AMÉLIE À M GRANDSON
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12 août, dix heures du soix
Coms1ex j'aurais voulu épargner à mon biens fuiteur, à mon ami, à mor second père, la douleur que je zais lui causer! ..…. je ne le puis, le ciel sait que je ne le puis... Je pars, je vous laisse mon enfant...... je suis sùe que vous le protégerez... consolez-le, s’il se peut, du malheur de m'avoir eu pour mère; apprenez à cette innocente créature à pardonner même à celui qui cause ma mort. O mon oncle! quand je m'arrache des bras de mon fils, quand je vous abandonne, quand je parais ingrate et dénaturée, croyez qu'une fatalité plus forte que moi mu'entraîne. Adieu, mon oncle! ... il sera peutêtre long cet adicu.... Ah! je vous en comjure; ne me haissez pas.
P. S. N'instruisez point Albert de mon départ avant d’avoir eu de mes nouvelles; promettez- Je-moi, mon omcle, c’est la dernière grâce que
Pis
LETTRE LXXXIIL. : 11 j'implore; cette preuve d'amitié que vous me donnerez est du plus grand intérêt pour moi; mais, si dans un mois je ne vous ai point écrit, vous serez libre alors de révéler ma fuite à mon frère.
P. S. Mon frère prendra soin de mon fils, et dui apprendra à vous aimer comme sa mére vous aimait. |
LETTRE LXXXIIL
À DOLPHE 4 BLANCHE
Du château de Woldemar, 1 1 août.
Vous n'ordonnez, mademoiselle, de vous instruire chaque jour de l’état de votre tantcet de votre cousin : je vous obéirai; mais, hélas. je n’ai rien de consolant à vous apprendre.
Ernest, plus abattu par la douleur que par la fièvre, n’a point quitté son lit depuis votre départ; au moindre bruit, it écoute et s’informe
si c’est le comte Albert qui arrive; dès que son espérance lui est ôtée, ses yeux se referment à
l'instant, Madame de Woldemar a demandé hier à voir son fils; je l'ai priée d’attendre quelques jours encore, en l’assurant qu’ils w’auraient
12 AMÉLIE MANSFIELD, la force ni l’un ni l'autre de supporter une pareille entrevue. Sans savoir précisément jusquà quel point Ernest est malade, comme elle a craint sans doute qu'il ne le füt assez pour s'attendrir, elle n’a point insisté. À
J'espère, mademoiselle , vous voir instruite avant peu du secret que vousdésirez si vivement savoir : Ernest veut le confier au comte de Lu-" rebourg, et celui-ci le déposera aus-j'ôt, sans doute , dans ce cœur pur qui s’est donné à lui. Heureuse et sainte confiance, mademoiselle, doux fruit d'un amour veriuewx , et le plus précieux trésor dont l’homme puisse jouir sur cette terre!
Ernest désire que j'aille à Dresde pour presser le comte Albert de venir ici : je compte parz tir après demain. J’espère que ma présence ne vous sera pas importune; et qu’en faveur du motif qui me guide, vous me pardonnerez de venir troubler les premiers moments de votre réunion avec l'homme que vous aimez.
Vous avez quitté Woldemar, mademoiselle, avec la persuasion que j avais un cœur dur qué les maux d'Ernest touchaient faiblement. J’avoue que j'ai cru long-temps quil n'y avait point de passion qu'un grand courage ne pût vaincre, et que, sans une faiblesse pa ne on ne s'abandonnait pas à ce:l:s qu'en se repro-
— nf | d ‘ 77!
F0 tORETTRE EXXXIV: 13 chait ; mais, depuis que je suis ici, mon opinion s’est ébranlée ; je sens qu'on ne domte pas soh cœur comme on le voudrait, et qu’il est tel sacrifice dont la vertu même ne consolerait peutétre pas. Vous voyez, mademoiselle, que ce que vous appelez mon inexorable stoicisme n’a point tenu contre la vuc d'Érnest et vos raisons, et que les peines que vous avez prises pour l’adoucir n’ont pas été perdues.