RAR AAA AIR AA RAA AR A LAS RARE LA LARA SA AAA VE
LETTRE XCIIF
M. &RANDSON A ALBERT, 2 septembre.
JE ny puis plus tenir, il faut que je lui désobéisse. Mon cher monsieur le comte; Améhe.
m'a quitté; je ne sais ce qu’elle.est devenue : ‘epuis ce jour je ne puis ni manger ni dormir;
LETTRE ÿ CIIL C7
je pleure du matin au soir. Vous savez comme je l’aumais, elle était ma fille; je voulais lui donner toute ma fortune : ch bien! elle s’en est a'lée sans me dire en quel endroit. Malgré sou ingratigde, je ne puis lui en vouloir : sa lettre, à laquelle je ne comprends rien, me montre son pauvre cœur si plein de tristesse! La malheureuse enfant! que va t-elle devenir toute seule, sans domestique, sans argent peut-être ?.…... En vérité, monsieur le comte, la tête m'en tourne; et, si elle ne n'avait conjuré de ne pas quitter son petit Eugène, j'aurais été courir le monde pour la retrouver. Elle m'avait recommandé aussi de ne vous apprendre sa fuite qu’au bout d’un mois; que d'ici-la elle me donnerait de ses nouvelles : malgré ce qu’elle me fait souffrir, je voulais lui obéir; mais comme voilà plus de quinze jours qu’elle est partie, et que je n'ai pas reçu un mot d'elle, je n'y puis plus tenir; il faut bien que je vous dise la vérité pour que vous me la rameniez. Damnation sur cet Henry Semler ! je parie qu’elle en était toujours occupée, quoiqu’elle n’en parlât plus, et qu'il est pour beaucoup dans tout ceci. Cependant, ce qui me déroute, c’est que, la veille de son départ, elle donna une lettre à un de mes gens pour qu'il la mit à la posie le Jour même : il l'oublia, et n’a eurien de plus pressé que de me la donner quand
68 AMÉLIE tIANSMIELD,
Amélie ne s’est plus trouvée le lendemain dans la maison. Cette lettre est adressée à Adolphe de Reinsberg. Mon domestique assure qu’elle en a écrit beaucoup à cette même adresse.
Qu'est-ce donc que cet Adolphe, et où l’a telle connu ? Au reste, je vous envoie cette lettre; peut-être vous donnera-t-elle quelques lumières sur la route qu'il vous faut tenir pour retrouver votre sœur. Eugène est au désespoir; 1 appelle à chaque instant sa mérc; et, quand il vient me la demander à moi, Je ne sais faire autre chose que de me désoler avec lui :en vérité, dans toute ma vie je n'ai pas versé autant de larmes que depuis cette cruelle aventure. Milédiction sur, le coupable! mais que le ciel protége la pauvre innocente; car, je le jure, elle est innocente. C'est la nuit du 12 août qu'elle est partie : J'ai pris des informations à tous les loueurs de voitures de Bellinzona, et j'ai appris de l’un d'eux qu'il en avait vendu une, huit jours avant la funeste époque, à une jeune dame qu'il ne connaissait pas. Je sais bien qu'Amélie, vers ce temps-la, fut passer une journée à Bellinzona, et je ne doute point que ce ne soit elle qui en ait fait l’emplette : mais comment s'estelle procurée des chevaux, et quel chemin a-t-elle pris ? c’est ce que je ne puis deviner. Si, vous voulez m'en croire, vous lournerez Vers la
LETTRE XCIV. 69 Bavière ; c’est là qu'est cet Henry Semler. Je me donne au diable qu'Amélie r’est pas loin; peut-être se sera-t-elle jetée dans quelque couvent. Voyez, informez-vous a toutes les grilles, et ramenez la pauvre brebis égarée au cœur paternel de son vieil oncle; elle sera reçue, comme l'enfant prodigue, à bras ouverts : dites-lui bien que je ne suis pas fâché, et que son fils se porte bien, cela lui fera plaisir; dites-lui que le jour où nous la reverrons sera le plus beau de ma vie! oui, le plus beau! un véritable ange!
Mais si elle ne reparaît pas, monsieur le comte, je n’ai plus qu'a mourir.
LETTRE XCIY
ALBERT À BLANCHE
Dresde, 12 septembre.
Jr viens de recevoir une lettre de M. Grand-
son, qui m’apprend qu'Amélie a quitté sa maison, son fils, et qu’on ne sait où elle est allée. Je ne m'étendrai pas en plaintes sur cet événement ; il ne s’agit pas de gémir, mais de la sauver. Je pars dans l'instant, ct je jure de ne m’arrêter, de ne prendre un moment de repos, ct de ne vous revoir que quand j'aurai retrouvé ma
zo AMÉLIE MANSFIELP,
sœur. L'infortunée! elle a pu quitter son enfant! Qu'elle est affreuse la puissance qui a pu l'y déterminer! et dans quel état elle doit être!
Malgré moi, mes larmes inondent mon papier :
ab! ce sera peut-être des larmes de sang qu’ me faudra verser sur son sort! Blanche, gardez un profond silence sur ce funeste événement ; taisez-le surtout à Ernest : il ne pourrait contraindre sa douleur , il voudrait vcler après Amélie : son départ donnerait de la publicité à limprudence de ma sœur; sa mere, irritée, y pourrait irouver un prétexte pour révaquer sa promesse et le saisirait avec Joie : il faut éviter ce malheur. Quand je vous reverrai, vous saurez ce qui a déterminé celui de ma sœur; vous frémirez en voyant les*suites terribles qu’entraine ce désir immodéré de plaire qui vous domine toujours. Vous avez voulu paraître aimable a Adolphe et même à Ernest; vous vous êtes vantée d'avoir réussi; vous avez crü n'être que légère. Bianche, je n'accuse point votre cœur; mais par le mal que vous avez fait, vous apprendrez trop tard qu’une femme coquette peut bien être tou;ours vertueuse, mais qu’elle n’est jamais inuocente.
Mon absence offensera peut- être yos parents : vous pourrez les apaiser en leur disant que j'ai été appelc à Lunchourg pour une aflaire
LETTRE XCWY. | Fi
importante : si cette excuse ne leur suffit pas, ét qu'ils me jugent coupable , je vous recomaude, Blanche, au nom du repos de ma vie entière, de ne pas me justifier en accusant ma sœur; né prononcez pas le nom d'Amélie : que je la sauve et que vous me conserviez votré amour, c’est tout ce qu'il faut a mon cœur.