XXX.
part des chirurgiens, qui n'étaient même pas capables d'en écrire la première page en latin. » On décida qu'il fallait agir prudemment au sujet du titre de cet ouvrage, et Ton nomma, pour étudier la question, Simon Piètre, Jacquart, Le Comte, EUain, Rebours et Marescot.
Le 30 décembre, ces médecins firent connaître leur opinion à la Faculté qui l'approuva. Elle s'occupa surtout de changer le titre de l'ouvrage, et adopta le suivant :
Ambrosii Parœi primarii Régis chirurgi Opéra latinitatc donata à dodo quodam viro : cura et diligentiâ Jacohi Guillemeaii, chirurgi Parisiensis.
Il fut remis à l'imprimeur Jacques du Puys; toutes les feuilles portant en tête un titre différent devaient être biffées, déchirées et réservées pour un vil usage (i).
On s'était également occupé de cette question dans le Parlement. Néanmoins, la -r folie » de Guillemeau fut telle, dit l'auteur de la Synopsis (2), que le livre fut imprimé en Allemagne par ses soins, car on lit sur le frontispice le nom de Guillemeau comme traducteur, ce qui est le comble de l'impudence (3).
On trouve, en effet, un privilège de l'Empereur, daté de Prague, le 31 octobre, et un autre, du Roi
(i) Commenljires, VIII, fol. i6t>, v" et 167.
(2) Synopsis rerum memorabilium qux in omnibus Comment.iriis medicinœ Facullaiis Parisiensis habcntur...ab anno 1824 iisqtie ad annum lôjô, rass. in-folio, à la bibliothèque de la Faculté. Cet ouvrape anonyme, attribué longtemps à Pajon de ^loncets, aurait été écrit, suivant M. Chéreau, par Bertin L)ieuxivoye, doyen en 1682-84, et mort l'ancien des écoles, le 2 mai, 1710, âgé de 90 ans.
(3) Synopsis, fol. 240,
de France, du 8 décembre 1581. Toutefois, Guillemeau dit, dans la dédicace à Marc Miron, qu'un de ses amis, homme absorbe par de graves études et par les affaires publiques, a fait cette traduction, mais à la condition que son nom ne paraîtrait pas. Ce nom a été révélé par Gui Patin, qui assure que cet ami était Hautin (i).
Un nouveau sujet de discussion ne tarda pas à surgir. Le 31 août 1580, Christophe des Ursins (2), conseiller d'État et capitaine de cent hommes d'armes, fit, dans une promenade entre l'abbaye de Chally (3) et Armenonville (4), une chute de cheval fort sérieuse. La marquise envoya chercher Le Fêvre, médecin ordinaire du Roi, qui, pour lors, était à Gentilly (5), et Paré, qui accourut, de Paris, à cheval. La gravité du cas engagea ce dernier à appeler en consultation Pigray, de Mouron, Hautin, Cointeret et Le Fort (6). Le blessé guérit, et demanda
(i) Gui-Patio, Lettre à Spon, lijuin 1649.
(2) Christophe Jouvenel des Ursins, seigneur de la Chapelle-Gautier, de Doue et d'Armenonville, marquis de Traisnel, gouverneur de Paris, et lieutenant général de l'Ile de France. Il était l'aîné des six enfants de François Jouvenel des Ursins et de Anne l'Orfèvre, dame d'Armenonville. Il épousa, en i557, Madeleine de Luxembourg, et mourut en i588.
(3) Chaalis, hameau de la commune de Fontaine-les-Corps-nus (Oise), ancien prieuré de l'ordre de Saint-Benoit, érigé en abbaye par Louis VI, en ii36. Louis d'Esté, cardinal de Ferrare et archevêque d'Auch. en était abbé de 1672 à i586.
(4) Ermenonville, à 12 kil. de Seulis (Oise), ancienne vicomte, vieux château fréquenté par Henri IV, et où est mort J,-J. Rousseau.
(5) Peut-être faut-il lire Chantill)- (Oise), dont le beau domaine appartenait aux Montmorenc)-, et, depuis 1682, à la maison de Condé.
(6) Rodolphe Le Fort, de Seulis, prévôt du collège de chirurgie, défendit activement les droits des chirurgiens. Il mo.urutle 22 juin 1Ô06.
Io6 AJVIBROISE PARÉ
pourquoi on ne lui avait pas donné de mumie (i). Il désira aussi savoir ce que Paré pensait de la licorne (2) ; telle fut l'origine du Discours de la mumie, des venins, de la licorne et de la peste, qui parut à la fin de l'année 1582.
Dans ce curieux traité, l'auteur s'élève contre les prétendues vertus de ces substances. Il raconte l'amusante histoire du juif d'Alexandrie qui embaumait lui-même des cadavres, les vendant ensuite comme momies anciennes. En France, on dérobait de nuit des corps aux gibets, et après les avoir fait sécher au four, on les trempait dans de la poix noire. Le public avalait ainsi <^ la charogne puante et infecte des pendus, ou de la plus vile canaille de la populace d'Egypte >>. Il explique pourquoi les corps des Rois qu'il avait embaumés ne se conservaient pas, et rapporte qu'il a dans son cabinet un cadavre qui lui a été donné, il y a vingt-sept ans passés, par le lieutenant criminel Séguier, seigneur de la Verrière (3).
Paré croit à l'existence de la licorne ; mais il sou-
(1) Mumie ou Momie, corps embaume au moyen de l'asphalte ou bitume de Judée (iniimia mUieralis) et d'autres substances : on la retirait des hypogées d'Egypte. Ses vertus imaginaires la faisaient employer sous toutes les formes contre les contusions, les chutes, les obstructions, l'asthme, la phthisie, etc. Elle est encore vantée en Orient.
(2) Animal fabuleux dont les auteurs ont donné des descriptions différentes et qui figure sur des monuments égyptiens. Sa corne, lisse, rugueuse, ou rayée en spirale, de couleur variable, et d'une longueur allant d'une palme à trois mètres et demi, était douée de propriétés merveilleuses contre les poisons, le venin des serpents, la morsure des chiens enragés, etc. On désignait sous ce n(jm les cornes de Vantilope oryx. les défenses du monoJon motioceros {Xarvjl). de V espadon (^Xiphias gladius), des cornes fossiles, etc.
(3) Paré, III, p. j:9, 481, 4B2.
tient que sa corne n'a d'autre propriété que son prix considérable. La livre se vendait, en effet, 1536 ccus soleil, ou 4608 livres ; — il dit ailleurs 3840 livres ou 1280 écus. On en gardait une à Saint-Denis dont le Roi avait refusé cent mille écus. Il possédait une corne de vlétif (i), que lui donna M. Le Cocq (2), auditeur en la Chambre des Comptes, et dont il a représenté la figure ; elle mesurait trois pieds et demi de longueur ; son poids était d'environ cinq livres; elle était armée de cinquante et une dents (3).
Quelque temps après, — le privilège porte la date du 7 janvier 1583, — parut une « Réponse (anonyme) aie Discours sur la licorne, veue et approuvée par M. Grangier (4), doyen des escolles de médecine », 12 p. in-8°. Paré riposta à cet écrit injurieux par une Réplique à la response faicte contre son discours de la Licorne. Paris, 1584, in-4" de 7 feuillets. On y lit qu'il a dépensé plus de mille écus pour faire graver ses planches; il ajoute qu'il n'a jamais oublié de nommer les auteurs auxquels il a fait des emprunts, ainsi qu'on le voit parla table qu'il a dressée de leurs noms au commencement de ses œuvres : manière plus habile qu'exacte de répondre à cette accusation méritée.
Les époux Paré n'avaient pu élever aucun de
(i) La Scie, (Pristis), squale.
(2) Louis Le Cocq, l'un des dix auditeurs créés en la chambre des comptes par l'édit de mai i573, reçu le 12 novembre de cette même année, et mort en 1577.
(3) Paré, III, p. 471, 5o3, 5ob, 5 18.
(4) Bonavcnture Granger, reçu docteur le 3 août 1572, doyen de la Faculté en 1 582-83, mort en i5go.
I08 AMBROISE PARé
leurs fils ; aussi accueillèrent-ils avec joie la naissance d'Ambroise, qui fut « baptisé le mercredi 8 Novembre 1583. Les parrains étaient : M" Jacques Mareschal, conseiller du Roy, procureur de sa Majesté en la Prévosté de son hostel, et grande Prévosté de France, et advocat au conseil d'Etat; et M*" Jacques Guillemeau, chirurgien du Roy, juré à Paris. La marraine, demoiselle Anne de Mamères, — il faut lire Navières, — fille de M*" Estienne de Mamères, — lisez Navières, — advocat au grand conseil (i) ». Malheureusement, cet enfant suivit ses aînés; « il fut enterré le 19 août 1584, dans l'église Saint- André-des- Arts, près le cloché (sic) (2) ».
C'est vraisemblablement vers cette époque que mourut Claude Viart, ainsi que cela résulte d'une quittance de sa veuve, en date du 16 mars 1584 (3). Il vivait encore en juin 1582, époque à laquelle on le voit assister, avec Paré, à une opération faite par Jean Charbonnel, maître barbier-chirurgien (4). C'est donc à tort que Devaux fixe sa mort au ig septembre
Malgré son grand âge, Paré n'avait pas abandonné la clientèle; au mois de décembre 1583, il faisait amputer sous ses yeux une jambe par Denis Poullet, l'un de ses serviteurs (5). Il avait aussi conservé ses fonctions à la Cour.
(i) M. Chcreau, cité par M. Figuier.
(2) Jal.
(3) Pièces justificatives, N» XXXIl.
(4) Paré, III, p. 681.
(5) Paré, III, p. 682.
Un compte de la Maison du Roi pour 1584, que nous reproduisons plus loin, donne la liste du personnel médical attaché au souverain. On y voit que Paré, premier chirurgien, touchait 266 écus et deux tiers (i).
Le 6 février 1585, il fit, par devant notaires, donation à Jehan de La Rivière (2), escuyer, sieur de Pouges en Languedoc, prévôt-général de la maréchaussée de France sous M. le duc de Retz, demeurant à Paris, rue des Petits-Champs (3), d'une grange couverte de tuiles, masure et courcelle joignant, le tout situé à Cormeilles en Parisis (4), rue Chefdeville, et aboutissant par devant au fief des Girards. Cette propriété, achetée de diverses personnes, pendant son premier mariage, appartenait pourpartie au donateur, et pour le surplus à Catherine, épouse de Rousselet, et audit sieur de La Rivière (5). Les motifs
(0 Pièces justificatives, N» XXXIII.
(2) Jean de la Rivière, écuyer, seigneur de Pouges, sénéchaussée de Beaucaire, lieutenant de la prévôté de l'hôtel, en i566, puis prévôt général de la maréchaussée de France, en 1574. Le 14 juillet i566, fut dressé son contrat de mariage avec Louise Rogais, veuve de François Larcher, avocat en Parlement. Les témoins de la future étaient : Claude Lefevre, veuve de Geoffroi Rogais, avocat, mère ; Jean Lefèvre, avocat et lieutenant en la prévôté de l'hôtel, oncle maternel ; Albert Lefèvre. et Nicole Picard, docteurs en médecine, oncles maternels ; Pierre Robert, avocat, cousin ; Nicole Berthe, avocat ; ceux du futur, Pierre Godefroy, seigneur de la Tour, lieutenant en la prévôté de l'hôtel ; et Jean Thenard, procureur en la Cour, ces deux derniers amis dudit La Rivière. Les futurs se firent une donation mutuelle, et l'usufruit de la terre de Roissy, donné à Louise Rogais par son premier époux, fut réservé au sieur de La Rivière en cas de survie sans enfants. Cet acte fut insinué le 22 décembre i585 par Nicolas Gérard, avocat en parlement, fondé de procuration des époux domiciliés rue des Petits-Champs, à Paris. — (Archives Nationales. V. 127. f° 195.)
(3) Actuellement la rue Croix-des-Petits-Champs.
(4) Canton d'Argenteuil, arr. de Versailles (Seine-et-Oise).
(5) Pièces justificatives, N" XXXIV.
IIO AMBROISE PARÉ
de cette donation ne nous sont pas connus ; elle donna nécessairement lieu à une compensation envers Catherine. 11 est singulier que Gui-Patin, ait ignoré que Paré avait été propriétaire dans la commune où lui-même possédait quelque bien.
Gourmelen avait fait paraître, en 1580, un petit traité de chirurgie dans lequel il s'élevait de nouveau contre la ligature des vaisseaux après les amputations. Fatigué de ces attaques incessantes , Paré résolut d'en finir avec cet adversaire. La quatrième édition (i) des Œuvres complètes parut le 13 avril 1585 ; il y ajouta V Apologie dans laquelle, après avoir invoqué le témoignage des anciens qui ont recommandé cette ligature, il rapporte un certain nombre d'opérations récentes où ce procédé a été heureusement appliqué. II répond ensuite au reproche de n'avoir pas décrit toutes les opérations conseillées par les anciens, ce dont il se félicite en montrant leur cruauté, ne voulant pas être appelé « carnifex » ; puis il raconte ses divers voyages à la suite des armées, entrant dans des détails sur certains malades et sur quelques particularités intéressantes, tout en persifflant son adversaire.
Quoiqu'il ne fût pas nommé, Gourmelen se sentit atteint ; un de ses élèves, B. Compérat, de Carcassonne, publia, le 15 septembre 1585, une Réplique à
(i) On ne connaît pas la troisième édition, car on ne peut admettre comme telle, avec Malpaipne, la traduction latine de Guillemeau. Les exemplaires des premières éditions sont rares; nous n'en avons rocontré que deux de la première et de la deuxième, et qu'un seul des quatrième et cinquième éditions. Il n'est point impossible que la troisième se trouve dans quelque bibliothèque où l'absence du titre l'aura fait jusqu'à présent méconnaître.
AMDR0I9E PARÉ I 1 1
une apologie publiée souh\ le nom de M. Ambroise Paré, chirurgien à Paris^ contre M. Estienne Gourmelen, docteur régent en la Faculté de médecine. — Paris, 1^8^, che\ Nicolas Nivelle, rue Saint-Jacques, aux Colomnes, in-8" de 62 pages. L'auteur y rappelle le procès de 1575, l'issue malheureuse de l'amputation que Paré fit à son beau-frère ; il lui reproche d'avoir copié Gourmelen dans la traduction de Malesieu; il ajoute que Paré n'a pu faire de démonstrations publiques aux écoles, parce qu'il lui était impossible de traduire aux assistants le discours latin du docteur qui présidait. « Il est, dit-il, assez garni de petites sornettes ; aussi s'il a parlé, ça été plutôt pour faire rire l'assistance que pour lui apprendre quelque chose. » Il n'est pas l'auteur de son livre, parce que telle marchandise ne pouvait sortir de son magasin. Quant à l'extirpation de matrice qu'il dit avoir faite, demy année après, la femme mourut, et la matrice fut trouvée toute entière, en présence de MM. Le Baillif (i), docteur régent, et Louis Le Brun, chirurgien juré à Paris. Ce libelle resta sans réponse. Les rapports de Paré avec sa fille et son gendre
(i) Jean Roch le Baillif, sieur de la Rivière, né à Falaise vers i5^o ; médecin paracelsiste, il fut obligé de justifier sa pratique devant la Faculté, et publia le Vrai discours des interrogatoires faites en ta présence de MM. de la Cour du Partenient, par tes Docteurs-Régents de la Facutté de médecine de Paris, à Rocli te Baillif, surnommé la Rivière, sur certains points de sa doctrine; Paris i579, in-8°, et, la même année, Som!nai?-e défense, etc. Le Démos/erfoji avait paru l'annéeprécédente. Il était le médecin du duc et de la duchesse de Mercœur. Carrère rapporte que, se sentant près de sa fin, il fit venir ses gens l'un après l'autre, et leur distribua son argent et ses meubles, leur ordonnant de partir à l'instant. Ses médecins étant survenus, lui dirent qu'ils avaient trouvé les portes ouvertes et la maison vide. «Adieu donc, dit-il, il est temps que je m'en aille aussi puisque mon bagage est parti », et il mourut bientôt après, le 5 novembre i6o5.
n'étaient pas Jes plus faciles. Ceux-ci refusaient depuis longtemps d'accepter son compte de tutelle, et peu s'en fallut qu'un procès s'engageât à cette occasion. Des amis s'entremirent pour éviter cette fâcheuse extrémité, et, le 27 mars 158b. un arrangement fut conclu entre les époux Paré, d'une part, et François Rousselet, conseiller et contrôleur général de la maison de la Reine de Navarre, et Catherine, sa femme, d'autre part, lesquels, moyennant la somme de deux mille sept cents écus sol., qu'ils reconnurent avoir reçus, tinrent quitte Paré, et le dégagèrent de la caution qu'il avait fournie pour Rousselet, à cause de sa charge de receveur des tailles et taillon à Meaux.
Cet accord ne suffit pas à satisfaire Rousselet qui ne se pressa point de le faire enregistrer. C'est pourquoi, le 14 mai suivant. Paré le fit citer devant M" Antoine Duprat (i), garde de la prévôté de Paris, pour entendre ordonner que cet acte serait insinué malgré les défendeurs, et vaudrait tout comme si cette insinuation avait été faite du consentement des parties. Rousselet demanda le renvoi de l'affaire aux Requêtes du Palais, où il avait ses causes. Mais elle fut retenue, et défenses faites de la renvoyer aux Requêtes (2).
{i) Antoine Duprat. chevalier de l'ordre du Roi, baron de Thiers, de Vitteaux et de Thoury. seif^neur de Xantouillet. de Pr(icy, de Rosoy et de Formerie, conseiller et chambellan ordinaire du Roi et prévôt de Paris, en 1547, fils aint; d'Antoine Duprat. chancelier de France, archevêque de Sens, cardinal et légat perpétuel, et de Fiançoise de Vciny. épousa, en 1527, Anne d'Alegre, fille de François d'Aléure, comte de Joigny, seigneur de Précy, et de Charlotte de Châlons, dame de Vitteaux. Il mourut le 2g mai 1557, âgé de 55 ans.
(3) Pièces justificatives, N» XXXV.
AMimOlSK l'Ai; h I l3
Les époux Rousselet eurent huit enfants, savoir :
1° Florentin, baptisé le vendredi 24 juillet 1387; la marraine était Jeanne Paré, veuve de Claude Viart, en son vivant, chirurgien à Paris (i) ;
2° Nicolas, baptisé le 5 octobre 1588 (2) ;
30 Charles, baptisé le 4 janvier 1590; les parrains furent Charles Maselin, trésorier de la compagnie de Claude de laChastrc, qui devint maréchal de France, et Jacques Guillemeau, chirurgien juré ; la marraine fut Anne Paré, fille de Antoine Paré, chirurgien juré à Paris ;
4° Estienne, baptisé le 13 août 1594;
y Marguerite, baptisée le 23 janvier 1596 ;
6° Catherine, baptisée le 22 juillet 1599; elle eut pour marraine sa tante, Catherine Paré ;
7° Denis, baptisé le 14 octobre 1601;
8° Henri, baptisé le 14 mars 1605 (3).
Parvenu à une vieillesse avancée, A. Paré fit son testament, le i*^'' juillet 1587. Entre autres dispositions, il donnait, par moitié indivise, à ses deux filles, Anne et Catherine, issues de son second majiage, une maison située rue Garancière, au faubourg Saint-Germain-des-Prés, et provenant de son partage avec François Rousselet , son gendre et beau-frère. A Denis Gaultier, il léguait son manteau de serge, ses instruments, etc., s'il était encore à son .seryice au jour de son décès; il exprimait enfin le
(0 Jai.
(2) Haag, La France protestante.
(3)Haaset Jal.
désir d'être inhumé en l'église de St-André-des-Arts, avec le moins de pompe possible (i).
Outre ses maisons de la rue de rilirondelle, sa succession comprenait encore un domaine situé à la Ville-du-Bois (2), près de Montlhéry (3).
Il y avait plus de quatre ans que Jeanne Paré était veuve, lorsqu'elle résolut de se remarier; elle avait alors 30 ans environ. Le 20 novembre 1587, fut signé en l'hôtel de Paré, rue du quai des Augustins, paroisse Saint-André-des-Arts, et par devant Nicolas Choquillat et Philippe TuUone, notaires au Châtelet, le contrat de mariage de honorable personne M« François Forest, natif d'Orléans, adjoint pour le Roi aux enquêtes du Châtelet de Paris, et clerc de M. le lieutenant civil, et de honorable femme Jeanne Parée {sic), veuve de feu honorable homme Claude Viart, médecin-chirurgien juré à Paris, en présence de M" Jacques Bazin, commissaire et examinateur de par le Roi audit Châtelet, et M'' Claude Hardy, procureur audit Châtelet, amis du futur ; et de nobles hommes M'-- Ambroise Paré, conseiller et premier chirurgien du Roi, oncle ; François Roussel {sic), conseiller et contrôleur général de la maison de la Reine de Navarre, sœur unique du Roi, cousin ; Didier Martin, sieur de la Fontaine, archer de la garde du corps du Roi, aussi cousin ; Jacques Mareschal, conseiller du Roi, procureur de Sa Majesté
(i) Communication orale de M. Bégin.
(2) Cant. de Palaiseau, arr. de Versailles (Seine-et-Oise)
(3) Arr. de Corbeil (Seine-et-Oise), C(ilébre par une forteresse élevée en 99Q par Thibaut I-^ile-Étoupe, et détruite par Louis VI, qui ne laissa subsister que la tour encore existante.
AMllKOtSK l'A Kl!; I l5
en son hôtel et avocat du Roi au conseil d'Etat; et Jacques Guillemeau, chirurgien du Roi, amis de la future. Le régime était celui de la communauté. Jeanne ameublit à son futur la somme de six cents écus soleil et celui-ci constitua en douaire à sa femme cinquante écus soleil de rente. Par préciput, le futur devait reprendre ses habits et meubles jusqu'à la somme de deux cents écus ; la future, ses habits, bagues et joyaux jusqu'à pareille somme; le survivant aurait l'usufruit de la moitié des biens du prédécédé (i).
Le II janvier 1588, leur mariage fut célébré à Saint-André-des-Arts (2). Qiiinze mois après, le 20 avril 1589, fut baptisé leur fils François. Cet enfant ne vécut pas probablement, car, le 11 mai suivant, par devant M*^^ Pierre de Briquet et Jean Marchant, notaires au Châtelet, François Forestet sa femme se firent donation mutuelle et réciproque de l'usufruit de tous leurs biens, pour le survivant en jouir au décès du prémourant (3). Nous ignorons s'ils eurent d'autres enfants.
Lorsque, le lendemain de la journée des Barricades, Henri III quitta Paris, son grand âge ne permit pas à Paré de le suivre. Ce furent Pigray et Portail, ses chirurgiens ordinaires, qui accompagnèrent le Roi et lui donnèrent des soins lorsqu'il tomba sous le couteau de Jacques Clément. Mais, quoiqu'en disent VIndex funereus et les Mémoires
(1) Pièces justificatives, N" XXXVII.
(2) Jal.
(3) Pièces justificatives, N» XXXVIII.
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AMDROISE PARE
du duc d'Angoulême (i), Paré conserva, au moins jusqu'à la mort de ce prince, les fonctions de premier chirurgien. On en trouve la preuve dans un état de la maison du Roi pour Tannée 1589, transcrit dans le manuscrit de Jérôme de La Noue (2) que possède la bibliothèque de l'École de médecine. Nous le donnons ici à cause de la division du service par quartiers, indiquée par de La Noue qui en faisait lui-même partie, et parceque Malgaigne l'a inexactement reproduit (3) :
(i) On y lit que Portail était premier chirurgien de Henri III. — Collection ISlichaud et Poujoulat, t. XI, p. 65.
(2) Fils de iMathurin de la Noue chirurgien de Ik-nri II, lequel mourut le 4 septembre i.'55, suivant une note de son fds, Jérôme étudia la médecine et la chirurgie, devint chirurgien de Catherine de iMédicis et des rois Charles IX, Henri III et Henri IV, et juré du Chàtelet, et fut doyen du collège de chirurgie. Il a laissé un manuscrit rempli de renseignements précieux pour l'histoire de son art, et qui appartient à la bibliothèque de la Faculté de médecine de Paris. Le4 décembre 1604, il figure comme curateur de son beau-frère, Jean Le Grand, pour lequel il accepte un transport de biens situés à Ba lly. — (Arch. Nat. Y. 1 13, fol. 3B3, vo.) En 1607, il possédait, du chef de sa femme, une maison située rue des Gravilliers, à l'enseigne du PlJt de bois ; il habitait, rue St-Germain l'Auxerro-s, une autre maison appartenant également à sa femme, Anne Le Grand, fille de Jean Le Grand, procureur au Chàtelet, et de Marie Le Bouliangier, dont il eut plusieurs enfants. L'ainé, Jean, chirurgien juré du Roi au Chfitelet, fut doyen du collège de chirurgie, et mourut le 3 juin i65:. Il avait épousé Marthe de Villiers, et le 2.1 mai 1619, ils se firent une donation mutuelle de tous leurs biens. (Arch. Nat. Y. 160, fol. 194.) Jérôme, son autre fils, embrassa l'état ecclésiastique. Apres avoir reçu l'habit des mains du R. P. .Vnge Massin, à l'ermitage de Saint-Ange, près de Viterbe, il rev nt en I-"rance l'année suivante, et se retira dans l'ermitage du Mont-Valérien où il fut enfermé sous le nom de frère Séraphin, par l'archevêque de Paris et l'abbé de Saint-Denis, afin d'y fin r ses jours. Il y vécut des aumônes de la reine .Marguerite de Valiois. Néanmoins, il quitta cette retraite et alla se fixer dans l'ermitage de la fontaine Suint-Fleue, près d'.Vrgcn'cuil. Le 12 juin 1620, son père et sa mère lui const tuèrent une rente de i5o livres, « pour lui donner moyen de vivre et de soy entretenir honnestement. » (.\rch. Nat. Y. 16t. fol. 149.) Jérôme de la Noue, chirurgien, mourut le 17 février 162H ; son fils Jean, hérita de ses places.
(3) Paré, I. Introduction, p. ccxciii.
AMi'.r(Oisr, l'AKi-, 117
Extrait de V Estât général de la Maison du feu Roy, expédié pour Vannée mil cinq cent quatrevingt-neuf {i) :
Premier chirurgien :
M® Ambroise Paré, 266 éciis, deux tiers (1).
Chirurgiens ordinaires :
M* Pierre Pigray, 333 écus, un tiers (3). M^ Anthoine Portail, 333 écus, un tiers.
Autres chirurgiens servans par quartier : Janvier, février et mars.
M® Jacques Guillemeau, 100 écus (4).
M^ Ysaac Brunet, 100 écus.
Avril, mai et juin.
M® Jehan Lavernot, 100 écus.
M^ Jacques d'Amboyse, 100 écus.
Juillet, août et septembre.
M® Ysmaël Lambert, 100 écus.
M^Hierosme de La Noue, 100 écus.
Octobre, novembre et décembre.
M^ Charles Bachelier, 100 écus.
M® Michel Vaudelon, 100 écus (5).
(i) Et non i587, ainsi que l'a lu Malgaigne.
(2) Malgaigne a lu 666 livres i3 sols.
(3) Malgaigne a lu 333 livres 6 sols.
(4) Malgaigne a lu 100 livres.
(5) Mss. de J, de La Noue, fol. 129, v".
Il8 AMBROISF PARÉ
Malgré les années, Ambroise Paré n'avait rien perdu de son énergie. Resté à Paris pendant le long siège dont il subit toutes les horreurs, il rencontra, vers le 20 octobre, au bout du pont Saint-Michel, l'archevêque de Lyon (i), et l'adjura, dans un langage aussi ferme qu'élevé, de s'employer activement a la conclusion de la paix. Il n'eut pas la consolation de voir son vœu exaucé ; deux mois après, il succombait. « Le jeudi, 20 de décembre 1590, veille de la Saint-Thomas, mourut en sa maison maistre Ambroise Paré, chirurgien du Roy, âgé de quatrevingts ans, homme docte et des premiers de son art (2) ,»
Cette date est restée longtemps méconnue. Devaux, qui, dans la première édition de VIndcx funeretis, l'avait fixée au 23 avril 1502, la rétablit dans la seconde, terminée en 1729, au 20 décembre 1590, en renvoyant au registre A, fol. i, du Collège de chirurgie. En 1771, Goulin (3) déclare avoir lu dans les registres de la paroisse de Saint-André, la date du 22 décembre comme étant celle de son inhumation. Enfin, Jal rapporte en ces termes la mention qu'il a relevée à la même source : « En ce mesme jour de sabmedi, 22'' de décembre 1590, a esté en-
(i) Pierre d'Espinac, archcvcque de Lyon vers la fia du \\\' siècle, (ils de Pierre d'Espinac, lieutenant du Roi en Bourgogne et en Lyonnais, et de Guicharde d'Albon, fut comte, doyen de l'église de Lyon, puis archevêque en 1574, après Antoine d'Albon, son oncle. Il voulait être cardinal; n'ayant pu y parvenir, il se jeta dans le parti de Guise. Arrêté avec le cardinal de Lorraine, son neveu 'Edmond de Malain obtint sa grâce. Il resta malgré tout ami de .Mayenne, et mourut le 9 janvier i59<;.
{2) Journal de VEstoilc, édition Champollion, t. V, p. 65.
(3) Lcltre â M. Frcrou. — Amsterdam, 1971, p. 77.
AMriROISIC l'AKK • ''9
terré dans l'église Saint-Andrc-dcs-Arcs à Paris, au bas de la nef, proche le cloché (sic), W- Ambroise Paré, premier chirurgien du Roy z^. Malgré la volonté qu'il avait manifestée, on lui fit des funérailles dignes de lui, ainsi que le témoignent des reçus qui sont entre les mains de M. Bégin. Le passage de l'Estoile que nous venons de citer, indique clairement l'époque de la naissance et la date de la mort du grand chirurgien, dont on lisait encore l'épitaphe à la fin du siècle dernier dans le lieu de sa sépulture (i).
Sa succession comprenait des créances d'un recouvrement difficile. Le 13 juin 1595 , François Choisnin (2), chanoine de Notre-Dame de Paris, reconnut par devant notaire qu'il devait à la veuve d' Ambroise Paré trente-trois écus un tiers, formant la moitié d'une somme double dont il était, conjointement avec son frère, maître Gilles Choisnin, débiteur envers François Rousselet, et que celui-ci avait transportée à Ambroise Paré. Comme garantie, Choisnin remit deux chapes avec leur hermine, garnies, Lune de parements de velours rouge, et l'autre de parements de velours brun, plus un manteau de serge de Florence, le tout à demi usé, s'engageant à s'acquitter avant la mi-août.
Le 8 novembre suivant, Jacqueline ayant été désintéressée, remit à François Rousselet l'obligation
(i^ Peyrilhe. Ilist. de la chirurgie, t. III, mss.
(2) François Choisnin fut reçu chanoine de Notre-Dame de Paris, le 9 janvier i595, au lieu et place de Guillaume Manuel, à la suite d'un échange de l'abbaye de Saint-Ruf, de Valence, dont était pourvu ledit Choisnin, contre la prébende de Manuel. (Archives Nationales, LL, 269, f" 39).
120 • AMDROISE PARE
de soixante-six cens, six sols, dix deniers tournois, souscrite au profit de ce dernieret d'Ambroise Paré, ainsi que la procédure suivie contre les deux débiteurs. Jacqueline Paré habitait alors la maison de la Vache (i).
On voit dans les registres censiers de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés que, outre celles de la rue de l'Hirondelle, Paré laissait à ses filles deux maisons situées rue Garancière. Tout à côté, François Rousselet en possédait une, estimée S33écus i tiers. Nous donnons quelques extraits de ces registres relatifs à ces maisons et à celles des voisins de Paré dont le nom se trouve dans ce travail, de façon à établir la situation exacte de ces propriétés (2).
Des neuf enfants qu'il avait eus de ses deux femmes, Paré ne laissait que trois filles, dont deux étaient fort jeunes encore ; la troisième était mariée : il avait eu la douleur de ne pouvoir élever aucun héritier de son nom.
Anne, l'aînée de ces deux dernières, fut « fiancée le jeudi quatrième jour de juillet 1396, avec Henri Simon, conseiller du Roy et trésorier principal de l'extraordinaire des guerres en Bourbonnois et en Nivernois, demeurant en la paroisse Saint-Etiennedu-Mont >/, et, le 8 du môme mois, eurent lieu les épousailles (3).
Trois ans après, la naissance d'un enfant mit ses jours en danger. «L'an 1599, Madamoiselle Simon, à
(0 Pièces justificatives, N"" XLI et XLH.
(2) Pièces jusuficativcs, N» XL.
(3) Jal.
AMlJROISR pari: 121
présent vivante, fille de Monsieur Paré, conseiller et premier chirurgien du Roy, estant preste d'accoucher, fut surprise d'un grand flux de sang, ayant près d'elle Madame La Charonne, pour sage-femme, estant pareillement assistée de M. Ilautin, médecin ordinaire du Roy et docteur en médecine à Paris, et M. Rigault, aussi médecin à Paris, à raison des grandes sincopes {sic) qui lui prenaient de quart d'heure en quart d'heure, pour la perte de sang qu'elle faisait : Monsieur Marchant, mon gendre, et moy, fusmes mandez : mais la considérant presque sanspoulx, ayant la voix foible, les lesvres blesmes, je fis prognostic à la mère et à son mary, qu'elle estait en grand danger de sa vie, et qu'il n'y avait qu'un seul moyen pour la sauver de ce mal, qui estait de la deslivrer promptement : ce que j'avais vu faire à feu M. Paré, son père, me l'ayant faict faire à une damoiselle de Madame de Seneterre. Lors ladicte mère et mary nous conjurèrent de la secourir, et qu'ils la mettoient entre nos mains pour en disposer : ainsi promptement, suivant l'advis de Messieurs les Médecins, fut heureusement accouchée d'un enfant plein de vie (i) ». Pourtant, cet enfant ne vécut pas, car, le i8 juillet 1616, Henri Simon et Anne Paré, sa femme, « n'ayant à présent aucuns enfans », se firent, par devant Jean Chapelain l'aîné et Claude Le Vasseur, notaires garde-notes du Roi en son Châtelet de Paris, donation mutuelle et réciproque de l'usufruit de tous les biens meubles et
(i) J. GuiUemeau, Vheiireux accouchement des femmes. Paris 1606 chap. XIII.
12 J AMBROISF PARÉ
immeubles qu'ils posséderaient au moment de leur mort (i).
« Le lundy, 20" jour du mois de juing. an mil six cent, décéda, rue de TYrondelle, Jacqueline Rouselet (sic), vefue de deffunct M" Ambroise Paré, le corps de laquelle fust inhumé le iour suivant, en l'église Saint-André-des-Arcs (2) ».
Sa dernière fille, Catherine, épousa en la même église, le 29 septembre 1603, Claude Hédelin, conseiller en la chambre du trésor, demeurant sur le territoire paroissial de Saint-Germain-le-Vieil (3), dans la Cité (4). Celui-ci, issu d'une famille noble originaire de Souabe, avait exercé la profession d'avocat ; Antoine Loisel en parle dans son Dialogue des avocats. Très lettré, il cultiva la poésie latine et française et traduisit les Héroïdes d'Ovide. On trouve de ses vers dans les Muses françaises; le Royaume de la fève obtint un grand succès. Fixé à Nemours (5) vers 1610, il fut pourvu en 1614 de la charge de lieutenant-général du bailliage. Fils de Jacques Hédelin, escuyer, et de Madeleine Bouvot, il était sieur de Chauffour, Montatelon et Bois-Regné. Ses armes étaient : d'azur, au chevron d'or, au rossignol de même en pointe, cimier, et deux lions en
(i) Pièces justificatives, N" XLIV.
(3) Jal.
(3) Cette église, située rue du Marché-Neuf, avait remplacé une ancienne chapelle de Saint-Jean-Baplistc existant des le V""' siècle. Elle a été démolie vers 1802.
(4) Jal.
(5) Chef-lieu de canton arr. de Fontainebleau (Seine et Marne). Le duché, érigé en 1404, appartint à la maison de Savoie de iSi5 à 1666 Henri III y conclut en 1585 un traité avec les ligueurs.
o PI
supports. Il mourut le i8 avril 1638, dans sa 68' année, et fut enterré dans la chapelle de Saint-Pierre en l'église Saint-Jean-Baptiste de Nemours (i). Catherine Paré, sa veuve, décéda le 11 novembre 1659. Les archives du château de Paley conservent une série de lettres adressées par elle à ses enfants. Nous en détachons une qu'elle écrivit à l'abbé d'Aubignac, (2) et que nous reproduisons en autographe, ainsi qu'un curieux arrangement domestique conclu avec son fils Anne , que nous donnons plus loin (3). Enfin, nous publions un compte de frais payés en 1560 pour ses obsèques (4). Claude Hédelin avait eu douze enfants :
1° L'aîné, François, né à Paris, le 4 août 1604, ^^^ élevé à Nemours, où il débuta au barreau. Il embrassa ensuite l'état ecclésiastique ; le cardinal de Richelieu lui confia l'éducation du duc de Fronsac,
(i) Par acte passe le 24 décembre 1645 par devant M"" Débonnaire notaire à Nemours, la famille Hédelin obtint pour sa sépulture la chapelle de Saint- Pierre. Madeleine Bouvot, racre de Claude, Claude Hédelin, l'abbé d'Aubipnac, Anne et Françoise Amy sa femme, Louis, Catherine Paré, etc., y sont inhumés.
(2) 1643. 20 octobre. — Je recognois que mon filz fransois Hédelin, abbé d'Aubigna, m'a baillé et preste huict ving livres saises soubz, scavoir sixvingt livres saises soubz pour payer du plong qu'il m'a fallut mettre à deux gouticre en maison où je suis demeurant, et quarante livres qu'il m'a prestée pour aider aux fraictz de mes vandange en cette présantc année. Laquelle somme de huict-ving livres saises soubz je Jui prometz payer à sa volonté.
Faict ce vingticsrae octobre mil six cent quarante trois.
Catherine Paré.
Au dos on lit ; A Monsieur, Monsieur l'abbé Hédelin à Paris. Et plus bas : de ma mère pour huit vingts livres seize sous.
(Archives du château de Paley).
(3) Pièces justificatives, N° XLVHL
(4) Pièces justificatives, N" XLLX.
AMDROISE PARK 125
et lui donna l'abbaye d'Aubigiiac (i), au diocèse de Bourges, et celle de Meimac (2), du diocèse de Limoges. Fronsac lui constitua en outre ujie pension viagère de 4000 écus, dont il jouit jusqu'à sa mort. Célèbre par son esprit et son érudition, il fonda dans sa maison une société appelée V Académie de l'abbé d'Aubignac, pour laquelle il sollicita vainement le titre d'Académie royale, et dont l'existence fut de courte durée. Retiré à Nemours, auprès de son frère Anne, il y mourut le 25 juillet 1676. D'Aubignac a composé des œuvres de théâtre et divers autres ouvrages. Ennemi de Corneille et de Ménage, il fut assez maltraité par Voltaire.
2° Anne, né à Nemours le 20 juillet 161 1, seigneur du Martroy, Chauffour, Montatelon et Bois- Regné, conseiller du Roi et lieutenant-général civil et criminel après son père. Par lettres du 9 mars 1654, il fut pourvu de l'office de lieutenant-criminel de robe courte en la ville, bailliage et duché de Nemours. Le 13 mars suivant, on procéda à une information de vie, mœurs et religion dans laquelle déposèrent :
1° Guillaume Malet, prêtre, curé de Saint-Pierred'Ormeau, en Brie, connaît Anne Hédelin dès sa plus tendre jeunesse pour être issu de bonne famille et faire profession de la religion catholique ;
(1) Abbaye de l'ordre de Citeaux, fondée en ii38, dans l'archiprôtré d'Argenton, sur le Cher, près de Saint-Benoit du Sault.
(2) Abbaye de l'ordre de Saint-Benoit, fondée vers 1080, par Archeni' bald, vicomte de Comboru, selon Mabillon, ou vicomte de Ventadour, d'après Edmond Martenne. Elle était située sur les confins du diocèse de Limoges, vers l'Auvergne, près de Ventadour, entre la Vezère et la Dordogne.
120 AMliROISE PARÉ
2" Bertrand Hérault, secrctaire de M. Ménardeau, conseiller en la Cour, a connu le père d'Anne Hédelin, qui exerçait la charge de lieutenant-général à Nemours ;
j,^ Martin Guilbert, bourgeois de Paris ;
4" Jean Guillon, marchand à Nemours ;
^•^ Claude Desnotz, avocat en Parlement, dépose avoir connu ledit Hédelin dans l'exercice de sa charge de lieutenant-général, remplissant dignement ses fonctions et pratiquant la religion catholique.
Anne Hédelin fut reçu le lendemain (i).
Ayant introduit dans une procédure des expressions qu'un certain Jean de Villemereux, sieur de La Mothe, en Bourgogne, trouva blessantes pour son honneur, Anne fut condamné par arrêt du Parlement, en date du 25 octobre 1661, à des dommages-intérêts. Comme il ne les payait pas, on lui saisit deux chevaux estimés cinq cents francs, dont François Paulmier, marchand à Fontainebleau, fut établi commissaire (2). Il épousa, le 13 février 1643, Françoise Amy, fille d'Ambroise Amy, procureur en la Cour, et de Marie Arnoulet. Devenu veuf, en mars 1654, Anne mourut le 13 février 1692.
Louis, leur fils, écuyer, sieur de Chauffour, Montatelon, Bois-Regné, du Martroy, Lallier, lieutenantgénéral de Nemours, naquit le 19 mars 1646, épousa, par contrat du 16 octobre 166S, damoiselle Jeanne- Marie AUegrain, fille de François, écuyer, seigneur de Dian, conseiller d'Etat du Roi et son lieutenant-
(i) Archives Nationales, Z. .'5704, ^445 et Z ic, 14. (2) Pièces justiGcatives, N" L.
AMUROISI-: l'Akl. 127
général à Melun, et de damoisclle Marie Chariot. Il mourut à Nemours, le 21 janvier 1706, et sa femme décéda le 24 février 1691. Us curent dix-huit enfants, parmi lesquels :
François, né le 20 février 1673, lieutenant-général à Nemours, posséda toutes les charges de son père, et mourut le 2 octobre 1742. 11 épousa, le 24 octobre 1703, damoiselle Catherine Guyot, décédée le 4 mars 1715, laissant trois filles, dont la dernière, Catherine-Auguste , née le 19 septembre 1714 , épousa, le 10 janvier 1735, Louis-Marie Le Petit, fils de Jacques Georges, secrétaire du Roi, et de Marie Elisabeth Maréchal, lequel mourut en 1750;
y Jacques, écuyer, sieur de Montatelon, né le 8 avril 1614, commandant en chef de Belle-Isle, épousa Marguerite de Romillé, le 12 mars 1654. Il mourut le 17 janvier 1667, à St-Michel-le-Chef, en Bretagne, laissant trois enfants. L'un d'eux, Henri, écuyer, sieur de Montatelon et de la Souchaye, né le 19 août 1657, commanda un bataillon du régiment de Saulx. Il épousa, en juin 1695, damoiselle Françoise de Cazalis, décédée à Nantes le 25 avril 1739. Il mourut le 4 mars 1704, ne laissant pas d'enfants;
4° Claude, écuyer, sieur de Saint-Père, lieutenant au régiment d'Alsace, fut tué à la bataille de Coblentz ;
5° Henri, écuyer, sieur de Bois-Regné, capitaine au régiment d'Alsace, commandait le régiment de Senantes, lorsqu'il mourut de deux coups de feu, au siège de Carrue, en Italie, l'an 1640;
6^* Michelle, épousa en premières noces, le 3 mars
\2ii AMBROISE PARE
1O31, Claude des Barres, écuyer, sieur de Saint- Martin de Brechainville, gentilhomme du diocèse de Langres, et en secondes noces, Louis Chapotin, sieur de Darnault, écuyer, bailli de Nemours, qui mourut le 4 octobre 1657. Michelle décéda en 1659 ;
']° Madeleine, née le 12 avril 1613, morte religieuse Feuillantine à Paris ;
8° Marie, née le 31 janvier 1616, épousa, le 5 novembre 1645, Pierre Marchant, avocat en Parlement. Elle mourut en couches ;
9° Geneviève, née le 15 octobre 161 7, religieuse de la congrégation de Notre-Dame de Nemours (i);
10° Louise, née le 30 janvier 1619, religieuse à Nemours ;
11*^ Catherine, morte fille le 23 février 1673 ;
12° Jeanne, née le 23 juillet 1625, épousa Jacques Langlois, commissaire des guerres, le 12 janvier 1648, mourut le 24 mars 1699, et fut inhumée en l'église Saint-Etienne-du-Mont (2).
Le nom d'Hédelin s'est éteint à Nemours, il y a quelques années seulement ; mais cette famille compte encore des représentants. Parmi eux, nous citerons d'abord Madame la marquise Thury Le Charron, dont le mari, feu M. le marquis Le Charron, descendait de Louis I^larie Le Petit, dernier
(i) Le 12 Mars i655, Anne Ilédelin paie aux relicrieusesdela congrégation de Notre-Dame de Nemours la somme de :5o livres pour la pension viagère que Catherine Paré sa mère s'était obligée à leur payer annuellement pour la réception de Geneviève Hédelin, rel gieuse professe audit couvent, par acte passé le 5 octobre 1642. — Archives du château de Paley.
2) Archives du château de Paley. Histoire manuscrite de l.i famille Hédelin.
AMDROISE PAUK Ï29
lieutenant général du Nemours, et de Catherine Auguste Hédelin, arrière petite-fille de Catherine Paré et d'Anne Hédelin. Nommons aussi M. Charles Pauly, de Chaintreauville, que nous prions de recevoir nos remerciements pour les renseignements qu'il a bien voulu nous donner.
Catherine Paré, veuve de François Rousselet, décéda le 21 septembre 1616, environ une heure après midi, en sa maison de la rue de l'Arondelle Ti,), portant l'enseigne de la Vache.
Anne Paré, femme de Henri Simon, avait trouvé dans sa marraine, Anne d'Esté, une protectrice pour son mari, qui devint conseiller du Roi et receveur général des finances à Paris. Elle fit également la fortune de son beau-frère, Claude Hédelin, lequel, comme on l'a vu, obtint la charge de lieutenantgénéral au bailliage de Nemours. Son affection pour sa sœur ne s'en tint pas là. Par acte passé à Paris, le 14 avril 1617, Henri Simon, receveur général des finances, et damoiselle Anne Paré, sa femme, demeurant rue desProuvaires, paroisse Saint-Eustache, donnèrent à Catherine Paré, sœur de ladite Anne, et femme de Claude Hédelin, une maison, pressoir, terres, vignes, bois, saussaie, rentes foncières et constituées, le tout dépendant de ladite maison, assis au village de La-Ville-du-Bois, près Montlhéry, et provenant, tant du propre de ladite demoiselle Anne que de l'échange fait avec les époux Hédelin, le II février 16 10, et d'autres acquisitions faites dans le pays. Une moitié de ces biens avait appar- (I) Jai.
l3o AMBROISE PARÉ
tenu à Catherine, comme héritière d'Ambroise Paré, son père ; toutefois, les donateurs se réservaient l'usufruit de cette donation qui devait se trouver révoquée s'ils laissaient des enfants.
Cette donation fut ratifiée le 23 avril 1017, par devant Pierre Marchant, garde du scel royal aux contrats de la prévôté et châtellenie de Nemours (i).
Ici se terminent les renseignements que nous avons pu recueillir sur la famille d'Ambroise Paré. Divers personnages ont porté ce nom illustre. Outre Jean, le père d'Etiennette, Jal a rencontré dans les registres de Saint-André-des-Arts un certain Maurice Paré, avocat en la ville de Foix, mort le 5 février 1(531, à la suite de coups d'épée, chez Arnoux, maître chirurgien, rue Dauphine, à Paris. Le 7 décembre 1671, Ambroise Paré, officier des Invalides, eut de sa femme Jeanne Chauvin, un fils appelé Ambroise, et, le 4 mars 1674, un autre fils nommé Antoine. Nous-méme avons découvert un Charles Paré, procureur de Jacques Hurault, seigneur de la Boissière, pour lequel il toucha des rentes de 1630 à 1652 (2). Faut-il voir ici quelque descendant de Bertrand dont on perd la trace après la donation que lui fit son oncle en 1549 ? Cela ne semble pas probable ; peut-être s'agit-il plutôt de parents du père d'Etiennette.
Il n'est peut-être pas inutile de donner ici quel-
(i) Pièces justificatives, N"^ XLV et XLVI.
(2) BiNiothcque Nationale. Pièces originales, vol. 2iq5.
AMiikoisr; I'AKi,
qucs indications bililiograpliiqucs qui noiil point encore été signalées.
On trouve à la fin du la deuxième édition des Œuvres complètes, 1579, un album de 78 planches, représentant des figures d'anatomie , des instruments de chirurgie et des monstres. Ces figures ont été réparties dans le corps des éditions suivantes.
La onzième édition contient 854 pages et non 846 pages, comme le dit Malgaignc, trompé par une faute de pagination aux deux dernières, marquées à tort 845 et 846.
La septième édition parut d'abord chez Barthélémy Macé, au Mont-Saint-Hilaire, à l'Escu de Bretaigne, à Paris, 1614 ; mais, soit par suite de la mort de cet éditeur, soit à cause de quelques difficultés survenues entre lui et les héritiers de Paré, ceux-ci s'adressèrent à Nicolas Buon, rue Saint- Jacques, à l'enseigne de Saint-Claude et de l'Homme- Sauvage, qui substitua simplement son nom et conserva la même date, sans faire le moindre changement au reste de l'ouvrage. Ces deux éditions se trouvent à la Bibliothèque nationale.
Il en est de même pour la dixième édition qui parut en 1641 à Lyon, chez Claude Prost, rue Mercière, à l'Occasion, et, la même année, chez Philippe Borde, rue Mercière, à l'enseigne du Temps, à Lyon, in-folio.
L'éloge d'Ambroise Paré a été trop souvent et trop bien fait pour que nous veuillons l'entre-
AMBROISE pari;
prendre. Il fut un grand chirurgien, doué, jusqu'à certain point, de génie. Dépourvu d'instruction première, il y suppléa par un travail persévérant et une volonté énergique. Cette ignorance même le servit ; son esprit, dégagé des anciennes théories, sut, par les seules forces de l'observation et de l'expérience , s'élever jusqu'aux découvertes de premier ordre, et asseoir sur ces bases solides les fondements de la chirurgie moderne. Sorti du rang social le plus modeste, il arriva à la première position de sa profession. La conscience de sa valeur n'allait point chez lui sans un grain de vanité ; aussi eut-il des ennemis jaloux de sa haute situation. Ses amitiés , d'abord modestes, s'augmentèrent des relations brillantes qu'il avait formées à la Cour, et parmi lesquelles il sut trou\cr pour sa famille de puissants protecteurs. 11 eut aussi des rapports avec des savants et des poètes ; Ronsard lui adressa un sonnet et un quatrain qui figurent en tête de ses œuvres. Mais celui qu'il semble préférer est Du Bartas dont il cite de nombreux passages. Bien accueilli des grands auxquels il prodiguait ses soins, pourvu d'une riche clientèle, il amassa une belle fortune, qui lui permit de secourir plus d'un malheureux. Amoureux de la science, il saisissait avidement toutes les occasions de s'instruire ; parfois même il se montra peu scrupuleux sur les moyens de se procurer quelque nouveau remède. Bon patriote et dévoué au Roi, on le vit refuser de servir l'ennemi, même au péril de sa vie, ou, faisant violence à ses sentiments généreux, faire tirer le
AMliKOISK l'A Kl'; I 33
canon sur des ennemis désarmés, tenter sur des serviteurs des expériences mortelles, comme celle du bézoard, ou des remèdes barbares, tel que le cautère de velours, ne se préoccupant que du but utile et de l'intérêt général.
Ambroise Paré avait une taille moyenne; sa physionomie était sérieuse. Sa constitution robuste lui permettait d'affronter les fatigues de la guerre et de traverser la France à cheval pour se rendre aux armées qu il suivit pendant de longues années : jusqu'à la fin de sa vie, il paraît avoir conservé une santé vigoureuse.
Les traits d' Ambroise Paré ont été reproduits par les artistes contemporains. Malgré d'activés recherches, nous n'avons pu découvrir de lui qu'un seul portrait peint ; il appartient à Madame la marquise Le Charron, et se trouve au château de Paley. Ce portrait, en buste, mesure 60 cent, de haut sur 46 cent, de large; la tête a 25 cent, de hauteur. Le personnage, posé de trois quarts et tourné à droite, est représenté tête nue, revêtu d'un pourpoint de velours noir, garni de huit boutons sur la poitrine et de quatre sur l'épaule droite. Le haut du crâne est recouvert de cheveux gris, rares et courts ; la barbe, primitivement châtaine, est entière, peu fournie, avec moustaches, mouche et barbiche ; les yeux sont vifs, de couleur jaune brun; le nez est un peu gros, arrondi du bout ; le cou est entouré d'une collerette à petits plis bordés d'une dentelle et montant très haut. A gauche et au-dessus