ADOLPHE À ERNEST
| Dresde, 13 septembre.
Hier, sur votre recommandation, je fus chez le comte de Luncbourg : il venait de partir en chaise de poste ; j'imagine qu’il a été vous joindre à Vienüe : Je devrais peut-être m£tonner qu’il p’ait pas daigné me dire un moi de son départ; mais j'apprends chaque jour que dans ce monde ; où le rang et la richesse sont comptés pour tout, celui qui est pauvre et obscur doit s'attendre à être compté pour rien.
Ernest , il est vrai qu'il y a eu entre votre mère et moi une explication qui nous a séparés pour jamaïs : je n'ai pu supporter d'être ine sulté ; je ne le supporterais pes mêtne de vous, qui n'êtes plus cher que 1x vie. Si je croyais
#2 AMEÉLIE MANSFIELD,
que le récit de cette scène pêt être utile à votre bonheur, je n’aurais pas attendu jusqu’à ce jour a vous en adresser les détails, mais cette connaissance ne pourrait que vous nuire ; fiez-vous à moi, mon ami, et pour quelque temps encore laissez-moi garder le silence.
Vous me connaissez assez pour être sûr que ce n’est ni la crainte, ni les menaces que je méprise, qui m’éloignent de vous; et moi je vous estime assez pour être sûr que, malgré les calomnies de la méchanceté, et les prétentions de l'orgueil, vous verrez toujours dans votre ami un honnête homme et voire égal.